Abdeljalil Lahlou: "La préférence nationale doit devenir une stratégie d'Etat"

INDUSTRIE. Médias24 sonde des industriels dans ce contexte de retour vers la préférence nationale. Voici le témoignage de Abdeljalil Lahlou, directeur général de Manar, producteur de la marque marocaine Siera (électroménager, électronique).

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Abdeljalil Lahlou : Abdeljalil Lahlou, Directeur général de Manar. (crédit photo : Mehdy Mariouch pour Leaders)

Le 11 mai 2020 à 08:19

Modifié le 11 mai 2020 à 15:26

Médias24 donne la parole aux industriels afin de partager leur expérience avec la précédente ouverture tous azimuts du marché marocain et ce qu'ils pensent d'un retour vers la préférence nationale.

Le premier à nous parler à cœur ouvert est Abdeljalil Lahlou, directeur général de Manar, producteur de la marque Siera qui existe depuis les années 1960. Manar a été créée en 1957 par Moulay Ali Kettani, également fondateur du groupe Wafabank. 

En 60 ans d'existence, cette entreprise a survécu à bien des crises internes ou externes. La dernière étant la concurrence des importations qui lui ont fait perdre 50% de chiffre d'affaires. 

"Le Maroc a fait preuve de grandes capacités"

"Les décisions prises par le Maroc pendant cette pandémie sont opportunes. Notre pays a montré ses capacités à s'organiser quand il est guidé. Quand il y a une vision, une stratégie et de la visibilité. On n'arrêtait pas de critiquer la santé. De la santé sont sorties aujourd'hui des choses fabuleuses, elle a démontré des capacités insoupçonnées. Cela veut dire que les femmes et les hommes capables ont besoin qu'on leur donne l'opportunité de s'exprimer. C'est la même chose pour l'industrie", avance Abdeljalil Lahlou. 

"Au début, l'industrie évoluait dans un système surprotégé dans lequel les industriels sont devenus tout sauf des industriels car le bénéfice de l'entreprise était déplacé vers les activités spéculatives. Ils ont oublié l'outil industriel et d'investir dans la qualité. Avec l'ouverture des marchés, le Maroc a hérité de produits avec des rapports qualité-prix trop élevés. Pourquoi ? Parce que le marché protégé a été livré à lui-même, il n'y a pas eu de suivis ni de cahiers des charges."

"Tout cela, l'industriel aujourd'hui en est conscient et il est capable de faire mieux. Nous avons des cadres qui s'expatrient parce qu'on ne leur donne pas l'occasion de s'exprimer".

"Il n'est pas question de demander une protection, mais nous avons intérêt à consommer national. Tous les pays reconsidèrent leurs politiques et rebattent les cartes. Et le Maroc a une opportunité énorme parce que nous sommes à proximité de l'Europe, donc nous pouvons récupérer pas mal d'industries ..."

"Cette crise a montré que la mondialisation sauvage a profité aux grands groupes qui délocalisaient pour améliorer leurs marges. Le cas des masques de protection a bien prouvé que ce qui prime c'est chacun pour soi. Cela va conduire à une révision des politiques nationales. Chacun voudra être indépendant et autonome dans les secteurs qu'il estime stratégiques pour lui."

"Nous assisterons inéluctablement à une vague de relocalisation. La proximité du Maroc avec l'Europe peut jouer en sa faveur".

Pour une politique d'Etat qui encourage le made in Morocco 

"S'agissant du marché national, nous disposons d'usines de grande qualité qui répondent aux normes internationales et qui sont en mesure au pied levé de répondre à la demande, à condition, bien entendu, qu'on reconsidère ce "déprotectionnement sauvage". Je ne vois pas pourquoi nous donnons à d'autres pays notre marché sur un plateau". 

"Tous les pays qui ont développé leur industrie l'ont fait d'une manière volontariste, grâce à une politique d'Etat, la première est la Corée du Sud, puis la Chine, ensuite la Turquie. Ces industries ne sont pas nées par hasard mais d'une stratégie soutenue de l'Etat".

"Certes, il y a la stratégie des écosystèmes mais nous devons aller plus loin et avoir une politique industrielle plus agressive". 

"Nous sommes conscients de nos limites: nous n'avons pas l'échelle ou la taille nécessaire pour toutes les industries, c'est évident. Néanmoins, il y a plusieurs secteurs où le marché local a déjà la taille critique. Et de se tourner vers l'export aussi."

"Peut-être que notre marché n'a pas la taille critique pour mettre en place des industries nécessitant de très lourds investissements. Mais ça reste relatif aux secteurs. Par exemple, le secteur de l'électroménager a connu un boom avec l'évolution de la société et l'amélioration du niveau de vie de la classe moyenne mais qui a profité à l'importation au lieu de profiter à l'industrie nationale". 

"Cette équation (taille critique vs investissement, ndrl) doit être réglée dans le cadre d'une stratégie d'Etat qui inclut le volet industriel mais aussi celui des importations. Il faudrait que les industriels soient informés des opportunités de substitution aux importations. Si le Maroc peut produire un balai, par exemple, pourquoi nous allons l'importer et faire perdre en devises et en valeur ajoutée".

"L'Etat à un rôle essentiel à jouer. Il faut profiter de cet élan de confiance créé par la crise du Covid pour booster le produit marocain".

