Coronavirus: Témoignages de ressortissants marocains bloqués à l'étranger

Des ressortissants Marocains sont bloqués dans différents pays à travers le monde. Les parents, dont les enfants poursuivent leurs études à l’étranger, sont inquiets. Médias24 a donné la parole à certains d’entre eux pour nous raconter comment ils vivent la suspension des vols à destination du Maroc.

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Coronavirus: Témoignages de ressortissants marocains bloqués à l'étranger

Le 16 mars 2020 à 18:30

Modifié le 16 mars 2020 à 18:48

Le Maroc a décidé de suspendre, à partir de dimanche 15 mars et jusqu’à nouvel ordre, tous les vols internationaux de passagers en provenance et à destination de son territoire, pour limiter la propagation du coronavirus dans le Royaume.

Voici quelques témoignages d'étudiants bloqués à l'étranger, de parents inquiets, et de ressortissants Marocains bloqués dans les aéroports ou au niveau des points de passage terrestres.  

La situation est de plus en plus délicate pour les étudiants

De nombreux Marocains poursuivent leurs études à l'étranger, notamment en France. Rappelons que le Maroc a suspendu ses liaisons aériennes et maritimes de transport de passagers, en provenance et à destination de la France, le 13 mars dernier.  

Ghita, 24 ans, étudiante à l'Uniersité Sorbonne Paris Nord, est rentrée en France pour un stage de fin d'études, un jour avant le discours du président français, annonçant la fermeture des universités. Elle nous raconte: "Les gens ici commencent à paniquer, moi aussi d’ailleurs. Je viens de revenir d'un supermarché où il y avait une très longue file d'attente. A la fin j'ai trouvé que la plupart des stocks sont épuisés, du coup je n’ai rien acheté. La plupart des étudiants Marocains en France veulent rentrer, mais ils ont peur de ne pas pouvoir revenir en France à temps pour leurs stages ou leurs études. A partir de demain on n'aura même plus le droit de sortir, ce qui pèse un peu sur le moral. De toute façon à présent, même si on veut rentrer chez nous au Maroc, il n y’ a aucun moyen, avec la dernière décision du gouvernement marocain". 

Une autre étudiante dans la même université nous déclare pour sa part: "on vient de m’annoncer qu’on va devenir comme l’Italie, qu’on va subir un confinement total. Au début je prenais cela à la légère mais maintenant ça ne rigole plus. Heureusement que je ne vis pas toute seule, sinon ça aurait été beaucoup plus dur. Déjà qu’on est loin de nos parents, vivre cette situation toute seule ça m'aurait rendue triste. Même si je voudrais descendre au Maroc, j’aurais peur de contaminer ma mère vu qu’elle est âgée. Donc j’essaie de prendre soin d’elle à distance, on est tout le temps au téléphone. On a toutes les deux décidé de ne plus sortir et d’attendre les nouvelles".

Nawal, étudiante à Strasbourg se montre pour sa part optimiste: "on attend toujours l’annonce du président français qui se fera aujourd’hui à 20h, entre-temps, on relativise et on ne cède pas à la panique. On a fait nos courses en masse, tous les établissements sont fermés, les étudiants prennent leurs cours en ligne et les entreprises ont privilégié le télétravail afin d’éviter les déplacements. On sait désormais qu’à partir de demain il y aura un confinement total et un couvre-feu à 18h. Ce qui nous inquiète, c'est qu'on ne sait pas combien de temps tout cela va durer. Il y a beaucoup d'étudiants Marocains qui veulent rentrer au Maroc car on a l’habitude d’être avec nos familles dans des moments pareils. Malheureusement ce n'est pas possible pour l'instant et on est conscient que c’est pour la bonne cause parce qu’on ne veut pas prendre le risque de les contaminer si jamais on chope le virus dans les aéroports ou dans les transports en commun. Nos parents s’inquiètent beaucoup plus que nous, mais on est dans la même situation, on a autant peur pour eux qu'eux pour nous".

Des parents, également inquiets, sont en même temps rassurés par la qualité des soins dans les pays étrangers.

Comme nous l’a affirmé l’une des mamans, dont la fille poursuit des études de finance en France: "je suis très soucieuse. Ma fille se trouve seule là-bas (en France, NLDR) et elle ne peut pas rentrer au Maroc. Mais en même temps je suis un peu rassurée puisqu'en cas de contamination, elle sera mieux prise en charge en France". 

Des touristes bloqués un peu partout

Plusieurs autres personnes, qui se sont rendues en Espagne, en France ou en Turquie avant que la situation ne s'aggrave, se retrouvent à présent bloquées dans les aéroports, après la décision du gouvernement.

