ALE Maroc-Turquie : Karim Tazi annonce la position officielle de la CGEM

ENTRETIEN. Le président de la commission de l'environnement des affaires de la CGEM, Karim Tazi, revient pour Médias24 sur le sujet du moment, la révision de l'Accord de libre-échange (ALE) Maroc-Turquie. Voici la position officielle de la CGEM sur la question.

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ALE Maroc-Turquie : Karim Tazi annonce la position officielle de la CGEM Karim Tazi, président de la commission environnement des affaires à la CGEM

Le 21 février 2020 à 19:54

Modifié le 23 février 2020 à 18:55

La révision de l'Accord de libre-échange Maroc-Turquie déchaine les passions et préoccupe l'opinion publique. Les différents secteurs productifs marocains touchés par la concurrence turque depuis des années se faisaient discrets et essayaient de traiter la problématique d'un point de vue sectoriel. Le dernier en date à monter au créneau est le secteur textile.

La problématique a pris un nouveau tournant quand Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie et du Commerce a pris la décision, courageuse sur le plan politique, de pousser vers la révision de cet accord qui pénalise l'économie marocaine et creuse le déficit de la balance commerciale du pays.

L'accord est actuellement en cours de révision. C'est le gouvernement et le ministre de tutelle qui portent le dossier, en l'absence de communication officielle des opérateurs ou fédérations. Hormis la sidérurgie et le textile, les autres fédérations touchées commencent à peine à prendre la parole. 

La CGEM, quant à elle, était prise par ses affaires internes notamment les élections de la nouvelle équipe dirigeante. Maintenant que l'équipe est au complet et que les instances dirigeantes sont opérationnelles, le patronat brise le silence à travers le président de la commission environnement des affaires, Karim Tazi. Ce dernier nous livre dans cette première sortie de la CGEM sur la question, la position officielle du patronat. 

- Médias24. Quelle est la position de la CGEM sur ce débat autour de la révision de l'ALE Maroc-Turquie ?

- Karim Tazi. La CGEM n'aurait pas fait de sortie si l'ensemble de ses fédérations n'étaient pas alignées sur l'idée que cet accord a un impact extrêmement négatif sur l'économie marocaine. Dans cet ALE, nous sommes relativement équilibrés sur le secteur de l'automobile, excédentaires sur le phosphate, et sur l'ensemble des secteurs restants nous sommes déficitaires. Mais c'est le trend qui est le plus inquiétant. Cela fait des années que le déficit se creuse en leur faveur. Jusqu'à quand ? 

La position de la CGEM sur ce sujet est très claire, c'est celle de l'ensemble de ses fédérations. Le Maroc s'est inscrit dans la chaine de valeur mondiale, cela ne doit pas changer, nous devons continuer notre dynamique d'ouverture. Cela dit, cette dynamique d'ouverture doit être intelligente et réfléchie.

Et à chaque fois que l'ouverture conduit à des accords "Win-Lose" comme c'est le cas avec la Turquie, il doit y avoir une stratégie de révision, qui est permise par les dits accords.

La position de la CGEM n'est pas viscéralement protectionniste, mais quand une valeur ajoutée socio-économique (emplois et entreprises) est détruite par un accord visiblement déséquilibré, là on dit qu'il faut réviser. Et c'est l'ensemble des acteurs, des fédérations et la CGEM qui sont alignés sur ce point.

- La révision est aujourd'hui actée puisque le processus est enclenché. La CGEM est-elle impliquée dans ce processus ? 

- Oui, nous le sommes à travers nos fédérations. Ce n'est même pas un souhait de notre part, c'est une obligation. On ne peut pas parler de secteurs concernés sans qu'ils soient associés aux discussions. Les fédérations sont directement engagées, chacune selon sa ligne de défense, assistées par la CGEM.

- Avez-vous une vision concrète sur ce qui doit être révisé ?

- Il y a une certaine complexité technique qui empêche que l'on puisse ici répondre exhaustivement à cette question. 

D'abord, il y a une complexité au niveau des règles de l'OMC. Rien que pour mettre en place une mesure de sauvegarde, il faut remplir plusieurs conditions et prouver le préjudice subi, ainsi de suite...

Il y a aussi une complexité technique liée à la politique des subventions de certains pays, autres que la Turquie. Certaines subventions sont acceptées ou tolérées par l'OMC, d'autres, cachées, ne le sont pas.

Une autre complexité réside, cette fois-ci, dans les spécificités de chaque secteur. La CGEM ne peut pas se substituer aux fédérations. Chacune doit avoir sa ligne de défense. 

