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L’éducation de qualité pour les Etats précaires

Le 20 septembre 2018 à 15h09

Modifié 11 avril 2021 à 2h48

WASHINGTON, DC – Plus tard ce mois-ci, la Fondation Bill & Melinda Gates publiera son rapport annuel "Goalkeepers" évaluant les progrès dans l’atteinte des Objectifs de développement durable de l’ONU. Parmi les résultats attendus se situe la prévision que d’ici 2050, près de 90% de la pauvreté mondiale se concentrera en Afrique subsaharienne et deux tiers des populations les plus démunies du monde vivront dans seulement dix pays.  

La capacité de circonscrire les foyers nécessitant un fort développement humain, ce que nous appelons des "pays largement à la traîne" (les PLAT), devrait en théorie, faciliter l’application de solutions. Malheureusement, certaines des agences d’aide humanitaire ont la fâcheuse habitude d’éviter les Etats précaires de peur de voir des ressources aller à vau-l’eau. Actuellement, moins d’un quart des aides accessibles des pays de l’OCDE est affecté aux pays en retard de développement.

Mais il est vain de voir dans la précarité l’augure d’un échec. Une planification avisée permet de mettre en œuvre des projets qui améliorent des vies même dans les endroits les plus risqués. Mieux encore, nous savons par où commencer: en investissant davantage dans le capital humain, surtout en éducation.

Selon notre rapport, le nombre d’enfants inscrits à l’école primaire en Afrique est passé de 60 millions en 2000 à près de 250 millions aujourd’hui et le taux de croissance était le même pour les filles que pour les garçons. Mais même si plus d’enfants vont en classe, la qualité de l’enseignement y demeure inégale. Le défi est de s’assurer désormais que tous les enfants, y compris ceux qui vont à l’école, à tous les niveaux scolaires, y apprennent l’éventail complet de compétences dont ils ont besoin pour s’épanouir.

Pour donner aux jeunes la meilleure chance de réussite, les deux piliers de l’école primaire — la maternelle et l’enseignement secondaire — doivent aussi être solides. L’éducation préscolaire prépare les enfants de l’école primaire en leur inculquant des notions de coopération, de persévérance, de maîtrise de soi et d’autres aptitudes essentielles. Ces années formatrices sont décisives pour la formation de l’enfant, car, selon l’Unesco, plus de la moitié de tous les enfants et adolescents du monde entier ne développent jamais les compétences de base nécessaires pour devenir des personnes qui apprennent toute leur vie.

A l’autre extrémité, l’éducation secondaire aide les adolescents à se préparer pour le marché de l’emploi. Pour arriver à ce niveau, les élèves doivent atteindre un niveau minimal de compétences en lecture, mathématiques et de nombreuses aptitudes non cognitives. Mais même en ce domaine, les résultats scolaires sont décevants. Dans des pays à faible revenu, neuf jeunes sur dix n’atteignent pas le niveau scolaire secondaire élémentaire sur une gamme de compétences essentielles, allant de la littératie, à la pensée critique en passant par les mathématiques et la résolution de problèmes. En Afrique subsaharienne seulement, les estimations font état de 200 millions de jeunes (environ 90% de la population d’âge primaire et du premier cycle du secondaire) qui ne sont pas capables de lire un texte de base.

Les spécialistes du développement savent qu’une instruction de qualité transforme la vie des élèves ainsi que celle des familles, des collectivités et des pays. Une étude de 2008 a constaté que la qualité du réseau d’enseignement national et les aptitudes cognitives de ses diplômés exercent un effet positif sur la croissance économique. Ce fait suffirait à convaincre les Etats précaires et leurs donateurs d’investir dans un plus grand accès à une instruction de qualité.

Mais il y a aussi des avantages moins directs, surtout pour les femmes et les jeunes filles. En premier lieu, des femmes plus instruites retardent l’âge d’une première grossesse et elles ont généralement moins d’enfants. Les experts du développement, les démographes et ceux qui plaident la cause de l’instruction publique reconnaissent que, dans bien des régions du monde, la taille de la famille est inversement proportionnelle à une plus grande autonomie des femmes. Par exemple, nos recherches ont conclu qu’une femme sans aucune scolarisation aura, en moyenne, 4 à 5 plus d’enfants qu’une femme ayant poursuivi des études d’au moins 12 ans.

Les meilleures perspectives en éducation pour les jeunes filles seraient également une bénédiction pour la planète. L’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués a projeté que si, dans le monde entier, chaque jeune fille terminait ses études secondaires, le taux de fertilité baisserait et la croissance démographique mondiale serait réduite de presque deux milliards de personnes d’ici 2045 et de plus de cinq milliards d’ici 2100. Le ralentissement serait encore plus important si les 214 millions de femmes dans le monde qui souhaitent éviter des grossesses non désirées, mais qui n’ont pas de moyens de contraception, pouvaient accéder à des services de planification des naissances. Ce n’est pas un hasard si bon nombre de ces femmes vivent dans des pays où la scolarisation des filles est inférieure à celle des garçons.

Mises ensemble, la scolarisation et la planification des naissances devraient se traduire par une réduction de 120 milliards de tonnes en émissions de dioxyde de carbone sur les trois prochaines décennies, car il y aura moins de personnes pour consommer des ressources allant en s’amenuisant. Il n’est donc pas surprenant que les environnementalistes comme Paul Hawken estiment que l’instruction publique — en particulier celle que les filles reçoivent — fait partie des mesures les plus efficaces que la communauté internationale peut prendre pour lutter contre les changements climatiques.

Le rapport annuel Goalkeepers nous rappelle que des problèmes comme l’inégalité des sexes, la malnutrition, la violence et l’instabilité politique continueront d’accabler les plus démunis dans le monde pour des décennies à venir. Parmi les solutions, il existe peu de méthodes aussi efficaces qu’une instruction de qualité. Si les Etats précaires et les donateurs internationaux dirigeaient plus de ressources au renforcement des trois piliers de l’enseignement — le préscolaire, le primaire et le secondaire —, les pays du monde en fort retard de développement auront finalement une chance de se remettre sur les rails.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2018

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