Carburants: Lahcen Daoudi revient au plafonnement unilatéral des marges

Après une réunion avec les pétroliers tenue il y a une dizaine de jours, Lahcen Daoudi revient à son plan initial : l’application du plafonnement des marges de façon unilatérale. Le gouvernement le suivra-t-il malgré l’avis défavorable du Conseil de la concurrence ?

Carburants: Lahcen Daoudi revient au plafonnement unilatéral des marges

Le 25 mars 2019 à 19:15

Modifié le 25 mars 2019 à 21:31

Lahcen Daoudi, ministre chargé des Affaires générales et de la Gouvernance a fait une nouvelle sortie au sujet de la problématique des prix dans le secteur des carburants. Dans un entretien accordé au journal Alyaoum24, le ministre avance des propos ambigus, parfois contradictoires.   

Selon l’article de notre confrère, que le ministre a relayé sur sa page Facebook, Lahcen Daoudi a déclaré ce qui suit :

-"Le gouvernement se dirige vers l’application du plafonnement des prix des hydrocarbures dans les prochains jours".

-"Le dialogue avec les pétroliers et les gérants des stations-service a réussi. Ces derniers ont été compréhensifs. Ils se soumettront à la loi selon la formulation publiée par le gouvernement".

-"Le plafonnement a été fait pour les Marocains. Il devait respecter des procédures et des étapes dont la plus importante est le dialogue avec les parties concernées".

Dans l’impasse, Daoudi revient à l’article 4 de la loi sur les prix

En réalité, et pour faire simple, Lahcen Daoudi fait marche arrière et revient à l’application de l’article 4 de la loi sur la concurrence et la liberté des prix après avoir voulu privilégier la solution concertée et avoir assuré l’adhésion des professionnels dans ce sens. 

Pour rappel, l’article 4 de la loi précitée, permet au gouvernement dans certaines conditions de replacer un produit dans la liste des produits réglementés de façon temporaire.

"Nous allons vers une solution négociée", nous assurait le ministre en février dernier. "Au lieu d'appliquer un plafond de façon unilatérale (article 4, ndlr), nous avons convenu d'aller vers un plafond concerté", ajoutait-il. 

Une déclaration qui lui a valu immédiatement une réponse de la part du Groupement des Pétroliers du Maroc (GPM) affirmant que les opérateurs étaient "contre tout retour en arrière après la libéralisation du secteur".

Pourtant Lahcen Daoudi semblait confiant. Pourquoi donc un tel retournement de la situation ? Tout s’est joué, selon nos informations, lors d'une récente réunion tenue avec les pétroliers il y a une dizaine de jours. Durant cette réunion, les pétroliers ont réaffirmé leur mécontentement par rapport à l’idée du plafonnement des marges, assure à Médias24 Adil Ziady, président du GPM.

Pour ce dernier, "le plafonnement des marges de manière concertée est impossible. Nous n’avons pas le droit de nous mettre d’accord sur les prix. Comment va-t-il calculer la marge ? Il est obligé de passer par le prix (recalculer la structure des prix, ndlr) et légalement ce n’est pas possible", explique-t-il.

A la fin des échanges, Lahcen Daoudi a été catégorique en décidant donc d’appliquer le plafonnement dans le cadre de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence tel qu’il le prévoyait au tout début.

"Nous [les opérateurs, ndlr] ne pouvons que nous soumettre à la loi, dans la mesure où c’est une question qui est du ressort du gouvernement", réplique à Médias24 Adil Ziady. 

Plafonnement contre vents et marées ? 

Concernant l’avis défavorable du Conseil de la concurrence que Daoudi avait très mal accueilli, ce dernier a déclaré à Alyaoum24: "il s’agit d’un simple avis que le gouvernement est obligé de respecter. Mais ce n’est pas un avis engageant".

Certes, l’avis du Conseil de la concurrence sur la question plafonnement est consultatif. Mais le gouvernement prendra-t-il le risque d’appliquer une mesure jugée "illégale" par un institution constitutionnelle indépendante ? 

La question reste posée, d’autant plus que selon des sources sûres de Médias24, le chef du gouvernement ne semblait pas acquis à l'idée d'appliquer le plafonnement bien avant la publication de l'avis du conseil. 

>> Lire aussi : Carburants : Lahcen Daoudi dans l’impasse

Le gouvernement, représenté par Lahcen Daoudi, a trop tergiversé dans un dossier qui méritait une réaction ferme et instantanée dès l’éclatement de cette affaire.

La question du plafonnement des marges est aujourd’hui dépassée. Le boycott et la grogne populaire se sont chargés de calmer l’ardeur des opérateurs dont les marges ont baissé par rapport aux niveaux de 2016 et 2017.

Continuer à concentrer le débat sur l’application ou non du plafonnement relève davantage de la politique politicienne que de la gestion des dossiers importants pour les citoyens marocains.

La question qui est actuellement beaucoup plus importante que de fixer temporairement, faut-il le rappeler, un niveau de marge pour les pétroliers, est celle de définir les responsabilités dans un secteur stratégique et sensible comme celui des carburants.

Et la plus importante responsabilité reste celle de l’Etat qui doit protéger les Marocains contre les abus, en assurant un environnement concurrentiel, une surveillance des prix et un contrôle rigoureux à travers, pourquoi pas, une agence indépendante comme c’est le cas pour le secteur des télécoms.

Enfin, la responsabilité de l’Etat est d’intervenir pour contrer les chocs en cas de hausse excessive des cours internationaux.

