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Mardi 10 juillet 2018 à 11h52
Mohamed A. El-Erian

Conseiller économique principal chez Allianz. Il est président du Conseil pour le développement mondial du président Barack Obama et auteur du livre à paraître "The only game in town: central banks, instability, and avoiding the next collapse".

 
 
 
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Les au-delà de la politique commerciale de Trump

Les au-delà de la politique commerciale de Trump
 

NEW-YORK –La dernière escarmouche commerciale entre les USA et la Chine a relancé un débat: s'agit-il d'un simple incident de parcours, ou bien le monde glisse-t-il rapidement vers une guerre commerciale à grande échelle? Mais derrière ce dernier épisode se trouve un enjeu bien plus fondamental. Que ce soit dû au hasard ou que ce soit le résultat d'une stratégie délibérée, Trump pourrait rejouer dans le cadre du commerce international le scénario suivi par l'ancien président américain Reagan dans le cadre de la course aux armements.

 

Reagan avait lancé une course aux armements avec l'URSS, au point que cette dernière a eu des difficultés à suivre sur le plan budgétaire. Cela a débouché sur une transformation profonde de l'équilibre des pouvoirs dans le monde. Aujourd'hui, Trump lance une course à la hausse des barrières douanières avec la Chine, une superpuissance économique. Or c'est une course qui pourrait être elle aussi lourde de conséquences. De même qu'à l'époque de Reagan, les USA sont les mieux placés pour la remporter, mais les risques sont loin d'être négligeables. 

Dernière escarmouche en date, les USA viennent d'imposer des droits de douane à hauteur de 34 milliards de dollars aux importations en provenance de Chine. Elle a immédiatement réagi en augmentant elle aussi ses droits de douane, ce qui a incité les USA à menacer d'aller encore plus loin sur la voie du protectionnisme. Cette escalade exacerbe les tensions autour de la hausse des taxes douanières décidée par les USA (qui vise certains de leurs alliés les plus proches comme le Canada), alors qu'ils menacent de se retirer de l'Organisation mondiale du commerce (qui régit les échanges de biens et services et les flux financiers internationaux).

Beaucoup d'accords commerciaux mériteraient d'être modernisés. La plupart des économistes sont d'accord pour dire que les reproches que les USA adressent à la Chine dans le domaine commercial sont fondés: vol de propriété intellectuelle, transferts technologiques asymétriques, barrières commerciales non tarifaires abusives (par exemple l'obligation faite aux entreprises étrangères de signer un accord de coentreprise avec un partenaire chinois pour accéder au marché de l'empire du Milieu).

Dans ce contexte, la grande majorité des économistes estiment que la hausse des barrières douanières est un outil dangereux. Suscitant des pressions stagflationnistes (qui poussent simultanément à l'inflation et à la contraction économique), cette hausse pourrait faire obstacle à la reprise déjà difficile de l'économie mondiale, compliquer la normalisation de la politique monétaire (nécessaire depuis longtemps) et augmenter le risque d'instabilité financière au niveau mondial. Il pourrait en résulter une fracture systémique dangereuse pour tout le systéme multilatéral du commerce mondial et sa réglementation, alors qu'il n'existe pas actuellement d'alternative satisfaisante.

Par contre les économistes divergent sur l'avenir. Certains, tout en reconnaissant que les tensions actuelles accroissent les incertitudes et les risques politiques, les considèrent comme partie intégrante de la stratégie. Au moment décisif, disent-ils, les principales puissances économiques renonceront à une stratégie mutuellement destructrice et préféreront négocier pour parvenir à un régime commercial qui resterait ouvert, mais serait plus équitable. Les quelques signes montrant que l'Europe pourrait renoncer à taxer les importations d'automobiles renforcent ce point de vue.