Si on prend le secteur agricole, par exemple, le monde rural et l'agriculture sont une priorité pour tous les Marocains. Donc l'amont agricole doit être préservé tout en trouvant des équilibres pour avoir également une industrie agroalimentaire compétitive.

Ce n'est pas le cas si on prend d'autres secteurs qui, eux, ont besoin d'intrants compétitifs pour améliorer leur offre et sur lesquels on doit déprotéger l'amont et protéger l'aval. C'est le cas, à titre d'exemple, du textile qui doit améliorer son offre, il a donc besoin d'intrants tout en protégeant là où il y a le plus d'emplois et de valeur ajoutée. Tous les secteurs n'ont pas les mêmes intérêts. 

Par ailleurs, et en sus des priorités de chaque secteur, la CGEM porte de grands principes. Le premier est de toujours s'inscrire dans la chaine de valeur mondiale. Le deuxième est d'arbitrer en faveur de la valeur ajoutée socio-économique locale, là où elle réside. 

- Comment décrivez-vous le climat dans lequel se passent ces négociations ? 

- La CGEM ne peut s'exprimer que sur l'aspect socio-économique de ce dossier. Maintenant, je trouve à titre personnel, et cela n'engage que moi, que le débat a pris des proportions politiques qui dépassent l'enjeu socio-économique. C'est d'abord et avant tout, un problème d'emplois.

Les Turcs ont depuis longtemps bien préparé le terrain au Maroc sur les plans culturel et politique. S'ils ont toujours été bien préparés, depuis les premières négociations de l'ALE qui, faut-il le rappeler, était voulu par le Maroc, c'est à nous maintenant de bien nous préparer et de parler d'une même voix, acteurs économiques et pouvoirs publics. C'est notre capacité à nous préparer, à bien nous entourer, à discuter sur les bons sujets qui fera la différence. 

- L'enjeu est donc dans la préparation et la maîtrise des dossiers. Comment vous êtes-vous préparés ?

- Les opérateurs étaient tellement affectés que nous nous sommes bien préparés. Et la meilleure préparation, en dehors de l'accompagnement par des cabinets spécialisés, c'est la détermination, avoir une ligne claire, savoir ce que l'on veut faire de notre secteur productif. 

- La révision de l'ALE peut-elle résoudre réellement le problème des déséquilibres ? 

- Il ne faut pas se leurrer, ces mesures sont nécessaires mais insuffisantes. Nous ne voulons pas rentrer dans le débat stérile de dire faut-il faire la mise à niveau ou la protection. Ce sont les deux qu'il faut et dans le bon équilibre.

Sachant, qu'encore une fois, nous ne cherchons pas à instaurer une politique protectionniste, nous voulons protéger la valeur ajoutée tout en accélérant la dynamique de mise à niveau. 

A travers cette action et d'autres, la CGEM porte une mission importante : rendre à nouveau le secteur productif formel attractif. Et pour cela, on commence par enlever les premiers obstacles.

- Le déficit de l'ALE est également dû au fait que les exportations marocaines vers la Turquie sont limitées...

- Dire que notre économie est aussi forte que celle de la Turquie serait un mensonge. Mais dire que nous n'avons pas d'offre exportable serait aussi un mensonge. Nous sommes compétitifs à l'export dans plusieurs industries et nous arrivons à nous positionner sur de nombreux marchés, sauf en Turquie, il faut alors se poser des questions. 

Il n'y a pas que les Marocains qui n'ont pas réussi à percer le marché turc, de grandes enseignes internationales qui sont des concurrents frontaux des opérateurs turcs ont eu des difficultés, sauf quand ils produisaient de grandes quantités en Turquie.

C'est un secret de polichinelle de dire que la Turquie est un champion des barrières non tarifaires, ou du patriotisme économique. La Turquie a cette logique de rester sur la chaine de valeur mondiale tout en choisissant sa bataille sur des produits spécifiques. Il y a une cohérence des politiques publiques turques avec le secteur privé pour soutenir le secteur productif. 

- Qu'en sera-il des autres ALE dans lesquels le Maroc est également déficitaire ?

- Notre analyse en tant que CGEM est toujours froide. Nous n'avons aucun a priori sur la Turquie ni un autre pays. Nous regardons les secteurs sur lesquels nous avons un savoir-faire historique et un potentiel de marché. Et quand ces secteurs sont attaqués et deviennent vulnérables, on doit réagir, peu importe l'ALE en question.

Il faut renégocier, chaque fois qu'il est nécessaire, ce qui n'arrange pas le Maroc dans tous les accords. C'est ce que font les autres pays sachant que c'est une possibilité qu'offrent les mécanismes des ALE et les règles de l'OMC. 

