Condamnés à mort, les trois terroristes d'Imlil seront-ils exécutés?

Au lendemain de la condamnation à mort des trois principaux accusés dans le meurtre barbare des deux touristes scandinaves à Imlil, l’opinion publique s’interroge sur la faisabilité de l’exécution du verdict. Si une bonne partie des internautes souhaitent qu’ils soient exécutés rapidement, un ex-condamné à mort et un ancien prisonnier politique pensent que ce ne sera pas le cas et que le moratoire devrait se poursuivre.

Condamnés à mort, les trois terroristes d'Imlil seront-ils exécutés? Les 3 condamnés à mort seront-ils exécutés

Le 19 juillet 2019 à 16:10

Modifié le 20 juillet 2019 à 10:00

Après un procès de 2 mois, la chambre criminelle près de la Cour d’appel de Rabat a rendu son verdict contre 24 prévenus accusés d’avoir commis ou d’avoir été en relation avec le double meurtre d’Imlil.

Hormis des peines allant de 5 ans de prison à la réclusion perpétuelle prononcées contre 21 personnes, Abdessamad El Joud, Younes Ouziad et Rachid Affati, jugés comme étant les trois principaux responsables de l’assassinat des 2 jeunes femmes, ont été condamnés à la peine capitale.

Sachant qu’aucune condamnation à mort n’a été exécutée depuis août 1993, date à laquelle l’ancien commissaire de police, Mustapha Mohamed Tabit, reconnu coupable de nombreux viols, a été fusillé par un peloton d’exécution, la question de l’exécution des 3 condamnés suscite les interrogations.

De nombreux internautes pour une "exécution rapide en place publique"

Face à la barbarie du double-meurtre d’Imlil, le tribunal virtuel des réseaux sociaux est partagé entre ceux (très nombreux) qui demandent la stricte application du verdict et les militants des droits de l’homme opposés à "un châtiment cruel, inhumain et dégradant aussi barbare que les crimes jugés".

Si les milliers de commentaires appelant à exécuter les trois condamnés ne peuvent pas être considérés comme représentatifs, scientifiquement parlant, de l’opinion publique marocaine, il n’empêche qu’ils donnent toutefois des indices sur le sentiment général par rapport à la tendance.

En examinant les réactions à l’annonce de leur condamnation dans plusieurs articles de journaux publiés sur les réseaux sociaux, l’énorme majorité des commentateurs se félicitent de la décision de justice et espèrent qu’elle sera suivie d’une exécution le plus rapidement possible.

Ainsi, sur la page Facebook de Médias24, la totalité des messages applaudissent à la nouvelle de la condamnation à mort et réclament même de connaître, avec insistance, la date de l’exécution.

Certains appellent à ce que l’exécution soit "précédée de tortures en place publique" et soit diffusée en direct à la télévision, tout en insistant pour que la peine capitale ne soit pas commuée en perpétuité.

Malgré ce déferlement assumé et sans complexes d’appels à la vengeance par de nombreux internautes, nous n’avons pas été en mesure de trouver des personnalités partisanes de l’exécution.

Connu pour son soutien constant à la peine capitale, Mustapha Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’homme, est resté injoignable. Il en est de même pour son collègue de la Justice, Mohamed Aujjar.

"Malgré l’ignominie de leur crime, les accusés doivent croupir en prison à perpétuité"

Sollicités à leur tour, les anciens détenus politiques Mbarek (Abbas) Bouderka et Salah El Ouadie se sont quant à eux élevés violemment contre la condamnation à mort des trois responsables du drame d’Imlil.

Ex-condamné à mort par contumace, Mbarek Bouderka se veut résolument opposé à la peine capitale.

"Sachant que depuis 26 ans, aucune personne n’a été fusillée, je ne pense pas que cela va changer. Il y a donc de fortes chances que la peine finisse à terme par être commuée en emprisonnement à vie.

"Je suis contre l’exécution des trois assassins. Même si c’est un crime barbare, la société doit éloigner ces personnes nuisibles en veillant à ce qu’elles finissent leurs jours en prison", recommande Bouderka.

