Aissa Derhem: L'objectif est de satisfaire les besoins en eau de 4.200 personnes

Selon Aissa Derham, fondateur de l'association Dar Si Hmad, des pilons servant à tenir les filets des capteurs de brouillard pourraient être produits au Maroc. Il ajoute que son organisation œuvre pour mettre en place 8.000 m² de ces filets dans la région de Sidi Ifni et ainsi satisfaire les besoins en eau d'environ 4.200 personnes.

Aissa Derhem: L'objectif est de satisfaire les besoins en eau de 4.200 personnes Aissa Darham avec les filets d'un capteur de brouillard. Source : CNews.

Le 17 janvier 2020 à 10:53

Modifié le 21 janvier 2020 à 01:24

Dar Si Hmad est l’organisation qui a implanté le projet de capteurs de brouillard au mont "Boutmezguida", près de Sidi Ifni. Ce même projet a gagné plusieurs prix, dont le "Energy Global Awards". Ces capteurs ont permis de satisfaire les besoins en eau de 16 villages et de plusieurs familles. Ces derniers payent 20 DH de contribution, 4 DH pour une tonne d'eau et consomment en général moins de 4 tonnes par mois.

Lors d’un entretien avec Aissa Derhem, ce dernier nous présente ses perspectives pour cette technique ainsi que les projets de son association.

- Médias24: Les capteurs de brouillard sont au Maroc, grâce à votre association, depuis 2015. Mais où sont-ils apparus pour la première fois ?

- L’histoire de la collecte du brouillard est ancienne et est apparue pour la première fois dans les Iles Canaries, où on collectait l’eau de brouillard grâce au "dragonnier", un arbre connu également sous le nom de "Agjgal" dans la région du Souss.

Au 20e siècle, la première expérience universitaire a été réalisée en Afrique du Sud suivie des expériences des météorologues canadiens dans les années 1980. Ces derniers ont créé la première forme de capteurs de brouillard qui a, ensuite, été lancé en 1992 à Chungungo au Chili avec environ 400m² de filets. 

Plus tard, la première ONG spécialisée dans la promotion et l’implantation des capteurs de brouillard a été créée sous le nom de "FogQuest".

Aujourd’hui, des projets de collecte de brouillard sont présents dans différents pays du monde: au Chili, au Pérou, en Californie, en Amérique centrale, en Ethiopie, en Tanzanie, en Erythrée, au Yémen, à Oman, au Népal et depuis 2015, au Maroc.

- Quelles sont les conditions pour réaliser ce projet ? Où peut-il être implanté au Maroc ?

- Pour avoir du brouillard exploitable, il faut un océan parcouru par un courant d’eau froid, un anticyclone (une zone fermée de hautes pressions atmosphériques) et être proche de la côte. A cause de la pression de l’anticyclone, la pluie est réduite au brouillard, qui est poussé par le vent vers les côtes. S'il n'est pas ramassé, alors il est perdu.

Actuellement les techniques d’exploitation concernent surtout le brouillard des montagnes, à partir de 800 m d’altitude. La région des Aït Baâmrane est propice, tout comme le front des montagnes de l’Anti Atlas face à l’Océan, le Haut Atlas occidental depuis Agadir jusqu’à Essaouira ainsi que les montagnes du Rif.

Dans la phase test, il faut noter la quantité d’eau récoltée tous les jours pendant un an. Cette dernière peut être nulle pendant certains jours. Dans les standards, une moyenne de 5 litre/m2/jours et plus est considérée comme suffisanteQuant à notre expérience à Boutmezguida, la moyenne obtenue sur 5 ans de test était de 10,5 litres/m2/jour, le double des moyennes chiliennes. Un excellent résultat dans une région où la pluie se fait très rare. 

- Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de la mise en place de ce projet ? 

- Nous avions eu un problème de filets lors de l’implantation, ils ne supportaient pas les vents très forts.

En termes de financement, nous sommes principalement financés par une fondation allemande (Wasserstiftung) pour mettre en place ce genre de projet qui nous a coûté 650.000 euros. L’acheminement des canalisations, en bas de notre projet, a été financé par le gouvernement marocain. Toutefois, à cause des carences du financement public qui est fait par tranches, l’eau n'a été délivrée dans les maisons des villageois qu’en 2015 alors que le projet était lancé en 2011.

Nous avons essayé d'implanter ce projet à Fnideq, où les conditions sont très favorables pour mettre en place des capteurs de brouillard. Toutefois, des investisseurs privés qui devaient prendre en charge le projet, nous ont laissé tomber au cours de la phase test...

Dans le cadre de notre programme Rise et notre programme Thrive (des programmes qui ont pour but d’accompagner des associations dans leur développement ainsi que d’offrir des formations à des étudiants dans le domaine du développement durable), les universités de la région n'ont jamais été réceptives quand on voulait offrir des opportunités à des étudiants. On pouvait leur permettre d’assister à des conférences ainsi que de faire part de programmes dans le domaine du développement durable, à notre charge. 

