Ali Bouabid

Chercheur et délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid.

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La stratégie de déconfinement doit donner lieu à un vrai débat préalable

La stratégie de déconfinement doit donner lieu à un vrai débat préalable

Le 17 mai 2020 à 09:52

Modifié le 17 mai 2020 à 11:10

PAR ALI BOUABID. Le Chef du gouvernement Saâdeddine Elotmani, fera un exposé ce lundi à 13H devant les deux chambres réunies pour la circonstance, au sujet de la stratégie de confinement après le 20 mai. Ali Bouabid explique pourquoi un vrai débat stratégique est nécessaire.

Placés sous le même mot d’ordre de préservation de l’ordre collectif, le confinement et le déconfinement n’en poursuivent pas moins des objectifs prioritaires différents. Protection de la société par la maîtrise de la propagation du virus d’un côté, remise du pays en ordre de marche par la relance de l’économie de l’autre côté.

Compte tenu de l’importance des enjeux, l’évolution dans les priorités est rendue incontournable. Elle appelle du même coup une inflexion dans la doctrine qui devrait faire l’objet d’un vrai débat public préalable. Et parce que le sujet suscite comme jamais l’intérêt d’une opinion ébranlée dans son quotidien et inquiète sur son avenir, le momentum du déconfinement offre une occasion inespérée au gouvernement de faire la démonstration qu’en période d’incertitude, c’est par la délibération que surgit l’intelligence collective.

Il est dans la nature des événements qui engagent des enjeux vitaux, comme celui que nous vivons, de revêtir une dimension proprement politique. Le régime d’exception dans lequel la présente crise nous installe, donne à voir l’épaisseur de cette dimension. Si cette dernière se lit dans la somme des décisions prises pour organiser la réaction à la crise, elle ne se comprend réellement que dans les options stratégiques, explicites ou non, qui la sous-tendent. Ce sont en effet ces options qui donnent de l’intelligibilité aux décisions engagées. Elles sont cruciales pour saisir la teneur du parti-pris stratégique et l’évolution sur les deux phases de confinement et de déconfinement.

Sur ce plan, on observe que tous les dispositifs de riposte à la crise Covid 19 ont opéré une combinaison entre trois paramètres clés : la place plus ou moins discriminante accordée à la santé des populations, l’activité économique, et les libertés individuelles et collectives.

Les arbitrages politiques rendus dans la pondération/priorisation de ces paramètres ont pour effet de dessiner un équilibre évolutif, mais dont les lignes de force fixent la doctrine d’intervention.

L’exercice est néanmoins soumis à une double contrainte. Il est d’abord contraint par le fait qu’on ne peut concilier et satisfaire aux trois paramètres dans des proportions équivalentes. Il faut donc opérer des choix.

Il est ensuite contraint par le très haut degré d’incertitude dans lequel cette crise se déploie. Qu’il s’agisse de l’origine du virus, des modalités de sa transmission, des traitements efficaces, de la survenue d’une deuxième vague, comme des perspectives de sortie ; tout semble se passer comme si la vérité d’un jour pouvait être sinon démentie du moins relativisée quelques jours plus tard !

Dans cette configuration inédite nous ne disposons de surcroît d’aucun précédent sur lesquels nous appuyer. Nous devons procéder par hypothèses que la logique évolutive et fuyante de la crise soumet à des réévaluations permanentes. Pourtant, ce sont bien ces hypothèses avec leur part de fragilité et de risques qui éclairent nos choix. Tel est le fond de l’air ambiant, avec paradoxalement comme seule certitude, des lendemains qui s’annoncent très rudes.

Le parti-pris stratégique dans la phase de confinement a conduit à privilégier les enjeux sanitaires au détriment de l’activité et des libertés

Au Maroc, le dispositif mis en place a pour l’heure consisté à faire prévaloir les enjeux de protection sanitaire sur l’économie et les libertés. Il s’est avéré à la fois juste et louable dans son opportunité et ses finalités mais aussi largement contraint par les circonstances.  

Juste et humainement louable, car il a permis de sauver des vies en contenant l’expansion de la pandémie moyennant cependant le parti-pris, qui consiste à stopper des pans entiers de l’activité et de confiner le plus grand nombre pour sauver un nombre relativement limité de personnes.

