Peter et Dilbert s’en vont en guerre

Le 31 janvier 2018 à 16h59

Modifié 11 avril 2021 à 2h44

«En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables». Si cette citation de Georges Clémenceau peut paraître cynique, l’actualité de cette quinzaine semble la conforter. Non, je ne parle pas de l’émeute Nutellesque ni des dromadaires botoxés, mais de l’accablant dernier rapport de l’ONG Oxfam sur les inégalités de richesses qui est venu perturber, du moins en a-t-il chaque année l’intention si ce n’est le pouvoir, le doux et calme Forum économique mondial de Davos qui avait pour thème ‘Créer un avenir commun dans un monde fracturé’ (La farce est jouée).

Commençons d’abord par quelques résultats de ce rapport qui s’est basé sur des enquêtes terrains et des données issues de plusieurs sources (Forbes, Banque mondiale, HCP…):

– Une formule phare relayée par plusieurs médias: 82% des richesses créées dans le monde en 2017 ont bénéficié aux 1% les plus riches, alors que la situation n’a pas évolué pour les 50% les plus pauvres.

– Une citation, tout aussi médiatisée, de Winnie Byanyima, directrice d’Oxfam «le boom des milliardaires n’est pas le signe d’une économie prospère mais un symptôme de l’échec du système économique».

-Des phrases qui laissent songeur comme ‘Depuis 2010, c’est-à-dire peu après la crise de 2008, la richesse de  cette élite économique a augmenté de 13% par an’ ou encore ‘dans le monde entier, les femmes gagnent moins que les hommes et elles sont surreprésentées dans les emplois les moins payés et les plus précaires’.

Si la méthodologie d’Oxfam peut être discutée, comme l’explique cet article, le constat est évidemment clair; celui d’une crise aigüe des inégalités puisque la fortune se concentre de plus en plus entre les mains d’un nombre toujours plus réduit d’individus.

Suite à la publication de son rapport, l’ONG a également réalisé un sondage auprès de 70.000 personnes dans une dizaine de pays (Afrique du Sud, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Inde, Maroc, Mexique, Nigeria, Pays-Bas et Royaume-Uni). Selon ce dernier, «les deux tiers des personnes interrogées estiment urgent de traiter la brèche entre riches et pauvres».

Urgent? Vraiment?

Presque au même moment que la médiatisation des résultats de ce rapport au Maroc, une information aussi banale que révoltante, vient illustrer, bien ironiquement, ces inégalités.

Une jeune femme de 23 ans, employée de maison (expression politiquement correcte) ou bonne (expression largement encore utilisée), est admise en soins intensifs. Brûlures au 3ème degré, entailles sur son visage et sur son corps, fractures diverses… c’est le lot que lui aurait réservé sa ‘patronne’.

Si l’enquête est en cours, ce fait divers n’en est pas moins intéressant puisque les ‘employées de maison’, souvent âgées de moins de 15 ans, sont un phénomène encore trop présent dans le Plus Beau Pays Du Monde.

Celui-là même à qui Oxfam décerne la palme du niveau d’inégalités le plus élevé d’Afrique du Nord; inégalités qui constituent le terreau de la pauvreté et de la vulnérabilité de la population.

Celui-là même dont 60% des personnes interrogées clament que les revenus devraient être distribués plus équitablement.

Qu’en disent les responsables politiques, censés avant tout, avoir été élus pour améliorer la situation tant économique que sociale du pays? 

Ont-ils/elles réagi au rapport Oxfam faute de réagir à un fait divers?

Ont-ils/elles dénoncé à coup de déclarations indignées l’insoutenable situation dans laquelle vivent de plus en plus de concitoyens?

Tout ceci n’a eu pour effet qu’un silence assourdissant, signe d’une grande incapacité, ou d’une incompétence, à s’attaquer aux 3 piliers des inégalités au Maroc:

– L’éducation(1/3 de la population marocaine est encore analphabète. Cette proportion passe à 60% pour les femmes en milieu rural)

– La santé (avec 6,2 médecins pour 10 000 habitants, l’accès aux soins est plus que jamais inégalitaire ; et ce n’est pas la privatisation des études de médecine qui réduira cette inégalité !)

– L’emploi (le taux d’activité est seulement de 47%. La précarité est accrue chez les femmes et les jeunes dont la majorité ne trouvent ni emploi stable, ni salaire décent ni couverture médico-sociale).

Inaptocratie en vue ?!

Nous semblons nager en pleine inaptocratie; autrement dit une autorité incapable de gérer cette question sociale jugée si cruciale depuis maintenant de – trop – nombreuses années.

Ce qui me ramène, après cette (longue!) digression, à la citation de Clémenceau qui rappelle deux autres principes fondateurs de l’inaptocratie.

– Le principe de Peter (du nom de Laurence J. Peter) selon lequel, dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever jusqu'à son niveau d’incompétence.

– Et sa version aggravée, le principe de Dilbert (de la bande dessinée du même nom) selon laquelle les gens les moins incompétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts: l’encadrement.

Quand Peter et Dilbert s’en vont en guerre[1], cela donne une sorte de « C’est pas moi, hé ! c’est eux » ; chaque nouveau gouvernement s’échinant à prouver que c’est son prédécesseur qui a été lamentable et que après tout, c’est la faute à l’autre…

Entre temps, dans le Plus Beau Pays du Monde, des petites filles sont ‘’embauchées’’ comme petites bonnes, les inégalités continuent à se creuser et les citoyens à se dire qu’il faut que cela cesse… sans pour autant aller voter!


[1]Clin d’œil au film ‘’Les Bidasses s’en vont en guerre’’ de Claude Zidi (1974) d’où est extraite la réplique qui suit

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