Au Monde Festival: le Maroc, Emmanuel Macron et des jeunes pas résignés

Jamal Amiar

Journaliste

 
Jeudi 1 octobre 2015 à 22h33 

Pour la 2e fois en deux ans, le quotidien Le Monde a réuni ses journalistes, ses cadres, ses lecteurs et des dizaines d’invités de haut vol pour réfléchir sur le thème "Changer le monde". L’événement s’est tenu le week-end dernier à l’Opéra Garnier. Et quand c’est Le Monde qui organise une rencontre intellectuelle, cela vole vite très haut.

 

Le samedi à 15h30, l’acteur Vincent Lindon ("Welcome", "La loi du marché"), entouré de quatre jeunes, a ouvert les festivités. Ensuite, les jeunes ont pris la parole. Moussa, tout d’abord, a frôlé l’abandon scolaire au lycée. Il a été rattrapé par un de ses professeurs qui a vu son potentiel. Aujourd’hui mathématicien et éducateur, il anime des groupes de jeunes dans les quartiers défavorisés de la périphérie parisienne. Deux jeunes femmes ont aussi raconté leur parcours. L’une évolue dans la danse; l’autre dans l’animation culturelle.

Le dimanche après-midi, Emmanuel Macron, ministre français de l’Economie, s’exprime sur sa volonté de libéraliser le secteur du voyage par autocar. Il affirme souhaiter accompagner l’ubérisation de l’économie française, dans une société soumise à des "rigidités insoupçonnables". Répondant aux questions d’Arnaud Leparmentier (Le Monde), il est accueilli par 300 personnes, dans une salle comble. En outre, les places pour cette conférence se sont vendues en un temps record.

"Le faites-vous exprès?"

Depuis sa nomination au poste de ministre par François Hollande et Manuel Valls, Macron veut toucher aux 35 heures, au statut de la fonction publique, aux quasi-monopoles du transport public français et aux honoraires des professions réglementées. "Le faites-vous exprès?", demande le journaliste. "Non", répond Macron, "je ne le fais pas exprès." Il marque une pause. "Mais je vais continuer."

A Paris, de nombreux hommes politiques de gauche reprochent à Macron son social-libéralisme. Macron répond du tac au tac: "Le libéralisme est une valeur de gauche". Rappelons que l’ancienne ministre du Travail et l’actuelle maire de Lille, Martine Aubry, a récemment déclaré en "avoir marre" de Macron. Le politicien fait aussi peur à la droite alors qu’il séduit le centre.

Sa politique, perçue comme étant "de droite", commence à obtenir des résultats. Macron possède plusieurs atouts: la belle gueule, le pouvoir, l’efficacité et l’expérience. Avant d’être nommé à Bercy, il était haut fonctionnaire. Il a également travaillé près de quatre ans pour la banque Rothschild. Cette personnalité publique est un mélange de Georges Pompidou, gaulliste, et de Michel Rocard, socialiste.

"On a un problème. Qu’est-ce qu’on fait? On vide la mer ou on répare le bateau?"

Macron n’esquive pas les questions du journaliste. Plutôt, il réplique avec des phrases qui séduisent le public. "Ce que vous exprimez en dit long des traumatismes cachés à gauche et à droite: nous avons à repenser des couples irréconciliables qui ont façonné notre cartographie politique", assène-t-il avant de poursuivre. "En France, la gauche s’interdit de penser. Il existe beaucoup de voies de convergence entre la droite et la gauche. Toutes les paroles ne se valent pas mais toutes les paroles méritent d’être entendues."

Autres déclarations mémorables de ce dimanche après-midi:

- "On doit regarder les conditions réelles à chaque moment de la vie";

- "J’assume en totalité le libéralisme";

- "On a un problème. Qu’est-ce qu’on fait? On vide la mer ou on répare le bateau?";

- "Il faut voir les limites de son propre modèle";

- "Quand on ne propose plus, c’est qu’on ne réfléchit plus et qu’on n’agit plus".

