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Lundi 10 septembre 2018 à 14h56
Gordon Brown

Gordon Brown, ancien Premier ministre du Royaume-Uni, envoyé spécial de l'ONU pour l'éducation mondiale

 
 
 
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Trump contre les réfugiés

Trump contre les réfugiés
Une école de l'Unrwa.  

LONDRES – Donald Trump a décidé que les USA n'allaient plus contribuer au financement de l'Unrwa (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-orient). Cette décision politise l'aide humanitaire, jette de l'huile sur le feu de l'un des conflits les plus explosifs de la planète et menace l'avenir d'un demi-million de jeunes palestiniens.

 

Créé à l'origine pour répondre aux besoins fondamentaux des réfugiés déplacés lors de la création de l'Etat d'Israël, l'Unwra fournit une aide médicale, une aide alimentaire, un hébergement sommaire, ainsi que des emplois aux Palestiniens réfugiés depuis 1949. Aujourd'hui près de 2 millions de réfugiés reçoivent une aide alimentaire et financière de la part de l'organisation et chaque année des millions de réfugiés se rendent dans les 143 centres de santé qu'elle gère.

Mais l'essentiel du budget de l'Unrwa est destiné à l'éducation. La moitié des jeunes qui en bénéficient sont au Liban, en Syrie et en Jordanie, l'autre moitié à Gaza et en Cisjordanie. Près de 700 écoles de l'Unrwa scolarisent un plus grand nombre d'élèves que tout autre institution de l'ONU. 75% de la population de la bande de Gaza reçoit une aide et 60% des enfants de Gaza vont dans une école ou un collège de l'Unrwa.

L'arrêt de la participation financière américaine va couper les ailes de l'Office. Cette mesure est en contradiction flagrante avec l'engagement pris par les dirigeants de la planète dans le cadre des Objectifs de développement durable de l'ONU visant à scolariser tous les enfants d'ici 2030.

Plus de 100 donateurs participent au budget de l'Unrwa (presque 400 millions de dollars par an), et jusqu'à ce jour les USA en fournissaient environ le quart. Ils en sont le principal donateur et le plus régulier depuis presque 70 ans - tant les républicains que les démocrates reconnaissant l'utilité de cet organisme. 

Les 10 autres premiers donateurs qui contribuent à 75% du budget total de l'Office incités à augmenter leur participation, tandis que de nouveaux donateurs interviennent déjà.

En Allemagne, le troisième pourvoyeur de fonds de l'Unrwa, le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, a annoncé que le gouvernement allemand allait augmenter sa participation de manière significative. Quant au Royaume-Uni, il vient d'accroître sa participation de 7 millions de livres, ce qui la porte à 45,5 millions de livres cette année.

La Suède s'est engagée récemment à fournir 260 millions de dollars de fonds non encore attribués au cours des 4 prochaines années. L'UE, le second donateur par ordre d'importance, a fourni une avance sur sa participation de cette année et s'est engagée à maintenir sa contribution en 2019 et 2020. D'autres pays (le Danemark, la Finlande, le Luxembourg, les Pays Bas, la Nouvelle Zélande, la Norvège, la Russie et la Suisse) ont accepté eux aussi de faire des avances de trésorerie.

Compenser le retrait américain

Cette évolution est positive mais insuffisante pour compenser le retrait américain, alors que les budgets sont déjà sous pression en raison des besoins en croissance rapide de l'aide humanitaire auprès des 60 millions de personnes déplacées à travers le monde (dont 20 millions de réfugiés, un record depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale). Quant au fonds "L'éducation ne peut attendre", il ne pourra à lui seul combler le manque. Créé en 2016 avec à sa tête Yasmine Sherif, il aide les jeunes affectés par la guerre, des crises ou des catastrophes, mais il doit intervenir en 40 lieux différents.

Non seulement le manque de ressources de l'Unrwa porte atteinte aux besoins primaires des réfugiés palestiniens, mais il menace aussi la stabilité déjà toute relative de la Cisjordanie, de Gaza, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie.

Ainsi que l'a formulé le ministre allemand des Affaires étrangères, "le manque de moyens de cette organisation pourrait déclencher une réaction en chaîne incontrôlable". S'ils se retrouvent à la rue du fait de la fermeture possible des écoles de l'Unrwa, les enfants seront une proie facile à recruter pour les terroristes. Ces derniers vont sauter sur l'occasion pour expliquer que le retrait de l'aide de l'Unrwa prouve une fois de plus que toute coexistence pacifique avec l'Occident est impossible. Les mariages précoces, le travail des enfants et leur trafic seront à la hausse, et l'on aura une génération perdue, dans une région qui n'a jamais été aussi instable.

Le gouvernement de Trump avance une série d'arguments - certes imaginatifs, mais peu convaincants - pour justifier sa décision. Il dit par exemple que les autres pays auraient dû contribuer bien davantage au budget de l'Unrwa, et ce depuis longtemps. Mais cet argument ne peut justifier l'arrêt brutal de toute aide.

Des arguments peu convaincants

Selon le gouvernement américain, l'Unrwa exagère le nombre de réfugiés palestiniens, dont tous ne doivent pas bénéficier du "droit au retour" (un point d'achoppement majeur dans les négociations de paix avec Israël) et cet organisme est allé au-delà de son mandat. Mais cet argument lui non plus n'est guère convaincant.

Il est vrai que l'Unrwa est critiqué depuis longtemps par certains pour compter les descendants des Palestiniens déracinés en 1948 comme réfugiés. Le gouvernement de Trump envisage maintenant une proposition destinée à réduire de 5 millions à quelques centaines de mille le nombre de Palestiniens auxquels serait accordé le droit au retour. Mais définir les descendants de réfugiés comme réfugiés eux-mêmes est en accord avec les conventions internationales sur le droit des réfugiés, ainsi qu'avec le droit humanitaire international et la pratique de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Depuis la création de l'Unrwa, l'Assemblée générale de l'ONU (y compris les USA) renouvelle tous les 3 ans son mandat et souligne les résultats obtenus. La grande majorité des pays membres de l'ONU reconnaît de longue date le rôle irremplaçable de l'Unrwa dans une région volatile, et la nécessité de lui attribuer un budget suffisant.

Alors que le monde est toujours à la recherche d'un accord pour une paix durable au Moyen-orient, l'Unrwa (sous la conduite réformatrice de Pierre Krähenbühl) est un facteur important de stabilisation et une force humanitaire au service de la paix. Les enfants palestiniens réfugiés ont déjà une vie très difficile. Sans le soutien de l'Unrwa, leur situation et celle des sociétés dans lesquelles ils vivent pourraient encore s'aggraver.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2018

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