Comment la diplomatie marocaine monte en puissance à l’international

Depuis son retour à l’Union Africaine, le Maroc effectue une percée sur le terrain diplomatique qui lui confère un rôle quasi-incontournable sur plusieurs dossiers africains et internationaux. Selon El Moussaoui El Ajlaoui, expert en géopolitique, ce dynamisme inédit et croissant lui permettra à terme d'imposer sa position dans le conflit du Sahara. Voici les explications de cet expert et un round-up des nouveaux contours de l'action diplomatique marocaine.

Comment la diplomatie marocaine monte en puissance à l’international

Le 02 décembre 2019 à 14:00

Modifié le 02 décembre 2019 à 15:07

Agenda chargé pour la diplomatie marocaine. Le Royaume reçoit dans quelques jours Mike Pompeo, secrétaire d'Etat américain. Mercredi 27 novembre, Nasser Bourita a été reçu à Madrid par le chef du gouvernement espagnol en fonction, Pedro Sanchez. La veille, le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, a réaffirmé dans un entretien téléphonique avec Bourita, la disposition de la Russie à approfondir le dialogue politique avec le Maroc pour le règlement de la question du Sahara marocain et sur des questions clés à caractère international et régional. Le 22 novembre, c'est le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui était à Rabat.

Ces visites et échanges sont la dernière partie visible d'une montée en puissance du Maroc en tant que puissance régionale, en Afrique, en Méditerranée et dans le monde arabo-musulman. Aux yeux de ces partenaires, le Maroc est un partenaire sérieux, crédible, influent et constant.

La machine diplomatique marocaine n'a jamais été aussi efficace. Mais au-delà de cette efficacité, il convient de rappeler qu'il n'existe pas de doctrine de politique étrangère marocaine clairement exprimée et rendue publique. La diplomatie est définie d'abord par le Souverain et l'empreinte du Roi Mohammed VI est visible.

Les constantes de la nouvelle diplomatie marocaine sont les suivantes:

-solidarité mais pas uniquement dans la sphère identitaire (arabe et musulmane); elle touche également l'international et les valeurs universelles.

-mise en oeuvre de tous les atouts du Maroc: sa position géographique, sa diaspora, son influence religieuse, son influence culturelle, ses capacités dans les domaines de la sécurité, de la défense, de la lutte anti-terroriste, du renseignement, son influence économique;

-aucune concession ne peut être faite sur les causes essentielles, nationales ou internationales: Sahara bien sûr, mais aussi cause palestinienne. Le Maroc a été le premier pays de la Ligue arabe à s'opposer clairement à toute velléité de changer les paramètres de la question palestinienne;

-son indépendance de plus en plus visible dans les sphères internationales. Le discours du Roi Mohammed VI à Riyad, en Arabie saoudite, le 20 avril 2016, restera un moment fort: "Le Maroc est libre dans ses décisions et ses choix et n’est la chasse gardée d’aucun pays," avait martelé Mohammed VI en rappelant que le Royaume construira des relations avec tous les pays et tous les continents.

-une diplomatie de plus en plus présente, même dans les régions auparavant négligées ou considérées comme des chasses gardées des ennemis du Maroc.

-des positions exprimées par le Souverain avec une grande clarté et qui sont des grilles utiles pour la compréhension des positions marocaines: outre le discours de Riyad ci-dessus mentionné, le discours de la Marche Verte du 6 novembre 2017 résume en quelques points la position du Maroc et les limites de toute recherche de solution politique à ce différend.

-Sur la Libye comme sur le Qatar, le Maroc a adroitement évité les polémiques et les querelles. Pour la Libye, il a privilégié une solution politique conçue exclusivement par les forces libyennes en présence. Sur le Qatar, il a gardé une ligne de neutralité positive malgré les pressions.

-L'anticipation, la qualité de l'analyse stratégique, la capacité d'avancer ses pièces sur l'échiquier international avec la plus grande patience: le retour à l'Union Africaine est un cas d'école. Il fallait du sang-froid, de la discrétion et une grande anticipation pour garder à chaque fois plusieurs coups d'avance sur ses adversaires.

-Une présence accrue dans les instances internationales: le Maroc est à l'UA, mais il ne sera pas un simple membre. Il est entré dans le Conseil de la Paix et de la Sécurité (le conseil de sécurité africain) et il y joue déjà un grand rôle. Son rôle à venir sera plus important. Le Roi est leader africain sur la migration. Il est plus actif à l'ONU.