- Vous aviez parlé d’un deuxième projet au col voisin de Taloust, où en est-il ? Comptez-vous étendre ce projet dans d’autres régions ?

- En effet, le matériel est déjà en route. Nous attendons la livraison de l’équipement à fin janvier. Nous pensons que le projet serait opérationnel d’ici la fin de l’année 2020.

Par ailleurs, nous espérons construire dans les années à venir autour de 8.000 m2 de capteurs de brouillard, dans la même région de Sidi Ifni, pour un rendement moyen de 104 à 112 tonnes par jour et pour ainsi servir une population de 4.160 à 4.480 personnes. 

- Vous avez également un projet de ferme didactique, où en est il ? En quoi consiste-t-il concrètement ?

- L’essentiel de ce projet est déjà mis en place, nous travaillons sur l'aspect financier pour l'instant. Après avoir implanté le projet de capteurs dans la région de Sidi Ifni, nous voulons maintenant sensibiliser et accompagner quelques agriculteurs de la région en termes d’agriculture durable. Chose qui leur permettrait de protéger le sol ainsi que de produire mieux et plus. 

- Quelles sont vos perspectives pour cette technique ? 

- Cette même technologie est actuellement en cours d’implantation en Tanzanie, en Erythrée et en Amérique latine par nos partenaires allemands. Cette technique pourrait être appliquée dans d’autres pays africains, à savoir l’Afrique du Sud et la Namibie.

Nous comptons, dans le cadre d'un partenariat, fabriquer des pilons métalliques au Maroc. Ces derniers pourraient satisfaire notre besoin au niveau du pays mais aussi être exportés à l'étranger puisque nous faisons partie d’un réseau mondial d’utilisateurs de la technologie Cloud fisher.

Nous comptons également étendre le projet à d'autres régions du Maroc, à savoir la région du Souss et du Rif.

Nous avons construit un centre à Boutmezguida pour l’étude du brouillard (Ecole ethnographique) et déjà plusieurs thèses de doctorat et de maîtrise y ont été réalisées. Nous accueillons plusieurs étudiants anglophones et espérons pouvoir permettre à nos étudiants marocains de profiter des échanges dans d’autres pays.

Par ailleurs, des recherches concernant le brouillard côtier sont en cours, principalement au Chili. Ce brouillard est bien plus abondant que celui des montagnes. Mais ce dernier est très fin et ne peut être retenu par nos filets actuels. L’extraction d’eau à partir de brouillards côtiers permettrait de subvenir à d’importants besoins en eau au niveau mondial.

Aissa Darham avec les filets d'un capteur de brouillard. Source : CNews.

Aissa Derhem: L'objectif est de satisfaire les besoins en eau de 4.200 personnes

Le 17 janvier 2020 à12:34

Modifié le 21 janvier 2020 à 01:24

Selon Aissa Derham, fondateur de l'association Dar Si Hmad, des pilons servant à tenir les filets des capteurs de brouillard pourraient être produits au Maroc. Il ajoute que son organisation œuvre pour mettre en place 8.000 m² de ces filets dans la région de Sidi Ifni et ainsi satisfaire les besoins en eau d'environ 4.200 personnes.

Dar Si Hmad est l’organisation qui a implanté le projet de capteurs de brouillard au mont "Boutmezguida", près de Sidi Ifni. Ce même projet a gagné plusieurs prix, dont le "Energy Global Awards". Ces capteurs ont permis de satisfaire les besoins en eau de 16 villages et de plusieurs familles. Ces derniers payent 20 DH de contribution, 4 DH pour une tonne d'eau et consomment en général moins de 4 tonnes par mois.

Lors d’un entretien avec Aissa Derhem, ce dernier nous présente ses perspectives pour cette technique ainsi que les projets de son association.

- Médias24: Les capteurs de brouillard sont au Maroc, grâce à votre association, depuis 2015. Mais où sont-ils apparus pour la première fois ?

- L’histoire de la collecte du brouillard est ancienne et est apparue pour la première fois dans les Iles Canaries, où on collectait l’eau de brouillard grâce au "dragonnier", un arbre connu également sous le nom de "Agjgal" dans la région du Souss.

Au 20e siècle, la première expérience universitaire a été réalisée en Afrique du Sud suivie des expériences des météorologues canadiens dans les années 1980. Ces derniers ont créé la première forme de capteurs de brouillard qui a, ensuite, été lancé en 1992 à Chungungo au Chili avec environ 400m² de filets. 

Plus tard, la première ONG spécialisée dans la promotion et l’implantation des capteurs de brouillard a été créée sous le nom de "FogQuest".

Aujourd’hui, des projets de collecte de brouillard sont présents dans différents pays du monde: au Chili, au Pérou, en Californie, en Amérique centrale, en Ethiopie, en Tanzanie, en Erythrée, au Yémen, à Oman, au Népal et depuis 2015, au Maroc.

- Quelles sont les conditions pour réaliser ce projet ? Où peut-il être implanté au Maroc ?