Un avis partagé par l’intellectuel Salah El Ouadie, condamné à 20 ans de prison et incarcéré 10 ans (1974-1984), pour appartenance à un groupe d’extrême gauche interdit (mouvement du 23 mars).

Assumant sa mobilisation pour que personne ne soit plus exécuté, l’ancien prisonnier politique rappelle notamment son opposition récente à l’exécution de plusieurs terroristes islamistes en Egypte.

"Depuis 1993, il y a un moratoire de facto sur les exécutions capitales. Bien qu’indigné par l’horreur du double-crime d’Imlil, le militant des droits de l’homme que je suis reste convaincu de son inutilité.

 "Il ne s’agit pas d’excuser ces criminels même s’ils sont de la pire espèce mais il est préférable de les punir avec une peine incompressible d’emprisonnement afin qu’ils ne sortent plus jamais de prison.

"Il faut espérer que le moratoire se poursuivra et qu’il finira par aboutir à l’abolition de cette peine. Si les trois condamnés sont exécutés, l’arrêt des exécutions pendant 26 ans n’aura servi à rien du tout.

Poursuite probable du moratoire mais sans abolition formelle de la peine capitale

"La dynamique sera cassée et il faudra tout recommencer avant de parvenir à convaincre la majorité de la nécessité de supprimer définitivement la peine capitale", conclut El Ouadie qui a conscience d’être à contre-courant de l’opinion publique mais qui demande à ce que son avis soit respecté sachant qu’il connaît mieux que quiconque les affres d’un long emprisonnement.

Rappelons que pour l’instant, l’abolition de la peine de mort n’est pas d’actualité sachant que la révision en cours du code pénal prévoit toujours cette peine même si elle ne concernera plus que 12 types de crimes contre 36 aujourd’hui. Selon un rapport d’Amnesty international, 95 personnes vivent dans le couloir de la mort en attendant une éventuelle exécution qui peut avoir lieu à tout moment.

Au final, il y a de fortes chances que les trois condamnés ne soient pas exécutés à l’image du coupable de l’attentat de l’Argana qui finira sûrement ses jours en prison sans aucune possibilité de voir sa peine commuée.

Les 3 condamnés à mort seront-ils exécutés

Condamnés à mort, les trois terroristes d'Imlil seront-ils exécutés?

Le 19 juillet 2019 à16:10

Modifié le 20 juillet 2019 à 10:00

Au lendemain de la condamnation à mort des trois principaux accusés dans le meurtre barbare des deux touristes scandinaves à Imlil, l’opinion publique s’interroge sur la faisabilité de l’exécution du verdict. Si une bonne partie des internautes souhaitent qu’ils soient exécutés rapidement, un ex-condamné à mort et un ancien prisonnier politique pensent que ce ne sera pas le cas et que le moratoire devrait se poursuivre.

Après un procès de 2 mois, la chambre criminelle près de la Cour d’appel de Rabat a rendu son verdict contre 24 prévenus accusés d’avoir commis ou d’avoir été en relation avec le double meurtre d’Imlil.

Hormis des peines allant de 5 ans de prison à la réclusion perpétuelle prononcées contre 21 personnes, Abdessamad El Joud, Younes Ouziad et Rachid Affati, jugés comme étant les trois principaux responsables de l’assassinat des 2 jeunes femmes, ont été condamnés à la peine capitale.

Sachant qu’aucune condamnation à mort n’a été exécutée depuis août 1993, date à laquelle l’ancien commissaire de police, Mustapha Mohamed Tabit, reconnu coupable de nombreux viols, a été fusillé par un peloton d’exécution, la question de l’exécution des 3 condamnés suscite les interrogations.

De nombreux internautes pour une "exécution rapide en place publique"

Face à la barbarie du double-meurtre d’Imlil, le tribunal virtuel des réseaux sociaux est partagé entre ceux (très nombreux) qui demandent la stricte application du verdict et les militants des droits de l’homme opposés à "un châtiment cruel, inhumain et dégradant aussi barbare que les crimes jugés".

Si les milliers de commentaires appelant à exécuter les trois condamnés ne peuvent pas être considérés comme représentatifs, scientifiquement parlant, de l’opinion publique marocaine, il n’empêche qu’ils donnent toutefois des indices sur le sentiment général par rapport à la tendance.

