En Bulgarie, les mineurs de charbon se préparent à un « désastre »

(AFP)

Le 4 novembre 2021

Douze ans qu’il travaille dans une mine de charbon, située au « coeur énergétique » de la Bulgarie. Nikolay Dinev n’a que 34 ans mais il sait que sa carrière touche déjà à sa fin. Et après? C’est l’inconnue.

« Ce sera un désastre », prédit-il, arborant sa tenue de mineur fraîchement lavée en ce jour de congé.

Ce pays des Balkans, le plus pauvre de l’UE, est aussi l’un des plus dépendants au charbon.

Depuis son entrée dans l’Union en 2007, la Bulgarie a maintes fois tenté de repousser l’échéance mais face à l’urgence climatique, en débat actuellement à la COP26 de Glasgow (Ecosse), les mineurs ne se font guère d’illusions.

Ils ont bien protesté en octobre dans la capitale Sofia pour appeler à préserver un secteur qui emploie près de 30.000 personnes, mais le couperet est tombé.

Selon le plan de transition écologique présenté par le gouvernement pour satisfaire aux exigences du « pacte vert » bruxellois, la sortie du charbon se profile d’ici à 2040.

Cette source d’énergie contribue à une grande part des émissions de carbone dans le monde, ce qui en fait une menace majeure pour la limitation de la hausse des températures à +1,5°C.

« La fermeture est inévitable », confie à l’AFP le gaillard brun de 34 ans, aux abords du gigantesque complexe de Maritza-East (centre), qui fait vivre la région depuis des décennies.

Le gisement, découvert par un géologue français au milieu du 19e siècle, a ensuite été développé par des ingénieurs soviétiques.

Chaque jour, 12.000 salariés affluent pour s’affairer dans les mines à ciel ouvert et centrales électriques aux cheminées fumantes, qui produisent plus d’un tiers de l’énergie du pays.

– « J’irai à l’étranger » –

Ce que Nikolay Dinev déplore surtout, c’est « l’incertitude ».

« Certains disent qu’on perdra notre emploi dès 2026, d’autres en 2038 », explique-t-il, quand lui voudrait « retarder le processus de 30 ans »… Le temps d’arriver à l’âge de la retraite.

Il gardait espoir jusqu’à récemment encore et avait même entamé des études à distance dans une université minière et géologique pour monter en grade. Son objectif: « devenir chef d’équipe ».

Mais maintenant, il esquisse d’autres projets. « J’irai probablement à l’étranger », suggère le trentenaire, comme des millions d’autres Bulgares partis chercher meilleure fortune à l’Ouest après la fin du régime communiste en 1989.

Finalement il aurait peut-être dû rester soldat, profession qu’il a brièvement embrassée dans sa jeunesse avant de bifurquer vers les mines.

Comme son père, 31 ans de métier et dont la maison d’enfance a été engloutie par l’extension des gisements de charbon.

« J’ai démissionné de l’armée parce que je touchais 500 leva (255 euros) par mois, et ici on m’offrait le double. Je me dis que j’ai peut-être fait une erreur à ce moment-là », raconte-t-il.

Il gagne actuellement 1.500 leva pour 12 heures de travail par jour à réparer les outils, soit la rémunération moyenne en Bulgarie.

« C’est pas mal pour la région », estime-t-il.

– « Je veux avoir une idée claire » –

Avec ce pécule, il a bâti au fil des ans une maison pour ses parents, sa femme et sa fille de 10 ans, qu’il fait fièrement visiter.

Dans le grand jardin, ils cultivent des fruits et légumes, élèvent des poules et lapins. Son rêve d’une « grande piscine » attendra: « je la construirai quand on saura ce qu’il adviendra des mines ».

Au-delà de son cas personnel, il redoute l’impact dans une Bulgarie déjà saignée par la diaspora.

« Ce ne sont pas seulement les travailleurs de la mine, mais tous ceux qui en dépendent – même mon garagiste est inquiet », dit-il.

« La situation n’est pas rose », abonde, dans un euphémisme, Zhivko Demerdjiev, 40 ans et bientôt 20 ans d’expérience comme ingénieur électricien au sein du même complexe minier.

Lui aussi déplore le flou, l’absence de propositions concrètes des autorités sur la reconversion de la région. D’autant que son épouse travaille aussi pour les mines comme comptable.

Tous les jours, tous deux se lèvent aux aurores pour prendre le bus à 05H50 précises. Et sont les derniers à récupérer leurs trois filles le soir à l’école.

« Il y a un tas d’informations, des rumeurs. Nous ne savons pas ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas », se désole-t-il.

« Tout ce que je veux, c’est avoir une idée claire sur ce qui va se passer et savoir si je pourrai travailler après », résume-t-il.

Le 4 novembre 2021

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