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Lundi 26 janvier 2015 à 16h51
Mounir Bensalah

Coordinateur national du mouvement Anfass démocratique

 
 

Grèce: la nouvelle gauche et les leçons des Indignés

 

En 2001, s’est constitué en Grèce « l’espace de dialogue pour l’action commune de gauche », entre partis, associations et factions de gauche, qui a facilité la constitution de listes électorales communes aux communales de 2002, ayant pu réaliser des gains, surtout à Athènes. Cette action commune s’est renforcée pour donner lieu à une coalition, après ralliement d’autres factions, portant le nom de Syriza, suite à quoi, il a donné lieu à la fondation du parti unifié Syriza en 2012, ayant tenu son premier congrès en juillet 2013. Syriza a obtenu 3,3% des voix en 2004 (5% en 2007, 16,8% en mai 2012) pour arriver à 26,8% aux élections de juin 2012.

Aujourd’hui, les sondages avancent l’obtention de Syriza de plus de 35% des voix aux élections de dimanche. Ce parti a obtenu 26% des voix aux élections européennes de 2014, en outre du fait que son leader Tsipras a été le candidat du parti de gauche européen au poste de président du parlement européen.

Contexte grec et programme de Syriza

La Grèce vit une réelle crise ayant conduit le pays au bord de la faillite. En 2010, la dette en Grèce a atteint 175% du PIB, ce qui a conduit les autorités européennes et le FMI à imposer des conditions difficiles au pays pour lui emprunter les fonds nécessaires. Ceci a été la principale raison de l’instabilité politique due à la précarité et la faiblesse des coalitions et le rapprochement des résultats.

En 2014, le taux d’endettement est resté au même niveau de 175% du PIB, ce que Syriza explique par la volonté des bailleurs de faire prosterner les Grecs et les acculer à payer les intérêts seulement pendant 5 ans : Selon une étude académique, les crédits de la Troïka ont été utilisés à 70% pour payer la dette et ses intérêts, et à 19% dans la recapitalisation des banques.

La Grèce vit de ce fait une grande crise sociale et économique : taux de chômage dépassant 27%, plus de 60% parmi les jeunes urbains, réduction des services sociaux, etc. Le pays souffre de l’évasion fiscale et la prolifération du secteur informel.

Syriza rappelle l’exemple allemand en 1953. L’Allemagne, sortant de la guerre, vivait une crise profonde, et a bénéficié des bailleurs (dont la Grèce) un moratoire de 5 ans pour le remboursement de la dette et sa reprogrammation sur 30 ans. Le parti se demande pourquoi l’Allemagne aujourd’hui et les autres bailleurs ne veulent pas faire pareil en faveur de la Grèce.

De ce fait, le parti promet de négocier avec les partenaires européens pour la reprogrammation de la dette, l’annulation des politiques d’austérité, l’élargissement de l’assiette fiscale pour l’amélioration des services publics, le développement de l’investissement productif de l’Etat, la réduction du chômage, l’amélioration des salaires et l’octroi d’aides directes aux citoyens vivant dans l’extrême pauvreté. Le parti part d’une conception keynésienne de l’économie en proposant de donner un nouveau souffle par le biais de la demande intérieure et critique l’austérité qui appauvrit le peuple et ne permet pas à la roue de l’économie de revenir sur les rails du développement.

L’Europe change et vire à gauche

Syriza trouve beaucoup de support de la part de partis de gauche avec qui il est associé dans le parti de la gauche européenne. Le parti Podemos espagnol (les sondages le donnent vainqueur des prochaines élections), dont le leader est Pablo Iglesias, avec qui il partage beaucoup en matière de programmes et d’objectifs, est considéré comme le plus grand allié européen pour Syriza, avec le Front de gauche français de Mélenchon.

Ces partis ont en commun le fait d’être issus ou d’être de grand supporters du mouvement des Indignés qui a envahi les rues de plusieurs villes européennes (Grèce, Espagne, Angleterre, France, Italie, etc.) en parallèle avec la mouvance arabe de 2011, réclamant l’arrêt de l’expansion néolibérale et plus de justice sociale en opposition au courant dur représenté par la chancelière allemande Angela Merkel.

La gauche marocaine doit contempler la leçon de la nouvelle gauche européenne et des Indignés

Nous devons suivre les élections grecques à plus d’un égard.

Primo, la monté de Syriza en Grèce et les indications de montée de Podemos en Espagne et d’autres partis de la nouvelle gauche est la meilleure réponse à l’assertion de la « montée des forces de l’extrême droite en Europe. Lorsque la gauche se positionne dans la perspective des préoccupations du peuple et s’éloigne du discours de droite (identité, austérité, etc.), le peuple lui rend bien l’ascenseur.

La victoire de la nouvelle gauche dans le monde est l’expression, par les peuples et les nouvelles forces politiques, de messages intelligibles : un autre monde est possible, loin de la dictature du capital et des institutions monétaires internationales, un monde où les peuples ont l’opportunité du développement et de la répartition équitable de la richesse.

Secondo, l’échec des politiques d’austérité en Grèce, imposée par la Troïka, et en conséquence la dégradation des services publics et la faiblesse des capacités de l’Etat dans l’investissement productif. L’austérité n’a servi qu’au remboursement des intérêts de dettes de l’Union européenne et à la recapitalisation des banques. L’abandon de la souveraineté en faveur des institutions financières implique inéluctablement plus d’appauvrissement des peuples.

La crise économique en Grèce a été le résultat de la gestion des mêmes forces politiques classique concurrentes à Syriza dans les élections, et est causée par leur laisser-aller face à l’évasion fiscale et au secteur informel. Avec la crise, c’est le citoyen ordinaire qui paie le prix à coup d’augmentation d’impôt, de dégradation des services publics et de pertes d’emplois. De ce fait, le vote majoritaire du peuple grec pour Syriza est une forme de rééquilibrage des relations sociétales.

Tercio, au Maroc et au Maghreb, nous devons tirer les leçons de l’expérience des Indignés. L’émergence de nouvelles forces politiques issues des mouvements de rue des Indignés pour être leur relais institutionnel a eu un grand effet sur les aspirations des peuples à braver l’injustice et à re-posséder le rapport des forces. A bon entendeur !

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