Inventaire avant la formation d’un nouveau gouvernement

Jamal Amiar

Journaliste

 
Mercredi 12 octobre 2016 à 18h43 
medias24

Les élections législatives du 7 octobre ont modifié la donne politique du pays et fournissent une image à la fois instantanée et durable de l’état politique d’un pays. Etat des lieux pendant que les tractations partisanes sont en cours.

 

24 heures n’étaient pas passées depuis la proclamation des premiers résultats des élections dans la nuit de vendredi à samedi que le coup d’envoi des premières tractations était donné.

Les politiques, surtout avec un scrutin à la proportionnelle, adorent les tractations. C’est leur raison de vivre. Dès samedi, El Omari du PAM, Chabat de l’Istiqlal et Lachgar de l’USFP tenaient une première réunion au siège des socialistes. Dès samedi aussi, le bureau politique du PJD se mettait en mode “session ouverte“.

Quelques heures plus tôt, le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad annonçait les bons scores du PJD et du PAM et la baisse, voire l’effondrement de six autres partis dont l’Istiqlal (de 61 sièges en 2011 à 46 le 7 octobre dernier), l’USFP (de 42 à 20), le PPS (de 18 à 12), l’UC (de 23 à 19) le RNI (de 56 à 37) et le MP (de 33 à 27).

Harira, paëlla et électorat plus diversifié

 Au siège du PJD à Tanger, les partisans suivent serrés comme des sardines la publication des premiers résultats électoraux, avec attention et passion.

Au fil de la soirée, il se révèle que le PJD a amélioré ses scores en nombre de voix par rapport aux scrutins de 2015. On discute de l’électorat du PJD, plus diversifié socialement.

Signe que l’on est à Tanger et “bien enraciné localement“ notent des présents, un dîner de harira et de paella est servi aux permanents et aux invités du parti. Hassad parle à la télévision, l’assistance l’écoute. Lorsqu’il insiste sur la neutralité de l’administration territoriale pendant les élections et sur la “mauvaise foi“ du PJD en la matière, le mot “menteur“ fuse.

Sur ce point et au vu des remontées et des témoignages nombreux, il reste de la marge pour améliorer les choses. Le CNDH (Conseil national des droits de l’homme) a déjà rendu son rapport en la matière. On y trouve beaucoup de choses, mais certaines manquent.

Et pour ceux qui les auraient oubliées, ces choses, les observateurs expulsés des bureaux de vote de Gzénaya vendredi au moment de dresser les procès-verbaux ou les manifestants de dimanche à Al Hoceima nous rappellent que l’organisation de nos opérations électorales reste à améliorer.

Mezouar lucide

Après l’Intérieur, Benkirane et le CNDH, Salaheddine Mezouar du RNI sera le premier leader politique à tirer les conséquences du recul de son parti.

Après avoir occupé des postes-clés comme celui des Affaires étrangères, du Commerce et de l’Industrie, des Finances ou l’Agriculture -au statut ambigu-, le RNI et Mezouar n’ont tiré aucun bénéfice électoral de leur bonne gestion du dossier du Sahara cette année, des investissements étrangers importants ou des finances publiques équilibrées.

S’il est un fait pénalisant, c’est que les ténors du RNI, dont Mezouar et Boussaïd, ne soient pas allés aux élections. Boussaid ne pouvait pas, à cause d’un ancien statut de gouverneur. L’opinion publique a changé et la bienveillance de l’appareil d’Etat n’est plus suffisante pour se faire une place au soleil politique marocain: il faut désormais faire ses preuves de manière indépendante et aller à la recherche de la légitimité populaire, même si seuls 43% des électeurs ont voté le 7 octobre.

Dans cinq ans en 2021, le nombre de Marocains qui iront voter gonflera de plusieurs millions supplémentaires et les enjeux seront au cours de la même année, communaux, régionaux et parlementaires.

Benkirane désigné

Lundi 10 octobre la visite prévue par le Roi Mohammed VI à Sidi Moumen à Casablanca est reportée au lendemain. La réflexion sur la suite institutionnelle et politique à donner aux résultats du 7 octobre touche à son terme.

Benkirane a fait passer le PJD de 105 à 126 sièges et tous les ministres PJD, candidats sortants ou nouveaux, ont été élus. Un communiqué annonce dans l’après-midi que le Roi Mohammed VI charge Abdelilah Benkirane de former le nouveau gouvernement.

Une séquence se referme après les polémiques de ces derniers mois entre le PJD et l’Intérieur, Nabil Benabdellah du PPS et le Cabinet royal. Mais “une“ séquence de polémiques et de bras-de-fer qui se referme ne signifie pas que “la“ séquence se referme.

Dès samedi, paradoxalement, les premiers leaders politiques qui se sont rencontrés sont Ilyas El Omari du PAM, un des deux grands vainqueurs du scrutin du 7 octobre, Hamid Chabat de l’Istiqlal et Driss Lachgar de l’USFP à la tête de partis qui ont sombré, l’un en voulant à la dernière minute souffler des voix salafistes au PJD, l’autre en s’affichant proche d’un PAM plus puissant que lui.

