Macédoine: manifestation propouvoir alors que l’opposition campe dans la rue

(AFP)

Le 18 mai 2015

L’opposition macédonienne poursuivait lundi ses manifestations réclamant la démission du Premier ministre accusé de corruption, mais les partisans du pouvoir s’apprêtaient à descendre dans la rue lundi pour soutenir Nikola Gruevski qui dirige cette ex-république yougoslave depuis neuf ans.

Sur le boulevard longeant le Parlement macédonien, dans le centre de Skopje, une grande scène était édifiée sur les lieux où M. Gruevski, qui cherche à obtenir un soutien populaire après la manifestation de l’opposition dimanche réunissant plus de 20.000 personnes, s’adressera dans la soirée à ses supporteurs attendus par milliers.

Au grand dam des habitants de la capitale, la circulation des véhicules était particulièrement difficile, deux boulevards du centre-ville étant bloqués en raison des manifestations du pouvoir et de l’opposition.

Pour l’analyste politique Alajdin Demiri, M. Gruevski entend avec son rassemblement « renforcer sa position au pouvoir. Si la manifestation est un succès, il continuera à gouverner de dépit de la réalité et des nouvelles circonstances ».

« Pour Gruevski, la notion de démission n’existe pas », estime l’expert, ajoutant que le Premier ministre est « un nationaliste qui dirige d’une main de fer tout en ayant parrainé une corruption inimaginable ».

Deux kilomètres plus loin, devant le bâtiment du gouvernement, une centaine de protestataires de l’opposition de gauche, répondant à l’appel de leur chef Zoran Zaev, poursuivaient dans une atmosphère bon enfant leur mouvement de contestation entamé dimanche soir.

Depuis, ils campent sur une pelouse au milieu des quatre voies du grand boulevard faisant face au bâtiment gouvernemental, afin de maintenir la pression sur M. Gruevski, accusé de corruption et d’écoutes illégales.

« Tout se déroule comme prévu: nous poursuivons notre mouvement jusqu’à la démission du gouvernement », a déclaré à l’AFP Petar Atanasov, un des organisateurs.

Dimanche, la manifestation de l’opposition a réuni Macédoniens mais aussi Albanais, les deux principales communautés du pays, qui réclament, hormis la démission de M. Gruevski, la mise en place d’un gouvernement de transition avec pour objectif d’organiser des élections législatives anticipées.

Mais M. Gruevski, qui a été reconduit au pouvoir pour un mandat de quatre ans lors des législatives anticipées d’avril 2014, a affirmé qu’il n’entendait aucunement démissionner et ajouté, sans avancer de preuves, que derrière l’opposition se cachaient des services secrets étrangers.

Il a néanmoins sacrifié trois proches collaborateurs mis en cause par l’opposition qui ont présenté leur démission.

– négociation sous parrainage international –

La Macédoine, ex-république yougoslave de 2,1 millions d’habitants, dont une majorité de Slaves et un quart d’Albanais, est en proie depuis le début de l’année à une grave crise politique opposant les principales formations slaves.

Le pouvoir accuse l’opposition d' »espionnage » et de vouloir « déstabiliser le pays ».

Lundi, les dirigeants des quatre principaux partis en Macédoine, pouvoir et opposition confondus, se sont réunis pour la deuxième fois depuis jeudi dernier pour tenter de résoudre la crise politique.

M. Gruevski – leader du parti au pouvoir (VMRO-DPNE)- , son allié au gouvernement Ali Ahmeti – chef du principal parti des Albanais de Macédoine (DUI) -, le chef du principal parti d’opposition de gauche macédonien (SDSM) Zoran Zaev et Menduh Thaçi – chef du principal parti d’opposition albanais (DPA) -, se sont entretenus en présence de l’ambassadeur des États-Unis en Macédoine et du chef de la mission de l’Union européenne.

« Nous nous rencontrerons demain à Strasbourg au Parlement européen. Si de nouvelles idées se présentent nous aurons un progrès », a déclaré M. Zaev à l’issue de l’entretien.

« Nous croyons au dialogue et demandons des garanties de la communauté internationale quant à la mise en œuvre de ce qui aura été convenu », a-t-il ajouté.

Une première réunion regroupant les principaux acteurs de la crise politique avait organisée sous pression internationale juste après les violences meurtrières les 9 et 10 mai entre forces de l’ordre macédoniennes et un commando d’origine albanaise à Kumanovo (nord) ayant fait 18 morts (dont huit policiers).

Le 18 mai 2015

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