Covid-19 chez les ouvrières agricoles: l'éclairage de Zhour Bouzidi, sociologue

Quelle explication peut-on donner de cette soudaine explosion de cas en milieu agricole, notamment à Lalla Mimouna dans le Gharb? Quelle est la dynamique économique et sociale qui est à l’œuvre dans la région ? Quelles sont les victimes de cette vague de contaminations ? Les réponses de Zhour Bouzidi.

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 Covid-19 chez les ouvrières agricoles: l'éclairage de Zhour Bouzidi, sociologue Zhour Bouzidi, chercheure, sociologue, ingénieur agronome et enseignante.

Le 21 juin 2020 à 15:29

Modifié le 21 juin 2020 à 20:54

700 contaminations au Coronavirus avec comme point commun une voire plusieurs unités de conditionnement et d’emballage de fruits rouges dans la commune de Lalla Mimouna, près de Moulay Bousselham, province de Kénitra.
Un hôpital de campagne a été spécialement installé dans la région, à Sidi Yahia, pour faire face à cette situation. Les sources officielles évoquent les mesures d’isolement strict instaurés par l’autorité publique, de plusieurs communes touchées et limitrophes. Des milliers de tests sont effectués sur place.
Zhour Bouzidi répond à nos interrogations. Zhour Bouzidi est sociologue, ingénieur agronome et professeure de sociologie à l'Université de Meknès. Ses principaux domaines de recherche sont directement liés à l’agriculture et au monde rural. En 2018, elle a produit un film documentaire sur les travailleuses agricoles au Maroc intitulé: « "Si on ne travaille pas,  on crève de faim" combat de femme au calvaire du Mouquef ». Ce film est réalisé à la suite d’une enquête qui a porté sur plus de 400 saisonnières agricoles dans la région du Gharb et de Fès-Meknès.

Pour nous répondre, elle s’appuie sur sa longue connaissance de la région du Gharb où elle effectue de la recherche depuis 2005. Elle a également multiplié les contacts téléphoniques avec cette communauté d’ouvrières agricoles au cours de ces derniers jours avec la contribution de Soumia Demnati, une jeune doctorante qui commence une thèse intitulée “Être saisonnière en agriculture entre Ici et là-bas: La migration circulaire des ouvrières agricoles entre le Maroc et l'Espagne“.

Cueillette de fraises à Dlalaha, près de Lalla Mimouna. Photo Soumia Demnati 

Il ne faut pas regarder seulement les exploitations, il faut voir l’ensemble du circuit de travail complexe et peu encadré

 Médias24 : Dans une situation comme celle de Lalla Mimouna et du cluster avec plusieurs centaines de contaminations, on a toujours tendance à chercher un coupable. Qui est coupable, qui est responsable de ce qui s’est passé ?

Zhour Bouzidi : Il ne faut pas se contenter de regarder vers les exploitations ni les unités de conditionnement isolément.

Il faut voir l’ensemble du circuit de travail complexe et peu encadré et dont le maillon le plus faible reste la main d’œuvre agricole surtout féminine. Ouvrière agricole, c’est un travail qui se fait d’une manière groupée, collective, depuis le logement jusqu’au lieu du travail.
Quand l’ouvrière quitte son logement, elle est en groupe, en compagnie de ses voisines et ses camarades, son réseau de sociabilité. Le moquef ensuite est un lieu de rassemblement avec une promiscuité importante. Puis le transport jusqu’à l’exploitation agricole ou l’unité agro-industrielle où le travail collectif est intrinsèque à la plupart des tâches effectués.

Quelle que soit l'origine du premier cas, tous ces maillons de la chaîne du travail sont propices à la propagation, le logement, le transport, le travail.

