Au Maroc, les travailleurs sont peu nombreux et peu productifs

Ceci freine l’amélioration du niveau de vie des Marocains. En cause, le taux d'emploi qui est bas malgré le dividende démographique et la productivité du travail qui n'augmente que faiblement.

Au Maroc, les travailleurs sont peu nombreux et peu productifs

Le 07 octobre 2019 à 18:24

Modifié le 09 octobre 2019 à 13:28

L'économie marocaine crée peu d'emplois alors que la population en âge de travailler augmente plus vite que la population globale. Si le taux de chômage stagne à environ 10%, c'est parce que peu de personnes participent à la vie active. Et la migration de l'emploi se fait entre secteurs peu productifs, d'où une faible amélioration de la productivité du travail. Tout cela donne une croissance économique basse, une lente amélioration du niveau de vie des Marocains.

C'est en gros ce que l'on peut retenir d'une intéressante étude réalisée par le HCP fin 2017 sur les facteurs structurels qui contribuent à l'accroissement de la richesse.

Ces facteurs structurels sont la démographie, le taux d’emploi et la productivité du travail.

Le facteur démographique est le rapport du nombre de personnes en âge de travailler à la population totale. Il appréhende la charge de financement de l’ensemble de la population supportée par la population active. Une amélioration de ce ratio favorise l’augmentation du niveau de vie des habitants.

Le taux d’emploi est le rapport entre la population ayant un emploi à la population en âge de travailler. Le taux d’activité est le rapport entre la population ayant un emploi ou à la recherche d’emploi et celle en âge de travailler. Plus le taux d’emploi est élevé (taux d’activité élevé et taux de chômage faible), plus forte sera l’amélioration du PIB par habitant.

La productivité du travail est la production par actif occupé. Elle résulte aussi bien du volume de capital mis à la disposition des actifs et de la productivité globale des facteurs (efficacité globale du processus de production et utilisation efficace du couple capital-travail).

Le PIB par habitant augmente de 3% par an

L’étude du HCP montre qu’entre 2001 et 2015, la progression du PIB par habitant a été faible : 3,2% par an en moyenne. Le PIB par habitant s’élevait en 2018 à 31 426 DH.

La productivité du travail est le principal facteur ayant contribué à la croissance de cet indicateur avec une part de 92,5%. En 2018, chacune des 10,8 millions de personnes ayant un emploi au Maroc a produit en moyenne 102.380 DH, soit 51 DH par heure de travail si l'on retient un volume horaire de 2 000 heures par an.

La productivité du travail est suivie de l’augmentation de la population en âge de travailler avec une contribution de 19,8%. En 2018, la population en âge de travailler (15 ans et plus) s'élevait à 25,95 millions de personnes, soit à peu près 72% de la population.

Le taux d’emploi a, lui, contribué négativement à cette amélioration avec -12,2%. Il est passé de 45,1% en 2001 à 42,8% en 2015. Et il continue de baisser puisqu’au deuxième trimestre 2019, il était de 42,1%. Autrement dit, seuls 10,85 millions de personnes sur 25,95 millions de personnes en âge de travailler ont un emploi.

Hormis le 1,1 million de chômeurs officiels, la faiblesse du taux d'emploi s'explique par l'allongement de la durée des études mais surtout par la faible participation des femmes à la vie active et l'augmentation du nombre de personnes découragées de la recherche d'emploi.

Sous-utilisation du potentiel de main-d'œuvre, offert par la transition démographique

« La contribution négative de l’effet emploi montre que les structures économiques n’ont pas permis de valoriser le potentiel offert par l’effet démographique. Les créations d’emploi au niveau de l’économie qui étaient en moyenne annuelle de 186 000 postes entre 2001-2008 ont baissé à seulement 70 000 postes entre 2008-2015 », explique le HCP

Il faut savoir en effet que la transition démographique accélérée que connait le Maroc, s’est traduite par une augmentation de la population en âge de travailler, enregistrant une croissance annuelle moyenne de 1,7% entre 2001 et 2015, supérieure au rythme de croissance démographique qui est de 1,1%.

En gros, il y une sous-utilisation du potentiel de main d’œuvre offert par la transition démographique.