-La capacité à désamorcer les arguments et attaques des adversaires en verrouillant juridiquement les questions essentielles ou vitales. Un exemple: à l'UA, la question du Sahara est désormais du ressort exclusif des Chefs d'Etat; l'UA doit soutenir les efforts de l'ONU et le CPS n'a plus le droit de prendre position sur ce dossier.

En attendant que des études poussées soient réservées à la diplomatie marocaine et à sa évolution, nous donnons la parole à Moussaoui EL Ajlaoui qui nous apporte son éclairage.

Médias24 : Comment expliquer la montée en puissance diplomatique du Maroc ?

El Moussaoui El Ajlaoui : En grande partie par la fin de la politique de la chaise vide entamée en 1984, date de la sortie du Maroc de l’Organisation de l’union africaine (OUA) devenue ensuite l’Union africaine (UA).

A partir de 2017, son action diplomatique au sein de l’ONU est devenue de plus en plus offensive.

Depuis son retour à l’UA, son action diplomatique passe par le renforcement de sa présence dans tous les espaces régionaux, continentaux et internationaux, y compris ceux hostiles à ses intérêts.

-Sur tous les fronts ?

-Absolument et pour s’en convaincre, il suffit de consulter le dernier rapport (2/10/19) du secrétaire général de l'ONU sur le Sahara qui est très favorable au Royaume.

Ainsi, dans les paragraphes 19-22, on peut d’ailleurs déceler les vraies raisons de la démission de Horst Kohler qui a voulu opter pour une nouvelle approche de négociation pour résoudre ce vieux conflit.  

Si lors des rounds 1 et 2 des négociations qui se sont tenus à Genève, Kohler était partisan d’un format de rencontres multilatérales, on apprend au paragraphe 19 du rapport de Guterres que Kohler "a informé le Conseil de sécurité de son intention d’engager un dialogue bilatéral avec tous les participants pour trouver la meilleure façon de faire des progrès de fond pour une solution…"

Selon moi, ce changement de cap dans l’approche de Kohler n’a pas plu et lui a été fatal car tout s’est joué entre le 31/04/2019 et le 22/05/2019 qui correspond à la date de la démission de Kohler.

-Quels sont les canaux empruntés par la diplomatie marocaine ?

-La montée en puissance du Maroc passe par sa diplomatie officielle, sa société civile, ses syndicats, ses partis politiques, sa presse, ses universités et centres de recherches… qui font preuve d’un éveil inédit.

C’est en fait l’aboutissement d’une nouvelle pratique basée en particulier sur le pragmatisme qui a permis entre autres de rétablir les relations diplomatiques avec des pays adversaires comme Cuba ou l’Afrique du Sud qui sont d’ailleurs toujours proches du polisario.

Ce changement de cap s’explique par des mutations politiques et géopolitiques en Afrique et en Amérique latine qui vont se poursuivre et qui aboutiront peut-être à des rapprochements avec des pays comme le Vénézuela ou la Bolivie qui soutiennent les adversaires du Maroc.

-La diplomatie marocaine est-elle désormais assez soutenue à l'international pour éviter d'éventuelles déconvenues dans le dossier du Sahara ?

-Ce n’est pas garanti car en matière de relations internationales, il y a toujours des hauts et des bas.

Une diplomatie efficace est celle qui s’adapte vite aux changements géopolitiques et qui s’appuie sur des études stratégiques préalables pour guider ses instances dans une prise de la décision adéquate.

Sahara: on constate un rapprochement net et croissant de la communauté internationale avec la position marocain

-Alors qu’est-ce qui plaide en sa faveur ?

-Concernant le dossier du Sahara, on constate un rapprochement net et croissant de la communauté internationale avec la position marocaine grâce notamment à plusieurs facteurs géopolitiques.

En premier lieu, une situation militaro-sécuritaire inquiétante pour le reste du monde dans l’espace sahélo-saharien avec la multiplication de conflits armés au Sahara Central (Mali, Burkina, Niger).

A partir de ce constat étayé par le fait que même des Etats existants sont vulnérables et pourraient s’effondrer à tout moment, les rapports récents de l’ONU et analyses des instituts internationaux soutiennent à l’unisson qu’il est impossible de créer un nouvel Etat dans l’espace sahélo-saharien.

Horst Kohler a très vite compris que Washington et Paris s’opposeraient à toute solution prônant l’indépendance du Sahara

De plus, depuis 2013 on constate également un changement positif de plusieurs pays envers le plan d’autonomie marocain qui a été qualifié par les grandes puissances de crédible, réaliste et viable.

Sachant que la proposition marocaine vise à la fois à stabiliser et démocratiser cette sous-région du continent, la diplomatie marocaine a donc indéniablement marqué des points.

