Bouabid: La classe politique incapable de faire vivre la Constitution

VERBATIM. Pour le politologue et délégué général de la Fondation "Abderrahim Bouabid", la cohésion nationale au Maroc est un défi à relever dans les années à venir.

Bouabid: La classe politique incapable de faire vivre la Constitution

Le 23 juillet 2019 à 09:33

Modifié le 23 juillet 2019 à 09:57

La conférence organisée par le RNI, mercredi 17 juillet à Rabat à l’occasion des 20 ans de règne du Roi Mohammed VI, a été une plateforme de débats passionnants autour des principaux enjeux politiques et économiques du pays.

Modèle de développement, révision de la Constitution, convergence des stratégiques sectorielles… Les panélistes Ali Bouabid, Nadia Bernoussi, Karim El Aynaoui, Youssef Saâdani, Mohamed Fikrat, Mbarek Abbas Bouderka, ont livré un bilan lucide sur les avancées, les acquis et les déficits du pays au cours des 20 dernières années tout en livrant leurs points de vue sur les pistes de développement envisageables à l’avenir.

Ci-après, des extraits de l’intervention de Ali Bouabid, délégué général de la fondation “Abderrahim Bouabid“, lors de cette conférence.

La classe politique incapable de faire vivre la Constitution

“Je ne pense pas, aujourd’hui, que nous avons la classe politique qui est capable de faire vivre une Constitution comme celle de 1996. En 1996, je disais déjà qu’il y a beaucoup de choses à faire et que vous n’êtes pas capables de les faire. Je parle de pratiques institutionnelles et politiques. Il n’y a pas de grandes différences dans la pratique institutionnelle et politique des acteurs qui font vivre la constitution, entre le texte de 1996 et celui d’aujourd’hui.

“Du coup, le problème n’est pas un problème de texte. Il y a un problème dans la manière des acteurs de se saisir de ce texte. C’est un texte qui a eu le suffrage universel et qui a l’aval de Sa Majesté. Donc, on s’assoit pour voir comment on peut faire vivre ce texte. Je pense qu’il y a un désenchantement institutionnel sur ce plan. Le texte est très en avance par rapport à la capacité de “portage“ de la classe politique“, critique Ali Bouabid.

La cohésion nationale, le mot d'ordre général

Pour Bouabid, “à 20 ans de règne, les réalisations et les acquis sont incontestables. Les problèmes sont aussi incontestables. Le bilan est là. Le 20e anniversaire (du règne) est l’occasion de se projeter dans l’avenir. Quelles leçons on tire pour se projeter demain ? Pour moi, il y a un mot d’ordre général sous lequel on peut placer l’ensemble des défis. C’est la cohésion nationale.

Ali Bouabid rappelle que la cohésion nationale existe à toujours existé au Maroc. Il estime qu'elle  est, aujourd’hui, ébranlée et qu'elle a besoin de se régénérer. Et ça ne peut pas être fait avec les anciennes méthodes. "La question de la cohésion nationale est centrale et il nous faut y réfléchir", elle est centrale en raison de l'ampleur des défis que le Maroc doit affronter au cours des prochaines années.

Sa Majesté nous a donné le mode d’emploi. Il l’a suggéré indirectement quand il a dit qu’il faut revoir le modèle de développement. Ça veut dire que le modèle de développement ne fait plus la société. Il est donc inapte à prendre en charge les aspirations et les attentes des gens.

Bouabid constate que la cohésion nationale n'est pas imputable aux avancées en matière de développement humain. "En gros, elle ne tient pas des acquis en matière de développement humain. Or, elle devrait tenir de ça".

La croissance est productrice d’inégalités

“Quand on parle des disparités territoriales, on part du principe qu’on va les corriger à travers un programme mis en œuvre. On est dans une logique de correction du handicap. Mais, la vérité de la complexité c’est quoi ? C’est qu’il nous faut prendre conscience que quel que soit notre modèle de croissance, on va toujours créer de nouvelles inégalités. La croissance elle-même est productrice d’inégalités. Il y a des remises en cause très importantes à faire sur le fond que nous impose cette complexité".

Toute la société marocaine vit une crise de l'autorité

“On est au Maroc, aujourd’hui, devant ce qu’on peut appeler une crise de l’autorité. Qu’est-ce que c’est la crise de l’autorité ? Toute la société marocaine, dans ses développements et mutations, est en train de vivre une crise de l’autorité.

