Ce qu'a dit Youssef Saadani sur le mauvais classement du Maroc dans PISA 2018

Selon cet économiste, améliorer le niveau des enseignants est une urgence. Pour cela, il faut revaloriser les facultés des sciences de l'éducation et revoir complètement la politique actuelle de recrutement des enseignants. L'enseignement primaire doit être réformé en priorité. 

Le 06 décembre 2019 à 11:00

Modifié le 06 décembre 2019 à 11:21

"Quelle école pour demain ? Priorités et défis", tel est l'intitulé d'une conférence-débat qui s'est tenue jeudi 5 décembre à Rabat. Organisée par l'Institut CDG, la conférence intervient suite au dévoilement de l'étude PISA 2018 qui classe le Maroc au 75e rang sur 79 pays au niveau de la capacité d'apprentissage des élèves. 

Youssef Saadani, économiste spécialiste des questions de croissance, de développement et d'éducation a proposé quelques solutions concrètes au problème de la défaillance du système éducatif marocain.

Le métier d’enseignant doit être attractif

Le recrutement et la formation des enseignants constituent un sujet problématique dans la réforme du système éducatif. La politique actuelle de recrutement des enseignants est inadéquate avec les besoins réels de l’école marocaine. Aujourd’hui, le métier d’enseignant attire des profils avec un niveau académique et pédagogique très faible. Pour Youssef Saadani, ce système doit changer.

« Il faut que la filière de l’enseignement devienne prestigieuse et attirante pour les bons profils ». Pour cela, il est nécessaire de revaloriser la rémunération des enseignants et leur offrir des perspectives de carrière prometteuses. En ce sens, le système chinois représente un bon exemple que le Maroc pourrait suivre, selon Youssef Saadani.

Les enseignants en Chine sont soumis à un système de grades. Passer d’un grade à l’autre offre plus de prestige et de responsabilités à l’enseignant. Mais la promotion est conditionnée par la nécessité d’effectuer des travaux de recherche en science de l’éducation. Ce système permet à l’enseignant d’acquérir de nouvelles connaissances et d'améliorer sa rémunération. 

Autre mesure proposée par Youssef Saadani : les enseignants doivent être recrutés uniquement parmi les lauréats des facultés des sciences de l’éducation. Ces facultés proposent une offre d’étude qui fait appel à plusieurs disciplines, comme la sociologie de l’éducation, l’histoire de l’éducation, la psychologie des apprentissages ou encore la philosophie. La maîtrise de ces disciplines permet à l’enseignant de mieux assurer son rôle de transmetteur des connaissances.

Mais encore faut-il que les facultés marocaines aient les moyens pour mieux remplir leurs missions. Pour Youssef Saadani, les facultés des sciences de l’éducation doivent disposer d’un statut et de moyens similaires à ceux d'une grande école. 

Cibler le primaire en priorité

La mission de l’école primaire est de transmettre à l’enfant le socle de connaissances et de compétences nécessaires pour qu’il puisse accéder au niveau secondaire dans les meilleures conditions : « Lorsqu’on reçoit au collège un élève analphabète ou quasi-analphabète, c’est déjà trop tard », a indiqué Youssef Saadani. Il faut donc que la réforme de l'éducation cible l’école primaire de manière prioritaire.

L’éducation primaire est aujourd’hui confrontée à plusieurs problèmes, dont l’absence d’évaluation de l’élève, de l’enseignant et de l’établissement entre les différentes classes. L’élève n’est réellement évalué qu’à la dernière année de l’école primaire.

« Le système actuel tolère l’accumulation des lacunes. Plusieurs établissements pratiquent le gonflement des notes parce qu’ils sont jugés sur le taux de redoublement. Résultat : plusieurs élèves passent les différentes classes sans rien apprendre », a expliqué Youssef Saadani.

Pour ce dernier, il faut soumettre les élèves, les enseignants et les établissements à des examens régionaux ou provinciaux réguliers. Cette méthode nous permettra d’identifier très tôt les élèves ayant des difficultés d’apprentissage ou encore les enseignants non performants. Mais cette méthode fera également augmenter le taux de redoublement (note inférieure à 5).

Face à cela, Youssef Saadani propose le bannissement du redoublement et son remplacement par la remédiation. Celle-ci consiste à identifier les élèves en difficulté et les accompagner afin qu’ils puissent s’intégrer rapidement. Mais l’accompagnement ne peut être effectué par l’enseignement seul. Il suppose l’intervention de plusieurs métiers comme des assistants pédagogiques ou des orthophonistes.

Enfin, la remédiation doit avoir un objectif quantitatif clair. L’étude PISA a indiqué que 73% des élèves marocains ne disposent pas d’un niveau de compétences suffisant en lecture. Il faut réduire ce chiffre à 20 ou 25%.

>>Lire aussi: PISA 2018: échec de l'éducation nationale, séisme ou choc salutaire?