Théoriquement, il y a des restrictions et des mesures de distanciation, mais il faut vérifier si ces conditions sont appliquées.
Les ouvrières viennent parfois de loin. De Ouezzane, Sidi Kacem, Souk Larbaâ et même plus loin. Elles vivent parfois dans des logements précaires marqués par la promiscuité et qui peuvent être partagés entre plusieurs familles.
Nous ne savons pas d’où est venu ce premier cas. Il s’agit a priori d’un ouvrier permanent en contact direct avec les saisonnières. Mais quelle que soit son origine, tous ces maillons de la chaîne du travail sont propices à la propagation : le logement, le transport, le travail.

Si l’on se réfère au communiqué officiel, des cas de contamination ont été probablement trouvés jusqu’à Ouezzane. Les conditions de travail sont extrêmement favorables pour que le virus pullule de façon exponentielle et difficilement maîtrisables.

-Le déplacement est donc effectué à la charge des ouvrières et les collectivités locales ne semblent ni l’avoir organisé, ni l’avoir contrôlé correctement…

-En plus du non-respect des normes de sécurité et de distanciation physique dans certaines stations de conditionnement, il ne faut pas oublier les conditions déplorables de transport.

Les usines se déchargent de cette responsabilité déléguée à des intermédiaires en contact avec les exploitations et les usines et qui exercent du coup le monopole, parfois des samsars et khettafa. Dans les camionnettes, elles sont entassées avec des risques d’accidents mortels. Les frais de transport sont à la charge des ouvrières et prélevé de leur maigre salaire. Le contrôle sur les routes n’est pas systématique. Le spectacle de camions et de remorques bondés et surchargés d’ouvriers devient routinier.

-Pourquoi s’agit-il d’un travail féminin ?

-Les fruits rouges, fraises, myrtilles, framboises…, demandent beaucoup d’attention et de finesse, de prudence et de patience dans la collecte pour ne pas abîmer ces fruits fragiles prisés par le consommateur, cet “or rouge“ qui orne les exportations vers les marchés internationaux.

Je fais référence ici à l’ouvrage de ma collègue Chadia Aarab “Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne“.

En plus du travail minutieux, la main-d’œuvre féminine est supposée réputée pour sa docilité, son caractère malléable et son adaptation et manque de protestation dans un secteur chapeauté par des hommes depuis le chef d’ouvriers ou caporal (généralement un homme), le gardien, le transporteur, le gérant d’exploitation, le propriétaire, le patron de l’usine, etc.

Les saisonnières sélectionnées chaque année pour travailler dans les exploitations de fraises à Huelva, sont toutes des femmes d’origine précaire

D’ailleurs, les saisonnières sélectionnées chaque année pour travailler dans les exploitations de fraises à Huelva, sont toutes des femmes d’origine précaire qui doivent avoir des enfants de préférence en bas âge pour garantir leur retour au pays et prévenir toute tentative potentielle d’émigration clandestine.

C’est un métier où la précarité est double quand il s’agit de femmes. Loin des fruits rouges où la main d’œuvre est essentiellement féminine, il existe des filières agricoles comme les rosacées, où les femmes sont moins payées que les hommes. Plus généralement, les statistiques de la FAO indiquent que plus de 43% de la main d’œuvre agricole dans le mode est féminine.

-C’est le cas en Espagne aussi…

 -Le travail en Espagne n’est pas plus facile qu’au Maroc. En Espagne, ce travail journalier est mieux rémunéré, mais on exige une productivité horaire. Il est donc plus dur qu’au Maroc comme nous l’ont souligné beaucoup d’ouvrières rencontrées. 

Le séjour pendant la saison des fraises de ces femmes logées sur les exploitations (plusieurs par chambre) et qui dépensent très peu pour leur alimentation leur permet d’économiser une somme d’argent importante, en vue de subvenir aux attentes de la famille au Maroc et parfois construire des petits projets, marier un enfant, construire un petit logement, etc.  La chercheure Chadia Arab en parle amplement dans ses travaux en Espagne.