Soldes avant inventaire

L’une des leçons de ce scrutin est que les électeurs se sont détournés des partis de l’ère Hassan II (RNI, UC) et détournés des partis historiques trop inconstants dans leur ligne, tels l’USFP ou l’Istiqlal. Ils se sont détournés des partis sans socle idéologique clair et qui ne se sont pas renouvelés. Il serait surprenant que les électeurs y reviennent. Les électeurs relèvent leur niveau d’exigence et la bipolarisation est en marche. Sauf si ces partis arrivent à faire leur révolution.

Que cherchaient à démontrer le PAM, l’Istiqlal et l’USFP en se réunissant dès samedi et en le faisant savoir? Montrer que le PAM représente une alternative au PJD? C’est possible, mais pas quand le principal parti de gouvernement fait +15% en termes de sièges et que tous ses ministres sortants sont reconduits. La légitimité est là.

L’Istiqlal et l’USFP cherchent-ils à démontrer qu’ils ne sont captifs d’aucun des deux partis dominants? C'est fort possible. Mais pour l’Istiqlal, comme pour l’USFP, leur réaction au vote du 7 octobre est surtout la démonstration qu’ils croient encore au jeu purement tactique et à leur ancienne place “centrale“ sur l’échiquier politique, alors que les électeurs se sont éloignés d’eux.

Chabat a fait passer l’Istiqlal de 61 à 46 sièges et un congrès se profile à l’horizon. L’USFP est passé de 42 à 20 sièges en cinq ans. Après les soldes, il y a inventaire et arrivée d’une nouvelle collection. Une page politique se tourne au Maroc.

PJD et PAM face à face …

Sur la scène politique, si le PJD et le PAM sont les deux acteurs de la bipolarisation, c’est aussi parce qu’ils savent plus que les autres ce qu’ils veulent en termes de projet de société.

Tous deux pro-business, le PJD ne veut pas que le Maroc s’éloigne trop en ces temps de globalisation de son référentiel conservateur et religieux, tout en insistant sur les valeurs de liberté et de dignité et “le bien-être social des Marocains“. L

Le PAM plus libéral, se positionne plus “proche“ de normes culturelles de notre temps (ce qu’il appelle tamaghrabit) tout en fustigeant “le PJD qui ne veut pas défendre le Maroc, mais le califat“. Hormis l’épisode Kabbadj à Marrakech, le PJD ne parle pas de religion durant ses rencontres électorales. L’idéologie et le référentiel du PJD sont plus présents et plus entendus au sein de la société, car le parti est aussi plus présent dans … la société: au sein du gouvernement, du Parlement, de l’administration et des réseaux caritatifs et sociaux.

… parfois avec humour

Durant les heures qui ont précédé et suivi le scrutin, les Marocains, c’est notable, ne se sont jamais départis de leur sens de l’humour politique et de l’autodérision.

Lorsque Benkirane arrive mardi 4 octobre en fin de journée à Tanger pour un meeting électoral et qu’il constate que le site autorisé par la wilaya est situé à l’extrémité de la ville, à Malabata, sa réplique est un sourire et une phrase aux sens multiples, délivrée dès la prise de parole: “Même s’ils veulent nous envoyer sur la lune, nous irons sur la lune; mais nous irons ensemble sur la lune, vous et moi“. Les critiques contre l’Intérieur sont toujours populaires et populistes, c’est certain; surtout quand elles contiennent une dose d’autodérision et ne sont pas toujours injustifiées.

Autre illustration. Vendredi soir dans la salle de presse de la wilaya de Tanger, l’ambiance est terne, les écrans de télévision sont éteints et il est difficile de trouver un interlocuteur qui prenne la décision de mettre Al Aoula, 2M ou Médi 1 TV.

On apprend qu’il y a des tensions à Gzénaya près de la Tanger Free Zone et à Al Hoceima. Lorsque le leader du PAM Ilyas El Omari annonce vers minuit sur Internet que son parti espère obtenir 80 députés, la salle se réveille de son ennui et rit. El Omari a un problème de crédibilité, mais la suite de la soirée démontrera aussi qu’il n’en est pas moins un politique déterminé, puisque le score final du PAM sera de 102 sièges.

Enfin lundi dans la soirée. Après qu’un communiqué officiel a indiqué que le Roi a chargé Abdelilah Benkirane de former le nouveau gouvernement, des internautes ont déjà trouvé leur inspiration ailleurs. Sur Twitter circule un message, faux bien sûr: «S.M. le Roi a chargé Ilyas El Omari de former une joumla moufida». Chacun est dans son rôle. L’offre politique doit s’adapter pour que le Maroc continue d’avancer. Les partis qui l’entendent ont moins de cinq ans pour ce faire. 

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