Mohamed A. El-Erian

Conseiller économique en chef d’Allianz

Espoir de reprise pour l’économie américaine

Le 31 mars 2021 à 10h49

Modifié 11 avril 2021 à 14h03

LAGUNA BEACH – Elément positif, cette annonce est intervenue après la publication des derniers chiffres de l'économie qui ont dépassé l'attente des économistes et des analystes du marché. Ils montrent que le revenu des ménages a augmenté de 10% entre décembre et janvier, que l'industrie manufacturière a progressé de près de dix points de pourcentage d'une année sur l'autre et que 379.000 emplois ont été créés en février (bien plus que les quelques 200.000 emplois attendus). En accord avec cette tendance, la croissance annualisée du PIB au premier trimestre serait d'environ 8% selon les dernières estimations officieuses de la Réserve fédérale d'Atlanta (GDPNow) qui suscitent beaucoup d'attention et sont particulièrement volatiles.

Les défis

La libération de la demande différée du fait de la pandémie (tant aux Etats-Unis qu’ailleurs) et le plan de relance budgétaire approuvé par le Congrès à la fin de l’année dernière alimentent ce rebond. Ses effets tant sur le secteur public que sur le secteur privé devraient être de plus en plus marqués avec l’intensification de la campagne de vaccination et la mise en œuvre du plan gouvernemental de soutien et de relance en deux étapes. Néanmoins, trois grands défis devront être relevés rapidement:

– Améliorer la disponibilité des vaccins est certes nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Pour mettre fin à la crise de la santé publique, l’accélération de la production de vaccins devra s’accompagner d’une moindre réticence à la vaccination par la population, d’efforts pour prévenir une hausse du taux d’infections et d’une vigilance de tous les instants face aux nouveaux variants du virus.

– Certains indicateurs concernant l’emploi montrent que la reprise de l’activité économique ne s’est pas encore accompagnée d’un rebond fort et durable de l’emploi. Il faudrait que le taux de chômage diminue davantage.

– Le plan d’aide de 1.900 milliards de dollars va-t-il entraîner une surchauffe de l’économie? C’est le troisième défi dont débattent les économistes. On peut craindre que l’aide supplémentaire ne déclenche une hausse de l’inflation et une flambée des taux d’intérêt qui pourraient faire dérailler une reprise durable et augmenter le risque d’accidents sur les marchés financiers. Ces dernières semaines, il y en a déjà eu deux, qui heureusement ont été contrés par des flux de marché endogènes.

En réfléchissant à ces défis, il faut aussi regarder au-delà de 2021. Pour aller vers le type de reprise dont l’économie américaine (et mondiale) a besoin et qu’il est possible d’atteindre, le rebond actuel devra être durable, inclusif et viable. Les décideurs politiques devront non seulement éviter certains écueils majeurs cette année, mais également faire davantage face aux conséquences à long terme de la pandémie, notamment celles qui pourraient porter atteinte à la santé économique des ménages et entraver la productivité et la croissance tant au niveau national qu’international.

A en juger par le cours de la reprise, des obstacles de taille pourraient émaner de plusieurs sources. Il s’agit notamment d’une probable divergence croissante entre pays avancés et pays en développement sur les plans économique, financier et sanitaire, du fossé qui se creuse entre l’économie réelle et la finance, de l’endettement des Etats et des entreprises (en particulier dans les pays en développement) et des conséquences de la récente montée des d’inégalité de revenus, de patrimoine et d’opportunités économiques.

L’impulsion politique

Une bonne conception et une bonne mise en œuvre des mesures choisies peuvent minimiser ces risques. Néanmoins, une impulsion politique durable est nécessaire pour soutenir la reprise. Après l’adoption du plan d’aide de 1.900 milliards de dollars, les Etats-Unis devront agir rapidement pour mettre en œuvre le deuxième plan de soutien budgétaire proposé par le gouvernement de Biden pour stimuler la productivité à long terme et une croissance inclusive.

Par ailleurs, les décideurs politiques américains doivent examiner de près le fonctionnement du marché du travail, à la fois directement et en coopération avec le secteur privé. Et, aussi délicat cela soit-il, ils devront rééquilibrer le dosage macroéconomique afin de moins dépendre de politiques monétaires non conventionnelles (notamment les achats d’actifs à grande échelle et sans limite dans le temps et les taux directeurs très bas) et se pencher davantage sur les réformes structurelles et les mesures macroprudentielles.

Après l’annus horribilis de 2020, l’optimisme est justifié en ce qui concerne l’économie américaine. Une vision convaincante d’un avenir plus radieux se précise. Elle peut et doit aider les responsables politiques à prendre des mesures préventives pour atténuer les risques considérables qui se profilent à l’horizon.

Il serait tragique que les dirigeants du monde répètent les erreurs qui ont suivi la crise de 2008, lorsqu’ils ont échoué à garantir une croissance élevée, durable, inclusive et viable, alors qu’ils avaient lutté efficacement contre la dépression. Les Etats-Unis jouent un rôle essentiel à cet égard. En saisissant l’occasion, les responsables politiques peuvent épargner aux Etats-Unis, et donc au reste de l’économie mondiale, ce risque inutile.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2021

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