Deuxièmement, depuis trois ans, l’ONU, les Etats-Unis et la France ont adopté, sur la question du Sahara, une position qui se rapproche de plus en plus de celle du Royaume.

Ainsi, dès sa nomination, l’Allemand Horst Kohler, ancien envoyé spécial du SG de l’ONU, a très vite compris que Washington et Paris s’opposeraient à toute solution prônant l’indépendance du Sahara.

En parallèle, l’ONU ne semble pas du tout pressée de désigner un successeur pour plusieurs raisons.

-Pourquoi ?

-L’ONU est plus préoccupée par les autres crises continentales (Centrafrique, Libye, Sahel...) et de plus, la question du Sahara n’est plus prioritaire pour l’Afrique depuis le retour du Maroc au sein de l’UA.

Ainsi, il y a un avant et un après la décision historique du sommet de Nouakchott, qui s’est tenu en juillet 2018, de ne plus interférer dans le processus onusien de résolution du conflit du Sahara.

Ce manque d’empressement s’explique aussi par le fait que l’Algérie, naguère très active dans ce dossier, est secouée, depuis février 2019, par une crise politique sans précédent dont personne ne peut augurer de l’issue.

L’Etat profond du voisin de l’est continue d’utiliser la carte des relations maroco-algériennes pour se maintenir au pouvoir

-Justement, où en est la diplomatie algérienne naguère efficace contre les intérêts du Maroc, en particulier contre sa cause nationale ?

-Tous les observateurs du débat interne actuel en Algérie constatent que l’Etat profond du voisin de l’est continue d’utiliser la carte des relations maroco-algériennes pour se maintenir au pouvoir.

Il n’y a eu aucune évolution positive sachant que dossier du Sahara est toujours présenté par certains médias, liés à l’armée, comme un problème entre le Maroc et le "peuple sahraoui".

Que ce soit dans les médias ou chez certains candidats à l’élection présidentielle, aucun changement de ligne même si certains demandent l’ouverture des frontières entre les deux pays.

On ne doit donc pas s’attendre à un changement radical de position de cet Etat sur le conflit du Sahara mais ce qui est sûr, c'est que la situation post-présidentielle impactera l’ensemble de la région.

Au final, je dirais que la montée en puissance actuelle de la diplomatie marocaine découle d’une vraie prise de conscience qui va encore se renforcer dans le futur", conclut optimiste El Ajlaoui.

Comment la diplomatie marocaine monte en puissance à l’international

Le 02 décembre 2019 à14:01

Modifié le 02 décembre 2019 à 15:07

Depuis son retour à l’Union Africaine, le Maroc effectue une percée sur le terrain diplomatique qui lui confère un rôle quasi-incontournable sur plusieurs dossiers africains et internationaux. Selon El Moussaoui El Ajlaoui, expert en géopolitique, ce dynamisme inédit et croissant lui permettra à terme d'imposer sa position dans le conflit du Sahara. Voici les explications de cet expert et un round-up des nouveaux contours de l'action diplomatique marocaine.

Agenda chargé pour la diplomatie marocaine. Le Royaume reçoit dans quelques jours Mike Pompeo, secrétaire d'Etat américain. Mercredi 27 novembre, Nasser Bourita a été reçu à Madrid par le chef du gouvernement espagnol en fonction, Pedro Sanchez. La veille, le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, a réaffirmé dans un entretien téléphonique avec Bourita, la disposition de la Russie à approfondir le dialogue politique avec le Maroc pour le règlement de la question du Sahara marocain et sur des questions clés à caractère international et régional. Le 22 novembre, c'est le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui était à Rabat.

Ces visites et échanges sont la dernière partie visible d'une montée en puissance du Maroc en tant que puissance régionale, en Afrique, en Méditerranée et dans le monde arabo-musulman. Aux yeux de ces partenaires, le Maroc est un partenaire sérieux, crédible, influent et constant.

La machine diplomatique marocaine n'a jamais été aussi efficace. Mais au-delà de cette efficacité, il convient de rappeler qu'il n'existe pas de doctrine de politique étrangère marocaine clairement exprimée et rendue publique. La diplomatie est définie d'abord par le Souverain et l'empreinte du Roi Mohammed VI est visible.

Les constantes de la nouvelle diplomatie marocaine sont les suivantes:

-solidarité mais pas uniquement dans la sphère identitaire (arabe et musulmane); elle touche également l'international et les valeurs universelles.