Néanmoins, le renouvellement du contrat n’est pas garanti ce qui génère beaucoup de frustration. Le voyage vers l’eldorado européen est un rêve pour sortir de la précarité. La sueur de ces saisonnières est potentiellement source d’espoir pour toute la famille qui en dépend.

Néanmoins, le retour de l’Espagne crée parfois des tensions au sein de la famille.

Cette autonomisation relative, quoiqu’éphémère et précaire, peut déstabiliser des hiérarchies familiales socialement établies, ce qui peut déboucher vers des conflits voire même des divorces, etc. De plus, les échos d’agressions sexuelles à Huelva dont été victimes des saisonnières marocaines sont accentués par une stigmatisation et un regard inférieur par leur familles et entourage. 

-Quel est le profil moyen de ces ouvrières agricoles au Maroc…

-Il n’y a pas un profil type ou quelques profils, mais une très grande diversité.  

C’est une catégorie sociale plurielle et hétéroclite, les trajectoires sont diverses, les parcours, le niveau d’instruction, l’âge, l’origine, les caractéristiques socio-démographiques, les aspirations, la nature du travail (journalier, à la tâche, etc.).

La question est très complexe et il existe énormément de nuances. On a par exemple tendance à imaginer des femmes comme étant soumises et subalternes. Ce n’est pas faux parce que si elles ont un dénominateur commun, c’est la précarité du travail.

Ce sont des combattantes qui se lèvent tôt chaque matin pour nourrir leur famille

Mais elles font également preuve de courage et de combativité. Elles se lèvent tôt chaque jour pour nourrir des familles. Elles ont des projets, des aspirations, des rêves. Ce sont des femmes combatives, des combattantes.

Lors de la réalisation de mon documentaire comme dans nos entretiens de terrain, le discours de ces femmes est extrêmement fort. Elles verbalisent de façon concrète et engagée leur combat au quotidien et les conditions de travail déplorables qu’elles endurent.  

Pour en revenir à la question sur le profil des ouvrières, ces profils renvoient à la pluralité du rural marocain, parce que le rural est diversifié, il est pluriel et complexe. La dynamique du travail dans le Souss, n’est pas la même qu’au Tadla, dans le Sais ou encore dans le Gharb.

Une partie d’entre elles sont illettrées ou avec des niveaux d’instruction réduits. Mais beaucoup d’entre elles ont un niveau d’instruction moyen voire élevé. A l’université de Meknès, des jeunes étudiantes d’origine rurale travaillent pendant l’été dans les exploitations agricoles pour financer leurs études.

Au final, quel que soit le critère ou l’indicateur, les ouvrières sont une population très hétérogène mais certes inaudible et invisibilisée.

-Pourquoi une partie de ces ouvrières ont-elles arrêté de travailler pendant le confinement ?

-Par prudence. Elles ont eu peur pour elles et pour leurs familles, leurs enfants, leurs maris. Ce fut un dilemme très dur pour ces femmes, entre l’obligation de travailler et le risque de se faire contaminer et de contaminer leurs proches.  

"J'ai arrêté de travailler en attendant qu'Allah nous épargne la peine de cette pandémie notre santé est ce qu'on a de plus précieux. Nous attendons la fin de cette pandémie pour reprendre le travail" [Naima, ouvrière de Souk Larbaa du Gharb]

D'autres ouvrières ont changé de lieu de travail pour minimiser le risque associé aux moyens de transport.

"Je suis de Ain Flfel, je travaillais à Jemaa Lalla Mimouna. Au début de Cornavirus, j'ai changé de lieu de travail pour me rapprocher de mon domicile" (Fatima, ouvrière).

La peur est généralisée dans la zone côtière du Gharb après l’apparition du cluster avec plusieurs centaines de cas.

