Cinéma : Sarim Fassi Fihri fait le bilan de l’année 2019

ENTRETIEN. Quelques jours après la clôture du festival international du film de Marrakech et trois semaines avant la fin de l’exercice comptable du Centre cinématographique marocain, le vice-président du FIFM et directeur général du CCM revient pour Medias24 sur le bilan et les réalisations de l’année 2019.

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Cinéma : Sarim Fassi Fihri fait le bilan de l’année 2019 Bilan 2019 de Sarim Fassi-Fihri

Le 11 décembre 2019 à 17:25

Modifié le 11 décembre 2019 à 20:31

- Medias24 : Comment s’est terminée la 18ème édition du FIFM ?

- Sarim Fassi-Fihri : Elle a tenu toutes ses promesses car il y en avait pour tous les goûts avec 98 films projetés, dont 25 australiens, 20 arabes, une douzaine de marocains …

- Une critique récurrente: trop peu de films marocains ont été mis en avant...

- Une douzaine, ce n’est pas rien.

- Oui mais 1 ou 2 en tête d’affiche, c’est plutôt léger...

- C’est la première année où il y avait un film marocain en soirée de gala (Adam), 5 en panorama, plus les autres.

Il y aura toujours des nihilistes mais je dois rappeler qu’en 2018, il n’y avait aucun film marocain qui ait été présenté en soirée de gala. Cette année, il y en a eu un, alors où est le problème ?

- Simplement qu’il y ait un seul film marocain en réelle compétition ?

- Que l’on soit bien d’accord, le FIFM n’est pas le festival national du film de Tanger qui est spécialisé dans les courts et longs-métrages nationaux.

A Marrakech, nous mettons en avant des films qui peuvent intéresser. Ceux que nous passons en panorama sont pour les invités étrangers dont la trentaine de patrons de festivals qui y sont présents.

Je ne vais pas non plus leur montrer tout mais ce que nous avons de mieux pour qu’éventuellement, ils les retiennent dans leur festival ou programmation.

Puisque vous parlez de films marocains, je tiens à faire deux remarques pour préciser des propos rapportés dans votre interview avec le réalisateur Nabil Ayouch.

Nous avons effectivement passé un film tunisien en soirée de gala un samedi soir parce qu’il était plus court que le film marocain "Adam" et parce qu’il y avait un dîner royal offert par la suite.  

De plus, je me dois de préciser que lors de l’édition 2018 du festival de Carthage, son ouverture a été faite avec un film marocain qui était celui de Narjiss Nejjar, et que ce n’était d’ailleurs pas la première fois qu’un film marocain était projeté à l’ouverture.

- Concrètement, les ateliers de l’Atlas mis en place en 2018 ont-ils permis de vendre ou financer des films marocains ?

- Il faut interroger le responsable de ces ateliers mais il y a un consensus très positif car dans le monde arabe, les journées consacrées à l’industrie n’existent que dans peu de festivals comme Carthage et au Caire.

On ne sait pas pourquoi, mais Marrakech est en train de prendre le lead alors que son festival est celui qui décerne le moins de prix. Pour la 2ème édition des ateliers, c’est en tous les cas une réussite.

- Vous ne répondez pas à la question, combien de productions nationales financées ou vendues ?

- Il est peut-être trop tôt pour donner des chiffres, mais quand on retrouve un film sélectionné chez nous en décembre 2018, qui se retrouve à Locarno en août 2019, c’est qu’il y a eu du travail accompli.

- En 2018, vous disiez que l’Etoile d’or était un tremplin pour la Palme d’or ou l’Oscar, un exemple ?

- « Marriage Story » qui a été présenté chez nous en soirée de gala vient d’être nommé 6 fois aux Golden Globes qui est l’antichambre des Oscars.

- Pourquoi contrairement à la Palme d’or de Cannes ou l’Ours d’or de Berlin, les professionnels ont toujours du mal à retenir le nom du prix l’Etoile d’or et à faire le lien avec le festival de Marrakech  ?

- Parce qu’il est jeune, alors que le festival de Cannes est né après la Seconde Guerre mondiale.

- Pourtant le FIFM est majeur, il a 18 ans.

- Sachant qu’il y a beaucoup de festivals dans le monde, cela prendra un peu de temps.

- Selon vous, c’est un festival de cinéphiles ou de paillettes ?

- C’est beaucoup de choses à la fois. Un événement de professionnels, d’industriels, de cinéphiles, et aussi d’enfants car on a même eu des projections pour des gamins de 4 ans.

Pour résumer, c’est donc un vrai festival de cinéma qui déplace des gens de toutes les sensibilités.

