Pérou: les Indiens Ashaninka toujours meurtris par les exactions du Sentier lumineux

(AFP)

Le 28 septembre 2021

Victimes de la folie meurtrière du Sentier lumineux dans les années 80, les Amérindiens Ashaninka dans l’Amazonie péruvienne saluent la crémation du chef historique de la guérilla maoïste Abimael Guzman, mais n’oublient pas les meurtres et les enrôlements de force.

David Barboza Vargas, le chef de la communauté Ashaninka d’Otari, un village du district de Pichari (centre-sud), a affronté les colonnes du Sentier lumineux avec des arcs et des flèches dans les années 80. Il se souvient des guérilleros comme d’une « maladie » qu’il ne veut « pas voir revenir ».

« Ils ont trahi nos peuples Ashaninka dans toute l’Amazonie », s’indigne le chef de 62 ans coiffé d’une couronne colorée de plumes de perroquet. Il se souvient des membres de sa communauté « tués par balles alors qu’ils couraient pour se réfugier dans la rivière ».

Dans son village, quelque 200 personnes vivent dans le dénuement, dans de rustiques maisons de bois aux toits en feuilles de palmier.

Il est situé dans la Vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro, qui fut entre 1980 et 2000, au plus fort du conflit, l’épicentre des affrontements entre militaires et rebelles.

Désormais, quelque 200 dissidents, que les autorités accusent d’être des alliés des trafiquants de drogue, se cachent toujours dans cette zone montagneuse et reculée, plus grande région productrice de coca du pays.

– « Holocauste » –

Les Ashaninka, qui vivent dans le centre et le sud-est du Pérou, constituent le plus grand des 65 groupes ethniques du pays.

Une quarantaine de communautés ashaninka a disparu lors du conflit interne péruvien et quelque 6.000 indigènes sont morts, soit un peu plus de 10% de leur population qui, en 1993, était estimée à 55.000 membres.

Selon les témoignages recueillis par la Commission vérité et réconciliation (CVR), qui a qualifié dans son rapport en 2003 d' »holocauste » le massacre des Ashaninka, le Sentier Lumineux a réduit nombre d’entre eux à l’esclavage. Les femmes étaient violées pour enfanter des « soldats ».

Selon cette même Commission, pendant les vingt ans de conflit, quelque 70.000 Péruviens sont morts et des milliers ont disparu, pris entre les feux des guérillas du Sentier Lumineux, du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (guévariste) et de l’armée.

Vendredi, l’incinération par les autorités du chef historique de la guérilla maoïste, Abimael Guzman, décédé en détention le 11 septembre à 86 ans, a clos ce sombre chapitre du terrorisme au Pérou.

– « Plus jamais » –

Le chef de la communauté Pitirinquini, Abel Casiano, a été enlevé en 1986 à l’âge de 16 ans, mais a réussi à s’échapper après deux ans de captivité.

« Les combattants disaient : +C’est le Parti communiste, c’est l’armée de guérilla. Allons nous battre et vaincre le gouvernement+ », se remémore-t-il auprès de l’AFP le visage peint, signe de son autorité.

Abel Casiano raconte comment des membres du Sentier Lumineux ont tué à l’arme blanche sa mère Victoria et ses frère et sœurs Sonia, Alicia, Norma et Simon.

« Des communautés ont disparu, et aujourd’hui encore nous ne savons pas ce qui est arrivé à nos frères et sœurs ashaninka », indique Reyna Barboza, vice-présidente de l’Organisation ashaninka de la rivière Apurimac (OARA).

Mme Barboza dit craindre encore aujourd’hui un retour de la violence de la guérilla maoïste après la fusillade menée en mai par des dissidents dans le village de San Miguel del Ene, également situé dans la vallée. Seize personnes ont été tuées, dont quatre enfants.

L’histoire des guérillas « est l’histoire de la mort de toute la famille du Pérou », estime Chayeki Tinkavo, 37 ans, président du comité d’autodéfense indigène Ashaninka et Mashiguenga.

« Dieu merci, nous sommes en vie. Nous voulons vivre en paix, en oeuvrant pour qu’il n’y ait plus jamais de meurtres », dit-il, arc et flèche en mains.

Le 28 septembre 2021

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