Autoroutes du Maroc: le nouveau contrat programme bute sur le financement

Autoroutes du Maroc poursuit les négociations avec l'Etat pour la mise en place de son nouveau contrat-programme, attendu depuis 2016. La question du financement de l'élargissement du réseau autoroutier est au cœur des discussions. 

Autoroutes du Maroc: Le nouveau contrat programme bute sur le financement

Le 05 mars 2019 à 15:42

Modifié le 06 mars 2019 à 15:40

L’état d’avancement de l’élaboration du nouveau contrat programme entre l’Etat et Autoroutes du Maroc (ADM) a fait l'objet d’une réunion présidée par Abdelkader Amara et tenue, le lundi 4 mars, au siège du ministère de l’Economie et des Finances en présence de plusieurs hauts fonctionnaires dudit ministère.

« Le nouveau modèle de développement d'ADM prendra en considération l’endettement de l’entreprise, les perspectives d’élargissement du réseau autoroutier et les opportunités de faire participer des investisseurs institutionnels ou des acteurs privés », a écrit Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement et du Transport, sur sa page facebook.

Le nouveau contrat programme d’ADM est attendu depuis 2016, année au cours de laquelle le précédent contrat programme est arrivé à échéance. Il définira les engagements réciproques des deux parties (Etat et ADM) en vue d’asseoir les bases de la viabilité à moyen et long terme de la société pour lui permettre de faire face au programme d’investissement et aux charges d’exploitation induites par le programme autoroutier décidé par l’Etat .

Trois ans plus tard, il n’a toujours pas vu le jour. Quelles sont les raisons de ce retard ? « La nature du travail en cours explique pourquoi la mise en place du nouveau contrat programme prend beaucoup de temps », nous répond une source proche du dossier.

En fait, la situation financière d'ADM était critique avec un endettement de 40 milliards de DH en 2016 qu’il fallait assainir avant de conclure un nouveau contrat programme.

Le management a réussi à passer de 4 MMDH de déficit en 2016 à un bénéfice de 45 MDH en 2017 tout en opérant un reprofilage réussi de sa dette. Les résultats relatifs à l'année 2018 seront annoncés fin mars, nous apprend une source proche du dossier. 

Le financement, le nerf de la guerre

Sans pour autant dire qu’ADM est totalement sortie de la zone de danger, elle a nettement amélioré sa situation financière ce qui lui permet de mieux négocier son futur contrat programme.

La réunion du lundi 4 mars n’a pas abouti à un accord entre l’entreprise publique et l’Etat. « Il a été demandé à ADM de faire un travail supplémentaire notamment avec les équipes du ministère des Finances. Ce travail est en cours », nous confie notre source.

Le principal point qui focalise les débats c’est le financement. ADM gère son endettement actuel, mais d’autres dettes arriveront dans le futur pour financer l’ambitieux plan d’élargissement du réseau autoroutier.

Plusieurs projets sont en cours de réalisation, d’étude ou juste programmé :

- L’autoroute Tit Mellil-Berrechid, sur 29 km avec un coût de 1,5 milliard de DH (en cours de réalisation)

- L’autoroute continentale Casablanca-Rabat, sur 60 km avec un coût de 2,8 milliards de DH (les études sont en cours)

- L’autoroute Guercif-Nador, sur 77 km avec un coût de 900 MDH (les études sont terminées)

- Le triplement de l’autoroute de contournement de Casablanca, sur 31 km avec un coût de 850 MDH.

- Le triplement de l’autoroute Casablanca-Berrechid, sur 26 km avec un coût de 750 MDH.

- L’autoroute du nouveau port de Safi, sur 18,5 km avec un coût de 900 MDH.

- L’autoroute de contournement d’Agadir, sur 80 km avec un coût de 3,7 milliards de DH. 

Cela dit, l’entreprise publique ne peut pas compter sur l’Etat pour mettre la main à la poche.

« ADM doit répondre à deux questions : qu’est-ce qu’elle doit faire mais surtout comment le faire de manière pérenne sans recourir aux fonds de l’Etat alors que les besoins d'équipement du pays sont plus importants », confie notre source.  

Pour cela, les discussions autour de solutions ingénieuses et intelligentes pour répondre à cette problématique de financement sont à prendre au sérieux.  

« Nous sommes en train de faire un travail très scientifique afin d’éviter de tomber dans le même piège de la dette. C’est ce que nous faisons en collaboration avec le ministère des Finances. Ce dernier nous demande d’explorer plusieurs pistes de financement. Et pour ce faire nous devons nous asseoir avec plusieurs parties prenantes : le Trésor, les Impôts, les investisseurs, les caisses de retraite… », ajoute une source de ADM.

« Nous devons tenir des réunions avec tout ce beau monde, ainsi quand nous présenterons un plan de développement il sera accompagné d'un montage financier ficelé », ajoute-t-elle. 

Quid du PPP ? 

Le ministère de tutelle évoque, depuis quelques années déjà, le recours au partenariat public-privé pour répondre à cette problématique du financement des infrastructures autoroutières. 

Cette solution ne semble pas être au goût de ADM. Et pour cause. Cette option ouvre la voie à la concession et l’exploitation de tronçons autoroutiers par le privé, cassant ainsi le monopole de l’entreprise publique.

Et pour attirer les opérateurs privés qui devront investir d’importantes sommes, la rentabilité doit être au rendez-vous. Ce qui se traduit par la mise en concession de tronçons dont la rentabilité est assurée, privant ainsi ADM de rentrées financières. 

Ce sujet fait également partie des points centraux qui doivent être tranchés dans le cadre du nouveau contrat programme.

