Aviation d’affaires et privée: A qui profitera le nouveau terminal de Marrakech

Un espace réservé à l’aviation d’affaires et privée a été inauguré samedi 1er février à l’aéroport de Marrakech. Sachant que l’aviation privée est le fait de rares passionnés qui n’ont pas les moyens de payer les services au sol de ce terminal, ce dernier servira surtout au transport international d’hommes d’affaires et de personnalités, ou à des évacuations sanitaires. Un constat confirmé à Médias24 par le président de l’aéroclub de Rabat mais aussi par un des deux DG des opérateurs, Jetex et Swissport, qui se partagent le marché de l’aviation d’affaires dans les 2 terminaux dédiés du Maroc.

Aviation d’affaires et privée : A qui profitera le nouveau terminal de Marrakech A qui profitera le terminal aérien d'affaires et privé de Marrakech ?

Le 04 février 2020 à 17:41

Modifié le 05 février 2020 à 12:27

Depuis quelques années, on présente le Maroc comme un Eldorado de l’aviation d’affaires et privée qui attirerait de nombreux constructeurs désireux de vendre leurs produits comme ça a été le cas lors de plusieurs éditions du salon aérien Marrakech Air Show.

Le Maroc, nouveau carrefour africain de l’aviation non régulière

Après l’ouverture en 2018 d’un 1er terminal dédié à l’aviation d’affaires à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, l’inauguration d’un 2e à l’aéroport de Marrakech renforce en effet ce sentiment.

Ainsi, le royaume serait en train de devenir une destination africaine incontournable pour les vendeurs d’aéronefs, les sociétés de taxi aérien et celles qui dispensent les services nécessaires au sol (ravitaillement des avions, cathering, manutention au sol, facilitation des formalités d’immigration, conciergerie de luxe …).

Sachant que l’on confond souvent aviation privée et/ou d’affaires, il convient de faire la différence car contrairement à l’idée reçue, les acteurs de l’aviation privée n'ont pas les mêmes moyens financiers que les propriétaires de jets qui coûtent des fortunes.

Le Maroc compte à peine une quinzaine de propriétaires de petits avions

En effet, la majorité d’entre eux sont des passionnés qui aiment voler à bord de petits avions type Cessna mais en l’absence de données ministérielles officielles, il est très difficile de connaître leur nombre.

Sollicité par Médias24, Louis-Bernard Lechartier, président de l’aéroclub de la capitale, pense qu’ils doivent être entre 10 et 15 personnes à la fois détenteurs d’une licence de vol et propriétaires d’un aéronef.

Précisons qu’il s’agit des propriétaires de petits avions à hélices et pas de jets à réaction coûtants 5 à 100 millions d’euros qui appartiennent soit à des hommes d’affaires soit à des sociétés de taxi aérien.

"Sachant que dans tout le Maroc, il ne reste plus que 4 aéroclubs véritablement fonctionnels (Rabat, Marrakech, Agadir, Fès), les passionnés d’aviation privée sont de moins en moins nombreux.

"En effet, il faut savoir que voler pour le plaisir revient très cher car hormis les frais nécessaires à l’obtention d’une licence de vol (80.000 dirhams) puis à l’achat d’un petit avion d’occasion (500.000 à 1 MDH), il faut ajouter ceux de l’entretien et tous les frais annexes.

"En règle générale, entre le carburant, l’entretien mécanique, les assurances, l’assistance au décollage et à l’atterrissage et les frais de parking, un avion coûte environ 250.000 dirhams par an pour une dizaine de voyages vers la France ou l’Espagne", explique le président de l’aéroclub de Rabat.

"Nous ne sommes pas dans une logique de rentabilité comme les hommes d’affaires qui possèdent des jets privés ou les sociétés de taxi qui finissent par amortir leur investissement et frais annuels.

Des tarifs à adapter pour ne pas tuer l’aviation légère

"L’ouverture de terminaux dédiés aux petits avions est une bonne chose mais juste pour l’aviation d’affaires car les services proposés sont beaucoup trop chers pour les propriétaires de petits avions.

"Selon moi, le développement des opérateurs Jetex et Swissport est positif dans le sens où il va permettre de professionnaliser les services de handling.

"En revanche, pour éviter de tuer l’aviation légère et une partie du tourisme, il convient d’aménager des tarifs cohérents avec les coûts réels.

"Pour cela, on peut se caler sur le modèle espagnol qui a imposé aux opérateurs de handling un tarif unique pour les services de base et qui interdit d’obliger le client d’utiliser d’autres services comme la manutention des bagages qui peut revenir à elle-seule à 50 euros.

"Ainsi, le prix du déplacement en taxi du tarmac au terminal où se trouve la douane a été fixé à 9 euros contre 150 pour l’aviation d’affaires.