Abdeljalil Lahlou, Directeur général de Manar. (crédit photo : Mehdy Mariouch pour Leaders)

Abdeljalil Lahlou: "La préférence nationale doit devenir une stratégie d'Etat"

Le 11 mai 2020 à10:06

Modifié le 11 mai 2020 à 15:26

INDUSTRIE. Médias24 sonde des industriels dans ce contexte de retour vers la préférence nationale. Voici le témoignage de Abdeljalil Lahlou, directeur général de Manar, producteur de la marque marocaine Siera (électroménager, électronique).

Médias24 donne la parole aux industriels afin de partager leur expérience avec la précédente ouverture tous azimuts du marché marocain et ce qu'ils pensent d'un retour vers la préférence nationale.

Le premier à nous parler à cœur ouvert est Abdeljalil Lahlou, directeur général de Manar, producteur de la marque Siera qui existe depuis les années 1960. Manar a été créée en 1957 par Moulay Ali Kettani, également fondateur du groupe Wafabank. 

En 60 ans d'existence, cette entreprise a survécu à bien des crises internes ou externes. La dernière étant la concurrence des importations qui lui ont fait perdre 50% de chiffre d'affaires. 

"Le Maroc a fait preuve de grandes capacités"

"Les décisions prises par le Maroc pendant cette pandémie sont opportunes. Notre pays a montré ses capacités à s'organiser quand il est guidé. Quand il y a une vision, une stratégie et de la visibilité. On n'arrêtait pas de critiquer la santé. De la santé sont sorties aujourd'hui des choses fabuleuses, elle a démontré des capacités insoupçonnées. Cela veut dire que les femmes et les hommes capables ont besoin qu'on leur donne l'opportunité de s'exprimer. C'est la même chose pour l'industrie", avance Abdeljalil Lahlou. 

"Au début, l'industrie évoluait dans un système surprotégé dans lequel les industriels sont devenus tout sauf des industriels car le bénéfice de l'entreprise était déplacé vers les activités spéculatives. Ils ont oublié l'outil industriel et d'investir dans la qualité. Avec l'ouverture des marchés, le Maroc a hérité de produits avec des rapports qualité-prix trop élevés. Pourquoi ? Parce que le marché protégé a été livré à lui-même, il n'y a pas eu de suivis ni de cahiers des charges."

"Tout cela, l'industriel aujourd'hui en est conscient et il est capable de faire mieux. Nous avons des cadres qui s'expatrient parce qu'on ne leur donne pas l'occasion de s'exprimer".

"Il n'est pas question de demander une protection, mais nous avons intérêt à consommer national. Tous les pays reconsidèrent leurs politiques et rebattent les cartes. Et le Maroc a une opportunité énorme parce que nous sommes à proximité de l'Europe, donc nous pouvons récupérer pas mal d'industries ..."

"Cette crise a montré que la mondialisation sauvage a profité aux grands groupes qui délocalisaient pour améliorer leurs marges. Le cas des masques de protection a bien prouvé que ce qui prime c'est chacun pour soi. Cela va conduire à une révision des politiques nationales. Chacun voudra être indépendant et autonome dans les secteurs qu'il estime stratégiques pour lui."

"Nous assisterons inéluctablement à une vague de relocalisation. La proximité du Maroc avec l'Europe peut jouer en sa faveur".

Pour une politique d'Etat qui encourage le made in Morocco 

"S'agissant du marché national, nous disposons d'usines de grande qualité qui répondent aux normes internationales et qui sont en mesure au pied levé de répondre à la demande, à condition, bien entendu, qu'on reconsidère ce "déprotectionnement sauvage". Je ne vois pas pourquoi nous donnons à d'autres pays notre marché sur un plateau". 

"Tous les pays qui ont développé leur industrie l'ont fait d'une manière volontariste, grâce à une politique d'Etat, la première est la Corée du Sud, puis la Chine, ensuite la Turquie. Ces industries ne sont pas nées par hasard mais d'une stratégie soutenue de l'Etat".

"Certes, il y a la stratégie des écosystèmes mais nous devons aller plus loin et avoir une politique industrielle plus agressive". 

"Nous sommes conscients de nos limites: nous n'avons pas l'échelle ou la taille nécessaire pour toutes les industries, c'est évident. Néanmoins, il y a plusieurs secteurs où le marché local a déjà la taille critique. Et de se tourner vers l'export aussi."

"Peut-être que notre marché n'a pas la taille critique pour mettre en place des industries nécessitant de très lourds investissements. Mais ça reste relatif aux secteurs. Par exemple, le secteur de l'électroménager a connu un boom avec l'évolution de la société et l'amélioration du niveau de vie de la classe moyenne mais qui a profité à l'importation au lieu de profiter à l'industrie nationale". 

"Cette équation (taille critique vs investissement, ndrl) doit être réglée dans le cadre d'une stratégie d'Etat qui inclut le volet industriel mais aussi celui des importations. Il faudrait que les industriels soient informés des opportunités de substitution aux importations. Si le Maroc peut produire un balai, par exemple, pourquoi nous allons l'importer et faire perdre en devises et en valeur ajoutée".

"L'Etat à un rôle essentiel à jouer. Il faut profiter de cet élan de confiance créé par la crise du Covid pour booster le produit marocain".

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