Les historiens nous rappellent que les épidémies conduisaient souvent les dirigeants à sacrifier une minorité pour sauver la majorité. Cette fois-ci, on peut à posteriori convenir que nous avons d’une certaine manière fait le choix inverse : celui de sacrifier le sort matériel du plus grand nombre pour sauver une minorité. Et le mot sacrifice n’est sans doute pas démesuré quand on songe aux seuls effets sociaux induits par le confinement.

Mais ce choix était aussi contraint. Il a permis de gagner du temps, pour éviter la mise à l’épreuve tant redoutée d’un secteur hospitalier public défaillant. Ce faisant, le Maroc n’aura en définitive dans cette première séquence que mené de manière judicieuse la politique de ses moyens. Enfin, le choix du confinement était sans doute aussi suggéré par les stratégies mises en place par nos voisins du nord et du sud.

Toutefois, la distance nécessaire qu’exige l’appréciation des choix opérés dans la phase de confinement peut légitimement nourrir a posteriori la question de savoir si, les ressorts naturels de la peur et de l’incertitude face à l’imprévisible et à l’inconnu de la menace, ne nous ont pas amenés à surdimensionner notre réaction au plan sanitaire pour compenser le sous dimensionnement de nos infrastructures de soins ? Cette question n’a ici d’intérêt que dans la perspective du déconfinement.

Le déconfinement doit conduire à réagencer les priorités

Pour les besoins du propos qui suit, on retiendra deux aspects que la séquence du confinement nous aura révélés.

D’une part, que la marche de l’économie est indissociable de la santé des populations, à la fois comme bien commun pour produire de la richesse et distribuer des revenus, mais aussi comme enjeu de sécurité nationale.

D’autre part, que toute propension à absolutiser le risque sanitaire se paie déjà et se paiera d’un tribut très lourd, que ne semble plus justifier l’ampleur relative de l’épidémie qui, en tout état de cause, mérite d’être mis en balance avec les « dégâts » évités.

A présent et après deux mois, le confinement est en passe d’épuiser ses effets. Il est désormais intenable. Pour répondre à l’urgence du déconfinement et aux nouveaux objectifs qu’il vise, le Maroc sera conduit à réagencer ses priorités.

Dans cette perspective, il importe d’explorer l’hypothèse d’une inflexion nécessaire tant au plan de la doctrine que dans la méthode politique.

Au plan de la doctrine, l’enjeu consiste à redéfinir l’articulation entre sécurité sanitaire et relance impérieuse de l’activité économique. Il ne s’agit plus de sacrifier l’un à l’autre comme la phase de confinement nous y a contraints. Mais de faire en sorte qu’ils se supportent mutuellement dans un équilibre mieux ajusté où les mesures sanitaires de tous ordres sont massivement mises au service d’un projet de relance de l’activité, modulé et progressif par secteur et par territoire.

Ainsi et à la préservation de l’ordre collectif qui, dans la phase de confinement a justifié la prévalence des impératifs de sécurité sanitaire, devrait succéder dans la phase de déconfinement, la prise en charge du même enjeu vital mais dorénavant ordonné autour de l’impératif de cohésion sociale par une relance de l’activité. C’est un nouvel équilibre à la fois plus subtil et plus complexe qu’il faut construire entre les trois paramètres cités, pour appréhender la préservation dans l’urgence d’une cohésion sociale très largement fragilisée.

Notons que si la levée du confinement va entraîner une augmentation du nombre de contacts, le port obligatoire du masque et les tests massifs notamment, doivent permettre de limiter l’augmentation du nombre de malades. C’est pourquoi il convient d’explorer en toute rigueur l’hypothèse forte d’une substitution d’un risque par un autre et se réorganiser en conséquence.

La stratégie de déconfinement parce qu’elle intéresse l’opinion mérite plus qu’un débat formel et expéditif

Le deuxième enjeu touche au portage politique de la stratégie de déconfinement qui sera adoptée et de ses implications. Jusque-là et dans son volet sanitaire, la riposte des pouvoirs publics a recueilli un large consensus sans réelle délibération préalable. L’impulsion royale a permis dissiper quelque peu le climat de méfiance qui prévalait, favorisant une unité nationale qui a débordé les rangs des seules assemblées électives.

