Biadillah: "Le prochain congrès mettra fin à la crise interne du PAM"

Malgré une crise qui s’éternise et ne cesse de s’aggraver, avec notamment la récente révocation d'Ahmed Akhchichine du bureau politique, l’ancien secrétaire général du PAM reste optimiste. Mohamed Cheikh Biadillah affirme que tout finira par rentrer dans l’ordre à l’issue du prochain congrès national qui mettra fin aux dissensions actuelles avec l’arrivée d’une nouvelle équipe de dirigeants.

Biadillah : Interview de Cheikh Biadillah

Le 27 mai 2019 à 16:53

Modifié le 28 mai 2019 à 09:49

Médias24 : Que faut-il penser de la révocation de Ahmed Akhchichine du bureau politique?

Mohamed Cheikh Biadillah : Sachant que c’est le secrétaire général qui l’a coopté au bureau politique, Si Benchamach a tout à fait le droit de le révoquer s’il juge qu’il n’a pas rempli le contrat qui les lie, car cela fait partie de ses prérogatives.

-Avec ce nouveau rebondissement, votre appel à la responsabilité n’a pas vraiment trouvé d’écho...

-Au contraire, il a créé toute une dynamique vertueuse: l’appel des jeunes dont la teneur du message était assez correcte. L’appel des experts du PAM qui ont appelé au retour aux sources et cette dynamique de débats sur les réseaux sociaux a revivifié le parti malgré certaines imprudences.

-Leur message se démarquait de vos déclarations avec une tonalité de défiance contre les anciens...

-Certaines déclarations ont en effet dépassé les limites de la correction en suggérant un conflit générationnel qui n’existe pas dans la réalité.

-A-t-il lieu d’être?

-Absolument pas, car il n’y a aucun conflit entre nos générations de militants. Le PAM a besoin de tout le monde, à savoir tous ses militants et militantes, mais aussi de sang nouveau.

-Certains pensent pourtant que la vieille garde doit céder sa place.

-Il n’y a pas de vieille garde car tout le monde est jeune au PAM.

Notre parti n’a que 10 ans d’existence ce qui veut dire qu’il n’y a pas de nomenklatura comme dans d’autres formations politiques.

De plus, selon les critères de l’OMS, la jeunesse va jusqu’à 65 ans, ce qui laisse de la marge aux seniors. Une décennie de vie, c’est à peine le temps d’assimiler les bonnes pratiques pour apprendre à gérer les idées, les ressources humaines et in fine les ambitions des uns et des autres et les conflits éventuels.

-Que faut-il penser de la crise qui s’éternise et s’aggrave?

-Le problème actuel est qu’il n’y a pas de débat d’idées ou de programme qui soit possible dans le brouhaha et dans la crise épileptique auxquels nous sommes confrontés.

-Est-ce un problème de personnes?

-Effectivement, il y a des problèmes d’ego et ce n’est pas bon pour un parti aussi jeune que le nôtre.

-Quelle est la solution alors ?

-Si on avait respecté les textes qui régissent le parti et la légalité, il n’y aurait pas eu de crise; mais malheureusement ce n’est pas le cas.

Notre appel à la responsabilité, par exemple, ne défendait personne en particulier mais uniquement le respect des institutions à savoir, l’institution du secrétariat général, celle du bureau politique, du bureau fédéral et du conseil national. Ces instances sont gérées par des textes clairs qu’il faut respecter car certains ont été malheureusement bafoués. Il faut d’ailleurs préciser que la majorité des membres du BP sont très jeunes et sont rentrés en politique pour la 1ère fois avec le PAM, ce dont nous sommes très fiers.

Dans l’ADN du PAM, nous avons une expression très importante qui est le "tamghrabit", tout un programme.

Ce concept inclut un corpus de valeurs marocaines que nous voulons pérenniser face notamment à la mondialisation et au relâchement des mœurs.

Force est de constater que ce corpus n’est plus respecté, il y a des insultes et des invectives contre certaines femmes et certains seniors.

Tout cela n’augure rien de bon car certaines limites ont été franchies.