-mise en oeuvre de tous les atouts du Maroc: sa position géographique, sa diaspora, son influence religieuse, son influence culturelle, ses capacités dans les domaines de la sécurité, de la défense, de la lutte anti-terroriste, du renseignement, son influence économique;

-aucune concession ne peut être faite sur les causes essentielles, nationales ou internationales: Sahara bien sûr, mais aussi cause palestinienne. Le Maroc a été le premier pays de la Ligue arabe à s'opposer clairement à toute velléité de changer les paramètres de la question palestinienne;

-son indépendance de plus en plus visible dans les sphères internationales. Le discours du Roi Mohammed VI à Riyad, en Arabie saoudite, le 20 avril 2016, restera un moment fort: "Le Maroc est libre dans ses décisions et ses choix et n’est la chasse gardée d’aucun pays," avait martelé Mohammed VI en rappelant que le Royaume construira des relations avec tous les pays et tous les continents.

-une diplomatie de plus en plus présente, même dans les régions auparavant négligées ou considérées comme des chasses gardées des ennemis du Maroc.

-des positions exprimées par le Souverain avec une grande clarté et qui sont des grilles utiles pour la compréhension des positions marocaines: outre le discours de Riyad ci-dessus mentionné, le discours de la Marche Verte du 6 novembre 2017 résume en quelques points la position du Maroc et les limites de toute recherche de solution politique à ce différend.

-Sur la Libye comme sur le Qatar, le Maroc a adroitement évité les polémiques et les querelles. Pour la Libye, il a privilégié une solution politique conçue exclusivement par les forces libyennes en présence. Sur le Qatar, il a gardé une ligne de neutralité positive malgré les pressions.

-L'anticipation, la qualité de l'analyse stratégique, la capacité d'avancer ses pièces sur l'échiquier international avec la plus grande patience: le retour à l'Union Africaine est un cas d'école. Il fallait du sang-froid, de la discrétion et une grande anticipation pour garder à chaque fois plusieurs coups d'avance sur ses adversaires.

-Une présence accrue dans les instances internationales: le Maroc est à l'UA, mais il ne sera pas un simple membre. Il est entré dans le Conseil de la Paix et de la Sécurité (le conseil de sécurité africain) et il y joue déjà un grand rôle. Son rôle à venir sera plus important. Le Roi est leader africain sur la migration. Il est plus actif à l'ONU.

-La capacité à désamorcer les arguments et attaques des adversaires en verrouillant juridiquement les questions essentielles ou vitales. Un exemple: à l'UA, la question du Sahara est désormais du ressort exclusif des Chefs d'Etat; l'UA doit soutenir les efforts de l'ONU et le CPS n'a plus le droit de prendre position sur ce dossier.

En attendant que des études poussées soient réservées à la diplomatie marocaine et à sa évolution, nous donnons la parole à Moussaoui EL Ajlaoui qui nous apporte son éclairage.

Médias24 : Comment expliquer la montée en puissance diplomatique du Maroc ?

El Moussaoui El Ajlaoui : En grande partie par la fin de la politique de la chaise vide entamée en 1984, date de la sortie du Maroc de l’Organisation de l’union africaine (OUA) devenue ensuite l’Union africaine (UA).

A partir de 2017, son action diplomatique au sein de l’ONU est devenue de plus en plus offensive.

Depuis son retour à l’UA, son action diplomatique passe par le renforcement de sa présence dans tous les espaces régionaux, continentaux et internationaux, y compris ceux hostiles à ses intérêts.

-Sur tous les fronts ?

-Absolument et pour s’en convaincre, il suffit de consulter le dernier rapport (2/10/19) du secrétaire général de l'ONU sur le Sahara qui est très favorable au Royaume.

Ainsi, dans les paragraphes 19-22, on peut d’ailleurs déceler les vraies raisons de la démission de Horst Kohler qui a voulu opter pour une nouvelle approche de négociation pour résoudre ce vieux conflit.  

Si lors des rounds 1 et 2 des négociations qui se sont tenus à Genève, Kohler était partisan d’un format de rencontres multilatérales, on apprend au paragraphe 19 du rapport de Guterres que Kohler "a informé le Conseil de sécurité de son intention d’engager un dialogue bilatéral avec tous les participants pour trouver la meilleure façon de faire des progrès de fond pour une solution…"

Selon moi, ce changement de cap dans l’approche de Kohler n’a pas plu et lui a été fatal car tout s’est joué entre le 31/04/2019 et le 22/05/2019 qui correspond à la date de la démission de Kohler.

-Quels sont les canaux empruntés par la diplomatie marocaine ?

-La montée en puissance du Maroc passe par sa diplomatie officielle, sa société civile, ses syndicats, ses partis politiques, sa presse, ses universités et centres de recherches… qui font preuve d’un éveil inédit.

