Amina J. Mohammed

Conseillère spéciale du secrétaire général des Nations Unies et ex sous-secrétaire générale à la planification du développement post-2015 depuis 2012.

Comment atteindre les objectifs de développement durable en matière d'éducation

Comment atteindre les objectifs de développement durable en matière d'éducation

Le 15 février 2019 à 14:33

Modifié le 15 février 2019 à 14:36

Dans le monde d’aujourd’hui profondément interconnecté, les avantages d’un système éducatif fort et inclusif sont considérables. Une éducation de qualité donne aux gens les connaissances dont ils ont besoin pour reconnaître l’importance de protéger les ressources limitées de la planète, d’apprécier la diversité et de résister à l’intolérance, et d’agir en citoyens de la planète informés.

NEW-YORK – Tout au long de ma vie, j'ai constaté l'importance de l'éducation. J'ai vu comment une éducation de qualité pour tous favorise le dynamisme économique, participe au maintien d'une société pacifique, prospère et stable. J'ai aussi observé de quelle manière l'éducation, quelles que soient les circonstances, permet aux individus d'acquérir pleinement la conscience d'eux-mêmes, la confiance quant à leur place dans le monde et à leur avenir.

Mais j'ai aussi vu ce qui arrive quand des jeunes (voire même toute une population) sont privés de l'accès à l'éducation, et de l'optimisme qu'elle suscite. Chez moi au Nigéria, Boko Haram, le groupe d'activistes islamistes, utilise tous les moyens pour empêcher les jeunes, plus spécialement les filles, d'étudier. C'est dans un but précis : créer une génération perdue. Les conséquences en sont multiples : perte de dignité, exclusion, problèmes de santé, pauvreté, croissance économique au point mort et refus des droits fondamentaux.

Or nous savons qu'une année supplémentaire de scolarisation se traduit par une hausse de 0,37% du taux de croissance annuel du PIB et par une hausse du revenu individuel qui peut atteindre 10%. Si toutes les filles bénéficiaient d'une scolarité de qualité durant 12 ans, les revenus des femmes à travers le monde pourraient doubler pour atteindre 30 000 milliards au cours de leur vie. Et si tous les garçons et les filles parvenaient jusqu'au bac, quelques 420 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté. Selon un rapport publié l'année dernière par la Banque mondiale, une éducation secondaire universelle pourrait aussi mettre fin au mariage des enfants.

Dans le monde ultra-connecté d'aujourd'hui, les bénéfices d'une éducation efficace et inclusive sont nombreux. L'éducation fournit aux élèves le savoir nécessaire pour prendre conscience de l'importance qu'il y a à protéger les ressources limitées de la planète, apprécier la diversité, résister à l'intolérance et agir en tant que citoyen du monde bien informé.

Les Objectifs du Millénaire pour le développement créés par l'ONU en 2000 pour orienter le développement mondial au cours des 15 années suivantes a donné un nouvel élan à l'éducation pour tous. Entre 2000 et 2015, le nombre d'enfants en âge d'aller à l'école primaire mais qui n'y vont pas a chuté de 100 millions à 57 millions. Entre 1990 et 2015, le taux d'alphabétisation des jeunes entre 15 et 24 ans dans le monde est passé de 83% à 91%, tandis que la différence de ce taux entre filles et garçons a nettement baissé.

Néanmoins il reste beaucoup à faire. En 2016, plus de 263 millions d'enfants n'étaient pas scolarisés, dont la moitié sont des enfants handicapés qui vivent dans des pays en développement. Par ailleurs, la moitié des enfants d'âge préscolaire (période cruciale pour le développement cognitif) ne vont pas à l'école maternelle.

La situation est encore plus difficile dans les zones de conflit où le taux de scolarisation des filles est inférieur de presque 40% à ce qu'il est hors de ces zones. Et l'on estime à 617 millions, le nombre d'enfants et d'adolescents en âge d'aller à l'école primaire et dans le premier cycle du secondaire (soit 58% de cette tranche d'âge) qui n’ont pas le niveau minimal de compétence en lecture et en mathématiques.

Pour lutter contre ces disparités, les Objectifs de développement durable qui succèdent aux Objectifs du Millénaire pour le développement insistent eux aussi sur l'éducation. Ils visent à permettre l'accès à une éducation de qualité inclusive et équitable à tous les enfants partout dans le monde et à favoriser l'éducation tout au long de la vie - notamment pour permettre à chacun de réaliser tout son potentiel. Malgré l'immensité du défi et les divers obstacles à l'enseignement, nous connaissons la stratégie à mettre en oeuvre :

1) Pour qu'elle soit une véritable force de changement, l'éducation elle-même doit se transformer pour s'adapter à une mondialisation qui s'accélère, au réchauffement climatique et à l'évolution du marché du travail. Les nouvelles technologies (par exemple l'intelligence artificielle, le cloud computing et les blockchains) soulèvent de nouveaux problèmes, mais elles peuvent aussi jouer un rôle positif pour améliorer le système éducatif. Il faut enseigner l'informatique à tous et créer de nouvelles alliances avec le secteur de la haute technologie dont l'apport pourrait être précieux.