“On commence par le douar, la famille, le voisinage jusqu’à l’autorité politique. Cette crise de l’autorité est consubstantielle à un processus de transition. C’est normal. Ce qui est problématique, c’est quoi ? C’est que cette crise de l’autorité, si on la considère dans un cadre démocratique, touche aussi bien au démos (peuple) qu’au cratos (pouvoir).

“Si on ne résout pas la problématique de la crise d’autorité dans un cadre démocratique, c’est dans un cadre autoritaire qu’elle va trouver sa variable d'ajustement“, estime-t-il.

Stratégies sectorielles : La coordination interministérielle ne fait pas partie de la culture politique

Intervenant en réponse à une question sur le manque de convergence des stratégies sectorielles lancées au cours des quelques dernières années, Ali Bouabid estime que : “l’un des points positifs qu’a connus le Maroc sur les 10 dernières années, c’est la multiplication des démarches stratégiques. Avant, on naviguait à vue. Donc, c’est plutôt positif.

“Mais le problème aujourd’hui est qu’il n’y pas de document unique de politiques sur le moyen et long terme. Et donc effectivement, les départements sectoriels ont tendance à suivre leur feuille de route dans leurs démarches stratégiques alors qu’au niveau horizontal, le travail est extrêmement faible.

“C’est une tradition au Maroc : la coordination interministérielle ne fait pas partie de la culture politique, ni au niveau administratif. Elle est extrêmement faible en contenu et encore moins au niveau politique.

“Qu’est-ce qu’on a comme lieux de coordination ? On a le Conseil de gouvernement, mais c’est tout sauf un lieu de dialogue interministériel. La préparation se fait de manière sommaire. Nous avons un acteur central hérité de l’administration et de la culture française : le SGG [Secrétariat général du gouvernement]. C’est un acteur politique au Maroc alors que normalement dans ses fonctions, c’est un service du chef de gouvernement. Et c’est à lui que reviennent la préparation et la coordination. C’est un premier problème qui existe et qui mériterait un long développement“.

Bouabid: La classe politique incapable de faire vivre la Constitution

Le 23 juillet 2019 à09:55

Modifié le 23 juillet 2019 à 09:57

VERBATIM. Pour le politologue et délégué général de la Fondation "Abderrahim Bouabid", la cohésion nationale au Maroc est un défi à relever dans les années à venir.

La conférence organisée par le RNI, mercredi 17 juillet à Rabat à l’occasion des 20 ans de règne du Roi Mohammed VI, a été une plateforme de débats passionnants autour des principaux enjeux politiques et économiques du pays.

Modèle de développement, révision de la Constitution, convergence des stratégiques sectorielles… Les panélistes Ali Bouabid, Nadia Bernoussi, Karim El Aynaoui, Youssef Saâdani, Mohamed Fikrat, Mbarek Abbas Bouderka, ont livré un bilan lucide sur les avancées, les acquis et les déficits du pays au cours des 20 dernières années tout en livrant leurs points de vue sur les pistes de développement envisageables à l’avenir.

Ci-après, des extraits de l’intervention de Ali Bouabid, délégué général de la fondation “Abderrahim Bouabid“, lors de cette conférence.

La classe politique incapable de faire vivre la Constitution

“Je ne pense pas, aujourd’hui, que nous avons la classe politique qui est capable de faire vivre une Constitution comme celle de 1996. En 1996, je disais déjà qu’il y a beaucoup de choses à faire et que vous n’êtes pas capables de les faire. Je parle de pratiques institutionnelles et politiques. Il n’y a pas de grandes différences dans la pratique institutionnelle et politique des acteurs qui font vivre la constitution, entre le texte de 1996 et celui d’aujourd’hui.

“Du coup, le problème n’est pas un problème de texte. Il y a un problème dans la manière des acteurs de se saisir de ce texte. C’est un texte qui a eu le suffrage universel et qui a l’aval de Sa Majesté. Donc, on s’assoit pour voir comment on peut faire vivre ce texte. Je pense qu’il y a un désenchantement institutionnel sur ce plan. Le texte est très en avance par rapport à la capacité de “portage“ de la classe politique“, critique Ali Bouabid.

