Bus à Casablanca: les usagers dans le flou et en colère, l’anarchie s’installe

Le nombre de bus en circulation à Casablanca a drastiquement chuté à cause de l’imminente arrivée à échéance du problématique contrat liant M’dina Bus au conseil de la ville. Les véhicules toujours en circulation sont dans un état déplorable. Les Casablancais souffrent en l’absence d’alternative et de communication de la part des responsables.

Le 12 septembre 2019 à 14:05

Modifié le 13 septembre 2019 à 08:23

"Avant on attendait 15 min pour prendre le bus, aujourd’hui on attend jusqu’à une heure ou plus sans avoir la certitude de pouvoir l’emprunter", témoigne un Casablancais au micro de Médias24.

Un autre citoyen assure que la ligne 35 (Place Maréchal - Oulfa) n’est plus opérationnelle.

Les multiples témoignages se ressemblent. Le nombre de bus en service a fortement diminué. La durée d'attente est beaucoup plus longue. Les rares bus encore opérationnels sont en très mauvais état, pleins à craquer et tombent souvent en panne.

Les passagers qui empruntent les bus annuellement au niveau de la capitale économique n'en peuvent plus. Ils sont en colère. Ils y a eu 141 millions de passagers en 2018.

A peine 200 bus encore en service pour un besoin de 1.300 minimum

L’exploitation des lignes de bus par le délégataire M’dina Bus ne s'est jamais faite dans des conditions optimales. Le nombre de bus en circulation était insuffisant, le parc vétuste, certaines lignes non desservies.

Alors que l’on estimait le service mauvais quand M’dina Bus était opérationnel, la situation a empiré ces dernières semaines durant lesquelles le délégataire lève le pied progressivement à l’approche de l'achèvement de son contrat fin octobre.

Selon nos informations, seuls quelque 200 bus appartenant à Mdina Bus sont toujours en circulation contre une flotte d’environ 400, à en croire les responsables de la ville, ou 700 selon des sources proches de M’dina bus.

Il faut surtout savoir qu’une ville de la taille de Casablanca a besoin d’au moins 1.300 bus en exploitation.

Silence des autorités locales

Nous sommes à J-49 de l’arrivée à échéance du contrat de M’dina bus. Une date connue depuis 2004, date de la signature de la convention de gestion déléguée du service de transport collectif entre M’dina Bus et la ville de Casablanca.

Qui remplacera M’dina Bus ? Comment sera gérée la période transitoire entre l’arrêt du service de M’dina bus et le démarrage effectif des nouveaux exploitants ? Où en est le marché de l’acquisition des bus ? Quel dénouement aura le litige, porté devant la justice, entre les actionnaires de M’dina Bus et le conseil de la ville de Casablanca ? 

Autant de questions et bien d’autres qui ne trouvent toujours pas de réponses.

Médias24 a interpellé les différents protagonistes de ce dossier. Tous ou presque préfèrent garder le silence et ne donnent que peu d’informations sur ce qui se prépare.  

Après insistance, toutes nos sources nous renvoient vers la présidence du conseil de l’Etablissement de Coopération Intercommunale (ECI) qui gère ce dossier directement depuis que les actions en justice entreprises par M’dina Bus et son actionnaire Transinvest contre Casa Transports ont bloqué les différents appels d’offres pour l’achat des bus ou le choix de l’exploitant lancés par la SDL en 2018.

Contactés à plusieurs reprises, les responsables de l’ECI n'ont pas répondu à nos sollicitations.

La seule sortie médiatique de l’ECI à ce sujet remonte à juillet dernier où son conseil a tenu une session consacrée au problème du transport urbain après l’expiration du contrat de gestion déléguée avec la société "M’dina Bus".

Cinq accords ont été votés :

- Le retrait du dossier de réhabilitation du transport en commun par autobus à Casablanca à la Société de développement local Casa Transport, et son transfert à l'ECI.