"A titre d’exemple, il faut préciser qu’au lendemain de l’ouverture du terminal de Marrakech, un membre de notre aéroclub s’est vu demander pas moins de 6.000 dirhams pour utiliser ses services (véhicule du tarmac au terminal, manutention des bagages …).

"Le problème est qu’il n’a pas eu le choix car désormais, tous les petits avions qui atterriront dans cet aéroport sont obligés de l’emprunter et donc de payer", conclut notre interlocuteur qui est par ailleurs directeur général du groupe immobilier Balima. Il est convaincu que l’obligation de payer fera certainement fuir une partie du trafic domestique.

La croissance de l’aviation d’affaires profite à Jetex et Swissport

Joint à son tour, Julian Pitaresi, directeur général de Jetex, explique le développement de l’aviation d’affaires au Maroc par "le fait que des particuliers ou sociétés n’hésitent plus à partager les coûts sur des trajets en commun pour pouvoir profiter d’un traitement exclusif et efficace dans leurs voyages".

Questionné sur la prééminence de l’aviation d’affaires sur le segment privé, notre interlocuteur confirme que le nouveau terminal s’adresse surtout à une clientèle aisée constituée d’hommes d’affaires et de personnalités car "l’aviation d’affaires est notre cœur de métier".

Selon lui, l’installation d’un terminal dédié à Marrakech s’imposait car sur les 8.000 mouvements annuels d’avions d’affaires recensés en 2018, l’aéroport de cette ville en a enregistré 50% soit 4.000 rotations.

Présent pour l’instant dans 3 villes du Maroc, l’opérateur affirme avoir à Casablanca et Rabat une clientèle orientée businessmen et diplomatique et à Marrakech une clientèle de tourisme et de loisir.

Si Jetex est spécialisé dans l’aviation d’affaires, ses équipes sont également formées pour accueillir des vols internationaux faisant escale au Maroc pour des vols sanitaires, ambulances et militaires.

Tout aussi optimiste que son concurrent sur le potentiel de croissance de l’aviation d’affaires au Maroc, Christophe de Figueiredo, CEO du groupe Swissport, nous révèle y avoir réalisé 270 MDH de chiffre  d'affaires en 2018 et que les chiffres de 2019, pas encore arrêtés, connaîtront une nette croissance.

Au final, l’installation du nouveau terminal dans l’aéroport de Marrakech, va certainement booster ce segment d’activité avec de nouvelles recettes pour la locomotive touristique du Royaume mais il conviendra d’aménager des tarifs pour l’aviation légère aux moyens plus modestes ….

A qui profitera le terminal aérien d'affaires et privé de Marrakech ?

Aviation d’affaires et privée: A qui profitera le nouveau terminal de Marrakech

Le 04 février 2020 à17:41

Modifié le 05 février 2020 à 12:27

Un espace réservé à l’aviation d’affaires et privée a été inauguré samedi 1er février à l’aéroport de Marrakech. Sachant que l’aviation privée est le fait de rares passionnés qui n’ont pas les moyens de payer les services au sol de ce terminal, ce dernier servira surtout au transport international d’hommes d’affaires et de personnalités, ou à des évacuations sanitaires. Un constat confirmé à Médias24 par le président de l’aéroclub de Rabat mais aussi par un des deux DG des opérateurs, Jetex et Swissport, qui se partagent le marché de l’aviation d’affaires dans les 2 terminaux dédiés du Maroc.

Depuis quelques années, on présente le Maroc comme un Eldorado de l’aviation d’affaires et privée qui attirerait de nombreux constructeurs désireux de vendre leurs produits comme ça a été le cas lors de plusieurs éditions du salon aérien Marrakech Air Show.

Le Maroc, nouveau carrefour africain de l’aviation non régulière

Après l’ouverture en 2018 d’un 1er terminal dédié à l’aviation d’affaires à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, l’inauguration d’un 2e à l’aéroport de Marrakech renforce en effet ce sentiment.

Ainsi, le royaume serait en train de devenir une destination africaine incontournable pour les vendeurs d’aéronefs, les sociétés de taxi aérien et celles qui dispensent les services nécessaires au sol (ravitaillement des avions, cathering, manutention au sol, facilitation des formalités d’immigration, conciergerie de luxe …).

Sachant que l’on confond souvent aviation privée et/ou d’affaires, il convient de faire la différence car contrairement à l’idée reçue, les acteurs de l’aviation privée n'ont pas les mêmes moyens financiers que les propriétaires de jets qui coûtent des fortunes.

Le Maroc compte à peine une quinzaine de propriétaires de petits avions

En effet, la majorité d’entre eux sont des passionnés qui aiment voler à bord de petits avions type Cessna mais en l’absence de données ministérielles officielles, il est très difficile de connaître leur nombre.

Sollicité par Médias24, Louis-Bernard Lechartier, président de l’aéroclub de la capitale, pense qu’ils doivent être entre 10 et 15 personnes à la fois détenteurs d’une licence de vol et propriétaires d’un aéronef.