- En parlant de paillettes, le FIFM distribue un paquet d’invitations à ses sponsors qui invitent à son tour des influenceurs qui paradent sur le tapis rouge. Ce n’est pas nuisible à votre image ?

- Hormis la subvention du CCM, il n’y a aucun argent public qui finance notre organisation. Ce sont les sponsors qui le portent, car ils croient dans l’industrie du cinéma, née il y a un siècle dans notre pays.

A partir de là, nous devons les respecter et ce n’est pas à nous de leur dire qui ils doivent inviter. C’est vrai qu’ils ont des influenceurs sur le tapis rouge, et on fait avec comme partout dans le monde.

- L’impact de ce festival sur l’image internationale du Maroc vaut-il 60 à 100 millions de dirhams ?

- Votre fourchette est très large, tout ce que je peux dire est que le CCM lui consacre 11 MDH par an.

- S’il avait lieu à Casablanca ou Ouarzazate où on tourne des films, aurait-il le même impact ?

- Certainement pas, car Marrakech a une aura particulière avec ses monuments uniques dans le monde comme La Mamounia par exemple.

Quand on parle de cinéma, la ville ocre s’impose naturellement à l’esprit, donc je ne vois pas d’autre endroit où organiser un événement d’une telle ampleur et d’un tel retentissement mondial.

- La tenue de l’édition 2020 est-elle d’ores et déjà acquise ?

- Nous allons commencer par débriefer l’édition 2019 mais évidemment qu’elle aura lieu en 2020.

- A la fin du mois, le CCM finit son année, où en est la réforme des statuts, qui traîne depuis 2017 ?

- Nous attendons toujours qu’elle soit votée à l’issue d’une dernière lecture au Parlement. Maintenant que la loi de finances est passée, ce texte devrait être adopté avant la fin de janvier.

- Vous m’avez dit la même chose au début de l’année dernière.

- Je ne suis pas parlementaire, je me contente de vous répéter ce que l’on m’a promis au Parlement.

- Qu’est-ce qui a changé au CCM avec la disparition du ministère de la Communication ?

- Absolument rien, vu que le ministère de la Culture a récupéré toutes ses attributions.

- Combien de films ont été produits au Maroc en 2019 ?

- En films marocains, on doit être sur une fourchette de 23 à 25. Pour les productions étrangères, on est à 18 longs-métrages et 38 séries.

-Y-a-t-il eu une augmentation des films étrangers avec le fameux dispositif d’incitation fiscale ?

- Je n’ai pas le chiffre en tête mais les investissements totaux de 2018 ont été atteints fin août dernier soit 700 MDH.

- Le Maroc prévoit un abattement fiscal de 20%, à quand les 30%, voire 50% comme la concurrence ?

- Pour l’instant, on se contente de ce taux cumulé aux autres avantages comme l'exonération de la TVA et l’absence de charges sociales. Ce package durera jusqu’à 2022 avant de faire un bilan pour évoluer.

- A combien s’est élevée l’enveloppe des avances sur recettes pour l’année écoulée ?

- 60 millions de dirhams comme l’année précédente. Ce chiffre qui a été fixé en 2009 n’a plus évolué.

- Vous n’essayez pas de l’augmenter ?

- Ce n’est pas au CCM qui est un simple régulateur de se battre pour l’augmenter car nous ne sommes pas les bénéficiaires. Pour l’instant, les producteurs s’en accommodent et c’est très bien ainsi.

- Certaines années, on vous accuse de ne pas distribuer toute l’enveloppe...

- Oui, la difficulté vient du fait qu’il y a des retards accumulés depuis plusieurs années. On annonce 60 millions, mais en réalité on nous donne 15, 20 ou 30 MDH en fonction de la trésorerie de l’Etat.

Au bout du compte, si on arrivait à régulariser tous les retards accumulés, ce serait déjà très bien car il y a eu des années où nous avons reçu à peine 16 MDH sur les 60 promis par les Finances.

- Le Maroc va-t-il réaliser 2 millions d’entrées en salles à la fin de l’année en cours ?

- Le blockbuster Joker a boosté la fréquentation mais nous n’atteindrons pas ce chiffre avant 2020.

- Pour conclure, où en est-la cinémathèque, la profession parle d’un blocage qui s’éternise ?

- Il n’y a aucun blocage mais en effet, le contrat de sa directrice Narjiss Nejjar n’a pas été renouvelé.

- Pourquoi ?

- Parce que les missions qui lui ont été confiées en deux ans n’ont pas été complètement remplies.

A sa décharge, le décret de la médiathèque n’est toujours pas sorti.

- Du coup, vous allez nommer un nouveau directeur à la médiathèque ?

- Exact, l’autorité de tutelle qui est le CCM va lancer incessamment un appel à candidature.