Ce sont les baisses des taux d’emploi dans le secteur de l’agriculture, forêt et pêche et dans l’industrie qui ont contribué négativement à la croissance du niveau de vie de la population durant la période 2001-2015, avec -20% et -5,2% respectivement. Les taux d’emploi dans les services et le BTP ont dégagé une contribution positive de 5,5% et 5,4%, respectivement durant la période 2001-2015.

Lente transformation du tissu productif national

Pour sa part, la productivité du travail, même si elle a généré l’essentiel de la croissance du niveau de vie de la population, augmente faiblement malgré tout, avec une moyenne de 3% par an entre 2001 et 2015. « Ceci renvoie au fait que la mobilité de l’emploi intersectorielle s’est faite globalement entre des activités de faibles productivités, reflétant ainsi la lente transformation du tissu productif national ».

En effet, l’accroissement de la productivité au niveau des secteurs de l’agriculture et de l’industrie, particulièrement durant la période 2008-2015, a été favorisé par les pertes d’emploi qu’ont connues ces activités. La mobilité de cette main-d’œuvre a été opérée vers des secteurs où la productivité du travail est faible, en l’occurrence le BTP et les services de commerce. Ces secteurs, caractérisés par de faibles productivités ne dépassant pas 60% de la productivité moyenne du travail de l’économie dans son ensemble, ont créé 45% des emplois additionnels sur le marché du travail durant la période 2001-2015.

En gros, le secteur agricole a contribué pour 25% à l’amélioration du PIB par habitant et l’industrie pour 20,4%, sachant que le reste des secteurs d’activité (BTP et services) ont contribué pour 15,8%. Au total, 61,2% de la contribution de la productivité du travail à la croissance du PIB par tête sont l’apport des effets intra-sectoriels (mobilité à l’intérieur des secteurs eux même). En revanche, les 31,3% qui restent constituent la contribution induite par la mobilité inter-sectorielle de la main-d’œuvre (entre les secteurs), qui reste globalement faible.

En somme, sous-utilisation du potentiel de main-d’œuvre offert par la transition démographique et effets positifs relativement faibles de la productivité globale des facteurs et de la mobilité intersectorielle expliquent le retard de décollage de l'économie marocaine.

Lire aussi: En détresse, une partie de la jeunesse marocaine multiplie les signaux d'alerte

Au Maroc, les travailleurs sont peu nombreux et peu productifs

Le 07 octobre 2019 à18:50

Modifié le 09 octobre 2019 à 13:28

Ceci freine l’amélioration du niveau de vie des Marocains. En cause, le taux d'emploi qui est bas malgré le dividende démographique et la productivité du travail qui n'augmente que faiblement.

L'économie marocaine crée peu d'emplois alors que la population en âge de travailler augmente plus vite que la population globale. Si le taux de chômage stagne à environ 10%, c'est parce que peu de personnes participent à la vie active. Et la migration de l'emploi se fait entre secteurs peu productifs, d'où une faible amélioration de la productivité du travail. Tout cela donne une croissance économique basse, une lente amélioration du niveau de vie des Marocains.

C'est en gros ce que l'on peut retenir d'une intéressante étude réalisée par le HCP fin 2017 sur les facteurs structurels qui contribuent à l'accroissement de la richesse.

Ces facteurs structurels sont la démographie, le taux d’emploi et la productivité du travail.

Le facteur démographique est le rapport du nombre de personnes en âge de travailler à la population totale. Il appréhende la charge de financement de l’ensemble de la population supportée par la population active. Une amélioration de ce ratio favorise l’augmentation du niveau de vie des habitants.

Le taux d’emploi est le rapport entre la population ayant un emploi à la population en âge de travailler. Le taux d’activité est le rapport entre la population ayant un emploi ou à la recherche d’emploi et celle en âge de travailler. Plus le taux d’emploi est élevé (taux d’activité élevé et taux de chômage faible), plus forte sera l’amélioration du PIB par habitant.

La productivité du travail est la production par actif occupé. Elle résulte aussi bien du volume de capital mis à la disposition des actifs et de la productivité globale des facteurs (efficacité globale du processus de production et utilisation efficace du couple capital-travail).

Le PIB par habitant augmente de 3% par an

L’étude du HCP montre qu’entre 2001 et 2015, la progression du PIB par habitant a été faible : 3,2% par an en moyenne. Le PIB par habitant s’élevait en 2018 à 31 426 DH.