Karim Tazi, président de la commission environnement des affaires à la CGEM

ALE Maroc-Turquie : Karim Tazi annonce la position officielle de la CGEM

Le 21 février 2020 à20:03

Modifié le 23 février 2020 à 18:55

ENTRETIEN. Le président de la commission de l'environnement des affaires de la CGEM, Karim Tazi, revient pour Médias24 sur le sujet du moment, la révision de l'Accord de libre-échange (ALE) Maroc-Turquie. Voici la position officielle de la CGEM sur la question.

La révision de l'Accord de libre-échange Maroc-Turquie déchaine les passions et préoccupe l'opinion publique. Les différents secteurs productifs marocains touchés par la concurrence turque depuis des années se faisaient discrets et essayaient de traiter la problématique d'un point de vue sectoriel. Le dernier en date à monter au créneau est le secteur textile.

La problématique a pris un nouveau tournant quand Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie et du Commerce a pris la décision, courageuse sur le plan politique, de pousser vers la révision de cet accord qui pénalise l'économie marocaine et creuse le déficit de la balance commerciale du pays.

L'accord est actuellement en cours de révision. C'est le gouvernement et le ministre de tutelle qui portent le dossier, en l'absence de communication officielle des opérateurs ou fédérations. Hormis la sidérurgie et le textile, les autres fédérations touchées commencent à peine à prendre la parole. 

La CGEM, quant à elle, était prise par ses affaires internes notamment les élections de la nouvelle équipe dirigeante. Maintenant que l'équipe est au complet et que les instances dirigeantes sont opérationnelles, le patronat brise le silence à travers le président de la commission environnement des affaires, Karim Tazi. Ce dernier nous livre dans cette première sortie de la CGEM sur la question, la position officielle du patronat. 

- Médias24. Quelle est la position de la CGEM sur ce débat autour de la révision de l'ALE Maroc-Turquie ?

- Karim Tazi. La CGEM n'aurait pas fait de sortie si l'ensemble de ses fédérations n'étaient pas alignées sur l'idée que cet accord a un impact extrêmement négatif sur l'économie marocaine. Dans cet ALE, nous sommes relativement équilibrés sur le secteur de l'automobile, excédentaires sur le phosphate, et sur l'ensemble des secteurs restants nous sommes déficitaires. Mais c'est le trend qui est le plus inquiétant. Cela fait des années que le déficit se creuse en leur faveur. Jusqu'à quand ? 

La position de la CGEM sur ce sujet est très claire, c'est celle de l'ensemble de ses fédérations. Le Maroc s'est inscrit dans la chaine de valeur mondiale, cela ne doit pas changer, nous devons continuer notre dynamique d'ouverture. Cela dit, cette dynamique d'ouverture doit être intelligente et réfléchie.

Et à chaque fois que l'ouverture conduit à des accords "Win-Lose" comme c'est le cas avec la Turquie, il doit y avoir une stratégie de révision, qui est permise par les dits accords.

La position de la CGEM n'est pas viscéralement protectionniste, mais quand une valeur ajoutée socio-économique (emplois et entreprises) est détruite par un accord visiblement déséquilibré, là on dit qu'il faut réviser. Et c'est l'ensemble des acteurs, des fédérations et la CGEM qui sont alignés sur ce point.

- La révision est aujourd'hui actée puisque le processus est enclenché. La CGEM est-elle impliquée dans ce processus ? 

- Oui, nous le sommes à travers nos fédérations. Ce n'est même pas un souhait de notre part, c'est une obligation. On ne peut pas parler de secteurs concernés sans qu'ils soient associés aux discussions. Les fédérations sont directement engagées, chacune selon sa ligne de défense, assistées par la CGEM.

- Avez-vous une vision concrète sur ce qui doit être révisé ?

- Il y a une certaine complexité technique qui empêche que l'on puisse ici répondre exhaustivement à cette question. 

D'abord, il y a une complexité au niveau des règles de l'OMC. Rien que pour mettre en place une mesure de sauvegarde, il faut remplir plusieurs conditions et prouver le préjudice subi, ainsi de suite...

Il y a aussi une complexité technique liée à la politique des subventions de certains pays, autres que la Turquie. Certaines subventions sont acceptées ou tolérées par l'OMC, d'autres, cachées, ne le sont pas.

Une autre complexité réside, cette fois-ci, dans les spécificités de chaque secteur. La CGEM ne peut pas se substituer aux fédérations. Chacune doit avoir sa ligne de défense. 

