Samir Chaouki

Analyste en Économie & Géopolitique

Maroc-Nigeria : Un soft power visionnaire

Le 28 mars 2021 à 10h30

Modifié 11 avril 2021 à 14h05

Les relations entre le Maroc et les géants de l’Afrique subsaharienne ont souvent été compliquées du fait d’un lourd historique en rapport avec l’affaire du Sahara marocain. Nigeria, Éthiopie, Afrique du Sud, Kenya… n’ont jamais ménagé le Maroc dans l’arène géopolitique. Sauf qu’à partir de l’an 2000, la donne allait changer progressivement quand le Maroc avait revisité sa diplomatie en prônant la coopération sud-sud tous azimuts sur la base du sacro-saint « win-win ». L’intelligence économique marocaine a depuis privilégié le terrain du business nonobstant les postures diplomatiques. Une politique qui allait s’avérer payante puisque son socle repose sur un élément ô combien crucial dans le continent : la sécurité alimentaire.

Et c’est justement sur ce créneau que le royaume a mis le curseur pour s’approcher des deux pays les plus peuplés de l’Afrique ; l’Éthiopie et le Nigeria. Il est question d’y installer des unités de production de fertilisants, pilotées par le géant mondial OCP SA, en association avec les gouvernements respectifs. C’est dans ce cadre que le président nigérian Muhammadu Buhari a annoncé par un tweet que « le Nigeria et le Maroc viennent de signer un accord, pour un investissement de 1,3 milliard de dollars, pour développer une plateforme d’engrais au Nigeria qui produira de l’ammoniac et divers engrais NPK et DAP, en utilisant les réserves de gaz du Nigeria »; un projet qui produira 750.000 tonnes d’ammoniac et 1 million de tonnes d’engrais d’ici 2025.

Il faut savoir que le Nigeria est une république fédérale de 36 États avec une population de 210 millions d’habitants. C’est la première puissance économique de l’Afrique avec un PIB de 467 milliards USD en 2019 (avant l’impact de la pandémie), et figure parmi les principaux producteurs mondiaux d’hydrocarbures.

Ceci étant, le pays demeure le seul producteur mondial au monde à enregistrer un déficit budgétaire et la population souffre profondément de la pauvreté, ce qui crée des tensions sociales parfois exacerbées.

Dans cet environnement, l’agriculture reste la base de l’économie du pays car il est question de la subsistance de millions de ménages. L’ancien président nigérian Olesegun Obasanju déclarait en 2014 que « de nombreuses personnes n’ont pas réalisé le rôle croissant de l’agriculture dans le développement de l’économie nigériane et l’amélioration du niveau de vie de son importante population rurale ». En effet, la création en 2011 de l’Agence de Transformation Agricole (ATA) et l’adoption d’un ensemble de réformes courageuses ont largement contribué à booster la production agricole.

Sauf qu’au centre de cette stratégie de transformation et de libération de l’énorme potentiel de l’agriculture figurait le « Growth Enhancement Support Schem », un programme de soutien à l’augmentation de la croissance visant à améliorer l’accès aux engrais et aux semences. L’objectif étant d’améliorer substantiellement la productivité de la culture du riz et la production des céréales en conjuguant le facteur de transformation à l’adoption d’une nouvelle génération de fertilisants.

Et c’est justement là où le Maroc a tendu sa main au Nigeria pour lui faire profiter de l’expertise du leader mondial en la matière et de l’aider à faire de l’agriculture « le pétrole vert nigérian », comme se plaisait à répéter l’ancien président. Cette coopération date de 2016 avec plusieurs accords de partenariats entre OCP SA et plusieurs organes nigérians de distribution d’engrais, de financement et à d’autres intervenants dans la chaîne de valeur.

Aujourd’hui, le projet annoncé par le président Buharu marque un tournant dans la coopération bilatérale qui au-delà de la production céréalière vise le partage des bonnes pratiques et la transmission du savoir.

Le ton utilisé par le président Buharu dans son tweet renvoie vers une nouvelle ère dans les relations des deux pays et l’émergence d’une amitié que tout renvoie vers une alliance prochaine.

« Je saisis cette occasion, au nom de tous les nigérians, pour remercier mon frère et ami le roi du Maroc de nous avoir accompagné dans cette expérience à la fois difficile et passionnante », dixit Buharu. Ces mots ont du sens qui exempte toute analyse ou interprétation, tellement c’est clair et limpide. Cela plaide pour un avenir radieux et des relations bilatérales qui seront certes renforcés par le rêve africain du gazoduc mais aussi par une proximité bottom-up. Il faut reconnaître que la diplomatie royale a bel et bien réussi sa pyramide nigériane : économie (business win-win), sécurité (coopération dans la lutte anti-terrorisme) et le champ religieux (formation des imams sur les principes de l’islam modéré).

Un soft power gagnant managé de main de maître et qui se projette à petit feu, à moyen et long termes.

>>Lire aussi: OCP : Nouvelle étape dans le partenariat avec le Nigéria pour la production d’engrais

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