Acculées par les charges, les crèches privées demandent à rouvrir

Difficile pourtant d’autoriser la réouverture de ces établissements, notamment à Casablanca où la situation sanitaire est inquiétante. Les crèches assurent avoir pris toutes les dispositions sanitaires nécessaires.

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Acculées par les charges, les crèches privées demandent à rouvrir

Le 15 septembre 2020 à 17:38

Modifié le 15 septembre 2020 à 23:28

L’Association marocaine des crèches privées (AMCP) demande, dans un communiqué en date du 13 septembre, une ''aide urgente de l’État'' ainsi que la réouverture ''le plus tôt possible'' de ces établissements, au risque de perdre des milliers d’emplois et de voir de nombreuses crèches mettre la clé sous la porte.

Depuis le 20 mars dernier, date de l’entrée en vigueur du confinement, les crèches n’ont toujours pas rouvert, ''alors que les charges (personnel, loyers, etc.) ont consommé la trésorerie des établissements''. Contactée par Médias24, Asmaa Sefrioui, présidente de l’AMCP, affirme que sept établissements ont déjà déposé le bilan. L’association estime à plus de 70% la baisse du chiffre d’affaires de la cinquantaine de crèches privées adhérentes, implantées dans tout le Maroc.

Un chiffre qu’elle a communiqué au ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Ce dernier a sous sa tutelle uniquement les crèches accueillant des enfants de 6 mois à 3 ans, tandis que celles qui reçoivent des enfants entre 4 et 5 ans relèvent à la fois du ministère de la Jeunesse et des Sports et de celui de l’Éducation nationale.

L’indemnité CNSS insuffisamment versée ?

L’AMCP déplore également le fait que les crèches ont été nombreuses à ne pas percevoir d’aides financières de l’État, notamment l’indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 DH versée par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Pour rappel, cette aide a été annoncée le 19 mars. Elle était destinée à tous les salariés d’une entreprise en difficulté, déclarés à la CNSS en février 2020 et en arrêt d’activité. Le Comité de veille économique (CVE) avait aussi annoncé la suspension du paiement des charges sociales jusqu’au 30 juin, et la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et des leasings jusqu’au 30 juin, le tout sans paiement de frais ni de pénalités.

Or l’Association marocaine des crèches privées assure que de nombreux salariés de ces établissements n’ont quasiment perçu aucune aide. ''Quelques-unes seulement ont reçu l’indemnité CNSS, parfois avec beaucoup de retard, mais d’autres ne l’ont pas perçue. Sur les six directeurs de crèches qui composent le bureau de notre association, seuls les salariés de trois d’entre eux l’ont reçue'', affirme l’AMCP. Et encore : l’un des membres du bureau contacté par Médias24 assure que les salariés de la crèche qu’il dirige à Casablanca ont reçu l’indemnité CNSS uniquement au mois de juin, et pas avril et mai.

Des charges sociales non reportées

Qu’en est-il du report des charges sociales ? Là encore, Asmaa Sefrioui assure que les crèches adhérentes à l’association n’ont bénéficié d’aucun report des charges sociales. ''Nous avons continué à payer nos charges et à verser les salaires alors que nous n’encaissions plus rien'', déplore la présidente. Le membre du bureau associatif que nous avons contacté dit avoir dû faire un choix entre les salaires et le paiement des cotisations de la CNSS. Et il a choisi les salaires : ''Nous avons préféré continuer à verser les salaires plutôt que les cotisations de la CNSS. Depuis avril et jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons donc pas payé la CNSS.''

Quant aux produits de financement bancaire garantis par l'Etat "Relance", déployés en faveur des petites, moyennes et grandes entreprises, ce directeur de crèche le juge inapproprié pour ce type d’établissements.

Ce produit prévoit en effet une affectation du crédit à hauteur de 50% minimum aux règlements des fournisseurs. Or les crèches n’ont presque pas de fournisseurs, précise ce directeur : ''Nos principales charges concernent la masse salariale. De plus, la plupart des crèches sont déjà très endettées, notamment parce qu’elles ont dû effectuer des investissements très coûteux avant même que survienne cette crise sanitaire. Elles ne vont donc pas s’embarquer dans de nouveaux crédits alors qu’elles en ont déjà d’autres à payer et qu’elles n’ont aucune visibilité sur les mois qui viennent.''

Les vraies crèches plutôt que l’informel

Face à l’accumulation des charges, sociales aussi bien que salariales, l’association demande la réouverture des crèches. ''Certaines ont été autorisées à rouvrir mais pas partout. Celles de Casablanca ont l’interdiction d’ouvrir, contrairement à celles de Dar Bouazza et Bouskoura. A Marrakech, les crèches de certains quartiers sont fermées et d’autres non… Il n’y a pas d’homogénéité'', indique le directeur de la crèche et membre du bureau de l’AMCP.

