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Mercredi 5 décembre 2018 à 15h50
Kaushik Basu

Ancien économiste en chef de la Banque mondiale et professeur d'économie à Cornell University.

 
 
 
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Pollution, quantification et psychologie humaine

MEXICO CITY – La Grande famine chinoise qui a culminé en 1960 est la plus grande jamais enregistrée. Mais ses effets - plus de 30 millions de morts - n'ont été connus que longtemps après.

 

C'est dû en partie à la crainte des collaborateurs de Mao Tsé-Toung d'en informer ce dernier, d'autant que sa politique du Grand saut en avant avait été l'une des causes de la famine. Mais un autre facteur a joué : en raison du manque de données, il était difficile d'apprécier l'ampleur de la famine.

Or aujourd'hui, c'est la pollution de l'air qui pourrait jouer le même rôle qu'hier la Grande famine.

Depuis quelques décennies, nous avons réalisé d'énormes progrès dans la collecte des données - et ceci dans de nombreux domaines. Ainsi, on n'a jamais réuni autant de chiffres concernant l'économie, ce qui permet aux décideurs et aux citoyens de savoir rapidement ce qu'il en est de la croissance, de la création d'emplois ou de la demande.

Même si ces données ne permettent pas de prédire très précisément les prochains ralentissements, elles permettent d'y réagir plus rapidement. C'est l'une des raisons pour lesquelles les crises majeures sont moins fréquentes aujourd'hui et que le PIB mondial, malgré un récent fléchissement, augmente beaucoup plus rapidement qu'il y a un siècle.

Néanmoins, on ne prête pas une attention suffisante aux données sur la qualité de l'air et à leur analyse. C'est en particulier le cas des pays émergents comme l'Inde et la Chine où la pollution de l'air, très apparente, pose de graves problèmes. Nous disposons de données générales, mais insuffisamment détaillées pour déterminer clairement les facteurs spécifiques qui affectent la qualité de l'air.

Au niveau international, la Banque de développement asiatique espère que son Indice de croissance verte inclusive comblera ce manque. Il permet d'évaluer la croissance d'un pays non seulement en fonction de paramètres sociaux et économiques, mais aussi écologiques.

Plus complet que les précédents indices du même type, il inclut 28 paramètres, dont l'accès à l'eau potable et la pollution de l'air. Les pays asiatiques les mieux classés sont Singapour, le Bhutan, le Sri Lanka et le Laos, les moins bien classés sont le Turkménistan, l'Ouzbékistan et la Mongolie.

Des facteurs tels que les ressources naturelles et la géographie jouent un rôle, néanmoins ce classement peut être utile, car les paramètres sur lesquels il repose indiquent à chaque pays dans quel domaine agir pour progresser.

Au niveau national, le gouvernement chinois fait des efforts impressionnants pour lutter contre la pollution, avec notamment le plus grand marché mondial du carbone qui couvre sept provinces. Et la mesure en continu des polluants de l'air permet aux autorités d'intervenir ave efficacité pour inciter les entreprises à diminuer leurs émissions.

Par ailleurs, depuis fin de 2013 le gouvernement chinois exige de 14.410 compagnies charbonnières qu'elles indiquent heure par heure sur un site internet public le niveau de leurs émissions. Ces données ont permis de créer une nouvelle réglementation destinée à réduire les émissions de polluants.

Selon un article récent de Valerie Karplus, Shuang Zhang et Douglas Almond, cette réglementation a permis de réduire de 13,9% les émissions de dioxyde de soufre par les centrales à charbon. Mais cette stratégie n'est efficace que si les entreprises qui polluent trop ou falsifient leurs données sont lourdement sanctionnées - ce qui est le cas en Chine.

Pour autant, ce ne sont pas les chiffres à eux seuls qui doivent déterminer une politique. L'économie est une science dont les résultats reflètent souvent une situation ou des comportements particuliers. Il en va de même avec la politique environnementale: certaines mesures peuvent échouer pour des raisons qui n'ont pas grand chose à voir avec leur conception.

C'est ce qui s'est passé en Inde, lors de l'introduction de nouvelles cuisinières censées diminuer la pollution intérieure, une cause majeure des maladies cardio-pulmonaires dans les pays pauvres. Les tests réalisés en laboratoire ayant montré que ces cuisinières polluaient moins, on s'attendait à de bons résultats. Pourtant cela n'a pas été le cas, ainsi que le montre une étude randomisée réalisée par Rema Hanna, Esther Duflo et Michael Greenstone.

Au début, l'inhalation de fumée a diminué, mais cette diminution fut de courte durée du fait du manque d'entretien des cuisinières par les ménages et de leur utilisation de moins en moins fréquente et dans de mauvaises conditions. Quatre ans plus tard, on n'a pas observé de changements notables en termes de santé publique et d'émission de gaz à effet de serre.

La leçon est claire.

Face à l'énorme défi environnemental auquel le monde est confronté (souligné notamment par le dernier rapport du GIEC), nous devons utiliser l'ensemble des outils à notre disposition.

Cela suppose de réunir les données voulues, de concevoir les règles et les incitations les mieux adaptées et de prendre en compte la psychologie humaine. Ce ne sera pas facile, mais l'enjeu est tel qu'il faut essayer.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2018

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