"C'est un travail d'horreur que nous exerçons, chaque jour on se dit le lendemain on tombera malade. Je suis une femme divorcée avec des enfants, je travaille à 68 DH la journée. Notre situation est très vulnérable. Le prix est dérisoire pour un travail aussi pénible et le coronavirus s'ajoute à notre corvée (tamara)"

"On parle de Jemaa de Lalla Mimouna en général mais la situation n'est pas moins grave dans les douars. Nous sommes trop inquiets aussi dans les villages avoisinants à Dlalaha, Ouled Aaguine et d'autres douars.... Il faut être précis sur la localisation des cas positifs nous sommes trop stressés.... On a beau crier pour nous garantir suffisamment de masques de protection, de savon et de désinfectants... Mais en vain, les autorités ne sont intervenues que lorsque la situation a empiré" [Sanae, 28 ans, saisonnière fraise zone côtière du Gharb]

Le coronavirus a attisé les problèmes familiaux pour certaines saisonnières, qui devaient ressasser les reproches de leurs familles et conjoints. C’est le cas de Naima qui nous a confié « A chaque soir au retour du travail, mon mari me criait dessus, il me disait pour les deux sous que tu gagnes, tu vas nous ramener le virus à la maison. C’est dur de devoir subir ça tous les jours. »

-Femme, rurale, travail précaire, doubles journées de travail, éloignement du lieu du travail… Elles vivent des situations extrêmement dures…

-En effet les conditions du travail sont déplorables et invisibles pour cette catégorie sociale marginale et pourtant au centre de nos approvisionnements alimentaires. Sans oublier l’exposition aux risques multiformes : pesticides, accidents de travail, agressions sexuelles, harcèlement, stigmatisation sociale, etc.

Il n’y pas d’alternatives et le travail est tellement prégnant que cela ne leur laisse ni le temps ni l’énergie de se lancer dans des activités alternatives

Il n’en demeure pas moins que ce travail est incontournable, vital, c’est leur seul gagne-pain, leur seul horizon, car il n’y pas d’alternatives et le travail est tellement prégnant que cela ne leur laisse ni le temps ni l’énergie de se lancer dans des activités alternatives. Quand je demandais à certaines des ouvrières qui avaient perdu leur travail au temps de confinement dans la région d’El Hajeb si elles avaient d’autres activités à développer, la réponse qui revenait souvent : « nous travaillons dans l’agriculture et ne savons pas faire quelque chose d’autre ». 

Ces femmes invisibilisées ne bénéficient d’aucune formation pour développer d’autres qualifications ou activités génératrices de revenus. Pendant le confinement, certaines se sont orientées vers la vente de produits de nettoyage, de pain, notamment pendant le ramadan pour pallier un manque ponctuel de l’offre d’emploi.

-Certains disent que la fraise a révolutionné la région…

-Quand on dit cela, je reste dubitative eu égard au coût environnemental. Les terres sont sablonneuses, très pauvres, elles exigent un apport important d’engrais, de produits phytosanitaires, pesticides. C’est de la plasticulture, sous abri serre, irriguée par la nappe dans une région où on risque l’intrusion marine. Le coût environnemental est très fort, on s’interroge sur la durabilité de cette agriculture essentiellement destinée à l’export.

Cela étant, certaines cultures d’exportation comme la fraise ou la tomate ont apporté plus de droits aux ouvrières sous la pression des clients étrangers. Les contrats d’exportation comportent des clauses comme les référentiels SMETA et Global Gap, GRASP qui rendent obligatoire la couverture sociale des ouvrières.

Néanmoins, entre les normes théoriques et la mises en œuvre des contrats, le hiatus peut être énorme. Ce que la région gagne, c’est l’emploi d’une main-d’œuvre importante, on parle de 120.000 emplois certes précaires, dans la région. Il n’y a pas d’autre alternative économique que le travail agricole, l’agriculture reste vitale.

-Quel est le revenu que peut rapporter ce travail dans les fraises ?

- Il faut distinguer entre le travail dans les champs, payé entre 60 DH et 70 DH la journée en période normale et qui peut atteindre 100 DH la journée en période de pointe ; et le travail dans les unités de conditionnement payé de 8 à 12 DH l’heure.

