Afrique du Sud: déblayer les décombres, apaiser les tensions raciales

(AFP)

Le 18 juillet 2021

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a assisté dimanche aux opérations de déblaiement après les violences et pillages de la semaine, alors que son gouvernement a mis en garde contre les justiciers responsables d’attiser des tensions raciales.

Les soutiens de l’ancien chef d’Etat Jacob Zuma, récemment emprisonné, sont accusés d’avoir fomenté le chaos des derniers jours, que le président a qualifié de tentative orchestrée de déstabiliser le pays.

Veste en cuir aux couleurs de l’ANC, « Cyril », comme beaucoup l’appellent ici, a déambulé dans un centre commercial dévasté de Soweto, immense township près de Johannesburg: « Il y a eu des manquements… Nous allons nous rassembler et faire un examen approprié » des événements récents, a-t-il déclaré aux caméras.

Les Sud-Africains célèbraient Mandela Day, en l’honneur du premier président de l’Afrique du Sud démocratique, une occasion de se retrousser les manches et consacrer du temps à des actions communautaires.

Le pays a été plongé dans la violence pendant plus d’une semaine, au moins 212 personnes y ont perdu la vie. Des pillards ont saccagé des centres commerciaux et des groupes non identifiés ont incendié usines et entrepôts et bloqué des routes stratégiques pour l’économie.

Les premiers incidents avaient éclaté après l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma, condamné à 15 mois de prison pour avoir refusé de témoigné devant une commission anticorruption.

– « Insurrection » –

Son procès pour corruption dans une affaire distincte de pots-de-vin vieille de plus de vingt ans doit reprendre lundi sous haute tension.

M. Ramaphosa est soumis à une pression croissante, car seul un des cerveaux présumés de ce que les autorités ont appelé une tentative d' »insurrection », qui a causé des dégâts estimés autour d’un milliard d’euros, a été arrêté.

Dans la province du KwaZulu-Natal (KZN, Est), la plus touchée, l’accès aux produits de première nécessité est devenu préoccupant dans les zones affectées car nombre de magasins ont été détruits, d’autres restent fermés.

Associations et simples citoyens se mobilisent pour nourrir les plus pauvres. Comme dans cette église de Durban, le grand port sur l’océan Indien, où des bénévoles empilaient pain et légumes frais à distribuer, a constaté l’AFP.

La chaîne alimentaire a été perturbée, entre routes bloquées et magasins vandalisés. Katlego Meso, producteur de légumes à une heure de Johannesburg, se retrouve ainsi avec 1,2 tonne de poivrons sur les bras. « Les routes ne sont pas sûres et le marché de gros m’a déconseillé de venir », raconte-t-il dimanche à l’AFP.

Le ministre de la police, Bheki Cele, a mis en garde contre les « actes d’autodéfense » après que des résidents de Phoenix, township proche de Durban où vivent principalement des Sud-Africains d’origine indienne, ont été accusés de s’en prendre violemment à leurs compatriotes noirs.

Une équipe dédiée de dix policiers va y être déployée pour enquêter sur la mort suspecte de vingt hommes dans cette banlieue cette semaine.

– Pollution chimique –

Plusieurs plages ont été fermées autour de Durban, en raison d’inquiétudes de pollution après le déversement d’un produit chimique issu d’une usine incendiée.

Une équipe de l’AFP a assisté à une opération de nettoyage de centaines de poissons morts, dans une rivière de la réserve naturelle du lagon d’Umhlanga.

Le secteur des affaires, notamment le tourisme qui représentait 7% du PIB avant le Covid, craint que les images de violences plombent la réputation de l’Afrique du Sud et freinent les investissements.

Des entreprises voudraient des garanties de sécurité de la part des autorités. « Le pire semble derrière nous mais nous avons toujours peur », a confié à l’AFP Zanele Khomo, de la Chambre de commerce et d’industrie de Durban.

« Le monde nous regarde avec sévérité sans doute, mais il faut rappeler que l’Afrique du Sud compte des tas de gens bien et des histoires formidables à raconter », a expliqué Siyanda Nxumalo, directrice d’école, en déblayant les décombres d’un centre commercial ravagé.

Le 18 juillet 2021

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