De plus, il est malheureux de voir notre linge sale lavé en public car cela risque de décourager les jeunes qui n’ont jamais fait de politique et baisser encore davantage le niveau du comportement des politiques sachant que le discours politique qui prévaut a été populiste ces 7 dernières années.

La réussite du PAM était justement d’avoir pu amener dans ses rangs beaucoup de jeunes apolitiques. Nous sommes très fiers de leur avoir permis de débattre de problèmes d’actualité et de s’intéresser à la chose politique et à la gestion des affaires locales. Avorter cet élan est un crime.

-A vous entendre, il suffit de respecter les textes pour que la crise prenne fin?

-Tout à fait, respecter les textes et la légalité.

-Que répondez-vous à ceux qui veulent un changement immédiat des dirigeants dont vous-même?

-Que les congrès sont justement prévus pour ce genre de changement.

Selon moi, il est tout à fait légitime qu’ils demandent le changement pour que les femmes ou les jeunes prennent le relais.

Dans l’absolu, je suis pour, mais n’allons pas trop vite et laissons le temps au temps.

Pour cela, il suffit d’attendre la tenue du prochain congrès qui décidera des changements mais sans se battre ou s’insulter. Le rôle d’un parti est de créer en permanence de nouvelles élites et d’encadrer la population.

-Le congrès prévu entre juillet et septembre mettra donc un terme aux dissensions actuelles?

-Cela va de soi et tombe sous le sens. Nous n’avons rien inventé car cela s’est toujours passé de cette manière dans tous les partis politiques de la planète.

Un congrès est synonyme d’alternance et de changement mais le gagnant doit être le parti.

-Votre collègue Hassan Bennadi nous disait qu’il n’y avait pas de clan au PAM, les récents développements montrent  deux générations qui ne cessent de s’affronter.

-Dans les faits, il n’y a pas de clan qui soit clairement identifiable. Il y a un groupuscule qui crie et s’agite sur les réseaux sociaux et cela donne l’impression qu’il y a des clans alors que ce n’est pas le cas.

Je pense que l’unité du parti est une constante et une demande impérieuse de la majorité des adhérents du PAM.

-Vous rejetez le scénario d’une implosion, voire la disparition du PAM de l’échiquier politique?

-Implosion, je n’y crois pas. Encore une fois, nous n’avons que 10 ans d’existence ce qui veut dire que nous n’avons pas encore d’idéologie précise pour nous cimenter et avoir une véritable cohésion.

De ce côté, le PAM tâtonne encore car il est dans une phase de construction idéologique.

Se diviser en clans peut donc s’avérer mortel pour notre parti et cela serait vraiment dommage.

Pour éviter ce scénario, j’appelle à la raison tous les membres du parti, les anciens de mon âge comme les plus jeunes qui ont un devoir d’aînesse envers les plus âgés, du moins dans ma culture.

-Vous n’excluez donc pas la possibilité d’un danger de mort pour le PAM?

-Je n’irais pas jusque-là.

Pour surmonter l’accès de fièvre actuel, nous devons revenir aux fondamentaux du parti, respecter nos textes et nos institutions et aller au congrès sereinement pour aboutir à cette alternance souhaitée.

Afin d’illustrer ma pensée, je vais citer l’auteur Paul Celan qui disait: "Dit vrai qui dit les autres".

En l’occurrence, nous avons besoin d’un parti uni, fort et raisonnable pour pouvoir discuter avec les autres c’est-à-dire avec les partenaires politiques, la rue, les électeurs ….

-En clair, le futur congrès sera déterminant pour départager les adversaires?

-Exact, à titre personnel je ne défends personne mais il permettra de départager les antagonismes.

-On vous dit pourtant proche de l’actuel secrétaire général?

-C’est faux, je suis simplement pour l’institution du secrétariat général et pour la légalité.

Je ne suis pas du tout proche de Si Benchamach qui est un ami que je respecte mais avec qui j’ai eu des batailles dans le passé, quand il était président du groupe parlementaire et moi secrétaire général du PAM.

-Peut-on imaginer votre retour au secrétariat général lors du prochain congrès?

-Dans le brouhaha actuel, ce n’est pas du tout d’actualité.

Mon seul souhait est un retour au calme et que les militants s’écoutent mutuellement pour enfin sortir dans les plus brefs délais de cette situation.

