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Vendredi 7 septembre 2018 à 14h01
Jorge Moreira da Silva

Ancien ministre portugais de l'Environnement et de l'énergie et directeur de la coopération pour le développement de l'OCDE.

 
 
 
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La prévention est le meilleur moyen de remédier aux migrations

La prévention est le meilleur moyen de remédier aux migrations
 (Photo AFP)

PARIS – Les journaux foisonnant de témoignages sur les difficultés auxquelles sont confrontées les familles migrantes, il est possible de présumer que la priorité est mise sur les causes du déracinement des populations. Or, dans la plupart des cas, une telle hypothèse serait erronée. Aujourd’hui, les solutions aux migrations forcées visent presque exclusivement à aider les réfugiés après leur exode, au lieu de cibler les raisons de leur départ forcé. Pour résoudre les crises des réfugiés dans le monde, il faut porter autant attention aux causes qu’aux effets.

 

Pourquoi les parents risquent-ils leurs vies ou les vies de leurs enfants pour quitter leur foyer et s’aventurer dans des contrées inconnues? Et qu’est-ce qui pourrait être fait pour éviter que les familles se voient forcées de migrer en premier lieu? Ce sont là quelques questions auxquelles mes collègues et moi avons tenté de répondre dans le cadre d’une nouvelle étude de l’OCDE, "Etats de fragilité 2018". Les conclusions de l’étude sont aussi révélatrices que troublantes.

D’ici 2030, plus de 80% des populations démunies du monde vivrons dans des régions définies comme "fragiles"— une situation qui pourrait découler d’une série de causes politiques, sociales, sécuritaires, économiques ou environnementales. Malheureusement, si les tendances actuelles se maintiennent, l’aide au développement pour contrer les facteurs contribuant à la fragilité sera beaucoup trop faible. En 2016, par exemple, un maigre 2% des 68,2 milliards de dollars en aide publique au développement (APD) a été affecté à des activités de prévention des conflits dans des régions fragiles et uniquement 10% des dépenses ont été effectuées dans des initiatives de consolidation de la paix. Il n’y a pas d’autre conclusion à en tirer: il faut changer le mode d’affectation de l’APD.

Répondre à des besoins à long terme

Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, 68,5 millions de personnes ont été déplacées de force en 2017, un niveau sans précédent. La plupart de ces migrants sont originaires de cinq pays seulement — l’Afghanistan, le Myanmar, la Somalie, le Soudan du sud et la Syrie. Or, tandis que les pays hébergeant les réfugiés ont un besoin urgent de fonds pour soutenir des initiatives de relogement à long terme, la grande partie de l’APD est encore acheminée vers des solutions à court terme. Les initiatives humanitaires — comme celles portant sur la nourriture et le logement — comptaient pour environ un tiers de toute l’APD de l’an dernier et cette part est en hausse depuis presque une décennie.

En revanche, le financement pour la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’autres infrastructures continue d’être à la traîne. Même s’il est compréhensible que les donateurs se tournent naturellement vers des solutions offrant une aide immédiate aux populations déplacées, négliger les besoins à long terme des réfugiés est une démarche de courte vue. En bref, la volonté de la communauté internationale doit sortir du moule voulant qu’il suffît de garder ces personnes en vie; elle doit aussi offrir un espoir d’avenir aux migrants.

Lorsqu’alloué adéquatement, l’APD peut être un puissant instrument pour prévenir les conflits et inverser les tendances qui contribuent à la fragilité. Qui plus est, ce type de dépenses est souvent source d’espoir pour les migrants, car dans bien des régions touchées par la crise, l’APD est l’une des sources de financement les plus solides. C’est surtout le cas lorsque les urgences s’éternisent, car le niveau de financement chute habituellement dès que les dons caritatifs d’autres sources se tarissent.

Revoir le scénario des dépenses

Certes, inverser la tendance actuelle des dépenses d’APD ne sera pas facile. La fragilité se manifeste d’une multitude de façons et il faut un nouveau scénario des dépenses de développement pour s’attaquer à des problèmes aussi variés que l’extrémisme violent, les changements climatiques, le crime organisé et la discrimination fondée sur le sexe.

Malgré tout, la nécessité d’agir est devenue urgente. Si rien n’est fait pour régler cet état de fait, les conflits, la violence et d’autres formes de fragilisation feront reculer les gains de développement de plusieurs décennies, attisant cette même dynamique dont découle justement l’instabilité. Si la communauté internationale ne change pas ses méthodes d’investissement dans les régions fragiles, elle n’atteindra pas le premier objectif de développement durable de l’ONU, à savoir ne laisser personne pour compte.

Les dépenses dans des solutions à long terme ont également du sens sur le plan financier. Selon l’ONU et la Banque mondiale, si plus de fonds étaient affectés aux programmes de prévention des conflits, près de 70 milliards de dollars pourraient être économisés annuellement en coûts de relogement des réfugiés. Alors que le monde a accepté la prémisse de la prévention dans les soins de santé, car elle s’est avérée efficace sur le plan des coûts (par la promotion des dépistages et examens réguliers, par exemple), cette philosophie attend encore d’être appliquée à la formulation des politiques sur la migration. Ceci pourrait et devrait changer.

La crise de migration mondiale — la pire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale — a consommé d’énormes sommes de capital financier et politique. Pour vraiment régler ce problème, il faut déplacer la mire vers l’amélioration de la stabilité et de la sécurité, vers l’espoir d’un avenir meilleur, là d’où viennent les migrants. Ceci signifie que la communauté du développement et plus particulièrement les donateurs officiels doivent revoir leurs priorités et politiques.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2018

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