Ce salaire dérisoire inclut les frais de transport qui sont à la charge de l’ouvrière.  Le transport est assuré par des intermédiaires, et les conditions de sécurité ne sont pas assurées. Non seulement il y a des accidents comme celui de Moulay Bousselham, mais les ouvriers sont entassés dans les véhicules sans respect des barrières sanitaires. En parlant du transport, les femmes se comparent souvent au « bétail » pour décrire leur situation.

Il faut aussi citer le poids des intermédiaires et du caporal. Ce dernier représente l’intermédiaire entre les chefs d’exploitations ou les gérants et la main-d’œuvre agricole. Il dispose du coup d’une bonne marge de manœuvre pour désigner les ouvriers qui vont être affectés à la ferme qu’il représente.

Il est courant que chaque ouvrier.e. verse 5 DH la journée au caporal pour garantir sa sélection la journée suivante. De plus, les distances sont parfois longues et allongent davantage les journées. Par exemple, si les ouvrières viennent d’Ouezzane à la zone côtière du Gharb, il faut une heure et quart de transport voire plus. De surcroît, il faut se présenter une demi-heure à l’avance sur les lieux de travail et disposer d’une pause déjeuner ce qui peut faire des journées allant jusqu’à 11 heures ou 12 heures.

En tenant compte du transport, du déjeuner et du caporal, l’ouvrière est payée 65 DH ou 70 DH par jour mais il ne lui reste que 50 DH au maximum.

Certaines exploitations ont toutefois des stratégies de fidélisation qui vont au-delà de la couverture sociale. La fidélisation est nécessaire pour pouvoir trouver des ouvrières en haute saison, quand il y a une forte demande. L’une de ces stratégies consiste à garantir aux ouvrières au minimum deux journées de travail par semaine, en basse saison.

-A qui appartiennent les terres agricoles ?

-Les statuts sont diversifiés. Mais nous avons constaté que beaucoup sont des terres collectives, avec des contrats de location ou des concessions foncières dans le cadre du Plan Maroc Vert. Nous avons constaté aussi des dynamiques de prolétarisation.

Par exemple, des ouvrières filles d’agriculteurs dont les terres ont été vendues ou louées sur de longues durées. Dans leurs témoignages se mêlent les sentiments d’injustice, de mépris et de déracinement. Notons que les investisseurs sont essentiellement marocains, espagnols ou de pays du Golfe.

-Quelles sont les aspirations de ces ouvrières…

-Elles aspirent à changer de situation, à ouvrir leurs horizons. C’est vrai que c’est difficile à travers ce travail très mal rémunéré et précaire mais qui permet aussi à certaines de ces femmes qui sont à la base très pauvres, de franchir le cadre familial.

Elles peuvent s’évader en rencontrant d’autres femmes, des amies, un mari potentiel sur l’exploitation. D’ailleurs, c’est extraordinaire de voir la solidarité qui se crée entre ces femmes dans les exploitations agricoles.

Sans aller jusqu’à leur garantir une autonomie, elles ont un peu d’argent qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles, à des besoins basiques comme des vêtements, des produits cosmétiques, un téléphone, une contribution à financer leurs mariages, un peu d’estime de soi considéré comme un élément d’empowerment pour des catégorie précaire mais il s’agit bien entendu d’un empowerment qui reste visiblement précaire.

- Que nous apprend cette pandémie?

-Le coronavirus remet le projecteur sur cette catégorie sociale invisible, longtemps oubliée, marginalisée, inaudibles qui travaille dur et se lève aux aurores pour nous garantir notre alimentation.

C’est dans les moments de crise où la marge se centralise. Les conditions de travail sont absolument déplorables. Beaucoup en sont conscients mais il est temps que ça change ! L’après-Coronavirus nous invite à reclasser nos priorités et à valoriser les secteurs et les métiers les plus importants pour notre existence et qui sont les plus mal rémunérés. Le travail agricole, qui n’est pas inclus dans le secteur informel, devra plus que jamais être reconsidéré avec rigueur et urgence.