Carburants: Lahcen Daoudi revient au plafonnement unilatéral des marges

Le 25 mars 2019 à19:35

Modifié le 25 mars 2019 à 21:31

Après une réunion avec les pétroliers tenue il y a une dizaine de jours, Lahcen Daoudi revient à son plan initial : l’application du plafonnement des marges de façon unilatérale. Le gouvernement le suivra-t-il malgré l’avis défavorable du Conseil de la concurrence ?

Lahcen Daoudi, ministre chargé des Affaires générales et de la Gouvernance a fait une nouvelle sortie au sujet de la problématique des prix dans le secteur des carburants. Dans un entretien accordé au journal Alyaoum24, le ministre avance des propos ambigus, parfois contradictoires.   

Selon l’article de notre confrère, que le ministre a relayé sur sa page Facebook, Lahcen Daoudi a déclaré ce qui suit :

-"Le gouvernement se dirige vers l’application du plafonnement des prix des hydrocarbures dans les prochains jours".

-"Le dialogue avec les pétroliers et les gérants des stations-service a réussi. Ces derniers ont été compréhensifs. Ils se soumettront à la loi selon la formulation publiée par le gouvernement".

-"Le plafonnement a été fait pour les Marocains. Il devait respecter des procédures et des étapes dont la plus importante est le dialogue avec les parties concernées".

Dans l’impasse, Daoudi revient à l’article 4 de la loi sur les prix

En réalité, et pour faire simple, Lahcen Daoudi fait marche arrière et revient à l’application de l’article 4 de la loi sur la concurrence et la liberté des prix après avoir voulu privilégier la solution concertée et avoir assuré l’adhésion des professionnels dans ce sens. 

Pour rappel, l’article 4 de la loi précitée, permet au gouvernement dans certaines conditions de replacer un produit dans la liste des produits réglementés de façon temporaire.

"Nous allons vers une solution négociée", nous assurait le ministre en février dernier. "Au lieu d'appliquer un plafond de façon unilatérale (article 4, ndlr), nous avons convenu d'aller vers un plafond concerté", ajoutait-il. 

Une déclaration qui lui a valu immédiatement une réponse de la part du Groupement des Pétroliers du Maroc (GPM) affirmant que les opérateurs étaient "contre tout retour en arrière après la libéralisation du secteur".

Pourtant Lahcen Daoudi semblait confiant. Pourquoi donc un tel retournement de la situation ? Tout s’est joué, selon nos informations, lors d'une récente réunion tenue avec les pétroliers il y a une dizaine de jours. Durant cette réunion, les pétroliers ont réaffirmé leur mécontentement par rapport à l’idée du plafonnement des marges, assure à Médias24 Adil Ziady, président du GPM.

Pour ce dernier, "le plafonnement des marges de manière concertée est impossible. Nous n’avons pas le droit de nous mettre d’accord sur les prix. Comment va-t-il calculer la marge ? Il est obligé de passer par le prix (recalculer la structure des prix, ndlr) et légalement ce n’est pas possible", explique-t-il.

A la fin des échanges, Lahcen Daoudi a été catégorique en décidant donc d’appliquer le plafonnement dans le cadre de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence tel qu’il le prévoyait au tout début.

"Nous [les opérateurs, ndlr] ne pouvons que nous soumettre à la loi, dans la mesure où c’est une question qui est du ressort du gouvernement", réplique à Médias24 Adil Ziady. 

Plafonnement contre vents et marées ? 

Concernant l’avis défavorable du Conseil de la concurrence que Daoudi avait très mal accueilli, ce dernier a déclaré à Alyaoum24: "il s’agit d’un simple avis que le gouvernement est obligé de respecter. Mais ce n’est pas un avis engageant".

Certes, l’avis du Conseil de la concurrence sur la question plafonnement est consultatif. Mais le gouvernement prendra-t-il le risque d’appliquer une mesure jugée "illégale" par un institution constitutionnelle indépendante ? 

La question reste posée, d’autant plus que selon des sources sûres de Médias24, le chef du gouvernement ne semblait pas acquis à l'idée d'appliquer le plafonnement bien avant la publication de l'avis du conseil. 

>> Lire aussi : Carburants : Lahcen Daoudi dans l’impasse

Le gouvernement, représenté par Lahcen Daoudi, a trop tergiversé dans un dossier qui méritait une réaction ferme et instantanée dès l’éclatement de cette affaire.

La question du plafonnement des marges est aujourd’hui dépassée. Le boycott et la grogne populaire se sont chargés de calmer l’ardeur des opérateurs dont les marges ont baissé par rapport aux niveaux de 2016 et 2017.

Continuer à concentrer le débat sur l’application ou non du plafonnement relève davantage de la politique politicienne que de la gestion des dossiers importants pour les citoyens marocains.

La question qui est actuellement beaucoup plus importante que de fixer temporairement, faut-il le rappeler, un niveau de marge pour les pétroliers, est celle de définir les responsabilités dans un secteur stratégique et sensible comme celui des carburants.

Et la plus importante responsabilité reste celle de l’Etat qui doit protéger les Marocains contre les abus, en assurant un environnement concurrentiel, une surveillance des prix et un contrôle rigoureux à travers, pourquoi pas, une agence indépendante comme c’est le cas pour le secteur des télécoms.

Enfin, la responsabilité de l’Etat est d’intervenir pour contrer les chocs en cas de hausse excessive des cours internationaux.

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