Mais la riposte sous le régime d’exception a aussi montré que l’Etat ne savait être efficace, qu’en suspendant l’ordinaire des règles qu’il s’est lui-même données, et en sacrifiant au passage, la part de délibération consubstantielle à un contrôle démocratique de la décision. Le parlement dans cette première phase a revêtu les allures peu glorieuses de greffier du gouvernement.

La question est à présent de savoir si la stratégie de déconfinement dans son volet sanitaire doit être ou non placée sous les mêmes auspices ? Il va sans dire que dans un cas comme dans l’autre, les conséquences en terme de responsabilité politique devant l’opinion diffèrent du tout au tout.

L’unité nationale au-delà de ses manifestations formelles, ne serait perçue et vécue comme réelle et tangible par une opinion incrédule, que soutenue par un débat solidement informé et transparent dont le parlement doit être le lieu naturel. Dans cette hypothèse, les clivages classiques opposition/majorité s’effaceraient face à la seule considération de l’intérêt national.

En contrepartie, le parlement donnerait à voir un débat dans lequel majorité comme opposition joueraient pleinement le jeu de l’interpellation et de la critique sans aucune complaisance à l’égard du projet gouvernemental. Au terme de ce processus, la stratégie de déconfinement ne serait plus l’oeuvre du seul gouvernement mais résulterait d’une coproduction en amont, à l’élaboration de laquelle le parlement aurait pleinement participé en assumant collectivement les décisions et les risques qui vont avec.

A l’inverse, le gouvernement peut céder au confort des usages en vigueur, liés au principe majoritaire, qui ravalent le parlement au rang de simple chambre d’enregistrement. C’est de facto sur cette situation que l’on déboucherait, si le parlement était tenu à distance de toute contribution non pas tant à la décision à proprement parler, mais seulement aux informations qui ont présidé à sa fabrication. Cette option aurait certes pour fâcheux inconvénient de faire apparaitre, y compris dans des conjonctures d’exception, nos élus comme collectivement indispensables et personnellement inutiles. Mais elle présenterait néanmoins l’avantage de les tenir, aux yeux de l’opinion, pour politiquement responsables individuellement et par groupe, de choix qui engageront notre avenir pour plusieurs années.

Ali Bouabid

Le 17 mai 2020

Ali Bouabid

Chercheur et délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid.

La stratégie de déconfinement doit donner lieu à un vrai débat préalable

Le 17 mai 2020 à10:53

Modifié le 17 mai 2020 à 11:10

PAR ALI BOUABID. Le Chef du gouvernement Saâdeddine Elotmani, fera un exposé ce lundi à 13H devant les deux chambres réunies pour la circonstance, au sujet de la stratégie de confinement après le 20 mai. Ali Bouabid explique pourquoi un vrai débat stratégique est nécessaire.

Placés sous le même mot d’ordre de préservation de l’ordre collectif, le confinement et le déconfinement n’en poursuivent pas moins des objectifs prioritaires différents. Protection de la société par la maîtrise de la propagation du virus d’un côté, remise du pays en ordre de marche par la relance de l’économie de l’autre côté.

Compte tenu de l’importance des enjeux, l’évolution dans les priorités est rendue incontournable. Elle appelle du même coup une inflexion dans la doctrine qui devrait faire l’objet d’un vrai débat public préalable. Et parce que le sujet suscite comme jamais l’intérêt d’une opinion ébranlée dans son quotidien et inquiète sur son avenir, le momentum du déconfinement offre une occasion inespérée au gouvernement de faire la démonstration qu’en période d’incertitude, c’est par la délibération que surgit l’intelligence collective.

Il est dans la nature des événements qui engagent des enjeux vitaux, comme celui que nous vivons, de revêtir une dimension proprement politique. Le régime d’exception dans lequel la présente crise nous installe, donne à voir l’épaisseur de cette dimension. Si cette dernière se lit dans la somme des décisions prises pour organiser la réaction à la crise, elle ne se comprend réellement que dans les options stratégiques, explicites ou non, qui la sous-tendent. Ce sont en effet ces options qui donnent de l’intelligibilité aux décisions engagées. Elles sont cruciales pour saisir la teneur du parti-pris stratégique et l’évolution sur les deux phases de confinement et de déconfinement.