>> Lire aussi : Pas de concessions sur les autoroutes

Autoroutes du Maroc: le nouveau contrat programme bute sur le financement

Le 05 mars 2019 à16:13

Modifié le 06 mars 2019 à 15:40

Autoroutes du Maroc poursuit les négociations avec l'Etat pour la mise en place de son nouveau contrat-programme, attendu depuis 2016. La question du financement de l'élargissement du réseau autoroutier est au cœur des discussions. 

L’état d’avancement de l’élaboration du nouveau contrat programme entre l’Etat et Autoroutes du Maroc (ADM) a fait l'objet d’une réunion présidée par Abdelkader Amara et tenue, le lundi 4 mars, au siège du ministère de l’Economie et des Finances en présence de plusieurs hauts fonctionnaires dudit ministère.

« Le nouveau modèle de développement d'ADM prendra en considération l’endettement de l’entreprise, les perspectives d’élargissement du réseau autoroutier et les opportunités de faire participer des investisseurs institutionnels ou des acteurs privés », a écrit Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement et du Transport, sur sa page facebook.

Le nouveau contrat programme d’ADM est attendu depuis 2016, année au cours de laquelle le précédent contrat programme est arrivé à échéance. Il définira les engagements réciproques des deux parties (Etat et ADM) en vue d’asseoir les bases de la viabilité à moyen et long terme de la société pour lui permettre de faire face au programme d’investissement et aux charges d’exploitation induites par le programme autoroutier décidé par l’Etat .

Trois ans plus tard, il n’a toujours pas vu le jour. Quelles sont les raisons de ce retard ? « La nature du travail en cours explique pourquoi la mise en place du nouveau contrat programme prend beaucoup de temps », nous répond une source proche du dossier.

En fait, la situation financière d'ADM était critique avec un endettement de 40 milliards de DH en 2016 qu’il fallait assainir avant de conclure un nouveau contrat programme.

Le management a réussi à passer de 4 MMDH de déficit en 2016 à un bénéfice de 45 MDH en 2017 tout en opérant un reprofilage réussi de sa dette. Les résultats relatifs à l'année 2018 seront annoncés fin mars, nous apprend une source proche du dossier. 

Le financement, le nerf de la guerre

Sans pour autant dire qu’ADM est totalement sortie de la zone de danger, elle a nettement amélioré sa situation financière ce qui lui permet de mieux négocier son futur contrat programme.

La réunion du lundi 4 mars n’a pas abouti à un accord entre l’entreprise publique et l’Etat. « Il a été demandé à ADM de faire un travail supplémentaire notamment avec les équipes du ministère des Finances. Ce travail est en cours », nous confie notre source.

Le principal point qui focalise les débats c’est le financement. ADM gère son endettement actuel, mais d’autres dettes arriveront dans le futur pour financer l’ambitieux plan d’élargissement du réseau autoroutier.

Plusieurs projets sont en cours de réalisation, d’étude ou juste programmé :

- L’autoroute Tit Mellil-Berrechid, sur 29 km avec un coût de 1,5 milliard de DH (en cours de réalisation)

- L’autoroute continentale Casablanca-Rabat, sur 60 km avec un coût de 2,8 milliards de DH (les études sont en cours)

- L’autoroute Guercif-Nador, sur 77 km avec un coût de 900 MDH (les études sont terminées)

- Le triplement de l’autoroute de contournement de Casablanca, sur 31 km avec un coût de 850 MDH.

- Le triplement de l’autoroute Casablanca-Berrechid, sur 26 km avec un coût de 750 MDH.

- L’autoroute du nouveau port de Safi, sur 18,5 km avec un coût de 900 MDH.

- L’autoroute de contournement d’Agadir, sur 80 km avec un coût de 3,7 milliards de DH. 

Cela dit, l’entreprise publique ne peut pas compter sur l’Etat pour mettre la main à la poche.

« ADM doit répondre à deux questions : qu’est-ce qu’elle doit faire mais surtout comment le faire de manière pérenne sans recourir aux fonds de l’Etat alors que les besoins d'équipement du pays sont plus importants », confie notre source.  

Pour cela, les discussions autour de solutions ingénieuses et intelligentes pour répondre à cette problématique de financement sont à prendre au sérieux.  

« Nous sommes en train de faire un travail très scientifique afin d’éviter de tomber dans le même piège de la dette. C’est ce que nous faisons en collaboration avec le ministère des Finances. Ce dernier nous demande d’explorer plusieurs pistes de financement. Et pour ce faire nous devons nous asseoir avec plusieurs parties prenantes : le Trésor, les Impôts, les investisseurs, les caisses de retraite… », ajoute une source de ADM.

« Nous devons tenir des réunions avec tout ce beau monde, ainsi quand nous présenterons un plan de développement il sera accompagné d'un montage financier ficelé », ajoute-t-elle. 

Quid du PPP ? 

Le ministère de tutelle évoque, depuis quelques années déjà, le recours au partenariat public-privé pour répondre à cette problématique du financement des infrastructures autoroutières. 

Cette solution ne semble pas être au goût de ADM. Et pour cause. Cette option ouvre la voie à la concession et l’exploitation de tronçons autoroutiers par le privé, cassant ainsi le monopole de l’entreprise publique.

Et pour attirer les opérateurs privés qui devront investir d’importantes sommes, la rentabilité doit être au rendez-vous. Ce qui se traduit par la mise en concession de tronçons dont la rentabilité est assurée, privant ainsi ADM de rentrées financières. 

Ce sujet fait également partie des points centraux qui doivent être tranchés dans le cadre du nouveau contrat programme.

>> Lire aussi : Pas de concessions sur les autoroutes

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