Zhour Bouzidi, chercheure, sociologue, ingénieur agronome et enseignante.

Covid-19 chez les ouvrières agricoles: l'éclairage de Zhour Bouzidi, sociologue

Le 21 juin 2020 à16:03

Modifié le 21 juin 2020 à 20:54

Quelle explication peut-on donner de cette soudaine explosion de cas en milieu agricole, notamment à Lalla Mimouna dans le Gharb? Quelle est la dynamique économique et sociale qui est à l’œuvre dans la région ? Quelles sont les victimes de cette vague de contaminations ? Les réponses de Zhour Bouzidi.

700 contaminations au Coronavirus avec comme point commun une voire plusieurs unités de conditionnement et d’emballage de fruits rouges dans la commune de Lalla Mimouna, près de Moulay Bousselham, province de Kénitra.
Un hôpital de campagne a été spécialement installé dans la région, à Sidi Yahia, pour faire face à cette situation. Les sources officielles évoquent les mesures d’isolement strict instaurés par l’autorité publique, de plusieurs communes touchées et limitrophes. Des milliers de tests sont effectués sur place.
Zhour Bouzidi répond à nos interrogations. Zhour Bouzidi est sociologue, ingénieur agronome et professeure de sociologie à l'Université de Meknès. Ses principaux domaines de recherche sont directement liés à l’agriculture et au monde rural. En 2018, elle a produit un film documentaire sur les travailleuses agricoles au Maroc intitulé: « "Si on ne travaille pas,  on crève de faim" combat de femme au calvaire du Mouquef ». Ce film est réalisé à la suite d’une enquête qui a porté sur plus de 400 saisonnières agricoles dans la région du Gharb et de Fès-Meknès.

Pour nous répondre, elle s’appuie sur sa longue connaissance de la région du Gharb où elle effectue de la recherche depuis 2005. Elle a également multiplié les contacts téléphoniques avec cette communauté d’ouvrières agricoles au cours de ces derniers jours avec la contribution de Soumia Demnati, une jeune doctorante qui commence une thèse intitulée “Être saisonnière en agriculture entre Ici et là-bas: La migration circulaire des ouvrières agricoles entre le Maroc et l'Espagne“.

Cueillette de fraises à Dlalaha, près de Lalla Mimouna. Photo Soumia Demnati 

Il ne faut pas regarder seulement les exploitations, il faut voir l’ensemble du circuit de travail complexe et peu encadré

 Médias24 : Dans une situation comme celle de Lalla Mimouna et du cluster avec plusieurs centaines de contaminations, on a toujours tendance à chercher un coupable. Qui est coupable, qui est responsable de ce qui s’est passé ?

Zhour Bouzidi : Il ne faut pas se contenter de regarder vers les exploitations ni les unités de conditionnement isolément.

Il faut voir l’ensemble du circuit de travail complexe et peu encadré et dont le maillon le plus faible reste la main d’œuvre agricole surtout féminine. Ouvrière agricole, c’est un travail qui se fait d’une manière groupée, collective, depuis le logement jusqu’au lieu du travail.
Quand l’ouvrière quitte son logement, elle est en groupe, en compagnie de ses voisines et ses camarades, son réseau de sociabilité. Le moquef ensuite est un lieu de rassemblement avec une promiscuité importante. Puis le transport jusqu’à l’exploitation agricole ou l’unité agro-industrielle où le travail collectif est intrinsèque à la plupart des tâches effectués.

Quelle que soit l'origine du premier cas, tous ces maillons de la chaîne du travail sont propices à la propagation, le logement, le transport, le travail.