Sur les réseaux sociaux, les gens, sans argent suffisant pour prendre des chambres d'hôtel ou des appartements et manger correctement, sont perdus et demandent de l’aide.

Une voyageuse bloquée en Turquie écrit sur un groupe Facebook: "Je suis bloquée à Denizli (à l'ouest de la Turquie, NDLR), et je ne sais pas s'il serait judicieux de prendre la peine de me déplacer à Istanbul ou pas. J’aimerais savoir si quelqu'un a eu des retours de la part du consulat marocain à Istanbul. Mon vol a été annulé et je loge chez une copine, sauf que ma résidence en Turquie prend fin le 20 mars et du coup je serais dans l'illégalité. Je ne sais pas quoi faire. J'essaie d'appeler le consulat en vain". 

Une autre personne bloquée à Paris raconte: "Je suis aussi coincé à Paris avec ma mère. Je suis donc partie au consulat de Paris vu que personne ne répond au téléphone. Les responsables nous ont demandé de remplir un formulaire avec nos coordonnées mais ils n'ont pas non plus de nouvelles ni de directives concernant le rapatriement." 

Zhor, qui habite en Allemagne, nous explique pour sa part que "la situation n’est pas très dure pour l'instant. Là où j’habite, les gens sortent, font les courses, partent au travail mais les universités, écoles et crèches sont fermées. J’habite dans la région de Rhénanie du Nord-Westphalie (à l'ouest de l'Allemagne, NDLR). On n’est pas vraiment bloqué dans nos maisons. Mais on préfère rentrer au Maroc, et ce n'est pas possible pour l'instant". 

Près de 200 personnes bloquées à Sebta

Selon différents médias espagnols, environ 200 Marocains ont passé la nuit du vendredi 13 au samedi 14 mars dans la rue, au point de passage de Sebta.

Les autorités espagnoles permettent le passage des Espagnols en provenance du Maroc, mais refusent l'entrée des ressortissants marocains au Maroc, ajoute la même source. 

L'information nous a été confirmée par Hassan, un citoyen marocain originaire de Tétouan, parti en Espagne pour quelques jours de vacance. "Cela fait 4 jours que nous sommes dans la rue. Les autorités espagnoles refusent de nous laisser passer mais acceptent de rapatrier leurs ressortissants. La situation ici s'est dégradée hier, avec les mauvaises conditions météorologiques. Les gens bloqués à Sebta se divisent en trois catégories: les touristes qui disposent d'un visa, les habitants du Nord qui viennent travailler à Sebta, et les personnes qui ont la nationalité. Nous avons demandé de l'aide au consulat Marocain en Espagne, en vain. Nous avons envoyé des vidéos de la situation que nous vivons depuis vendredi à la frontière au consul Marocain à Algésiras, mais nous n'avons eu aucune réponse".

"Heureusement, il y a des associations qui nous ramènent de la nourriture et des couvertures mais ce n'est pas suffisant. Jusqu'à quand allons-nous rester bloqués ici. Des familles entières passent la nuit dans leurs voitures, certaines avec des bébés et enfants en bas âge. Qu'on nous fasse des analyses et si on est contaminés, qu'on nous emmène dans des hôpitaux pour nous soigner. On ne peut pas rester encore plusieurs jours dans cette situation", ajoute notre interlocuteur.  

Rappelons que le Maroc a décidé, jeudi 12 mars, en concertation avec les autorités espagnoles, de suspendre jusqu'à nouvel ordre les vols aériens et le trafic maritime de passagers en provenance et à destination de l'Espagne. Bab Sebta et Melilia ont également été fermés vendredi vers 6h du matin. 

Les personnes bloquées seront-elles rapatriées au Maroc?

Le Maroc a mis à la disposition de ses ressortissants à l'étranger des numéros de cellules de crise. Mais celles-ci restent injoignables pour la majorité des personnes qui les sollicitent.

Le ministère des Affaires étrangers, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger envisage-t-il de rapatrier les ressortissants bloqués? Le ministère est resté injoignable malgré nos multiples tentatives de le joindre. 

Pour rappel, au lundi 16 mars dans la matinée, 29 cas de coronavirus sont confirmés au Maroc, dont une personne guérie et une décédée. Sur les 27 cas, 25 sont importés de pays étrangers où il y a une transmission communautaire du virus, notamment la France et l’Italie. Pour le 26e cas, il s’agit d’une femme contaminée par son mari. Au moment où nous mettons en ligne, aucune précision n’a encore été donnée pour le 27e cas enregistré ce lundi matin, sachant que l'OCP a confirmé avoir enregistré un cas confirmé parmi ses employés.