Mais à Casablanca par exemple, où la situation sanitaire est inquiétante, est-ce bien raisonnable de rouvrir les crèches, alors que les établissements scolaires eux-mêmes sont fermés et que les encadrants peuvent être vecteurs de contamination ? Réponse de ce directeur : ''Nous avions prévu des conditions sanitaires très strictes pour la réouverture, notamment la diminution de moitié du nombre d'enfants. Les investissements que les crèches ont réalisés pour mettre en place ces mesures sanitaires ont d’ailleurs représenté un surcoût. Alors oui, nous prenons un risque en ouvrant, mais nous le prenons parce que nous avons absolument besoin de rouvrir. Le virus est parti pour s’installer ; il va falloir apprendre à vivre avec. Qu’allons-nous faire de nos enfants ? Les garder à la maison et les priver de toute socialisation ? Nous ne pouvons pas fermer et dire aux parents de se débrouiller.''

Le périscolaire est en effet d’une importance capitale pour le développement de l’enfant, car c’est le lieu où il fait l’apprentissage de la séparation et commence à acquérir une autonomie. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) s’est d’ailleurs lancée dans la généralisation du préscolaire car convaincue que c'est fondamental dans le développement humain. ''La petite enfance est essentielle, sinon vous ferez du rattrapage, du curatif tout le reste de la vie'', avait prévenu en septembre 2019 Mohammed Dardouri, wali coordonnateur national de l’INDH.

La mise en place par les crèches de programmes ou d’activités à distance serait-elle envisageable pour pallier ces fermetures ? Pas vraiment, répond le membre du bureau associatif. ''Le distanciel n’est pas applicable pour nous. Nous proposons des services de garde qui ne peuvent évidemment pas se faire autrement que dans les crèches. Les parents ne vont donc pas payer pour un service dont ils n’ont pas bénéficié.''

Asmaa Sefrioui abonde : ''Ce n’est pas possible de mettre en place des activités à distance pour des nourrissons de trois mois !'' La présidente de l’association s’inquiète d’ailleurs de l’ouverture de crèches informelles non contrôlées, et voit là une raison supplémentaire de rouvrir les crèches ''où les mesures sanitaires sont respectées'', plutôt que de laisser se développer des garderies ''à domicile'' hors de tout contrôle.

Acculées par les charges, les crèches privées demandent à rouvrir

Le 15 septembre 2020 à17:45

Modifié le 15 septembre 2020 à 23:28

Difficile pourtant d’autoriser la réouverture de ces établissements, notamment à Casablanca où la situation sanitaire est inquiétante. Les crèches assurent avoir pris toutes les dispositions sanitaires nécessaires.

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L’Association marocaine des crèches privées (AMCP) demande, dans un communiqué en date du 13 septembre, une ''aide urgente de l’État'' ainsi que la réouverture ''le plus tôt possible'' de ces établissements, au risque de perdre des milliers d’emplois et de voir de nombreuses crèches mettre la clé sous la porte.

Depuis le 20 mars dernier, date de l’entrée en vigueur du confinement, les crèches n’ont toujours pas rouvert, ''alors que les charges (personnel, loyers, etc.) ont consommé la trésorerie des établissements''. Contactée par Médias24, Asmaa Sefrioui, présidente de l’AMCP, affirme que sept établissements ont déjà déposé le bilan. L’association estime à plus de 70% la baisse du chiffre d’affaires de la cinquantaine de crèches privées adhérentes, implantées dans tout le Maroc.

Un chiffre qu’elle a communiqué au ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Ce dernier a sous sa tutelle uniquement les crèches accueillant des enfants de 6 mois à 3 ans, tandis que celles qui reçoivent des enfants entre 4 et 5 ans relèvent à la fois du ministère de la Jeunesse et des Sports et de celui de l’Éducation nationale.

L’indemnité CNSS insuffisamment versée ?

L’AMCP déplore également le fait que les crèches ont été nombreuses à ne pas percevoir d’aides financières de l’État, notamment l’indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 DH versée par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Pour rappel, cette aide a été annoncée le 19 mars. Elle était destinée à tous les salariés d’une entreprise en difficulté, déclarés à la CNSS en février 2020 et en arrêt d’activité. Le Comité de veille économique (CVE) avait aussi annoncé la suspension du paiement des charges sociales jusqu’au 30 juin, et la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et des leasings jusqu’au 30 juin, le tout sans paiement de frais ni de pénalités.