- Le financement de l'acquisition de 350 bus et d'un système de billetterie, pour une valeur de 1,1 milliard de DH, par le Fonds d'accompagnement de la réforme du transport urbain, le Conseil de la région de Casablanca-Settat et le Conseil de la commune de Casablanca. 

- La désignation de Casa Transport pour accompagner la réalisation de cet accord de financement afin de garantir l’intégration du réseau de tramway et de bus. La SDL se chargera aussi de gérer la phase de transition et de garantir la continuité des installations de transport en commun.

Alsa et RATP se disputent le futur contrat

Actuellement, l’ECI gère deux appels d’offres dont les processus sont en cours. L'ouverture des plis de l’appel d’offres pour l'acquisition de 700 nouveaux bus prévue pour le 4 septembre, a bien eu lieu. Des sources nous confient que huit sociétés ont répondu, mais que seules trois ont été retenues à l’issue de l’examen des dossiers administratifs. L’examen des dossiers techniques est actuellement en cours.

Pour rappel, l’estimation des coûts de prestation pour ce marché, établie par l'ECI, est proche de 1,7 MMDH (1.677.600.000 DH).

L'Etablissement a également lancé un marché pour choisir un nouveau gestionnaire. Trois offres ont été soumises. Il s'agit de l’espagnol Alsa, du français RATP Dev qui, rappelons-le, est aussi actionnaire de M’dina bus, et du marocain Chennaoui Bus.

L’examen des dossiers de présélection a été fait. Selon nos informations, le dossier de Chennaoui Bus a été rejeté. Seuls sont restés en lice, RATP Dev et Alsa.

"A l’issue de la présentation technique qui a été faite en juillet dernier, il leur a été demandé d’apporter des modifications et d’améliorer leur offres", nous assure une source proche du dossier. Le dépôt des nouvelles offres, finales cette fois-ci, est prévu pour ce jeudi 12 septembre.

"La procédure suit son cours. La réponse définitive sera donnée avant la fin du mois ou début octobre maximum", nous confie une source proche de ce dossier.

Une phase transitoire difficile

Même si les appels d’offres aboutissent avant fin octobre à la désignation d’un nouvel exploitant du réseau de bus et au choix du constructeur des bus, il est impossible que le démarrage effectif du service se fasse en novembre 2019.

Il faudra au moins quelques mois, si tout va bien, pour que le nouvel exploitant s’installe et que les premières livraisons des bus neufs arrivent. A titre de comparaison, Alsa a remporté le marché de la gestion du transport par bus dans la région de Rabat en juillet 2018 et n’a commencé à recevoir les nouveaux bus qu’un an plus tard.

Cela sans compter la gestion du conflit avec M’dina Bus. La convention stipule qu’une fois le contrat arrivé à échéance, M’dina bus doit rendre à la ville plusieurs biens (infrastructures, entrepôts…) appartenant à cette dernière et qui ont été mis à sa disposition pour les besoins de l’exploitation. Au regard de l’absence de communication entre les deux parties et des procès en cours, il n’est pas exclu que M’dina bus refuse de procéder à la passation.  

Quoi qu’il en soit, il y a une période de transition à gérer. Selon la dernière session de l’ECI, la gestion de cette période a été confiée à Casa Transports. Les responsables de la SDL se refusent à tout commentaire. Personne ne sait concrètement comment Casa Transport compte procéder pour assurer la continuité du service public à partir de novembre prochain.

Selon nos sources, "l’ECI n’a pas encore décidé ce qu’il compte faire". Il attend probablement de voir les nouvelles offres des soumissionnaires à l’exploitation du réseau des bus. Nous savons qu'Alsa s’est proposée pour aider la ville dans cette phase. L’opérateur espagnol compte présenter dans son offre plusieurs alternatives pour la gestion de cette phase.

En attendant, dans les rues de Casablanca l’anarchie s’installe. Les triporteurs profitent du vide laissé par les bus et envahissent les trajets de plusieurs lignes. Ils transportent les citoyens en mettant leurs vies en danger en l’absence totale de contrôle ou de mesures pour contrer ce phénomène. 