D'autres économistes citent des précédents historiques et avertissent que la politique du chacun pour soi pourrait rapidement échapper à tout contrôle et conduire à une baisse du niveau de vie. Dans une période de forte polarisation politique, de colère contre l'establishment et de suspicion à l'égard de l'opinion des experts (en raison de déceptions en matière économique et de la crainte très répandue du changement culturel et technologique), une montée du protectionnisme alimenterait sans doute celle du nationalisme, du populisme et du repliement sur soi.

Mais à comparer la situation actuelle avec le scénario de Reagan face à l'URSS, on peut envisager d'autres conséquences de grande ampleur. En contraignant l'URSS à une course à la hausse des dépenses militaires que seuls les USA pouvaient remporter (au risque d'un conflit et en creusant leur endettement), Reagan a accéléré l'écroulement de ce qu'il appelait "L'empire du mal".

C'était une stratégie audacieuse, voire risquée, qui a finalement transformé la carte politique de l'Europe. Avant l'implosion de l'URSS qui a conduit à la création de 15 nouveaux pays, son "empire" européen s'était déjà effondré. Le Mur de Berlin était tombé, ouvrant la voie à la réunification de l'Allemagne, et la Yougoslavie était en pleine désintégration. Peu après, le divorce à l'amiable de la Tchécoslovaquie a donné naissance à la République tchèque et à la Slovaquie, qui avec d'autres pays d'Europe centrale et d'Europe de l'Est (notamment la Hongrie et la Pologne) se sont amarrés à l'Occident en rejoignant l'OTAN et l'UE.

Aujourd'hui une guerre commerciale serait contre-productive pour tous. Mais les USA (relativement moins dépendants des marchés extérieurs, disposant de marchés intérieurs actifs et plus résilients que d'autres pays sur le plan économique) résisteraient probablement mieux que la plupart des autres pays à une contraction de l'économie mondiale. Ainsi les marchés financiers chinois souffrent déjà, alors qu'aux USA ils tiennent le coup.

La théorie des jeux suggère que des acteurs rationnels, conscients des dégâts qu'une guerre commerciale leur causerait, répondraient positivement à nombre d'exigences américaines plutôt que de se lancer dans des représailles. Les USA seraient alors incités à mettre un coup d'arrêt à la diminution de leur influence économique et de leur rayonnement sur la scène internationale.

Mais rien ne garantit que cette stratégie réussisse. Sa mise en œuvre suppose une confiance mutuelle qui aujourd'hui fait défaut. Elle suppose aussi, alors qu'elle est divisée, que l'opinion publique américaine fasse bloc lors de la phase de représailles qui va se traduire par une hausse des prix et une plus grande insécurité professionnelle.

Par ailleurs,le gouvernement de Trump doit éviter de trop pressuriser les autres pays (en particulier la Chine), car cela mettrait l'économie mondiale à la merci d'une récession et exposerait les marchés au risque d'un déclin chaotique. S'appuyant sur sa connaissance du monde des affaires, la Réserve fédérale américaine souligne que les entreprises pourraient réduire ou suspendre leurs investissements du fait des incertitudes qui pèsent sur le commerce mondial. Enfin, si elle est poussée dans ses retranchements, la Chine pourrait utiliser l'énorme quantité de bons du Trésor américains qu'elle détient pour déstabiliser le marché des obligations souveraines aux USA, un marché essentiel à l'équilibre du système financier mondial.

Il est trop tôt pour dire si va se rejouer avec le commerce un scénario analogue à celui qui s'est déroulé sous Reagan dans le domaine de l'armement, et s'il débouchera sur autre chose qu'un systéme plus équitable. Son succès exige non seulement une stratégie et une mise en œuvre très étudiées, reposant sur une compréhension fine des facteurs économiques, politiques et géopolitiques, mais il suppose aussi beaucoup de chances. C'est pourquoi, au-delà de la question de savoir si nous en sommes aux prémices d'une guerre commerciale mondiale, nous devons être prêts à réagir au scénario commercial de Trump, s'il l'applique jusqu'au bout.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2018
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