Or l’Association marocaine des crèches privées assure que de nombreux salariés de ces établissements n’ont quasiment perçu aucune aide. ''Quelques-unes seulement ont reçu l’indemnité CNSS, parfois avec beaucoup de retard, mais d’autres ne l’ont pas perçue. Sur les six directeurs de crèches qui composent le bureau de notre association, seuls les salariés de trois d’entre eux l’ont reçue'', affirme l’AMCP. Et encore : l’un des membres du bureau contacté par Médias24 assure que les salariés de la crèche qu’il dirige à Casablanca ont reçu l’indemnité CNSS uniquement au mois de juin, et pas avril et mai.

Des charges sociales non reportées

Qu’en est-il du report des charges sociales ? Là encore, Asmaa Sefrioui assure que les crèches adhérentes à l’association n’ont bénéficié d’aucun report des charges sociales. ''Nous avons continué à payer nos charges et à verser les salaires alors que nous n’encaissions plus rien'', déplore la présidente. Le membre du bureau associatif que nous avons contacté dit avoir dû faire un choix entre les salaires et le paiement des cotisations de la CNSS. Et il a choisi les salaires : ''Nous avons préféré continuer à verser les salaires plutôt que les cotisations de la CNSS. Depuis avril et jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons donc pas payé la CNSS.''

Quant aux produits de financement bancaire garantis par l'Etat "Relance", déployés en faveur des petites, moyennes et grandes entreprises, ce directeur de crèche le juge inapproprié pour ce type d’établissements.

Ce produit prévoit en effet une affectation du crédit à hauteur de 50% minimum aux règlements des fournisseurs. Or les crèches n’ont presque pas de fournisseurs, précise ce directeur : ''Nos principales charges concernent la masse salariale. De plus, la plupart des crèches sont déjà très endettées, notamment parce qu’elles ont dû effectuer des investissements très coûteux avant même que survienne cette crise sanitaire. Elles ne vont donc pas s’embarquer dans de nouveaux crédits alors qu’elles en ont déjà d’autres à payer et qu’elles n’ont aucune visibilité sur les mois qui viennent.''

Les vraies crèches plutôt que l’informel

Face à l’accumulation des charges, sociales aussi bien que salariales, l’association demande la réouverture des crèches. ''Certaines ont été autorisées à rouvrir mais pas partout. Celles de Casablanca ont l’interdiction d’ouvrir, contrairement à celles de Dar Bouazza et Bouskoura. A Marrakech, les crèches de certains quartiers sont fermées et d’autres non… Il n’y a pas d’homogénéité'', indique le directeur de la crèche et membre du bureau de l’AMCP.

Mais à Casablanca par exemple, où la situation sanitaire est inquiétante, est-ce bien raisonnable de rouvrir les crèches, alors que les établissements scolaires eux-mêmes sont fermés et que les encadrants peuvent être vecteurs de contamination ? Réponse de ce directeur : ''Nous avions prévu des conditions sanitaires très strictes pour la réouverture, notamment la diminution de moitié du nombre d'enfants. Les investissements que les crèches ont réalisés pour mettre en place ces mesures sanitaires ont d’ailleurs représenté un surcoût. Alors oui, nous prenons un risque en ouvrant, mais nous le prenons parce que nous avons absolument besoin de rouvrir. Le virus est parti pour s’installer ; il va falloir apprendre à vivre avec. Qu’allons-nous faire de nos enfants ? Les garder à la maison et les priver de toute socialisation ? Nous ne pouvons pas fermer et dire aux parents de se débrouiller.''

Le périscolaire est en effet d’une importance capitale pour le développement de l’enfant, car c’est le lieu où il fait l’apprentissage de la séparation et commence à acquérir une autonomie. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) s’est d’ailleurs lancée dans la généralisation du préscolaire car convaincue que c'est fondamental dans le développement humain. ''La petite enfance est essentielle, sinon vous ferez du rattrapage, du curatif tout le reste de la vie'', avait prévenu en septembre 2019 Mohammed Dardouri, wali coordonnateur national de l’INDH.

La mise en place par les crèches de programmes ou d’activités à distance serait-elle envisageable pour pallier ces fermetures ? Pas vraiment, répond le membre du bureau associatif. ''Le distanciel n’est pas applicable pour nous. Nous proposons des services de garde qui ne peuvent évidemment pas se faire autrement que dans les crèches. Les parents ne vont donc pas payer pour un service dont ils n’ont pas bénéficié.''

Asmaa Sefrioui abonde : ''Ce n’est pas possible de mettre en place des activités à distance pour des nourrissons de trois mois !'' La présidente de l’association s’inquiète d’ailleurs de l’ouverture de crèches informelles non contrôlées, et voit là une raison supplémentaire de rouvrir les crèches ''où les mesures sanitaires sont respectées'', plutôt que de laisser se développer des garderies ''à domicile'' hors de tout contrôle.

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