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Mercredi 4 juillet 2018 à 14h14
Ngaire Woods

Doyen de la Blavatnik School of Government et professeur directeur du programme de gouvernance économique mondiale à l’Université d’Oxford.

 
 
 
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La coopération internationale exige-t-elle des valeurs communes?

La coopération internationale exige-t-elle des valeurs communes?
 

OXFORD– Entre l'escalade des conflits commerciaux et les divisions au sommet du G-7, la rupture au sein de la gouvernance mondiale est devenue tout à fait évidente.

 

On ne peut plus compter sur les États-Unis pour maintenir -encore moins pour imposer- des règles existantes. Plus largement, on ne peut pas assumer que des pays vont être d'accord et encore moins qu'ils vont adhérer à un ensemble commun de normes. Est-ce que cela signifie que l'ordre mondial fondé en droit est condamné?

Durant les sept dernières décennies, les valeurs démocratiques ont soutenu des efforts, conduits par les États-Unis et l'Europe, visant à approfondir la coopération internationale. Depuis la fin de la Guerre froide, quand l'Occident s'est servi de la victoire pour imposer la démocratie libérale, les dirigeants des États-Unis et d'Europe ont souvent cité "les valeurs communes" dans les forums comme l'OTAN et du G-7 (connu sous le nom de G-8 jusqu'à ce que la Russie ait été suspendue en 2014 pour avoir transgressé ces valeurs en Ukraine).

Mais le monde a changé. La Russie n'a plus besoin de faire partie du club des "vainqueurs" de la Guerre froide pour faire avancer ses intérêts géostratégiques. La Chine n'a jamais été membre, mais elle s'est élevée au rang d'une importante puissance mondiale. Ces pays, avec d'autres économies émergents importantes, remettent de plus en plus en question la prédominance géopolitique que l'Occident pensait avoir assurée.

Il existe cependant un autre défi encore plus grand, issu de l'Occident lui-même, où les forces politiques anti-establishment aux États-Unis et en Europe gagnent des sympathisants en remettant en question les valeurs et les formes de coopération admises de longue date.

Cependant, en dépit du vote du Brexit au Royaume-Uni et de la diplomatie unilatérale et des droits de douane des États-Unis sous le Président Donald Trump, l'Occident n'a pas abandonné la notion de valeurs communes. Après que Trump ait tenté d'empêcher des citoyens de sept pays majoritairement musulmans d'entrer aux États-Unis, la Chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que cette mesure n'était "pas justifiée." Elle s'exprimait à une conférence de presse aux côtés du Premier ministre suédois Stefan Löfven, qui a trouvé cette mesure "profondément regrettable." Löfven a ensuite précisé que la Suède et l'Allemagne "partagent des valeurs fondamentales" et a souligné le "rôle important des valeurs et des droits de l'homme" de l'Union européenne. Merkel, quant à elle, a cité l'importance de valeurs communes pour relever certains défis comme le terrorisme international.

Mais c'est une folie de penser que les puissances européennes croient qu'elles peuvent se fonder sur des valeurs communes pour réaliser la coopération internationale, tout comme c'était folie pour l'Occident de croire que l'accession à l'Organisation mondiale du commerce allait transformer d'une manière ou d'une autre la Chine en une démocratie libérale. Les pays européens ont peu de chances de persuader la Chine, la Russie, ou l'administration Trump d'adopter leur point de vue.

Cela ne veut pas dire que la coopération internationale est devenue impossible, encore moins que les pays n'ont aucun choix sinon de se préparer à une prochaine période d'alliances dysfonctionnelles, de conflits par procuration, ou même à la guerre. Mais cela signifie plutôt que la coopération doit s'ancrer non pas dans des valeurs communes, mais dans des intérêts stratégiques partagés à long terme. L'impératif pour les pays est à présent de déterminer ce que sont leurs intérêts stratégiques à long terme ; comment ils coïncident (ou non) avec ceux d'autres pays ; et quels systèmes de conciliation réciproque peuvent faciliter leurs avancées.

