François Hollande au Maroc: choses vues et entendues

Jamal Amiar

Journaliste

 
Vendredi 25 septembre 2015 à 14h36 

Il ya cette photo. Nous sommes le dimanche 20 septembre. Il fait 26°, la mer est bleue et plate. Une journée parfaite pour un déjeuner de qualité au bord de l’eau.

 

 

La signature de l'Appel de Tanger

Jack Lang: "On s'aime"

Dans le train de Tanger à Tanger-Med

Avant le déjeuner au Mirage

La réception de Abdelilah Benkirane par François Hollande

Audrey Azoulay, la fille de son père

Les deux "Marocaines" du gouvernement français

Sur la terrasse du Mirage au cap Spartel, une grande table rectangulaire est dressée. Mohammed VI et  François Hollande président. Ils sont assis face à la mer donnant le dos à la salle de restaurant centrale. Ils ont 12 convives autour d’eux.

Sont présents(e)s Ségolène Royal et Elisabeth Guigou, le Prince Moulay Rachid, Fouad Ali El Himma auprès de Tahar Ben Jelloun, Najat Vallaud-Belkacem (NVB), Miryam El Khomri, Abderrahman El Youssoufi, la députée européenne et maire du 7ème arrondissement parisien Rachida Dati, Jamel Debbouze et Audrey Azoulay, Jack Lang.  

Deux chefs d’Etat, un prince, un ancien premier ministre et d’anciens ministres, un conseiller royal, la fille d’un conseiller royal, un écrivain, un homme de scène talentueux et le président de l’Institut du monde arabe, artisan d’une “expo Maroc“ très réussie entre fin 2014 et mars 2015.

Who is who?

Abderrahman El Youssoufi  est le sage socialiste. Ancien opposant à Hassan II, il conduira l’alternance et sera reconduit à son poste par le nouveau Roi Mohammed VI en juillet 1999.

Il connaît bien Jack Lang et Elisabeth Guigou. Très bien aussi André Azoulay le père d’Audrey Azoulay avec laquelle on le voit en conversation.

NVB et M. El Khomri pour leur part représentent ce que les enfants de couple et de culture mixtes peuvent faire de mieux. NVB a travaillé auprès de Ségolène Royal durant sa campagne présidentielle de 2007 -47% des voix face à Sarkozy-, avant de devenir  porte-parole de la campagne de François Hollande en 2012 puis l’un de ses ministres clés.

 M. El Khomri est de père marocain. Sa maman bretonne a enseigné au lycée Regnault de Tanger. Elle-même a fréquenté les bancs de l’école primaire Adrien Berchet comme elle le précise à Médias 24.  Elle a quitté Tanger à l’âge de neuf ans.

«J’ai ressenti une émotion en descendant de l’avion dira-t-elle à Médias 24. Tanger a tellement changé. C’est le signe que ça bouge». A son programme de travail figure le lancement avec son homologue marocain Abdeslam Seddiki du bilan de la coopération bilatérale 2013-2015 en matière de formation et d’emploi.

Quand à Elisabeth Guigou, ancienne ministre de la Justice et de l’emploi durant la cohabitation Chirac-Jospin (1997-2002), elle est née à Marrakech. Elle préside depuis 2012 la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.

Son rôle avec Jack Lang et des diplomates français et marocains a été capital dans la résolution de la récente crise diplomatique et judiciaire entre Rabat et Paris.

Tahar Ben Jelloun est le Tangérois et le Parisien ami du  Roi depuis une bonne quinzaine d’années. Depuis le premier été plein de Mohammed VI à Tanger. Jamel Debbouze aussi.  Outre le fait qu’il a fait de Marrakech une destination internationale du spectacle et du rire.

A d’autres tables du restaurant, il y a le patron de la Fondation marocaine des musées Mehdi Qotbi,  le journaliste Ali Baddou, le penseur Rachid Benzine et le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, l’homme du dossier iranien et dont Netanyahou ne veut pas écouter les propositions pour une paix israélo-palestinienne. Quelques photos ont circulé côté français. Le déjeuner était privé.

Le maître des lieux Abdeslam Chakkour, après une photo en compagnie du Roi, du président français et du prince Moulay Rachid s’affaire entre accueil, cuisine et convives.

Ici on est habitué aux grands événements. De Felipe Gonzalez à Messi, en passant par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Ali Bongo, beaucoup de beau monde a déjeuné, dîné et/ou dormi au Mirage.

 Cet été, Salmane d’Arabie saoudite en a fait une annexe de son palais et le restaurant de sa suite. Son palais est situé quelques mètres plus bas sur la plage. Le président yéménite en exil y a fait un tour en août dernier. Zapatero et Blair aussi.

Les coulisses de la visite de travail et d’amitié du président Hollande le week-end dernier à Tanger sont constituées de nombreux moments d’échanges informels et non moins importants.  

