Coronavirus : Au Maroc, des milliers de travailleurs lâchés sans filets sociaux

La décision des autorités de fermer cafés, restaurants et autres hammams pour lutter contre la propagation du Coronavirus est nécessaire mais menace des milliers de familles qui n’ont plus de revenus. Le gouvernement va-t-il réagir ?

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Coronavirus : Au Maroc, des milliers de travailleurs lâchés sans filets sociaux

Le 17 mars 2020 à 13:42

Modifié le 17 mars 2020 à 20:07

La décision est tombée lundi 16 mars dans la matinée : cafés, restaurants, salles de cinéma et théâtre, salles de fête, clubs et salles de sport, hammams, salles de jeu ferment jusqu’à nouvel ordre. Ces fermetures viennent s’ajouter aux établissements touristiques déjà à l’arrêt.

Ces activités emploient des dizaines de milliers de personnes (45% des emplois sont dans le secteur des services). Il s’agit le plus souvent d’emplois précaires, non déclarés, sans aucune couverture sociale. Après la fermeture, nombre de ces travailleurs seront (ou sont déjà) sinon licenciés, du moins pas payés pendant cette période qui peut être plus ou moins longue.

Hormis ces activités directement impactées par les mesures de précaution, d’autres le seront de manière indirecte, la population limitant désormais ses déplacements pour réduire le risque de contamination. Mis à part les commerces de biens de première nécessité (alimentation…), tout le reste subira les effets de la situation actuelle (habillement, articles de maison…). Les petits emplois dans ces secteurs sont menacés, pour ne pas dire déjà impactés.

Même les entreprises structurées ne sont pas à l’abri. Avec le risque de contamination en interne, la baisse de la demande et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, beaucoup d’entre elles pourraient être amenées à se séparer d’une partie du personnel, les intérimaires et les temporaires en premier, ou à réduire le temps de travail. Ainsi, même les emplois formels ne sont pas à l’abri.

L'IPE, un maigre filet social

Au Maroc, l’Indemnité pour perte d’emploi existe depuis 2015. Gérée par la CNSS, elle permet de servir une indemnité pendant six mois à tout travailleur ayant perdu son emploi dans des conditions indépendantes de sa volonté et qui cherche activement du travail.

Mais ce filet social est lacunaire : A peine 38.000 bénéficiaires depuis le démarrage, 50% des dossiers sont rejetés, conditions d’octroi draconiennes, montant de l’indemnité faible (70% du salaire des 36 derniers mois, plafonné au SMIG).

De plus, seuls les salariés déclarés à la CNSS sont éligibles. Sachant que 6 salariés sur 10 au Maroc n’ont pas de contrat de travail, ce petit filet social est inaccessible aux dizaines de milliers des travailleurs dans l’informel.

Lors de la réunion du comité de veille économique du lundi 16 mars, la CGEM a proposé la mise en place d’une indemnité perte d’emploi pour les salaires bas à activer via la CNSS pour les pertes d’emplois pour cause de licenciement économique.

Mais le gouvernement n’a lâché que deux petites mesures en faveur des entreprises : moratoire sur les cotisations sociales et les crédits bancaires. Très loin de ce qu’a adopté la France par exemple, où le président Macron a promis de ne laisser aucun Français sans argent et de verser pour les secteurs touchés des compensations à la sauvegarde de l’emploi, sachant que le pays dispose déjà d’un système social très généreux.

Solidarité individuelle

Question de moyens ? Les différentes contributions au Fonds de gestion du Coronavirus créé sur instructions royales montrent que le Maroc peut mobiliser des ressources. D’autant plus qu’il dispose de la ligne de précaution et de liquidité du FMI sur laquelle il peut tirer à tout moment à hauteur de 3 milliards de dollars.

Le gouvernement va-t-il finir par se mobiliser en faveur des milliers de travailleurs licenciés ou non payés dont la majorité sont dans l’informel ? De quelle manière ? Va-t-il attendre des instructions ou que les cris de détresse commencent à circuler sur les réseaux sociaux ?

Des familles ont déjà commencé à s’inquiéter et à l’exprimer sur Internet. En tous les cas, en attendant des mesures institutionnelles, un vent de solidarité commence à souffler chez les cadres supérieurs et les personnes percevant des revenus confortables dont certains ont pris l’engagement sur les réseaux sociaux de prendre en charge quelques familles pendant cette crise.

