Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

Guinée Conakry : Les raisons de la colère

Le 6 septembre 2021 à 12h17

Modifié 6 septembre 2021 à 12h17

Il y a presqu’un an, en octobre 2020, le président guinéen Alpha Condé se présentait aux élections présidentielles pour un troisième mandat. Auparavant, il avait procédé à la modification de la constitution du pays qui stipulait la limite à deux exercices. Lui, qui est arrivé au pouvoir par des élections jugées à l’époque justes, a fait le mandat de trop. Le mandat qui, en Afrique, déclenche en général les émeutes et l’instabilité.

Le 5 septembre courant, un groupe de soldats mutins des forces spéciales conduit par Mamady Doumbouya, s’empare du pouvoir et arrête le président Condé. Un couvre-feu est instauré et les frontières du pays sont fermées. Le chef des mutins a tenu à déclarer qu’ils ne veulent pas s’éterniser au pouvoir, et qu’ils comptent planifier une transition pour le pays.

Un passé douloureux

La Guinée a eu un passé douloureux avec la colonisation qui explique en partie la situation actuelle. Colonisée d’abord par les portugais puis par les français, elle est intégrée en 1901 à l’Afrique Occidentale Française (AOF).  En 1958, sous l’autorité d’Ahmed Sékou Toure, le pays rejette la proposition du Général De Gaulle d’intégrer cet ensemble et opte plutôt pour l’indépendance.

En proclamant son indépendance, alors que les autres pays de la région restent dans le giron français, la Guinée prend le chemin qui lui sera fatale pour de longues années. Les français se retirent brutalement du pays sans passation dans les administrations. Ils rapatrient avec eux les archives les documents et même les plans de canalisation d’égouts. Les témoignages de l’époque sont accablants. On parle de médicaments brûlés et des ampoules dévissées et emportées.

Seko Touré n’a que 36 ans. Il est peu préparé à la tâche pour gérer un pays sous développé qui sort à peine d’une colonisation abjecte. Pourtant le sous-sol du pays est extrêmement riche. Une guerre économique lui a été livrée durant des années en répandant des faux billets de francs CFA pour couler l’économie. Les services de renseignements français n’hésitaient pas à entrainer des opposants pour créer un climat d’insécurité et éviter que ce régime ne fasse tache d’huile dans la région.

Coup fatal

La mort de Seko touré en 1984 donne naissance à un gouvernement intérimaire qui sera renversé par Lansana Conté. Plus par la pression internationale que par nécessité nationale, le multipartisme est introduit dans la constitution en 1993. Les élections de cette année, comme celles de 1998, sont gagnées par Conté, qui révisera la constitution pour se représenter une troisième fois en 2003.

A sa mort en 2008, le pays est toujours, économiquement et politiquement, mal géré. Les responsables n’arrivent pas à créer une dynamique de croissance face à une corruption endémique. Moussa Dadis Camara est porté à la tête du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Il devient, pour un court moment, le troisième président du pays.

Comme à leur habitude, et après chaque prise de pouvoir, les militaires déclarent qu’aucun d’entre eux ne se présentera aux élections présidentielles. Au fil des événements, la population constate le contraire. En septembre 2009, des mouvements civils protestent pour demander à Camara de respecter sa parole et de ne pas se présenter aux élections présidentielles.

L’opposition réunie dans un stade pour exprimer sa révolte est attaquée par les militaires. Des centaines de morts sont tombés sous les balles sans possibilité de fuir. Cet événement crée un tollé au niveau international. L’aide de camp du président Camara est mis explicitement en cause par son rôle dans ce massacre. Il finira par tenter à la vie de Camara en guise de vengeance. Hospitalisé et affaibli, ce dernier trouvera un accord avec Sekouba Konaté pour assurer l’intérim et préparer des élections.

Les élections présidentielles seront organisées en effet en 2010 sans la présence des militaires. Alpha Condé est élu par 52% des suffrages, et sera réélu en 2015 par 58% de voix. En 2020, voulant lui aussi un troisième terme, il commet le sacrilège en touchant à la constitution. Il sera effectivement élu par 59,49% des suffrages. Celles-ci lui furent fatales.

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