Sur ce plan, on observe que tous les dispositifs de riposte à la crise Covid 19 ont opéré une combinaison entre trois paramètres clés : la place plus ou moins discriminante accordée à la santé des populations, l’activité économique, et les libertés individuelles et collectives.

Les arbitrages politiques rendus dans la pondération/priorisation de ces paramètres ont pour effet de dessiner un équilibre évolutif, mais dont les lignes de force fixent la doctrine d’intervention.

L’exercice est néanmoins soumis à une double contrainte. Il est d’abord contraint par le fait qu’on ne peut concilier et satisfaire aux trois paramètres dans des proportions équivalentes. Il faut donc opérer des choix.

Il est ensuite contraint par le très haut degré d’incertitude dans lequel cette crise se déploie. Qu’il s’agisse de l’origine du virus, des modalités de sa transmission, des traitements efficaces, de la survenue d’une deuxième vague, comme des perspectives de sortie ; tout semble se passer comme si la vérité d’un jour pouvait être sinon démentie du moins relativisée quelques jours plus tard !

Dans cette configuration inédite nous ne disposons de surcroît d’aucun précédent sur lesquels nous appuyer. Nous devons procéder par hypothèses que la logique évolutive et fuyante de la crise soumet à des réévaluations permanentes. Pourtant, ce sont bien ces hypothèses avec leur part de fragilité et de risques qui éclairent nos choix. Tel est le fond de l’air ambiant, avec paradoxalement comme seule certitude, des lendemains qui s’annoncent très rudes.

Le parti-pris stratégique dans la phase de confinement a conduit à privilégier les enjeux sanitaires au détriment de l’activité et des libertés

Au Maroc, le dispositif mis en place a pour l’heure consisté à faire prévaloir les enjeux de protection sanitaire sur l’économie et les libertés. Il s’est avéré à la fois juste et louable dans son opportunité et ses finalités mais aussi largement contraint par les circonstances.  

Juste et humainement louable, car il a permis de sauver des vies en contenant l’expansion de la pandémie moyennant cependant le parti-pris, qui consiste à stopper des pans entiers de l’activité et de confiner le plus grand nombre pour sauver un nombre relativement limité de personnes.

Les historiens nous rappellent que les épidémies conduisaient souvent les dirigeants à sacrifier une minorité pour sauver la majorité. Cette fois-ci, on peut à posteriori convenir que nous avons d’une certaine manière fait le choix inverse : celui de sacrifier le sort matériel du plus grand nombre pour sauver une minorité. Et le mot sacrifice n’est sans doute pas démesuré quand on songe aux seuls effets sociaux induits par le confinement.

Mais ce choix était aussi contraint. Il a permis de gagner du temps, pour éviter la mise à l’épreuve tant redoutée d’un secteur hospitalier public défaillant. Ce faisant, le Maroc n’aura en définitive dans cette première séquence que mené de manière judicieuse la politique de ses moyens. Enfin, le choix du confinement était sans doute aussi suggéré par les stratégies mises en place par nos voisins du nord et du sud.

Toutefois, la distance nécessaire qu’exige l’appréciation des choix opérés dans la phase de confinement peut légitimement nourrir a posteriori la question de savoir si, les ressorts naturels de la peur et de l’incertitude face à l’imprévisible et à l’inconnu de la menace, ne nous ont pas amenés à surdimensionner notre réaction au plan sanitaire pour compenser le sous dimensionnement de nos infrastructures de soins ? Cette question n’a ici d’intérêt que dans la perspective du déconfinement.

Le déconfinement doit conduire à réagencer les priorités

Pour les besoins du propos qui suit, on retiendra deux aspects que la séquence du confinement nous aura révélés.

D’une part, que la marche de l’économie est indissociable de la santé des populations, à la fois comme bien commun pour produire de la richesse et distribuer des revenus, mais aussi comme enjeu de sécurité nationale.

D’autre part, que toute propension à absolutiser le risque sanitaire se paie déjà et se paiera d’un tribut très lourd, que ne semble plus justifier l’ampleur relative de l’épidémie qui, en tout état de cause, mérite d’être mis en balance avec les « dégâts » évités.

A présent et après deux mois, le confinement est en passe d’épuiser ses effets. Il est désormais intenable. Pour répondre à l’urgence du déconfinement et aux nouveaux objectifs qu’il vise, le Maroc sera conduit à réagencer ses priorités.