2) Il est essentiel de développer un enseignement inclusif tout au long de la vie en faveur des populations les plus marginalisées et les plus vulnérables. Ainsi que le montre le rapport Innocenti Card 15 de l'UNICEF, cela ne passe pas par une baisse de qualité. Selon ce rapport, quelle que soit leur origine, les enfants réussissent mieux dans un environnement scolaire intégré socialement. Or une stratégie inclusive exige un partage des meilleurs savoir-faire et la mise en œuvre de méthodes qui ont fait leur preuve. Quant aux partenaires du développement, ils doivent fournir une aide à long terme qui fasse l'équilibre entre les impératifs humanitaires, économiques et sécuritaires, et qui soit orientée vers le développement des institutions liées à l'enseignement et l'acquisition des compétences des intervenants.

Pour qu'un système éducatif ou un enseignement soit véritablement inclusif, il ne doit laisser personne sur le bord de la route (les réfugiés par exemple). Selon le dernier rapport mondial de suivi sur l'éducation de l'UNESCO, depuis 2016, les enfants réfugiés ont manqué au total 1,5 milliard journées de classe. Huit des dix premiers pays à accueillir des réfugiés, dont plusieurs à revenu faible ou moyen, ont fait un effort financier considérable malgré la surcharge de leur système éducatif pour que les réfugiés aillent dans les mêmes écoles que les autres enfants. Mais la plupart des pays les excluent ou les mettent dans des structures séparées, ce qui creuse les inégalités et rend plus difficile l'intégration. Les deux grands pactes mondiaux adoptés par les pays membres de l'ONU en décembre dernier, l'un concernant les migrations et l'autre les réfugiés, montrent comment répondre à ce défi.

Réaliser les réformes indispensables dans l'éducation exige un financement beaucoup plus important que celui qui est disponible. Il manque aujourd'hui prés de 40 milliards de dollars au niveau mondial. Combler ce manque exige non seulement une augmentation des budgets nationaux consacrés à l'éducation, mais un engagement supplémentaire des donateurs internationaux.

Tout le monde a droit à l'éducation. Faire de ce droit une réalité et atteindre les Objectifs de développement durable exigent une stratégie efficace, couplée avec un engagement de longue durée de toutes les parties prenantes en termes de mise en œuvre et de coopération. L'ONU et ses agences continueront à soutenir ces actions, car nous voulons que personne ne soit laissé sur le bord de la route.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2019
Amina J. Mohammed

Conseillère spéciale du secrétaire général des Nations Unies et ex sous-secrétaire générale à la planification du développement post-2015 depuis 2012.

Comment atteindre les objectifs de développement durable en matière d'éducation

Le 15 février 2019 à14:33

Modifié le 15 février 2019 à 14:36

Dans le monde d’aujourd’hui profondément interconnecté, les avantages d’un système éducatif fort et inclusif sont considérables. Une éducation de qualité donne aux gens les connaissances dont ils ont besoin pour reconnaître l’importance de protéger les ressources limitées de la planète, d’apprécier la diversité et de résister à l’intolérance, et d’agir en citoyens de la planète informés.

NEW-YORK – Tout au long de ma vie, j'ai constaté l'importance de l'éducation. J'ai vu comment une éducation de qualité pour tous favorise le dynamisme économique, participe au maintien d'une société pacifique, prospère et stable. J'ai aussi observé de quelle manière l'éducation, quelles que soient les circonstances, permet aux individus d'acquérir pleinement la conscience d'eux-mêmes, la confiance quant à leur place dans le monde et à leur avenir.

Mais j'ai aussi vu ce qui arrive quand des jeunes (voire même toute une population) sont privés de l'accès à l'éducation, et de l'optimisme qu'elle suscite. Chez moi au Nigéria, Boko Haram, le groupe d'activistes islamistes, utilise tous les moyens pour empêcher les jeunes, plus spécialement les filles, d'étudier. C'est dans un but précis : créer une génération perdue. Les conséquences en sont multiples : perte de dignité, exclusion, problèmes de santé, pauvreté, croissance économique au point mort et refus des droits fondamentaux.

Or nous savons qu'une année supplémentaire de scolarisation se traduit par une hausse de 0,37% du taux de croissance annuel du PIB et par une hausse du revenu individuel qui peut atteindre 10%. Si toutes les filles bénéficiaient d'une scolarité de qualité durant 12 ans, les revenus des femmes à travers le monde pourraient doubler pour atteindre 30 000 milliards au cours de leur vie. Et si tous les garçons et les filles parvenaient jusqu'au bac, quelques 420 millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté. Selon un rapport publié l'année dernière par la Banque mondiale, une éducation secondaire universelle pourrait aussi mettre fin au mariage des enfants.