Comme la veille au soir au palais royal de La Montagne où Mohammed VI et François Hollande ont longuement discuté avec Abderrahman El Youssoufi et le professeur à Sciences-Po Aix et à la faculté protestante de Paris Rachid Benzine.

M6, Hollande et Rachid Benzine

«Hollande m’a invité à l’Elysée pour parler de l’islam en France il y a quelques mois. C’est lui qui m’a présenté au Roi Mohamed VI hier soir,» indique R. Benzine à Médias 24 ce dimanche matin.

Rachid Benzine est pressenti pour donner des conférences magistrales à l’Institut Mohammed VI de formation des imams de Rabat dès cet automne.

A Médias 24, il indique que «si nous ne mettons pas les sciences humaines au centre de la formation des imams, nous n’allons pas y arriver. Sociologie, anthropologie, sciences politiques, martèle-t-il.  Il faut plus d’échanges entre les hommes de religion, entre politiques et hommes de religion; Il faut échanger, se mettre à la place de l’autre, raconter, écouter et voir  les choses de l’intérieur».

L’ambiance générale est bonne et détendue. Amicale. Ces Marocains et ces Français se connaissent et s’apprécient. Avant l’atterrissage de l’avion présidentiel français à Tanger Ibn Battouta, salutations, discussions et éclats de rires sont de rigueur dans les salons du pavillon d’honneur et sous la véranda.

Jack Lang: «Vous le constaterez pendant cette journée et demie: on s’aime»

Arrivé plus tôt le matin, Jack Lang, en chemise rose, se dirige vers le coin d’un salon mettre sa cravate.

L’avion de François Hollande est annoncé. Avant cela, il a pris le temps de faire une longue déclaration à la presse, de prendre deux ou trois questions. Courtois, posé, chaleureux, réaliste. «C’est la lune de miel parce qu’il ya beaucoup de réalisations et de projets, vous le verrez, pour le Nord du Maroc et pour l’ensemble du Maroc. Vous le constaterez pendant cette journée et demie: on s’aime», indique Jack Lang.

La suite des événements du week-end lui donnera raison: réception dînatoire et échanges riches et divers au palais royal samedi soir, virée «Tanger by night» quelques heures plus tard, signature par le Roi et le président de l’Appel de Tanger.

 «Au-delà des investissements, poursuit-il ce samedi 19 septembre quelques minutes avant l’atterrissage de l’avion présidentiel français, il y a cette relation humaine, affectueuse, proche entre François Hollande et le Roi du Maroc». Pour Jack Lang, «il n’y a aucun sujet qui fâche. Il y avait un contentieux qui est aujourd’hui réglé». Allusion à l’affaire Hammouchi.

 Jack Lang porte un profond amour et respect pour le Maroc et la culture marocaine. Il est «pro-France et pro-Maroc». C’est un bâtisseur de passerelles et ponts. Pas un bâtisseur de murs grillagés ou de murs avec des militaires, des matraques et des chiens politiciens.

C’est un politique réaliste et humaniste. Positif. Ces derniers mois, il a efficacement et discrètement travaillé à rapprocher les points de vue marocain et français après la brouille Hammouchi. On peut affirmer sans risque d’être trop démenti qu’il est probablement l’homme politique français qui a le plus et le plus souvent rencontré des officiels marocains entre février 2014 et février 2015.

Hassad, Hammouchi, Mansouri. Rabbah, Daoudi, Amara.

 Dans les salons du pavillon d’honneur, le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad et le patron de la DST, de la  police et du «FBI marocain», le Bureau central d’investigations judiciaires, Abdellatif Hammouchi sont en conciliabule.

Parlent-ils des élections, de la décoration ou d’autre chose? Le patron de la DGED, la Direction générale des études et de la documentation Yassine Mansouri est également présent.

Les ministres des transports Aziz Rabbah, de l’enseignement supérieur Lahcen Daoudi, de l’Education nationale Rachid Belmokhtar, de l’Energie ABdelkader Amara et de l’Environnement Hakima El Haite sont également présents.

Audrey Azoulay que beaucoup découvrent est également présente. C’est la fille du conseiller royal André Azoulay. Elle fait désormais partie du team communication du palais de l’Elysée. Dimanche, elle sera présente à la table du Roi.

A l’hôtel Royal Tulip où sont installés les journalistes français et les invités du président Hollande, Latifa Ibn Ziaten est présente. Son fils Imad a été froidement assassiné par Mohamed Merah en mars 2012. Depuis, elle fait son deuil de la mort brutale de ce fils musulman et militaire français.

Latifa, l’imam et le rabbin.

 Sa douleur et sa peine se sont transformées en actions positives. Elle anime l’association Imad pour la jeunesse et la paix www.association-imad.fr . Parle aux jeunes des quartiers de non-violence, de tolérance et de coexistence.