Précisons qu’il s’agit des propriétaires de petits avions à hélices et pas de jets à réaction coûtants 5 à 100 millions d’euros qui appartiennent soit à des hommes d’affaires soit à des sociétés de taxi aérien.

"Sachant que dans tout le Maroc, il ne reste plus que 4 aéroclubs véritablement fonctionnels (Rabat, Marrakech, Agadir, Fès), les passionnés d’aviation privée sont de moins en moins nombreux.

"En effet, il faut savoir que voler pour le plaisir revient très cher car hormis les frais nécessaires à l’obtention d’une licence de vol (80.000 dirhams) puis à l’achat d’un petit avion d’occasion (500.000 à 1 MDH), il faut ajouter ceux de l’entretien et tous les frais annexes.

"En règle générale, entre le carburant, l’entretien mécanique, les assurances, l’assistance au décollage et à l’atterrissage et les frais de parking, un avion coûte environ 250.000 dirhams par an pour une dizaine de voyages vers la France ou l’Espagne", explique le président de l’aéroclub de Rabat.

"Nous ne sommes pas dans une logique de rentabilité comme les hommes d’affaires qui possèdent des jets privés ou les sociétés de taxi qui finissent par amortir leur investissement et frais annuels.

Des tarifs à adapter pour ne pas tuer l’aviation légère

"L’ouverture de terminaux dédiés aux petits avions est une bonne chose mais juste pour l’aviation d’affaires car les services proposés sont beaucoup trop chers pour les propriétaires de petits avions.

"Selon moi, le développement des opérateurs Jetex et Swissport est positif dans le sens où il va permettre de professionnaliser les services de handling.

"En revanche, pour éviter de tuer l’aviation légère et une partie du tourisme, il convient d’aménager des tarifs cohérents avec les coûts réels.

"Pour cela, on peut se caler sur le modèle espagnol qui a imposé aux opérateurs de handling un tarif unique pour les services de base et qui interdit d’obliger le client d’utiliser d’autres services comme la manutention des bagages qui peut revenir à elle-seule à 50 euros.

"Ainsi, le prix du déplacement en taxi du tarmac au terminal où se trouve la douane a été fixé à 9 euros contre 150 pour l’aviation d’affaires.

"A titre d’exemple, il faut préciser qu’au lendemain de l’ouverture du terminal de Marrakech, un membre de notre aéroclub s’est vu demander pas moins de 6.000 dirhams pour utiliser ses services (véhicule du tarmac au terminal, manutention des bagages …).

"Le problème est qu’il n’a pas eu le choix car désormais, tous les petits avions qui atterriront dans cet aéroport sont obligés de l’emprunter et donc de payer", conclut notre interlocuteur qui est par ailleurs directeur général du groupe immobilier Balima. Il est convaincu que l’obligation de payer fera certainement fuir une partie du trafic domestique.

La croissance de l’aviation d’affaires profite à Jetex et Swissport

Joint à son tour, Julian Pitaresi, directeur général de Jetex, explique le développement de l’aviation d’affaires au Maroc par "le fait que des particuliers ou sociétés n’hésitent plus à partager les coûts sur des trajets en commun pour pouvoir profiter d’un traitement exclusif et efficace dans leurs voyages".

Questionné sur la prééminence de l’aviation d’affaires sur le segment privé, notre interlocuteur confirme que le nouveau terminal s’adresse surtout à une clientèle aisée constituée d’hommes d’affaires et de personnalités car "l’aviation d’affaires est notre cœur de métier".

Selon lui, l’installation d’un terminal dédié à Marrakech s’imposait car sur les 8.000 mouvements annuels d’avions d’affaires recensés en 2018, l’aéroport de cette ville en a enregistré 50% soit 4.000 rotations.

Présent pour l’instant dans 3 villes du Maroc, l’opérateur affirme avoir à Casablanca et Rabat une clientèle orientée businessmen et diplomatique et à Marrakech une clientèle de tourisme et de loisir.

Si Jetex est spécialisé dans l’aviation d’affaires, ses équipes sont également formées pour accueillir des vols internationaux faisant escale au Maroc pour des vols sanitaires, ambulances et militaires.

Tout aussi optimiste que son concurrent sur le potentiel de croissance de l’aviation d’affaires au Maroc, Christophe de Figueiredo, CEO du groupe Swissport, nous révèle y avoir réalisé 270 MDH de chiffre  d'affaires en 2018 et que les chiffres de 2019, pas encore arrêtés, connaîtront une nette croissance.

Au final, l’installation du nouveau terminal dans l’aéroport de Marrakech, va certainement booster ce segment d’activité avec de nouvelles recettes pour la locomotive touristique du Royaume mais il conviendra d’aménager des tarifs pour l’aviation légère aux moyens plus modestes ….

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