Bilan 2019 de Sarim Fassi-Fihri

Cinéma : Sarim Fassi Fihri fait le bilan de l’année 2019

Le 11 décembre 2019 à17:24

Modifié le 11 décembre 2019 à 20:31

ENTRETIEN. Quelques jours après la clôture du festival international du film de Marrakech et trois semaines avant la fin de l’exercice comptable du Centre cinématographique marocain, le vice-président du FIFM et directeur général du CCM revient pour Medias24 sur le bilan et les réalisations de l’année 2019.

- Medias24 : Comment s’est terminée la 18ème édition du FIFM ?

- Sarim Fassi-Fihri : Elle a tenu toutes ses promesses car il y en avait pour tous les goûts avec 98 films projetés, dont 25 australiens, 20 arabes, une douzaine de marocains …

- Une critique récurrente: trop peu de films marocains ont été mis en avant...

- Une douzaine, ce n’est pas rien.

- Oui mais 1 ou 2 en tête d’affiche, c’est plutôt léger...

- C’est la première année où il y avait un film marocain en soirée de gala (Adam), 5 en panorama, plus les autres.

Il y aura toujours des nihilistes mais je dois rappeler qu’en 2018, il n’y avait aucun film marocain qui ait été présenté en soirée de gala. Cette année, il y en a eu un, alors où est le problème ?

- Simplement qu’il y ait un seul film marocain en réelle compétition ?

- Que l’on soit bien d’accord, le FIFM n’est pas le festival national du film de Tanger qui est spécialisé dans les courts et longs-métrages nationaux.

A Marrakech, nous mettons en avant des films qui peuvent intéresser. Ceux que nous passons en panorama sont pour les invités étrangers dont la trentaine de patrons de festivals qui y sont présents.

Je ne vais pas non plus leur montrer tout mais ce que nous avons de mieux pour qu’éventuellement, ils les retiennent dans leur festival ou programmation.

Puisque vous parlez de films marocains, je tiens à faire deux remarques pour préciser des propos rapportés dans votre interview avec le réalisateur Nabil Ayouch.

Nous avons effectivement passé un film tunisien en soirée de gala un samedi soir parce qu’il était plus court que le film marocain "Adam" et parce qu’il y avait un dîner royal offert par la suite.  

De plus, je me dois de préciser que lors de l’édition 2018 du festival de Carthage, son ouverture a été faite avec un film marocain qui était celui de Narjiss Nejjar, et que ce n’était d’ailleurs pas la première fois qu’un film marocain était projeté à l’ouverture.

- Concrètement, les ateliers de l’Atlas mis en place en 2018 ont-ils permis de vendre ou financer des films marocains ?

- Il faut interroger le responsable de ces ateliers mais il y a un consensus très positif car dans le monde arabe, les journées consacrées à l’industrie n’existent que dans peu de festivals comme Carthage et au Caire.

On ne sait pas pourquoi, mais Marrakech est en train de prendre le lead alors que son festival est celui qui décerne le moins de prix. Pour la 2ème édition des ateliers, c’est en tous les cas une réussite.

- Vous ne répondez pas à la question, combien de productions nationales financées ou vendues ?

- Il est peut-être trop tôt pour donner des chiffres, mais quand on retrouve un film sélectionné chez nous en décembre 2018, qui se retrouve à Locarno en août 2019, c’est qu’il y a eu du travail accompli.

- En 2018, vous disiez que l’Etoile d’or était un tremplin pour la Palme d’or ou l’Oscar, un exemple ?

- « Marriage Story » qui a été présenté chez nous en soirée de gala vient d’être nommé 6 fois aux Golden Globes qui est l’antichambre des Oscars.

- Pourquoi contrairement à la Palme d’or de Cannes ou l’Ours d’or de Berlin, les professionnels ont toujours du mal à retenir le nom du prix l’Etoile d’or et à faire le lien avec le festival de Marrakech  ?

- Parce qu’il est jeune, alors que le festival de Cannes est né après la Seconde Guerre mondiale.

- Pourtant le FIFM est majeur, il a 18 ans.

- Sachant qu’il y a beaucoup de festivals dans le monde, cela prendra un peu de temps.

- Selon vous, c’est un festival de cinéphiles ou de paillettes ?

- C’est beaucoup de choses à la fois. Un événement de professionnels, d’industriels, de cinéphiles, et aussi d’enfants car on a même eu des projections pour des gamins de 4 ans.

Pour résumer, c’est donc un vrai festival de cinéma qui déplace des gens de toutes les sensibilités.