«Oui, les jeunes m’écoutent quand je leur parle, indique-t-elle à Médias 24. Je suis à Tanger, invité par le président Hollande et je prépare des actions au Maroc». Latifa Ibn Ziaten est heureuse d’être là. Elle est née à Tétouan. A Fnideq exactement.

Dimanche vers 13H elle participe à une réunion avec des ONG marocaines et françaises autour de Najat Vallaud-Belkacem et du ministre Rachid Belmokhtar. Quelques minutes après l’arrivée du président Hollande, Latifa, les ONG, NVB et Rachid Belmokhtar se sont tous dirigés vers la grande salle de réunion de l’hôtel El Minzah.

Avec Latifa Ibn Ziaten, Mohamed Moussaoui était également présent.

Ce Marocain préside l’Union des mosquées de France, l’UMF. Avec Latifa  Ibn Ziaten et Mohamed Moussaoui un autre monsieur au rôle important et symbolique en France était présent.

Il s’agit de Joël Mergui, président du Consistoire israélite de France. «Je n’ai pas refusé l’invitation du président de venir à Tanger car la symbolique est forte. Venir avec mes amis musulmans au Maroc est important».

Samedi. C’est la fin de la journée. Après l’accueil à l’aéroport, une visite à l’atelier de maintenance du TGV et une cérémonie au palais Marshane, l’heure est venu d’un autre événement. Le premier ministre Abdelilah Benkirane est reçu par le président Hollande au PHR, le Palais des hôtes royaux, ancien palais Forbes.

Benkirane: «Même lorsque nous rencontrons des problèmes, nous leur trouvons des solutions»

Quelques journalistes sont présents. Benkirane arrive et rejoint M. Hollande dans une grande salle. Il y a là des chaises, des fauteuils et des «metterbates» comme on dit en franco-marocain. Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Audrey Azoulay et Jack Lang sont là.

 Les deux hommes ne sont pas assis ensemble depuis trois minutes qu’Hollande éclate de rire. Effet Benkirane garanti.

 Benkirane sort de l’entrevue.  Il déclare: «Comme vous le savez, les relations maroco-françaises revêtent toujours un caractère exceptionnel. Nous partageons une longue histoire, avant l’Indépendance et depuis. Même lorsque nous rencontrons des problèmes, nous leur trouvons des solutions».

«Qu’avez-vous dit au président Hollande Monsieur le chef du gouvernement?» «Je lui ai réaffirmé l’importance et la solidité des liens politiques, culturels et économiques unissant le Maroc et la France. Et je lui ai demandé de veiller à ce que les Marocains et les musulmans de France puissent, pour ceux qui le souhaitent, exercer leur culte dans le respect et la liberté,» indique Abdelilah Benkirane à Médias 24.

Questions: «François Hollande a-t-il fait un commentaire sur les résultats des élections ? Qu’attendez-vous en tant que premier ministre et leader du PJD de la relation franco-marocaine?» Benkirane: «Non, il n’a pas fait de commentaires mais il sait que mon parti a obtenu des résultats honorables». «Abdelilah Benkirane et le PJD sont convaincus que la France est un partenaire économique majeur, un partenaire politique. Notre relation constitue une alliance maîtrisée sous la direction de Sa Majesté et du président Hollande. Notre politique est la politique de notre Etat dirigée par Sa Majesté, et nous la soutenons».

Tanger by night et Tanger by day

Dans quelques heures, François Hollande va se rendre au palais royal de La Montagne et à la fin de ce fameux dîner faire cet autre fameux tour du Tanger by night en voiture avec Mohammed VI.

Felipe Gonzalez, Zapatero, Blair et d’autres princes saoudiens ou émiratis connaissent le Tanger by night. Il y a aussi le Tanger by day, le Tanger de jour.

Dimanche matin, incognito, le ministre de l’Intérieur et ancien wali de Tanger Mohamed Hassad a lui aussi goûté aux joies de la promenade à pied, en ville, en compagnie de son épouse Majdouline sous un soleil et une lumière éclatants.  

Avec son polo couleur grenadine, il est sorti de l’hôtel El Minzah, et remonté la rue de la Liberté pour apprécier la vue sur la baie et le Détroit à partir du promontoire du boulevard Pasteur.

Ce qu’on retiendra de cette visite? Des liens resserrés certainement; la réaffirmation d’une vraie relation intime, interdépendante; Rabat et Paris qui se soutiennent mutuellement sur les plans de la diplomatie et de la sécurité; qui investissent ensemble et ont pléthore de projets communs pour le Maroc, pour la France et pour l’Afrique.

«Dans l’énergie, l’agro-alimentaire, les infrastructures, la formation et le développement durable» indiquera François Hollande lors de sa conférence de presse tenue avant de s’envoler pour Paris dimanche soir.

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