C’est en fait l’aboutissement d’une nouvelle pratique basée en particulier sur le pragmatisme qui a permis entre autres de rétablir les relations diplomatiques avec des pays adversaires comme Cuba ou l’Afrique du Sud qui sont d’ailleurs toujours proches du polisario.

Ce changement de cap s’explique par des mutations politiques et géopolitiques en Afrique et en Amérique latine qui vont se poursuivre et qui aboutiront peut-être à des rapprochements avec des pays comme le Vénézuela ou la Bolivie qui soutiennent les adversaires du Maroc.

-La diplomatie marocaine est-elle désormais assez soutenue à l'international pour éviter d'éventuelles déconvenues dans le dossier du Sahara ?

-Ce n’est pas garanti car en matière de relations internationales, il y a toujours des hauts et des bas.

Une diplomatie efficace est celle qui s’adapte vite aux changements géopolitiques et qui s’appuie sur des études stratégiques préalables pour guider ses instances dans une prise de la décision adéquate.

Sahara: on constate un rapprochement net et croissant de la communauté internationale avec la position marocain

-Alors qu’est-ce qui plaide en sa faveur ?

-Concernant le dossier du Sahara, on constate un rapprochement net et croissant de la communauté internationale avec la position marocaine grâce notamment à plusieurs facteurs géopolitiques.

En premier lieu, une situation militaro-sécuritaire inquiétante pour le reste du monde dans l’espace sahélo-saharien avec la multiplication de conflits armés au Sahara Central (Mali, Burkina, Niger).

A partir de ce constat étayé par le fait que même des Etats existants sont vulnérables et pourraient s’effondrer à tout moment, les rapports récents de l’ONU et analyses des instituts internationaux soutiennent à l’unisson qu’il est impossible de créer un nouvel Etat dans l’espace sahélo-saharien.

Horst Kohler a très vite compris que Washington et Paris s’opposeraient à toute solution prônant l’indépendance du Sahara

De plus, depuis 2013 on constate également un changement positif de plusieurs pays envers le plan d’autonomie marocain qui a été qualifié par les grandes puissances de crédible, réaliste et viable.

Sachant que la proposition marocaine vise à la fois à stabiliser et démocratiser cette sous-région du continent, la diplomatie marocaine a donc indéniablement marqué des points.

Deuxièmement, depuis trois ans, l’ONU, les Etats-Unis et la France ont adopté, sur la question du Sahara, une position qui se rapproche de plus en plus de celle du Royaume.

Ainsi, dès sa nomination, l’Allemand Horst Kohler, ancien envoyé spécial du SG de l’ONU, a très vite compris que Washington et Paris s’opposeraient à toute solution prônant l’indépendance du Sahara.

En parallèle, l’ONU ne semble pas du tout pressée de désigner un successeur pour plusieurs raisons.

-Pourquoi ?

-L’ONU est plus préoccupée par les autres crises continentales (Centrafrique, Libye, Sahel...) et de plus, la question du Sahara n’est plus prioritaire pour l’Afrique depuis le retour du Maroc au sein de l’UA.

Ainsi, il y a un avant et un après la décision historique du sommet de Nouakchott, qui s’est tenu en juillet 2018, de ne plus interférer dans le processus onusien de résolution du conflit du Sahara.

Ce manque d’empressement s’explique aussi par le fait que l’Algérie, naguère très active dans ce dossier, est secouée, depuis février 2019, par une crise politique sans précédent dont personne ne peut augurer de l’issue.

L’Etat profond du voisin de l’est continue d’utiliser la carte des relations maroco-algériennes pour se maintenir au pouvoir

-Justement, où en est la diplomatie algérienne naguère efficace contre les intérêts du Maroc, en particulier contre sa cause nationale ?

-Tous les observateurs du débat interne actuel en Algérie constatent que l’Etat profond du voisin de l’est continue d’utiliser la carte des relations maroco-algériennes pour se maintenir au pouvoir.

Il n’y a eu aucune évolution positive sachant que dossier du Sahara est toujours présenté par certains médias, liés à l’armée, comme un problème entre le Maroc et le "peuple sahraoui".

Que ce soit dans les médias ou chez certains candidats à l’élection présidentielle, aucun changement de ligne même si certains demandent l’ouverture des frontières entre les deux pays.

On ne doit donc pas s’attendre à un changement radical de position de cet Etat sur le conflit du Sahara mais ce qui est sûr, c'est que la situation post-présidentielle impactera l’ensemble de la région.

Au final, je dirais que la montée en puissance actuelle de la diplomatie marocaine découle d’une vraie prise de conscience qui va encore se renforcer dans le futur", conclut optimiste El Ajlaoui.

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