Ce qu'a dit Youssef Saadani sur le mauvais classement du Maroc dans PISA 2018

Le 06 décembre 2019 à11:00

Modifié le 06 décembre 2019 à 11:21

Selon cet économiste, améliorer le niveau des enseignants est une urgence. Pour cela, il faut revaloriser les facultés des sciences de l'éducation et revoir complètement la politique actuelle de recrutement des enseignants. L'enseignement primaire doit être réformé en priorité. 

"Quelle école pour demain ? Priorités et défis", tel est l'intitulé d'une conférence-débat qui s'est tenue jeudi 5 décembre à Rabat. Organisée par l'Institut CDG, la conférence intervient suite au dévoilement de l'étude PISA 2018 qui classe le Maroc au 75e rang sur 79 pays au niveau de la capacité d'apprentissage des élèves. 

Youssef Saadani, économiste spécialiste des questions de croissance, de développement et d'éducation a proposé quelques solutions concrètes au problème de la défaillance du système éducatif marocain.

Le métier d’enseignant doit être attractif

Le recrutement et la formation des enseignants constituent un sujet problématique dans la réforme du système éducatif. La politique actuelle de recrutement des enseignants est inadéquate avec les besoins réels de l’école marocaine. Aujourd’hui, le métier d’enseignant attire des profils avec un niveau académique et pédagogique très faible. Pour Youssef Saadani, ce système doit changer.

« Il faut que la filière de l’enseignement devienne prestigieuse et attirante pour les bons profils ». Pour cela, il est nécessaire de revaloriser la rémunération des enseignants et leur offrir des perspectives de carrière prometteuses. En ce sens, le système chinois représente un bon exemple que le Maroc pourrait suivre, selon Youssef Saadani.

Les enseignants en Chine sont soumis à un système de grades. Passer d’un grade à l’autre offre plus de prestige et de responsabilités à l’enseignant. Mais la promotion est conditionnée par la nécessité d’effectuer des travaux de recherche en science de l’éducation. Ce système permet à l’enseignant d’acquérir de nouvelles connaissances et d'améliorer sa rémunération. 

Autre mesure proposée par Youssef Saadani : les enseignants doivent être recrutés uniquement parmi les lauréats des facultés des sciences de l’éducation. Ces facultés proposent une offre d’étude qui fait appel à plusieurs disciplines, comme la sociologie de l’éducation, l’histoire de l’éducation, la psychologie des apprentissages ou encore la philosophie. La maîtrise de ces disciplines permet à l’enseignant de mieux assurer son rôle de transmetteur des connaissances.

Mais encore faut-il que les facultés marocaines aient les moyens pour mieux remplir leurs missions. Pour Youssef Saadani, les facultés des sciences de l’éducation doivent disposer d’un statut et de moyens similaires à ceux d'une grande école. 

Cibler le primaire en priorité

La mission de l’école primaire est de transmettre à l’enfant le socle de connaissances et de compétences nécessaires pour qu’il puisse accéder au niveau secondaire dans les meilleures conditions : « Lorsqu’on reçoit au collège un élève analphabète ou quasi-analphabète, c’est déjà trop tard », a indiqué Youssef Saadani. Il faut donc que la réforme de l'éducation cible l’école primaire de manière prioritaire.

L’éducation primaire est aujourd’hui confrontée à plusieurs problèmes, dont l’absence d’évaluation de l’élève, de l’enseignant et de l’établissement entre les différentes classes. L’élève n’est réellement évalué qu’à la dernière année de l’école primaire.

« Le système actuel tolère l’accumulation des lacunes. Plusieurs établissements pratiquent le gonflement des notes parce qu’ils sont jugés sur le taux de redoublement. Résultat : plusieurs élèves passent les différentes classes sans rien apprendre », a expliqué Youssef Saadani.

Pour ce dernier, il faut soumettre les élèves, les enseignants et les établissements à des examens régionaux ou provinciaux réguliers. Cette méthode nous permettra d’identifier très tôt les élèves ayant des difficultés d’apprentissage ou encore les enseignants non performants. Mais cette méthode fera également augmenter le taux de redoublement (note inférieure à 5).

Face à cela, Youssef Saadani propose le bannissement du redoublement et son remplacement par la remédiation. Celle-ci consiste à identifier les élèves en difficulté et les accompagner afin qu’ils puissent s’intégrer rapidement. Mais l’accompagnement ne peut être effectué par l’enseignement seul. Il suppose l’intervention de plusieurs métiers comme des assistants pédagogiques ou des orthophonistes.

Enfin, la remédiation doit avoir un objectif quantitatif clair. L’étude PISA a indiqué que 73% des élèves marocains ne disposent pas d’un niveau de compétences suffisant en lecture. Il faut réduire ce chiffre à 20 ou 25%.

>>Lire aussi: PISA 2018: échec de l'éducation nationale, séisme ou choc salutaire?

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