Interview de Cheikh Biadillah

Biadillah: "Le prochain congrès mettra fin à la crise interne du PAM"

Le 27 mai 2019 à17:10

Modifié le 28 mai 2019 à 09:49

Malgré une crise qui s’éternise et ne cesse de s’aggraver, avec notamment la récente révocation d'Ahmed Akhchichine du bureau politique, l’ancien secrétaire général du PAM reste optimiste. Mohamed Cheikh Biadillah affirme que tout finira par rentrer dans l’ordre à l’issue du prochain congrès national qui mettra fin aux dissensions actuelles avec l’arrivée d’une nouvelle équipe de dirigeants.

Médias24 : Que faut-il penser de la révocation de Ahmed Akhchichine du bureau politique?

Mohamed Cheikh Biadillah : Sachant que c’est le secrétaire général qui l’a coopté au bureau politique, Si Benchamach a tout à fait le droit de le révoquer s’il juge qu’il n’a pas rempli le contrat qui les lie, car cela fait partie de ses prérogatives.

-Avec ce nouveau rebondissement, votre appel à la responsabilité n’a pas vraiment trouvé d’écho...

-Au contraire, il a créé toute une dynamique vertueuse: l’appel des jeunes dont la teneur du message était assez correcte. L’appel des experts du PAM qui ont appelé au retour aux sources et cette dynamique de débats sur les réseaux sociaux a revivifié le parti malgré certaines imprudences.

-Leur message se démarquait de vos déclarations avec une tonalité de défiance contre les anciens...

-Certaines déclarations ont en effet dépassé les limites de la correction en suggérant un conflit générationnel qui n’existe pas dans la réalité.

-A-t-il lieu d’être?

-Absolument pas, car il n’y a aucun conflit entre nos générations de militants. Le PAM a besoin de tout le monde, à savoir tous ses militants et militantes, mais aussi de sang nouveau.

-Certains pensent pourtant que la vieille garde doit céder sa place.

-Il n’y a pas de vieille garde car tout le monde est jeune au PAM.

Notre parti n’a que 10 ans d’existence ce qui veut dire qu’il n’y a pas de nomenklatura comme dans d’autres formations politiques.

De plus, selon les critères de l’OMS, la jeunesse va jusqu’à 65 ans, ce qui laisse de la marge aux seniors. Une décennie de vie, c’est à peine le temps d’assimiler les bonnes pratiques pour apprendre à gérer les idées, les ressources humaines et in fine les ambitions des uns et des autres et les conflits éventuels.

-Que faut-il penser de la crise qui s’éternise et s’aggrave?

-Le problème actuel est qu’il n’y a pas de débat d’idées ou de programme qui soit possible dans le brouhaha et dans la crise épileptique auxquels nous sommes confrontés.

-Est-ce un problème de personnes?

-Effectivement, il y a des problèmes d’ego et ce n’est pas bon pour un parti aussi jeune que le nôtre.

-Quelle est la solution alors ?

-Si on avait respecté les textes qui régissent le parti et la légalité, il n’y aurait pas eu de crise; mais malheureusement ce n’est pas le cas.

Notre appel à la responsabilité, par exemple, ne défendait personne en particulier mais uniquement le respect des institutions à savoir, l’institution du secrétariat général, celle du bureau politique, du bureau fédéral et du conseil national. Ces instances sont gérées par des textes clairs qu’il faut respecter car certains ont été malheureusement bafoués. Il faut d’ailleurs préciser que la majorité des membres du BP sont très jeunes et sont rentrés en politique pour la 1ère fois avec le PAM, ce dont nous sommes très fiers.

Dans l’ADN du PAM, nous avons une expression très importante qui est le "tamghrabit", tout un programme.

Ce concept inclut un corpus de valeurs marocaines que nous voulons pérenniser face notamment à la mondialisation et au relâchement des mœurs.

Force est de constater que ce corpus n’est plus respecté, il y a des insultes et des invectives contre certaines femmes et certains seniors.

Tout cela n’augure rien de bon car certaines limites ont été franchies.

De plus, il est malheureux de voir notre linge sale lavé en public car cela risque de décourager les jeunes qui n’ont jamais fait de politique et baisser encore davantage le niveau du comportement des politiques sachant que le discours politique qui prévaut a été populiste ces 7 dernières années.

