Zouhair Aït Benhamou

Doctorant-chercheur, université de Paris-Ouest Nanterre

Economie marocaine: Le grand ralentissement

Le 31 mars 2015 à 14h55

Modifié 27 avril 2021 à 14h37

Le rapport BAD-MCC, et les perspectives offertes par l’OCP Policy Center (OCPPC) fournissent suffisamment d’éléments pour conclure que les sources de la croissance économique au Maroc durant les 20 dernières années ne permettent pas de construire un développement équilibré, et encore moins un modèle de croissance durable dans le temps.

Le ralentissement des quatre dernières années n’est finalement que le signal de l’essoufflement de l’économie marocaine.

Deux éléments principaux ressortent de cet affaiblissement dans le rythme de croissance: l’éducation et l’investissement. Tous deux sont réputés générer de la croissance, et le Maroc a généreusement dépensé dans les deux secteurs, mais avec finalement peu de retour.

En l’absence d’une volonté affichée de parer aux problèmes structurels de son économie, le Maroc aura misé principalement sur une croissance robuste, peut-être inférieure aux niveaux atteints par les pays émergents à succès, pour générer des emplois, de l’activité économique, et des recettes fiscales pour financer la flopée de programmes et chantiers supposés faciliter l’expansion de l’économie marocaine.

La capacité de l’économie marocaine à réaliser des scores de croissance de l’ordre de 5% à 6% – des niveaux admis parmi les institutions internationales comme prélude d’accès au rang de véritable marché émergent- est de plus en plus improbable, comme on peut le voir sur le graphe ci-dessous. 

Le plateau des années 2002-2003 où la croissance pouvait atteindre les 5% annuels est petit à petit mis de côté, et le Maroc se contente depuis de réaliser des scores tendant vers les 4%. Cette différence d’un point de croissance est cruciale, car elle signifie autant d’activités économiques qui ne se réalisent pas, et sur le long terme l’effet multiplicatif de cette croissance qui ne se réalise pas fait perdre au Maroc entre 1.25 et 2.5 points supplémentaires de PIB.

Sources : PWT, Banque Mondiale & Calculs de l’auteur

Pourquoi donc le Maroc perd-il en croissance alors qu’il investit dans son éducation et son infrastructure?

Le Maroc dépense beaucoup en éducation, mais les indicateurs d’apprentissage, les taux de réussite et de déperdition restent trop faibles ce qui montre l’absence d’impact significatif. Et surtout, le secteur d’éducation coûte trop cher pour son efficacité finale.

Dans l’absolu, augmenter les dépenses d’éducation a un effet positif sur la croissance potentielle. Or cet effet est très faible, et est disproportionné entre PIB et dépense totale des administrations publiques: payer plus pour le secteur d’éducation au Maroc gonfle la facture du secteur public, mais ne génère pas suffisamment d’effets bénéfiques sur la croissance potentielle.

Pour obtenir l’effet salutaire de l’éducation sur la croissance potentielle d’un point de PIB, le Maroc doit presque tripler sa dépense en pourcentage de PIB, soit la porter de 5% à 15% du PIB, ou encore dépenser annuellement presque 130 Milliards de dirhams, contre les 45 Milliards actuels. Résoudre nos problèmes d’éducation ne passe donc pas par une dépense plus importante.

Sur le long terme cependant, la qualité de l’éducation affecte significativement la croissance future du PIB, ce qui veut dire qu’une augmentation de dépenses non seulement n’apporte qu’une solution temporaire et cosmétique au problème du capital humain et son interaction avec la croissance, mais un choix hasardeux de politique comme ceux déterminés durant les années 1970-1980: le Maroc peut gagner comme il peut en perdre près d’un tiers de point de croissance, à niveau correspondant de dépenses d’éducation.

En comparaison avec les autres pays du monde, le Maroc a une éducation coûteuse pour le taux de réussite au niveau primaire.

S’il a réussi à faire scolariser avec succès près de 98% d’une cohorte à l’école, l’amélioration dans le temps a été trop lente, et surtout, trop chère pour une dépense qui fluctue entre 3% et 5% du PIB.

Le défi est donc de garder la même fraction de richesse affectée à l’éducation, et de faire mieux avec : améliorer les taux de réussite du primaire jusqu’au système universitaire, et se concentrer sur les indicateurs de qualité plutôt que les budgets annoncés.

Ce qui est valable pour l’éducation tient aussi pour l’investissement: sur le papier, le Maroc a gagné 10 points de PIB en taux d’investissement depuis 2002. Pourtant, cet effort d’accumulation du capital physique n’a pas réalisé une croissance plus importante, sans surprise d’ailleurs.

Le lien entre investissement et croissance s’aligne avec les moyennes mondiales, ce qui veut dire qu’à un moment donné, l’investissement total a dépassé le niveau désirable pour contribuer positivement à la croissance du PIB, ou encore qu’une partie de cet investissement ne génère pas suffisamment d’effets positifs et persistants sur le temps.

Sur un court terme, une croissance tirée par le secteur du BTP peut être bénéfique à l’investissement domestique et au PIB généralement, et cela a été particulièrement le cas au Maroc depuis 2002, et ce malgré la taille du secteur du BTP dans l’économie.

Or, cette croissance reste fragile et dépend d’une expansion ininterrompue du secteur, une illusion dangereuse comme peuvent en témoigner plusieurs pays de l’OCDE.

"Go Big, or Go Home" semble avoir dominé les choix de politique publique au Maroc depuis près de 20 ans. Les budgets alloués aux grands chantiers dits structurants ont été proprement pharaonique, et dans un premier temps leur impact, aurait été positif, mais seulement dans un contexte international et domestique où les choses se passent bien

 Si l’éducation a toujours été le talon d’Achille de l’action publique au Maroc, le consensus selon lequel ces problèmes peuvent être résolus en dépensant toujours plus s’avère être coûteux dans l’immédiat et avec des répercussions croissantes sur les perspectives futures de l’économie marocaine.

De même, pour l’investissement, le rendement hypertrophié du BTP a certes aidé à faire des fortunes et loger du monde, mais l’effet à long terme est au mieux nul. Le résultat est qu’ici aussi le Maroc dépense beaucoup, ou trop, pour des réalisations finalement médiocres.

Le double choc mondial de 2008 et 2009 aura mis à nu l’inefficacité des choix de croissance: les problèmes d’infrastructure ou d’éducation ne peuvent être résolus par une augmentation des budgets.

Dans le meilleur des cas, les grands chantiers auront été coûteux pour l’impact observé sur la croissance.

Sinon, ce sont non seulement des milliards de dirhams qui auront été versés comme de l’eau dans un désert aride, mais les choix discrétionnaires de ces politiques coûteront au Maroc sa croissance future.

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