Coronavirus : Au Maroc, des milliers de travailleurs lâchés sans filets sociaux

Le 17 mars 2020 à15:20

Modifié le 17 mars 2020 à 20:07

La décision des autorités de fermer cafés, restaurants et autres hammams pour lutter contre la propagation du Coronavirus est nécessaire mais menace des milliers de familles qui n’ont plus de revenus. Le gouvernement va-t-il réagir ?

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La décision est tombée lundi 16 mars dans la matinée : cafés, restaurants, salles de cinéma et théâtre, salles de fête, clubs et salles de sport, hammams, salles de jeu ferment jusqu’à nouvel ordre. Ces fermetures viennent s’ajouter aux établissements touristiques déjà à l’arrêt.

Ces activités emploient des dizaines de milliers de personnes (45% des emplois sont dans le secteur des services). Il s’agit le plus souvent d’emplois précaires, non déclarés, sans aucune couverture sociale. Après la fermeture, nombre de ces travailleurs seront (ou sont déjà) sinon licenciés, du moins pas payés pendant cette période qui peut être plus ou moins longue.

Hormis ces activités directement impactées par les mesures de précaution, d’autres le seront de manière indirecte, la population limitant désormais ses déplacements pour réduire le risque de contamination. Mis à part les commerces de biens de première nécessité (alimentation…), tout le reste subira les effets de la situation actuelle (habillement, articles de maison…). Les petits emplois dans ces secteurs sont menacés, pour ne pas dire déjà impactés.

Même les entreprises structurées ne sont pas à l’abri. Avec le risque de contamination en interne, la baisse de la demande et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, beaucoup d’entre elles pourraient être amenées à se séparer d’une partie du personnel, les intérimaires et les temporaires en premier, ou à réduire le temps de travail. Ainsi, même les emplois formels ne sont pas à l’abri.

L'IPE, un maigre filet social

Au Maroc, l’Indemnité pour perte d’emploi existe depuis 2015. Gérée par la CNSS, elle permet de servir une indemnité pendant six mois à tout travailleur ayant perdu son emploi dans des conditions indépendantes de sa volonté et qui cherche activement du travail.

Mais ce filet social est lacunaire : A peine 38.000 bénéficiaires depuis le démarrage, 50% des dossiers sont rejetés, conditions d’octroi draconiennes, montant de l’indemnité faible (70% du salaire des 36 derniers mois, plafonné au SMIG).

De plus, seuls les salariés déclarés à la CNSS sont éligibles. Sachant que 6 salariés sur 10 au Maroc n’ont pas de contrat de travail, ce petit filet social est inaccessible aux dizaines de milliers des travailleurs dans l’informel.

Lors de la réunion du comité de veille économique du lundi 16 mars, la CGEM a proposé la mise en place d’une indemnité perte d’emploi pour les salaires bas à activer via la CNSS pour les pertes d’emplois pour cause de licenciement économique.

Mais le gouvernement n’a lâché que deux petites mesures en faveur des entreprises : moratoire sur les cotisations sociales et les crédits bancaires. Très loin de ce qu’a adopté la France par exemple, où le président Macron a promis de ne laisser aucun Français sans argent et de verser pour les secteurs touchés des compensations à la sauvegarde de l’emploi, sachant que le pays dispose déjà d’un système social très généreux.

Solidarité individuelle

Question de moyens ? Les différentes contributions au Fonds de gestion du Coronavirus créé sur instructions royales montrent que le Maroc peut mobiliser des ressources. D’autant plus qu’il dispose de la ligne de précaution et de liquidité du FMI sur laquelle il peut tirer à tout moment à hauteur de 3 milliards de dollars.

Le gouvernement va-t-il finir par se mobiliser en faveur des milliers de travailleurs licenciés ou non payés dont la majorité sont dans l’informel ? De quelle manière ? Va-t-il attendre des instructions ou que les cris de détresse commencent à circuler sur les réseaux sociaux ?

Des familles ont déjà commencé à s’inquiéter et à l’exprimer sur Internet. En tous les cas, en attendant des mesures institutionnelles, un vent de solidarité commence à souffler chez les cadres supérieurs et les personnes percevant des revenus confortables dont certains ont pris l’engagement sur les réseaux sociaux de prendre en charge quelques familles pendant cette crise.

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