Pour évaluer des intérêts partagés, le commerce est un sujet de préoccupation évident. L'imposition par Trump de droits de douanes sur les importations d'acier et d'aluminium est assurément populaire au moins chez une partie de sa base, mais elle a fâché les alliés les plus proches de l'Amérique, qui ont déjà commencé leurs représailles.

Les économistes prévoient que les droits de douane de l'administration Trump vont causer plus de 400.000 pertes d'emplois aux États-Unis -qui se traduisent par 16 pertes d'emploi pour chaque emploi sauvé dans le secteur de l'acier et de l'aluminium. Cette approche n'est pas du tout dans l'intérêt stratégique à long terme de quiconque, même si elle offre les avantages politiques à court terme.

La considération par certains pays de leurs intérêts stratégiques doit également se concentrer sur la technologie. Google et Alibaba se disputent actuellement les meilleurs ingénieurs informaticiens du monde, dont un grand nombre sont européens, afin de gagner la course mondiale aux données, de développer l'informatique quantique (sur laquelle va se fonder la prochaine génération du cryptage), pour créer des applications plus profitables de l'intelligence artificielle.

Les Européens sont devenus dépendants de telles compagnies, qui toutes sont basées en Chine ou en Amérique. Pourtant l'Europe se concentre davantage sur le respect de valeurs partagées dans le secteur de la technologie -à savoir, en renforçant les réglementations sur la protection des données  -plutôt que sur le développement d'une stratégie à long terme pour devenir concurrentielle. Définir une telle stratégie pourrait aider l'Europe à identifier certains domaines en vue d'une conciliation réciproque.

Un troisième domaine ayant du potentiel pour la coopération stratégique est l'aide au développement et les investissements dans les États plus pauvres et plus fragiles du monde. Une telle coopération est essentielle pour combattre le terrorisme, le trafic humain et les migrations. Pourtant là encore, les pays agissent contre leurs propres intérêts, avec les États-Unis et l'Europe qui réduisent leurs budgets d'aide et essayent de contrôler l'immigration à leurs frontières.

En attendant, la Chine fait des investissements de taille dans des pays plus pauvres, mais d'une manière que les États-Unis et l'Europe considèrent comme un anathème. Alors que les États-Unis et l'Europe approchent le développement du point de vue de la réduction de la pauvreté et de la bonne gouvernance, la Chine accorde une plus grande priorité au développement de l'infrastructure comme élément de sa politique industrielle. La Chine a même acquis de l'infrastructure dans les pays sinistrés de la zone euro comme le Portugal et la Grèce -un coup qui reflète un manque de pensée stratégique de la part de l'Europe.

Mais aucune de ces approches ne réussira sans conciliation réciproque. C'est ce qu'indiquent les conclusions tirées en avril par la Commission LSE-Oxford sur la fragilité de l'État, la croissance et le développement, présidée par l'ancien Premier ministre britannique David Cameron. Comme le stipule le rapport de la Commission, toutes les principales puissances doivent adopter une approche plus pragmatique et plus patiente qui se concentre non pas sur de longues listes d'objectifs impossibles, mais sur les besoins et les capacités locales.

Dans un mouvement prometteur vers la conciliation stratégique, la Chine a fondé une Agence internationale de coopération pour accompagner l'ambitieuse Nouvelle Route de la Soie du pays. Cette nouvelle institution va permettre à l'aide "de jouer son rôle important de diplomatie de grande puissance." Les États-Unis et l'Europe doivent maintenant faire davantage pour développer leurs propres objectifs stratégiques à long terme et pour rechercher de nouvelles manières de réaliser la coopération internationale.

Les systèmes de conciliation réciproque qui facilitent la réalisation d'intérêts communs sont possibles. Si les organismes internationaux existants ne bénéficient plus d'une confiance suffisante pour remplir cette fonction, les États-Unis et l'Europe risquent bien alors d'avoir besoin de nouveaux arrangements nationaux. Par exemple, l'ancien Secrétaire d'État des États-Unis Henry Kissinger a proposé un bureau permanent au sein de la Maison Blanche pour la gestion des relations avec la Chine. Alors que les valeurs fondées sur la gouvernance mondiale continuent de se détériorer, rien ne paraît plus urgent que le besoin de mécanismes d'interaction continue de ce genre.

© Project Syndicate 1995–2018
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