Coronavirus: Témoignages de ressortissants marocains bloqués à l'étranger

Le 16 mars 2020 à18:48

Modifié le 16 mars 2020 à 18:48

Des ressortissants Marocains sont bloqués dans différents pays à travers le monde. Les parents, dont les enfants poursuivent leurs études à l’étranger, sont inquiets. Médias24 a donné la parole à certains d’entre eux pour nous raconter comment ils vivent la suspension des vols à destination du Maroc.

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Le Maroc a décidé de suspendre, à partir de dimanche 15 mars et jusqu’à nouvel ordre, tous les vols internationaux de passagers en provenance et à destination de son territoire, pour limiter la propagation du coronavirus dans le Royaume.

Voici quelques témoignages d'étudiants bloqués à l'étranger, de parents inquiets, et de ressortissants Marocains bloqués dans les aéroports ou au niveau des points de passage terrestres.  

La situation est de plus en plus délicate pour les étudiants

De nombreux Marocains poursuivent leurs études à l'étranger, notamment en France. Rappelons que le Maroc a suspendu ses liaisons aériennes et maritimes de transport de passagers, en provenance et à destination de la France, le 13 mars dernier.  

Ghita, 24 ans, étudiante à l'Uniersité Sorbonne Paris Nord, est rentrée en France pour un stage de fin d'études, un jour avant le discours du président français, annonçant la fermeture des universités. Elle nous raconte: "Les gens ici commencent à paniquer, moi aussi d’ailleurs. Je viens de revenir d'un supermarché où il y avait une très longue file d'attente. A la fin j'ai trouvé que la plupart des stocks sont épuisés, du coup je n’ai rien acheté. La plupart des étudiants Marocains en France veulent rentrer, mais ils ont peur de ne pas pouvoir revenir en France à temps pour leurs stages ou leurs études. A partir de demain on n'aura même plus le droit de sortir, ce qui pèse un peu sur le moral. De toute façon à présent, même si on veut rentrer chez nous au Maroc, il n y’ a aucun moyen, avec la dernière décision du gouvernement marocain". 

Une autre étudiante dans la même université nous déclare pour sa part: "on vient de m’annoncer qu’on va devenir comme l’Italie, qu’on va subir un confinement total. Au début je prenais cela à la légère mais maintenant ça ne rigole plus. Heureusement que je ne vis pas toute seule, sinon ça aurait été beaucoup plus dur. Déjà qu’on est loin de nos parents, vivre cette situation toute seule ça m'aurait rendue triste. Même si je voudrais descendre au Maroc, j’aurais peur de contaminer ma mère vu qu’elle est âgée. Donc j’essaie de prendre soin d’elle à distance, on est tout le temps au téléphone. On a toutes les deux décidé de ne plus sortir et d’attendre les nouvelles".

Nawal, étudiante à Strasbourg se montre pour sa part optimiste: "on attend toujours l’annonce du président français qui se fera aujourd’hui à 20h, entre-temps, on relativise et on ne cède pas à la panique. On a fait nos courses en masse, tous les établissements sont fermés, les étudiants prennent leurs cours en ligne et les entreprises ont privilégié le télétravail afin d’éviter les déplacements. On sait désormais qu’à partir de demain il y aura un confinement total et un couvre-feu à 18h. Ce qui nous inquiète, c'est qu'on ne sait pas combien de temps tout cela va durer. Il y a beaucoup d'étudiants Marocains qui veulent rentrer au Maroc car on a l’habitude d’être avec nos familles dans des moments pareils. Malheureusement ce n'est pas possible pour l'instant et on est conscient que c’est pour la bonne cause parce qu’on ne veut pas prendre le risque de les contaminer si jamais on chope le virus dans les aéroports ou dans les transports en commun. Nos parents s’inquiètent beaucoup plus que nous, mais on est dans la même situation, on a autant peur pour eux qu'eux pour nous".

Des parents, également inquiets, sont en même temps rassurés par la qualité des soins dans les pays étrangers.

Comme nous l’a affirmé l’une des mamans, dont la fille poursuit des études de finance en France: "je suis très soucieuse. Ma fille se trouve seule là-bas (en France, NLDR) et elle ne peut pas rentrer au Maroc. Mais en même temps je suis un peu rassurée puisqu'en cas de contamination, elle sera mieux prise en charge en France". 

Des touristes bloqués un peu partout

Plusieurs autres personnes, qui se sont rendues en Espagne, en France ou en Turquie avant que la situation ne s'aggrave, se retrouvent à présent bloquées dans les aéroports, après la décision du gouvernement.