La cohésion nationale, le mot d'ordre général

Pour Bouabid, “à 20 ans de règne, les réalisations et les acquis sont incontestables. Les problèmes sont aussi incontestables. Le bilan est là. Le 20e anniversaire (du règne) est l’occasion de se projeter dans l’avenir. Quelles leçons on tire pour se projeter demain ? Pour moi, il y a un mot d’ordre général sous lequel on peut placer l’ensemble des défis. C’est la cohésion nationale.

Ali Bouabid rappelle que la cohésion nationale existe à toujours existé au Maroc. Il estime qu'elle  est, aujourd’hui, ébranlée et qu'elle a besoin de se régénérer. Et ça ne peut pas être fait avec les anciennes méthodes. "La question de la cohésion nationale est centrale et il nous faut y réfléchir", elle est centrale en raison de l'ampleur des défis que le Maroc doit affronter au cours des prochaines années.

Sa Majesté nous a donné le mode d’emploi. Il l’a suggéré indirectement quand il a dit qu’il faut revoir le modèle de développement. Ça veut dire que le modèle de développement ne fait plus la société. Il est donc inapte à prendre en charge les aspirations et les attentes des gens.

Bouabid constate que la cohésion nationale n'est pas imputable aux avancées en matière de développement humain. "En gros, elle ne tient pas des acquis en matière de développement humain. Or, elle devrait tenir de ça".

La croissance est productrice d’inégalités

“Quand on parle des disparités territoriales, on part du principe qu’on va les corriger à travers un programme mis en œuvre. On est dans une logique de correction du handicap. Mais, la vérité de la complexité c’est quoi ? C’est qu’il nous faut prendre conscience que quel que soit notre modèle de croissance, on va toujours créer de nouvelles inégalités. La croissance elle-même est productrice d’inégalités. Il y a des remises en cause très importantes à faire sur le fond que nous impose cette complexité".

Toute la société marocaine vit une crise de l'autorité

“On est au Maroc, aujourd’hui, devant ce qu’on peut appeler une crise de l’autorité. Qu’est-ce que c’est la crise de l’autorité ? Toute la société marocaine, dans ses développements et mutations, est en train de vivre une crise de l’autorité.

“On commence par le douar, la famille, le voisinage jusqu’à l’autorité politique. Cette crise de l’autorité est consubstantielle à un processus de transition. C’est normal. Ce qui est problématique, c’est quoi ? C’est que cette crise de l’autorité, si on la considère dans un cadre démocratique, touche aussi bien au démos (peuple) qu’au cratos (pouvoir).

“Si on ne résout pas la problématique de la crise d’autorité dans un cadre démocratique, c’est dans un cadre autoritaire qu’elle va trouver sa variable d'ajustement“, estime-t-il.

Stratégies sectorielles : La coordination interministérielle ne fait pas partie de la culture politique

Intervenant en réponse à une question sur le manque de convergence des stratégies sectorielles lancées au cours des quelques dernières années, Ali Bouabid estime que : “l’un des points positifs qu’a connus le Maroc sur les 10 dernières années, c’est la multiplication des démarches stratégiques. Avant, on naviguait à vue. Donc, c’est plutôt positif.

“Mais le problème aujourd’hui est qu’il n’y pas de document unique de politiques sur le moyen et long terme. Et donc effectivement, les départements sectoriels ont tendance à suivre leur feuille de route dans leurs démarches stratégiques alors qu’au niveau horizontal, le travail est extrêmement faible.

“C’est une tradition au Maroc : la coordination interministérielle ne fait pas partie de la culture politique, ni au niveau administratif. Elle est extrêmement faible en contenu et encore moins au niveau politique.

“Qu’est-ce qu’on a comme lieux de coordination ? On a le Conseil de gouvernement, mais c’est tout sauf un lieu de dialogue interministériel. La préparation se fait de manière sommaire. Nous avons un acteur central hérité de l’administration et de la culture française : le SGG [Secrétariat général du gouvernement]. C’est un acteur politique au Maroc alors que normalement dans ses fonctions, c’est un service du chef de gouvernement. Et c’est à lui que reviennent la préparation et la coordination. C’est un premier problème qui existe et qui mériterait un long développement“.

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