Bus à Casablanca: les usagers dans le flou et en colère, l’anarchie s’installe

Le 12 septembre 2019 à15:31

Modifié le 13 septembre 2019 à 08:23

Le nombre de bus en circulation à Casablanca a drastiquement chuté à cause de l’imminente arrivée à échéance du problématique contrat liant M’dina Bus au conseil de la ville. Les véhicules toujours en circulation sont dans un état déplorable. Les Casablancais souffrent en l’absence d’alternative et de communication de la part des responsables.

"Avant on attendait 15 min pour prendre le bus, aujourd’hui on attend jusqu’à une heure ou plus sans avoir la certitude de pouvoir l’emprunter", témoigne un Casablancais au micro de Médias24.

Un autre citoyen assure que la ligne 35 (Place Maréchal - Oulfa) n’est plus opérationnelle.

Les multiples témoignages se ressemblent. Le nombre de bus en service a fortement diminué. La durée d'attente est beaucoup plus longue. Les rares bus encore opérationnels sont en très mauvais état, pleins à craquer et tombent souvent en panne.

Les passagers qui empruntent les bus annuellement au niveau de la capitale économique n'en peuvent plus. Ils sont en colère. Ils y a eu 141 millions de passagers en 2018.

A peine 200 bus encore en service pour un besoin de 1.300 minimum

L’exploitation des lignes de bus par le délégataire M’dina Bus ne s'est jamais faite dans des conditions optimales. Le nombre de bus en circulation était insuffisant, le parc vétuste, certaines lignes non desservies.

Alors que l’on estimait le service mauvais quand M’dina Bus était opérationnel, la situation a empiré ces dernières semaines durant lesquelles le délégataire lève le pied progressivement à l’approche de l'achèvement de son contrat fin octobre.

Selon nos informations, seuls quelque 200 bus appartenant à Mdina Bus sont toujours en circulation contre une flotte d’environ 400, à en croire les responsables de la ville, ou 700 selon des sources proches de M’dina bus.

Il faut surtout savoir qu’une ville de la taille de Casablanca a besoin d’au moins 1.300 bus en exploitation.

Silence des autorités locales

Nous sommes à J-49 de l’arrivée à échéance du contrat de M’dina bus. Une date connue depuis 2004, date de la signature de la convention de gestion déléguée du service de transport collectif entre M’dina Bus et la ville de Casablanca.

Qui remplacera M’dina Bus ? Comment sera gérée la période transitoire entre l’arrêt du service de M’dina bus et le démarrage effectif des nouveaux exploitants ? Où en est le marché de l’acquisition des bus ? Quel dénouement aura le litige, porté devant la justice, entre les actionnaires de M’dina Bus et le conseil de la ville de Casablanca ? 

Autant de questions et bien d’autres qui ne trouvent toujours pas de réponses.

Médias24 a interpellé les différents protagonistes de ce dossier. Tous ou presque préfèrent garder le silence et ne donnent que peu d’informations sur ce qui se prépare.  

Après insistance, toutes nos sources nous renvoient vers la présidence du conseil de l’Etablissement de Coopération Intercommunale (ECI) qui gère ce dossier directement depuis que les actions en justice entreprises par M’dina Bus et son actionnaire Transinvest contre Casa Transports ont bloqué les différents appels d’offres pour l’achat des bus ou le choix de l’exploitant lancés par la SDL en 2018.

Contactés à plusieurs reprises, les responsables de l’ECI n'ont pas répondu à nos sollicitations.

La seule sortie médiatique de l’ECI à ce sujet remonte à juillet dernier où son conseil a tenu une session consacrée au problème du transport urbain après l’expiration du contrat de gestion déléguée avec la société "M’dina Bus".

Cinq accords ont été votés :

- Le retrait du dossier de réhabilitation du transport en commun par autobus à Casablanca à la Société de développement local Casa Transport, et son transfert à l'ECI.