Si on prend le secteur agricole, par exemple, le monde rural et l'agriculture sont une priorité pour tous les Marocains. Donc l'amont agricole doit être préservé tout en trouvant des équilibres pour avoir également une industrie agroalimentaire compétitive.

Ce n'est pas le cas si on prend d'autres secteurs qui, eux, ont besoin d'intrants compétitifs pour améliorer leur offre et sur lesquels on doit déprotéger l'amont et protéger l'aval. C'est le cas, à titre d'exemple, du textile qui doit améliorer son offre, il a donc besoin d'intrants tout en protégeant là où il y a le plus d'emplois et de valeur ajoutée. Tous les secteurs n'ont pas les mêmes intérêts. 

Par ailleurs, et en sus des priorités de chaque secteur, la CGEM porte de grands principes. Le premier est de toujours s'inscrire dans la chaine de valeur mondiale. Le deuxième est d'arbitrer en faveur de la valeur ajoutée socio-économique locale, là où elle réside. 

- Comment décrivez-vous le climat dans lequel se passent ces négociations ? 

- La CGEM ne peut s'exprimer que sur l'aspect socio-économique de ce dossier. Maintenant, je trouve à titre personnel, et cela n'engage que moi, que le débat a pris des proportions politiques qui dépassent l'enjeu socio-économique. C'est d'abord et avant tout, un problème d'emplois.

Les Turcs ont depuis longtemps bien préparé le terrain au Maroc sur les plans culturel et politique. S'ils ont toujours été bien préparés, depuis les premières négociations de l'ALE qui, faut-il le rappeler, était voulu par le Maroc, c'est à nous maintenant de bien nous préparer et de parler d'une même voix, acteurs économiques et pouvoirs publics. C'est notre capacité à nous préparer, à bien nous entourer, à discuter sur les bons sujets qui fera la différence. 

- L'enjeu est donc dans la préparation et la maîtrise des dossiers. Comment vous êtes-vous préparés ?

- Les opérateurs étaient tellement affectés que nous nous sommes bien préparés. Et la meilleure préparation, en dehors de l'accompagnement par des cabinets spécialisés, c'est la détermination, avoir une ligne claire, savoir ce que l'on veut faire de notre secteur productif. 

- La révision de l'ALE peut-elle résoudre réellement le problème des déséquilibres ? 

- Il ne faut pas se leurrer, ces mesures sont nécessaires mais insuffisantes. Nous ne voulons pas rentrer dans le débat stérile de dire faut-il faire la mise à niveau ou la protection. Ce sont les deux qu'il faut et dans le bon équilibre.

Sachant, qu'encore une fois, nous ne cherchons pas à instaurer une politique protectionniste, nous voulons protéger la valeur ajoutée tout en accélérant la dynamique de mise à niveau. 

A travers cette action et d'autres, la CGEM porte une mission importante : rendre à nouveau le secteur productif formel attractif. Et pour cela, on commence par enlever les premiers obstacles.

- Le déficit de l'ALE est également dû au fait que les exportations marocaines vers la Turquie sont limitées...

- Dire que notre économie est aussi forte que celle de la Turquie serait un mensonge. Mais dire que nous n'avons pas d'offre exportable serait aussi un mensonge. Nous sommes compétitifs à l'export dans plusieurs industries et nous arrivons à nous positionner sur de nombreux marchés, sauf en Turquie, il faut alors se poser des questions. 

Il n'y a pas que les Marocains qui n'ont pas réussi à percer le marché turc, de grandes enseignes internationales qui sont des concurrents frontaux des opérateurs turcs ont eu des difficultés, sauf quand ils produisaient de grandes quantités en Turquie.

C'est un secret de polichinelle de dire que la Turquie est un champion des barrières non tarifaires, ou du patriotisme économique. La Turquie a cette logique de rester sur la chaine de valeur mondiale tout en choisissant sa bataille sur des produits spécifiques. Il y a une cohérence des politiques publiques turques avec le secteur privé pour soutenir le secteur productif. 

- Qu'en sera-il des autres ALE dans lesquels le Maroc est également déficitaire ?

- Notre analyse en tant que CGEM est toujours froide. Nous n'avons aucun a priori sur la Turquie ni un autre pays. Nous regardons les secteurs sur lesquels nous avons un savoir-faire historique et un potentiel de marché. Et quand ces secteurs sont attaqués et deviennent vulnérables, on doit réagir, peu importe l'ALE en question.

Il faut renégocier, chaque fois qu'il est nécessaire, ce qui n'arrange pas le Maroc dans tous les accords. C'est ce que font les autres pays sachant que c'est une possibilité qu'offrent les mécanismes des ALE et les règles de l'OMC. 

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