La productivité du travail est le principal facteur ayant contribué à la croissance de cet indicateur avec une part de 92,5%. En 2018, chacune des 10,8 millions de personnes ayant un emploi au Maroc a produit en moyenne 102.380 DH, soit 51 DH par heure de travail si l'on retient un volume horaire de 2 000 heures par an.

La productivité du travail est suivie de l’augmentation de la population en âge de travailler avec une contribution de 19,8%. En 2018, la population en âge de travailler (15 ans et plus) s'élevait à 25,95 millions de personnes, soit à peu près 72% de la population.

Le taux d’emploi a, lui, contribué négativement à cette amélioration avec -12,2%. Il est passé de 45,1% en 2001 à 42,8% en 2015. Et il continue de baisser puisqu’au deuxième trimestre 2019, il était de 42,1%. Autrement dit, seuls 10,85 millions de personnes sur 25,95 millions de personnes en âge de travailler ont un emploi.

Hormis le 1,1 million de chômeurs officiels, la faiblesse du taux d'emploi s'explique par l'allongement de la durée des études mais surtout par la faible participation des femmes à la vie active et l'augmentation du nombre de personnes découragées de la recherche d'emploi.

Sous-utilisation du potentiel de main-d'œuvre, offert par la transition démographique

« La contribution négative de l’effet emploi montre que les structures économiques n’ont pas permis de valoriser le potentiel offert par l’effet démographique. Les créations d’emploi au niveau de l’économie qui étaient en moyenne annuelle de 186 000 postes entre 2001-2008 ont baissé à seulement 70 000 postes entre 2008-2015 », explique le HCP

Il faut savoir en effet que la transition démographique accélérée que connait le Maroc, s’est traduite par une augmentation de la population en âge de travailler, enregistrant une croissance annuelle moyenne de 1,7% entre 2001 et 2015, supérieure au rythme de croissance démographique qui est de 1,1%.

En gros, il y une sous-utilisation du potentiel de main d’œuvre offert par la transition démographique.

Ce sont les baisses des taux d’emploi dans le secteur de l’agriculture, forêt et pêche et dans l’industrie qui ont contribué négativement à la croissance du niveau de vie de la population durant la période 2001-2015, avec -20% et -5,2% respectivement. Les taux d’emploi dans les services et le BTP ont dégagé une contribution positive de 5,5% et 5,4%, respectivement durant la période 2001-2015.

Lente transformation du tissu productif national

Pour sa part, la productivité du travail, même si elle a généré l’essentiel de la croissance du niveau de vie de la population, augmente faiblement malgré tout, avec une moyenne de 3% par an entre 2001 et 2015. « Ceci renvoie au fait que la mobilité de l’emploi intersectorielle s’est faite globalement entre des activités de faibles productivités, reflétant ainsi la lente transformation du tissu productif national ».

En effet, l’accroissement de la productivité au niveau des secteurs de l’agriculture et de l’industrie, particulièrement durant la période 2008-2015, a été favorisé par les pertes d’emploi qu’ont connues ces activités. La mobilité de cette main-d’œuvre a été opérée vers des secteurs où la productivité du travail est faible, en l’occurrence le BTP et les services de commerce. Ces secteurs, caractérisés par de faibles productivités ne dépassant pas 60% de la productivité moyenne du travail de l’économie dans son ensemble, ont créé 45% des emplois additionnels sur le marché du travail durant la période 2001-2015.

En gros, le secteur agricole a contribué pour 25% à l’amélioration du PIB par habitant et l’industrie pour 20,4%, sachant que le reste des secteurs d’activité (BTP et services) ont contribué pour 15,8%. Au total, 61,2% de la contribution de la productivité du travail à la croissance du PIB par tête sont l’apport des effets intra-sectoriels (mobilité à l’intérieur des secteurs eux même). En revanche, les 31,3% qui restent constituent la contribution induite par la mobilité inter-sectorielle de la main-d’œuvre (entre les secteurs), qui reste globalement faible.

En somme, sous-utilisation du potentiel de main-d’œuvre offert par la transition démographique et effets positifs relativement faibles de la productivité globale des facteurs et de la mobilité intersectorielle expliquent le retard de décollage de l'économie marocaine.

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