Dans cette perspective, il importe d’explorer l’hypothèse d’une inflexion nécessaire tant au plan de la doctrine que dans la méthode politique.

Au plan de la doctrine, l’enjeu consiste à redéfinir l’articulation entre sécurité sanitaire et relance impérieuse de l’activité économique. Il ne s’agit plus de sacrifier l’un à l’autre comme la phase de confinement nous y a contraints. Mais de faire en sorte qu’ils se supportent mutuellement dans un équilibre mieux ajusté où les mesures sanitaires de tous ordres sont massivement mises au service d’un projet de relance de l’activité, modulé et progressif par secteur et par territoire.

Ainsi et à la préservation de l’ordre collectif qui, dans la phase de confinement a justifié la prévalence des impératifs de sécurité sanitaire, devrait succéder dans la phase de déconfinement, la prise en charge du même enjeu vital mais dorénavant ordonné autour de l’impératif de cohésion sociale par une relance de l’activité. C’est un nouvel équilibre à la fois plus subtil et plus complexe qu’il faut construire entre les trois paramètres cités, pour appréhender la préservation dans l’urgence d’une cohésion sociale très largement fragilisée.

Notons que si la levée du confinement va entraîner une augmentation du nombre de contacts, le port obligatoire du masque et les tests massifs notamment, doivent permettre de limiter l’augmentation du nombre de malades. C’est pourquoi il convient d’explorer en toute rigueur l’hypothèse forte d’une substitution d’un risque par un autre et se réorganiser en conséquence.

La stratégie de déconfinement parce qu’elle intéresse l’opinion mérite plus qu’un débat formel et expéditif

Le deuxième enjeu touche au portage politique de la stratégie de déconfinement qui sera adoptée et de ses implications. Jusque-là et dans son volet sanitaire, la riposte des pouvoirs publics a recueilli un large consensus sans réelle délibération préalable. L’impulsion royale a permis dissiper quelque peu le climat de méfiance qui prévalait, favorisant une unité nationale qui a débordé les rangs des seules assemblées électives.

Mais la riposte sous le régime d’exception a aussi montré que l’Etat ne savait être efficace, qu’en suspendant l’ordinaire des règles qu’il s’est lui-même données, et en sacrifiant au passage, la part de délibération consubstantielle à un contrôle démocratique de la décision. Le parlement dans cette première phase a revêtu les allures peu glorieuses de greffier du gouvernement.

La question est à présent de savoir si la stratégie de déconfinement dans son volet sanitaire doit être ou non placée sous les mêmes auspices ? Il va sans dire que dans un cas comme dans l’autre, les conséquences en terme de responsabilité politique devant l’opinion diffèrent du tout au tout.

L’unité nationale au-delà de ses manifestations formelles, ne serait perçue et vécue comme réelle et tangible par une opinion incrédule, que soutenue par un débat solidement informé et transparent dont le parlement doit être le lieu naturel. Dans cette hypothèse, les clivages classiques opposition/majorité s’effaceraient face à la seule considération de l’intérêt national.

En contrepartie, le parlement donnerait à voir un débat dans lequel majorité comme opposition joueraient pleinement le jeu de l’interpellation et de la critique sans aucune complaisance à l’égard du projet gouvernemental. Au terme de ce processus, la stratégie de déconfinement ne serait plus l’oeuvre du seul gouvernement mais résulterait d’une coproduction en amont, à l’élaboration de laquelle le parlement aurait pleinement participé en assumant collectivement les décisions et les risques qui vont avec.

A l’inverse, le gouvernement peut céder au confort des usages en vigueur, liés au principe majoritaire, qui ravalent le parlement au rang de simple chambre d’enregistrement. C’est de facto sur cette situation que l’on déboucherait, si le parlement était tenu à distance de toute contribution non pas tant à la décision à proprement parler, mais seulement aux informations qui ont présidé à sa fabrication. Cette option aurait certes pour fâcheux inconvénient de faire apparaitre, y compris dans des conjonctures d’exception, nos élus comme collectivement indispensables et personnellement inutiles. Mais elle présenterait néanmoins l’avantage de les tenir, aux yeux de l’opinion, pour politiquement responsables individuellement et par groupe, de choix qui engageront notre avenir pour plusieurs années.

Ali Bouabid

Le 17 mai 2020

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