- En parlant de paillettes, le FIFM distribue un paquet d’invitations à ses sponsors qui invitent à son tour des influenceurs qui paradent sur le tapis rouge. Ce n’est pas nuisible à votre image ?

- Hormis la subvention du CCM, il n’y a aucun argent public qui finance notre organisation. Ce sont les sponsors qui le portent, car ils croient dans l’industrie du cinéma, née il y a un siècle dans notre pays.

A partir de là, nous devons les respecter et ce n’est pas à nous de leur dire qui ils doivent inviter. C’est vrai qu’ils ont des influenceurs sur le tapis rouge, et on fait avec comme partout dans le monde.

- L’impact de ce festival sur l’image internationale du Maroc vaut-il 60 à 100 millions de dirhams ?

- Votre fourchette est très large, tout ce que je peux dire est que le CCM lui consacre 11 MDH par an.

- S’il avait lieu à Casablanca ou Ouarzazate où on tourne des films, aurait-il le même impact ?

- Certainement pas, car Marrakech a une aura particulière avec ses monuments uniques dans le monde comme La Mamounia par exemple.

Quand on parle de cinéma, la ville ocre s’impose naturellement à l’esprit, donc je ne vois pas d’autre endroit où organiser un événement d’une telle ampleur et d’un tel retentissement mondial.

- La tenue de l’édition 2020 est-elle d’ores et déjà acquise ?

- Nous allons commencer par débriefer l’édition 2019 mais évidemment qu’elle aura lieu en 2020.

- A la fin du mois, le CCM finit son année, où en est la réforme des statuts, qui traîne depuis 2017 ?

- Nous attendons toujours qu’elle soit votée à l’issue d’une dernière lecture au Parlement. Maintenant que la loi de finances est passée, ce texte devrait être adopté avant la fin de janvier.

- Vous m’avez dit la même chose au début de l’année dernière.

- Je ne suis pas parlementaire, je me contente de vous répéter ce que l’on m’a promis au Parlement.

- Qu’est-ce qui a changé au CCM avec la disparition du ministère de la Communication ?

- Absolument rien, vu que le ministère de la Culture a récupéré toutes ses attributions.

- Combien de films ont été produits au Maroc en 2019 ?

- En films marocains, on doit être sur une fourchette de 23 à 25. Pour les productions étrangères, on est à 18 longs-métrages et 38 séries.

-Y-a-t-il eu une augmentation des films étrangers avec le fameux dispositif d’incitation fiscale ?

- Je n’ai pas le chiffre en tête mais les investissements totaux de 2018 ont été atteints fin août dernier soit 700 MDH.

- Le Maroc prévoit un abattement fiscal de 20%, à quand les 30%, voire 50% comme la concurrence ?

- Pour l’instant, on se contente de ce taux cumulé aux autres avantages comme l'exonération de la TVA et l’absence de charges sociales. Ce package durera jusqu’à 2022 avant de faire un bilan pour évoluer.

- A combien s’est élevée l’enveloppe des avances sur recettes pour l’année écoulée ?

- 60 millions de dirhams comme l’année précédente. Ce chiffre qui a été fixé en 2009 n’a plus évolué.

- Vous n’essayez pas de l’augmenter ?

- Ce n’est pas au CCM qui est un simple régulateur de se battre pour l’augmenter car nous ne sommes pas les bénéficiaires. Pour l’instant, les producteurs s’en accommodent et c’est très bien ainsi.

- Certaines années, on vous accuse de ne pas distribuer toute l’enveloppe...

- Oui, la difficulté vient du fait qu’il y a des retards accumulés depuis plusieurs années. On annonce 60 millions, mais en réalité on nous donne 15, 20 ou 30 MDH en fonction de la trésorerie de l’Etat.

Au bout du compte, si on arrivait à régulariser tous les retards accumulés, ce serait déjà très bien car il y a eu des années où nous avons reçu à peine 16 MDH sur les 60 promis par les Finances.

- Le Maroc va-t-il réaliser 2 millions d’entrées en salles à la fin de l’année en cours ?

- Le blockbuster Joker a boosté la fréquentation mais nous n’atteindrons pas ce chiffre avant 2020.

- Pour conclure, où en est-la cinémathèque, la profession parle d’un blocage qui s’éternise ?

- Il n’y a aucun blocage mais en effet, le contrat de sa directrice Narjiss Nejjar n’a pas été renouvelé.

- Pourquoi ?

- Parce que les missions qui lui ont été confiées en deux ans n’ont pas été complètement remplies.

A sa décharge, le décret de la médiathèque n’est toujours pas sorti.

- Du coup, vous allez nommer un nouveau directeur à la médiathèque ?

- Exact, l’autorité de tutelle qui est le CCM va lancer incessamment un appel à candidature.

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