Le ministre de l’Economie évoque aussi l’actualité de l’euro et de l’Europe. Le Grexit, le Brexit (Londres), la crise des migrants ou encore le référendum en Catalogne: aucun sujet n’est laissé de côté. "Si rien ne bouge", affirme-t-il, "il n’y aura plus d’euro dans dix ans." Arnaud Leparmentier demande à Emmanuel Macron de confirmer ce qu’il vient de dire. L’invité confirme.

Analyse politique, provocation ou déclaration visant à faire perdre quelques centimes à l’euro dans les prochains jours sur les marchés, boostant ainsi, même légèrement, exportations et emploi?

"Les partis extrêmes progressent", avertit par ailleurs le ministre. Pour Macron, il faut à tout prix éviter l’immobilisme. Il répète ainsi à plusieurs reprises l’un de ses termes fétiches: "mobilité".

Une dame de l’assistance s’enquiert des frais de notaire, très élevés dans l’Hexagone. "Je vais acheter un terrain à 148.000 euros", annonce-t-elle, "et cela me coûtera 14.000 euros supplémentaires en frais de notaire." Pas de chance pour elle… Macron n’a guère de sympathie pour les professions réglementées et les situations de rente.

Une autre spectatrice mentionne un projet d’investissement bloqué pour cause d’avis qui tarde à venir de la part de la Banque public d’investissement (BPI) ou du ministère de l’Economie. "Aucun homme public ne vous fera directement réussir votre projet", répond-il. "C’est votre énergie qui le fera. Mais voici mon adresse email [email protected]; c’est l’adresse sur laquelle je reçois les dossiers de mes concitoyens. Je les regarde moi-même puis je transmets au bon collaborateur; celui-ci vous répondra sans faute."

La direction reçoit

Dimanche matin à la Bastille, à l’opéra, les lecteurs et abonnés du Monde rencontrent la direction et plusieurs journalistes. Le directeur de la publication, Jérôme Fénoglio, annonce: "Nous vendons 80.000 journaux papier en kiosque tous les jours; nous avons 80.000 abonnés électroniques et 100.000 abonnés papier". "Nous sommes à l’équilibre et allons gagner de l’argent cette année. Près de six millions d’euros." "Nous allons renforcer nos points forts", souligne-t-il. "Nos lecteurs cherchent la qualité et nous bénéficions d’une prime à la qualité. Nous devons décrire les changements planétaires et anticiper les évolutions."

Des lecteurs demandent des précisions sur le concept du magazine M. Puis, une jeune étudiante dit: "On me déconseille d’aller en école de journalisme car le métier est difficile et le modèle économique de la profession se complique". Raphaëlle Baqué lui répond: "Le bon journalisme, ce sont de bonnes pratiques professionnelles faites d’indépendance. Nous faisons un métier formidable. Un métier de personnes curieuses qui vont à la rencontre des autres. Au contraire, faites l’école de journalisme!"

Il est vrai qu’en ce moment, un journaliste du Monde peut être plus satisfait et plus fier qu’un cadre de VW ou même de Apple.

Le Maroc "important" pour Le Monde

"La couverture de l’actualité marocaine est importante pour nous", indique le directeur du Monde à une question sur des articles jugés assez "standards" sur la politique marocaine avec une insistance systématique sur l’affaire Hammouchi et sur la "menace" que représenterait le courant islamiste pour la monarchie. Un travail qui semble parfois cruellement manquer de discernement.

Nous avons l’occasion de nous entretenir quelques minutes avec le directeur du Monde. Jérôme Fénoglio se veut clair. "Le Monde est un quotidien et un outil d’information majeur et incontournable. C’est une référence française, francophone et internationale. Il faut qu’il le reste. La réalité au Maroc évolue avec ses lenteurs et ses couacs. Les grilles d’analyse bougent. C’est une question de crédibilité pour Le Monde et les esprits libres et rigoureux. Oui, nous allons voir ça."

Les médias sérieux sont tous confrontés à une réalité qui change sans cesse et à des schémas de pensée qui parfois se figent.

Cette année, Le Monde a compté parmi ses invités l’économiste Thomas Picketty (bientôt chroniqueur au Monde), Astro Teller (Google X), Mathieu Ricard ("L’altruiste intégral"), le cinéaste israélien Amos Gataï et le rappeur Youssoufa. Plus de 70 intervenants au total. Une fête de l’esprit.

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