En examinant les réactions à l’annonce de leur condamnation dans plusieurs articles de journaux publiés sur les réseaux sociaux, l’énorme majorité des commentateurs se félicitent de la décision de justice et espèrent qu’elle sera suivie d’une exécution le plus rapidement possible.

Ainsi, sur la page Facebook de Médias24, la totalité des messages applaudissent à la nouvelle de la condamnation à mort et réclament même de connaître, avec insistance, la date de l’exécution.

Certains appellent à ce que l’exécution soit "précédée de tortures en place publique" et soit diffusée en direct à la télévision, tout en insistant pour que la peine capitale ne soit pas commuée en perpétuité.

Malgré ce déferlement assumé et sans complexes d’appels à la vengeance par de nombreux internautes, nous n’avons pas été en mesure de trouver des personnalités partisanes de l’exécution.

Connu pour son soutien constant à la peine capitale, Mustapha Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’homme, est resté injoignable. Il en est de même pour son collègue de la Justice, Mohamed Aujjar.

"Malgré l’ignominie de leur crime, les accusés doivent croupir en prison à perpétuité"

Sollicités à leur tour, les anciens détenus politiques Mbarek (Abbas) Bouderka et Salah El Ouadie se sont quant à eux élevés violemment contre la condamnation à mort des trois responsables du drame d’Imlil.

Ex-condamné à mort par contumace, Mbarek Bouderka se veut résolument opposé à la peine capitale.

"Sachant que depuis 26 ans, aucune personne n’a été fusillée, je ne pense pas que cela va changer. Il y a donc de fortes chances que la peine finisse à terme par être commuée en emprisonnement à vie.

"Je suis contre l’exécution des trois assassins. Même si c’est un crime barbare, la société doit éloigner ces personnes nuisibles en veillant à ce qu’elles finissent leurs jours en prison", recommande Bouderka.

Un avis partagé par l’intellectuel Salah El Ouadie, condamné à 20 ans de prison et incarcéré 10 ans (1974-1984), pour appartenance à un groupe d’extrême gauche interdit (mouvement du 23 mars).

Assumant sa mobilisation pour que personne ne soit plus exécuté, l’ancien prisonnier politique rappelle notamment son opposition récente à l’exécution de plusieurs terroristes islamistes en Egypte.

"Depuis 1993, il y a un moratoire de facto sur les exécutions capitales. Bien qu’indigné par l’horreur du double-crime d’Imlil, le militant des droits de l’homme que je suis reste convaincu de son inutilité.

 "Il ne s’agit pas d’excuser ces criminels même s’ils sont de la pire espèce mais il est préférable de les punir avec une peine incompressible d’emprisonnement afin qu’ils ne sortent plus jamais de prison.

"Il faut espérer que le moratoire se poursuivra et qu’il finira par aboutir à l’abolition de cette peine. Si les trois condamnés sont exécutés, l’arrêt des exécutions pendant 26 ans n’aura servi à rien du tout.

Poursuite probable du moratoire mais sans abolition formelle de la peine capitale

"La dynamique sera cassée et il faudra tout recommencer avant de parvenir à convaincre la majorité de la nécessité de supprimer définitivement la peine capitale", conclut El Ouadie qui a conscience d’être à contre-courant de l’opinion publique mais qui demande à ce que son avis soit respecté sachant qu’il connaît mieux que quiconque les affres d’un long emprisonnement.

Rappelons que pour l’instant, l’abolition de la peine de mort n’est pas d’actualité sachant que la révision en cours du code pénal prévoit toujours cette peine même si elle ne concernera plus que 12 types de crimes contre 36 aujourd’hui. Selon un rapport d’Amnesty international, 95 personnes vivent dans le couloir de la mort en attendant une éventuelle exécution qui peut avoir lieu à tout moment.

Au final, il y a de fortes chances que les trois condamnés ne soient pas exécutés à l’image du coupable de l’attentat de l’Argana qui finira sûrement ses jours en prison sans aucune possibilité de voir sa peine commuée.

A lire aussi


0-3

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

URGENT Le Roi exonère les locataires des locaux des Habous du paiement des loyers