Dans le monde ultra-connecté d'aujourd'hui, les bénéfices d'une éducation efficace et inclusive sont nombreux. L'éducation fournit aux élèves le savoir nécessaire pour prendre conscience de l'importance qu'il y a à protéger les ressources limitées de la planète, apprécier la diversité, résister à l'intolérance et agir en tant que citoyen du monde bien informé.

Les Objectifs du Millénaire pour le développement créés par l'ONU en 2000 pour orienter le développement mondial au cours des 15 années suivantes a donné un nouvel élan à l'éducation pour tous. Entre 2000 et 2015, le nombre d'enfants en âge d'aller à l'école primaire mais qui n'y vont pas a chuté de 100 millions à 57 millions. Entre 1990 et 2015, le taux d'alphabétisation des jeunes entre 15 et 24 ans dans le monde est passé de 83% à 91%, tandis que la différence de ce taux entre filles et garçons a nettement baissé.

Néanmoins il reste beaucoup à faire. En 2016, plus de 263 millions d'enfants n'étaient pas scolarisés, dont la moitié sont des enfants handicapés qui vivent dans des pays en développement. Par ailleurs, la moitié des enfants d'âge préscolaire (période cruciale pour le développement cognitif) ne vont pas à l'école maternelle.

La situation est encore plus difficile dans les zones de conflit où le taux de scolarisation des filles est inférieur de presque 40% à ce qu'il est hors de ces zones. Et l'on estime à 617 millions, le nombre d'enfants et d'adolescents en âge d'aller à l'école primaire et dans le premier cycle du secondaire (soit 58% de cette tranche d'âge) qui n’ont pas le niveau minimal de compétence en lecture et en mathématiques.

Pour lutter contre ces disparités, les Objectifs de développement durable qui succèdent aux Objectifs du Millénaire pour le développement insistent eux aussi sur l'éducation. Ils visent à permettre l'accès à une éducation de qualité inclusive et équitable à tous les enfants partout dans le monde et à favoriser l'éducation tout au long de la vie - notamment pour permettre à chacun de réaliser tout son potentiel. Malgré l'immensité du défi et les divers obstacles à l'enseignement, nous connaissons la stratégie à mettre en oeuvre :

1) Pour qu'elle soit une véritable force de changement, l'éducation elle-même doit se transformer pour s'adapter à une mondialisation qui s'accélère, au réchauffement climatique et à l'évolution du marché du travail. Les nouvelles technologies (par exemple l'intelligence artificielle, le cloud computing et les blockchains) soulèvent de nouveaux problèmes, mais elles peuvent aussi jouer un rôle positif pour améliorer le système éducatif. Il faut enseigner l'informatique à tous et créer de nouvelles alliances avec le secteur de la haute technologie dont l'apport pourrait être précieux.

2) Il est essentiel de développer un enseignement inclusif tout au long de la vie en faveur des populations les plus marginalisées et les plus vulnérables. Ainsi que le montre le rapport Innocenti Card 15 de l'UNICEF, cela ne passe pas par une baisse de qualité. Selon ce rapport, quelle que soit leur origine, les enfants réussissent mieux dans un environnement scolaire intégré socialement. Or une stratégie inclusive exige un partage des meilleurs savoir-faire et la mise en œuvre de méthodes qui ont fait leur preuve. Quant aux partenaires du développement, ils doivent fournir une aide à long terme qui fasse l'équilibre entre les impératifs humanitaires, économiques et sécuritaires, et qui soit orientée vers le développement des institutions liées à l'enseignement et l'acquisition des compétences des intervenants.

Pour qu'un système éducatif ou un enseignement soit véritablement inclusif, il ne doit laisser personne sur le bord de la route (les réfugiés par exemple). Selon le dernier rapport mondial de suivi sur l'éducation de l'UNESCO, depuis 2016, les enfants réfugiés ont manqué au total 1,5 milliard journées de classe. Huit des dix premiers pays à accueillir des réfugiés, dont plusieurs à revenu faible ou moyen, ont fait un effort financier considérable malgré la surcharge de leur système éducatif pour que les réfugiés aillent dans les mêmes écoles que les autres enfants. Mais la plupart des pays les excluent ou les mettent dans des structures séparées, ce qui creuse les inégalités et rend plus difficile l'intégration. Les deux grands pactes mondiaux adoptés par les pays membres de l'ONU en décembre dernier, l'un concernant les migrations et l'autre les réfugiés, montrent comment répondre à ce défi.

Réaliser les réformes indispensables dans l'éducation exige un financement beaucoup plus important que celui qui est disponible. Il manque aujourd'hui prés de 40 milliards de dollars au niveau mondial. Combler ce manque exige non seulement une augmentation des budgets nationaux consacrés à l'éducation, mais un engagement supplémentaire des donateurs internationaux.

Tout le monde a droit à l'éducation. Faire de ce droit une réalité et atteindre les Objectifs de développement durable exigent une stratégie efficace, couplée avec un engagement de longue durée de toutes les parties prenantes en termes de mise en œuvre et de coopération. L'ONU et ses agences continueront à soutenir ces actions, car nous voulons que personne ne soit laissé sur le bord de la route.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2019

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