- Le financement de l'acquisition de 350 bus et d'un système de billetterie, pour une valeur de 1,1 milliard de DH, par le Fonds d'accompagnement de la réforme du transport urbain, le Conseil de la région de Casablanca-Settat et le Conseil de la commune de Casablanca. 

- La désignation de Casa Transport pour accompagner la réalisation de cet accord de financement afin de garantir l’intégration du réseau de tramway et de bus. La SDL se chargera aussi de gérer la phase de transition et de garantir la continuité des installations de transport en commun.

Alsa et RATP se disputent le futur contrat

Actuellement, l’ECI gère deux appels d’offres dont les processus sont en cours. L'ouverture des plis de l’appel d’offres pour l'acquisition de 700 nouveaux bus prévue pour le 4 septembre, a bien eu lieu. Des sources nous confient que huit sociétés ont répondu, mais que seules trois ont été retenues à l’issue de l’examen des dossiers administratifs. L’examen des dossiers techniques est actuellement en cours.

Pour rappel, l’estimation des coûts de prestation pour ce marché, établie par l'ECI, est proche de 1,7 MMDH (1.677.600.000 DH).

L'Etablissement a également lancé un marché pour choisir un nouveau gestionnaire. Trois offres ont été soumises. Il s'agit de l’espagnol Alsa, du français RATP Dev qui, rappelons-le, est aussi actionnaire de M’dina bus, et du marocain Chennaoui Bus.

L’examen des dossiers de présélection a été fait. Selon nos informations, le dossier de Chennaoui Bus a été rejeté. Seuls sont restés en lice, RATP Dev et Alsa.

"A l’issue de la présentation technique qui a été faite en juillet dernier, il leur a été demandé d’apporter des modifications et d’améliorer leur offres", nous assure une source proche du dossier. Le dépôt des nouvelles offres, finales cette fois-ci, est prévu pour ce jeudi 12 septembre.

"La procédure suit son cours. La réponse définitive sera donnée avant la fin du mois ou début octobre maximum", nous confie une source proche de ce dossier.

Une phase transitoire difficile

Même si les appels d’offres aboutissent avant fin octobre à la désignation d’un nouvel exploitant du réseau de bus et au choix du constructeur des bus, il est impossible que le démarrage effectif du service se fasse en novembre 2019.

Il faudra au moins quelques mois, si tout va bien, pour que le nouvel exploitant s’installe et que les premières livraisons des bus neufs arrivent. A titre de comparaison, Alsa a remporté le marché de la gestion du transport par bus dans la région de Rabat en juillet 2018 et n’a commencé à recevoir les nouveaux bus qu’un an plus tard.

Cela sans compter la gestion du conflit avec M’dina Bus. La convention stipule qu’une fois le contrat arrivé à échéance, M’dina bus doit rendre à la ville plusieurs biens (infrastructures, entrepôts…) appartenant à cette dernière et qui ont été mis à sa disposition pour les besoins de l’exploitation. Au regard de l’absence de communication entre les deux parties et des procès en cours, il n’est pas exclu que M’dina bus refuse de procéder à la passation.  

Quoi qu’il en soit, il y a une période de transition à gérer. Selon la dernière session de l’ECI, la gestion de cette période a été confiée à Casa Transports. Les responsables de la SDL se refusent à tout commentaire. Personne ne sait concrètement comment Casa Transport compte procéder pour assurer la continuité du service public à partir de novembre prochain.

Selon nos sources, "l’ECI n’a pas encore décidé ce qu’il compte faire". Il attend probablement de voir les nouvelles offres des soumissionnaires à l’exploitation du réseau des bus. Nous savons qu'Alsa s’est proposée pour aider la ville dans cette phase. L’opérateur espagnol compte présenter dans son offre plusieurs alternatives pour la gestion de cette phase.

En attendant, dans les rues de Casablanca l’anarchie s’installe. Les triporteurs profitent du vide laissé par les bus et envahissent les trajets de plusieurs lignes. Ils transportent les citoyens en mettant leurs vies en danger en l’absence totale de contrôle ou de mesures pour contrer ce phénomène. 

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