Sur les réseaux sociaux, les gens, sans argent suffisant pour prendre des chambres d'hôtel ou des appartements et manger correctement, sont perdus et demandent de l’aide.

Une voyageuse bloquée en Turquie écrit sur un groupe Facebook: "Je suis bloquée à Denizli (à l'ouest de la Turquie, NDLR), et je ne sais pas s'il serait judicieux de prendre la peine de me déplacer à Istanbul ou pas. J’aimerais savoir si quelqu'un a eu des retours de la part du consulat marocain à Istanbul. Mon vol a été annulé et je loge chez une copine, sauf que ma résidence en Turquie prend fin le 20 mars et du coup je serais dans l'illégalité. Je ne sais pas quoi faire. J'essaie d'appeler le consulat en vain". 

Une autre personne bloquée à Paris raconte: "Je suis aussi coincé à Paris avec ma mère. Je suis donc partie au consulat de Paris vu que personne ne répond au téléphone. Les responsables nous ont demandé de remplir un formulaire avec nos coordonnées mais ils n'ont pas non plus de nouvelles ni de directives concernant le rapatriement." 

Zhor, qui habite en Allemagne, nous explique pour sa part que "la situation n’est pas très dure pour l'instant. Là où j’habite, les gens sortent, font les courses, partent au travail mais les universités, écoles et crèches sont fermées. J’habite dans la région de Rhénanie du Nord-Westphalie (à l'ouest de l'Allemagne, NDLR). On n’est pas vraiment bloqué dans nos maisons. Mais on préfère rentrer au Maroc, et ce n'est pas possible pour l'instant". 

Près de 200 personnes bloquées à Sebta

Selon différents médias espagnols, environ 200 Marocains ont passé la nuit du vendredi 13 au samedi 14 mars dans la rue, au point de passage de Sebta.

Les autorités espagnoles permettent le passage des Espagnols en provenance du Maroc, mais refusent l'entrée des ressortissants marocains au Maroc, ajoute la même source. 

L'information nous a été confirmée par Hassan, un citoyen marocain originaire de Tétouan, parti en Espagne pour quelques jours de vacance. "Cela fait 4 jours que nous sommes dans la rue. Les autorités espagnoles refusent de nous laisser passer mais acceptent de rapatrier leurs ressortissants. La situation ici s'est dégradée hier, avec les mauvaises conditions météorologiques. Les gens bloqués à Sebta se divisent en trois catégories: les touristes qui disposent d'un visa, les habitants du Nord qui viennent travailler à Sebta, et les personnes qui ont la nationalité. Nous avons demandé de l'aide au consulat Marocain en Espagne, en vain. Nous avons envoyé des vidéos de la situation que nous vivons depuis vendredi à la frontière au consul Marocain à Algésiras, mais nous n'avons eu aucune réponse".

"Heureusement, il y a des associations qui nous ramènent de la nourriture et des couvertures mais ce n'est pas suffisant. Jusqu'à quand allons-nous rester bloqués ici. Des familles entières passent la nuit dans leurs voitures, certaines avec des bébés et enfants en bas âge. Qu'on nous fasse des analyses et si on est contaminés, qu'on nous emmène dans des hôpitaux pour nous soigner. On ne peut pas rester encore plusieurs jours dans cette situation", ajoute notre interlocuteur.  

Rappelons que le Maroc a décidé, jeudi 12 mars, en concertation avec les autorités espagnoles, de suspendre jusqu'à nouvel ordre les vols aériens et le trafic maritime de passagers en provenance et à destination de l'Espagne. Bab Sebta et Melilia ont également été fermés vendredi vers 6h du matin. 

Les personnes bloquées seront-elles rapatriées au Maroc?

Le Maroc a mis à la disposition de ses ressortissants à l'étranger des numéros de cellules de crise. Mais celles-ci restent injoignables pour la majorité des personnes qui les sollicitent.

Le ministère des Affaires étrangers, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger envisage-t-il de rapatrier les ressortissants bloqués? Le ministère est resté injoignable malgré nos multiples tentatives de le joindre. 

Pour rappel, au lundi 16 mars dans la matinée, 29 cas de coronavirus sont confirmés au Maroc, dont une personne guérie et une décédée. Sur les 27 cas, 25 sont importés de pays étrangers où il y a une transmission communautaire du virus, notamment la France et l’Italie. Pour le 26e cas, il s’agit d’une femme contaminée par son mari. Au moment où nous mettons en ligne, aucune précision n’a encore été donnée pour le 27e cas enregistré ce lundi matin, sachant que l'OCP a confirmé avoir enregistré un cas confirmé parmi ses employés.

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