La réussite du PAM était justement d’avoir pu amener dans ses rangs beaucoup de jeunes apolitiques. Nous sommes très fiers de leur avoir permis de débattre de problèmes d’actualité et de s’intéresser à la chose politique et à la gestion des affaires locales. Avorter cet élan est un crime.

-A vous entendre, il suffit de respecter les textes pour que la crise prenne fin?

-Tout à fait, respecter les textes et la légalité.

-Que répondez-vous à ceux qui veulent un changement immédiat des dirigeants dont vous-même?

-Que les congrès sont justement prévus pour ce genre de changement.

Selon moi, il est tout à fait légitime qu’ils demandent le changement pour que les femmes ou les jeunes prennent le relais.

Dans l’absolu, je suis pour, mais n’allons pas trop vite et laissons le temps au temps.

Pour cela, il suffit d’attendre la tenue du prochain congrès qui décidera des changements mais sans se battre ou s’insulter. Le rôle d’un parti est de créer en permanence de nouvelles élites et d’encadrer la population.

-Le congrès prévu entre juillet et septembre mettra donc un terme aux dissensions actuelles?

-Cela va de soi et tombe sous le sens. Nous n’avons rien inventé car cela s’est toujours passé de cette manière dans tous les partis politiques de la planète.

Un congrès est synonyme d’alternance et de changement mais le gagnant doit être le parti.

-Votre collègue Hassan Bennadi nous disait qu’il n’y avait pas de clan au PAM, les récents développements montrent  deux générations qui ne cessent de s’affronter.

-Dans les faits, il n’y a pas de clan qui soit clairement identifiable. Il y a un groupuscule qui crie et s’agite sur les réseaux sociaux et cela donne l’impression qu’il y a des clans alors que ce n’est pas le cas.

Je pense que l’unité du parti est une constante et une demande impérieuse de la majorité des adhérents du PAM.

-Vous rejetez le scénario d’une implosion, voire la disparition du PAM de l’échiquier politique?

-Implosion, je n’y crois pas. Encore une fois, nous n’avons que 10 ans d’existence ce qui veut dire que nous n’avons pas encore d’idéologie précise pour nous cimenter et avoir une véritable cohésion.

De ce côté, le PAM tâtonne encore car il est dans une phase de construction idéologique.

Se diviser en clans peut donc s’avérer mortel pour notre parti et cela serait vraiment dommage.

Pour éviter ce scénario, j’appelle à la raison tous les membres du parti, les anciens de mon âge comme les plus jeunes qui ont un devoir d’aînesse envers les plus âgés, du moins dans ma culture.

-Vous n’excluez donc pas la possibilité d’un danger de mort pour le PAM?

-Je n’irais pas jusque-là.

Pour surmonter l’accès de fièvre actuel, nous devons revenir aux fondamentaux du parti, respecter nos textes et nos institutions et aller au congrès sereinement pour aboutir à cette alternance souhaitée.

Afin d’illustrer ma pensée, je vais citer l’auteur Paul Celan qui disait: "Dit vrai qui dit les autres".

En l’occurrence, nous avons besoin d’un parti uni, fort et raisonnable pour pouvoir discuter avec les autres c’est-à-dire avec les partenaires politiques, la rue, les électeurs ….

-En clair, le futur congrès sera déterminant pour départager les adversaires?

-Exact, à titre personnel je ne défends personne mais il permettra de départager les antagonismes.

-On vous dit pourtant proche de l’actuel secrétaire général?

-C’est faux, je suis simplement pour l’institution du secrétariat général et pour la légalité.

Je ne suis pas du tout proche de Si Benchamach qui est un ami que je respecte mais avec qui j’ai eu des batailles dans le passé, quand il était président du groupe parlementaire et moi secrétaire général du PAM.

-Peut-on imaginer votre retour au secrétariat général lors du prochain congrès?

-Dans le brouhaha actuel, ce n’est pas du tout d’actualité.

Mon seul souhait est un retour au calme et que les militants s’écoutent mutuellement pour enfin sortir dans les plus brefs délais de cette situation.

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