- Pour avoir du brouillard exploitable, il faut un océan parcouru par un courant d’eau froid, un anticyclone (une zone fermée de hautes pressions atmosphériques) et être proche de la côte. A cause de la pression de l’anticyclone, la pluie est réduite au brouillard, qui est poussé par le vent vers les côtes. S'il n'est pas ramassé, alors il est perdu.

Actuellement les techniques d’exploitation concernent surtout le brouillard des montagnes, à partir de 800 m d’altitude. La région des Aït Baâmrane est propice, tout comme le front des montagnes de l’Anti Atlas face à l’Océan, le Haut Atlas occidental depuis Agadir jusqu’à Essaouira ainsi que les montagnes du Rif.

Dans la phase test, il faut noter la quantité d’eau récoltée tous les jours pendant un an. Cette dernière peut être nulle pendant certains jours. Dans les standards, une moyenne de 5 litre/m2/jours et plus est considérée comme suffisanteQuant à notre expérience à Boutmezguida, la moyenne obtenue sur 5 ans de test était de 10,5 litres/m2/jour, le double des moyennes chiliennes. Un excellent résultat dans une région où la pluie se fait très rare. 

- Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de la mise en place de ce projet ? 

- Nous avions eu un problème de filets lors de l’implantation, ils ne supportaient pas les vents très forts.

En termes de financement, nous sommes principalement financés par une fondation allemande (Wasserstiftung) pour mettre en place ce genre de projet qui nous a coûté 650.000 euros. L’acheminement des canalisations, en bas de notre projet, a été financé par le gouvernement marocain. Toutefois, à cause des carences du financement public qui est fait par tranches, l’eau n'a été délivrée dans les maisons des villageois qu’en 2015 alors que le projet était lancé en 2011.

Nous avons essayé d'implanter ce projet à Fnideq, où les conditions sont très favorables pour mettre en place des capteurs de brouillard. Toutefois, des investisseurs privés qui devaient prendre en charge le projet, nous ont laissé tomber au cours de la phase test...

Dans le cadre de notre programme Rise et notre programme Thrive (des programmes qui ont pour but d’accompagner des associations dans leur développement ainsi que d’offrir des formations à des étudiants dans le domaine du développement durable), les universités de la région n'ont jamais été réceptives quand on voulait offrir des opportunités à des étudiants. On pouvait leur permettre d’assister à des conférences ainsi que de faire part de programmes dans le domaine du développement durable, à notre charge. 

- Vous aviez parlé d’un deuxième projet au col voisin de Taloust, où en est-il ? Comptez-vous étendre ce projet dans d’autres régions ?

- En effet, le matériel est déjà en route. Nous attendons la livraison de l’équipement à fin janvier. Nous pensons que le projet serait opérationnel d’ici la fin de l’année 2020.

Par ailleurs, nous espérons construire dans les années à venir autour de 8.000 m2 de capteurs de brouillard, dans la même région de Sidi Ifni, pour un rendement moyen de 104 à 112 tonnes par jour et pour ainsi servir une population de 4.160 à 4.480 personnes. 

- Vous avez également un projet de ferme didactique, où en est il ? En quoi consiste-t-il concrètement ?

- L’essentiel de ce projet est déjà mis en place, nous travaillons sur l'aspect financier pour l'instant. Après avoir implanté le projet de capteurs dans la région de Sidi Ifni, nous voulons maintenant sensibiliser et accompagner quelques agriculteurs de la région en termes d’agriculture durable. Chose qui leur permettrait de protéger le sol ainsi que de produire mieux et plus. 

- Quelles sont vos perspectives pour cette technique ? 

- Cette même technologie est actuellement en cours d’implantation en Tanzanie, en Erythrée et en Amérique latine par nos partenaires allemands. Cette technique pourrait être appliquée dans d’autres pays africains, à savoir l’Afrique du Sud et la Namibie.

Nous comptons, dans le cadre d'un partenariat, fabriquer des pilons métalliques au Maroc. Ces derniers pourraient satisfaire notre besoin au niveau du pays mais aussi être exportés à l'étranger puisque nous faisons partie d’un réseau mondial d’utilisateurs de la technologie Cloud fisher.

Nous comptons également étendre le projet à d'autres régions du Maroc, à savoir la région du Souss et du Rif.

Nous avons construit un centre à Boutmezguida pour l’étude du brouillard (Ecole ethnographique) et déjà plusieurs thèses de doctorat et de maîtrise y ont été réalisées. Nous accueillons plusieurs étudiants anglophones et espérons pouvoir permettre à nos étudiants marocains de profiter des échanges dans d’autres pays.

Par ailleurs, des recherches concernant le brouillard côtier sont en cours, principalement au Chili. Ce brouillard est bien plus abondant que celui des montagnes. Mais ce dernier est très fin et ne peut être retenu par nos filets actuels. L’extraction d’eau à partir de brouillards côtiers permettrait de subvenir à d’importants besoins en eau au niveau mondial.

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