Théoriquement, il y a des restrictions et des mesures de distanciation, mais il faut vérifier si ces conditions sont appliquées.
Les ouvrières viennent parfois de loin. De Ouezzane, Sidi Kacem, Souk Larbaâ et même plus loin. Elles vivent parfois dans des logements précaires marqués par la promiscuité et qui peuvent être partagés entre plusieurs familles.
Nous ne savons pas d’où est venu ce premier cas. Il s’agit a priori d’un ouvrier permanent en contact direct avec les saisonnières. Mais quelle que soit son origine, tous ces maillons de la chaîne du travail sont propices à la propagation : le logement, le transport, le travail.

Si l’on se réfère au communiqué officiel, des cas de contamination ont été probablement trouvés jusqu’à Ouezzane. Les conditions de travail sont extrêmement favorables pour que le virus pullule de façon exponentielle et difficilement maîtrisables.

-Le déplacement est donc effectué à la charge des ouvrières et les collectivités locales ne semblent ni l’avoir organisé, ni l’avoir contrôlé correctement…

-En plus du non-respect des normes de sécurité et de distanciation physique dans certaines stations de conditionnement, il ne faut pas oublier les conditions déplorables de transport.

Les usines se déchargent de cette responsabilité déléguée à des intermédiaires en contact avec les exploitations et les usines et qui exercent du coup le monopole, parfois des samsars et khettafa. Dans les camionnettes, elles sont entassées avec des risques d’accidents mortels. Les frais de transport sont à la charge des ouvrières et prélevé de leur maigre salaire. Le contrôle sur les routes n’est pas systématique. Le spectacle de camions et de remorques bondés et surchargés d’ouvriers devient routinier.

-Pourquoi s’agit-il d’un travail féminin ?

-Les fruits rouges, fraises, myrtilles, framboises…, demandent beaucoup d’attention et de finesse, de prudence et de patience dans la collecte pour ne pas abîmer ces fruits fragiles prisés par le consommateur, cet “or rouge“ qui orne les exportations vers les marchés internationaux.

Je fais référence ici à l’ouvrage de ma collègue Chadia Aarab “Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne“.

En plus du travail minutieux, la main-d’œuvre féminine est supposée réputée pour sa docilité, son caractère malléable et son adaptation et manque de protestation dans un secteur chapeauté par des hommes depuis le chef d’ouvriers ou caporal (généralement un homme), le gardien, le transporteur, le gérant d’exploitation, le propriétaire, le patron de l’usine, etc.

Les saisonnières sélectionnées chaque année pour travailler dans les exploitations de fraises à Huelva, sont toutes des femmes d’origine précaire

D’ailleurs, les saisonnières sélectionnées chaque année pour travailler dans les exploitations de fraises à Huelva, sont toutes des femmes d’origine précaire qui doivent avoir des enfants de préférence en bas âge pour garantir leur retour au pays et prévenir toute tentative potentielle d’émigration clandestine.

C’est un métier où la précarité est double quand il s’agit de femmes. Loin des fruits rouges où la main d’œuvre est essentiellement féminine, il existe des filières agricoles comme les rosacées, où les femmes sont moins payées que les hommes. Plus généralement, les statistiques de la FAO indiquent que plus de 43% de la main d’œuvre agricole dans le mode est féminine.

-C’est le cas en Espagne aussi…

 -Le travail en Espagne n’est pas plus facile qu’au Maroc. En Espagne, ce travail journalier est mieux rémunéré, mais on exige une productivité horaire. Il est donc plus dur qu’au Maroc comme nous l’ont souligné beaucoup d’ouvrières rencontrées. 

Le séjour pendant la saison des fraises de ces femmes logées sur les exploitations (plusieurs par chambre) et qui dépensent très peu pour leur alimentation leur permet d’économiser une somme d’argent importante, en vue de subvenir aux attentes de la famille au Maroc et parfois construire des petits projets, marier un enfant, construire un petit logement, etc.  La chercheure Chadia Arab en parle amplement dans ses travaux en Espagne.

Néanmoins, le renouvellement du contrat n’est pas garanti ce qui génère beaucoup de frustration. Le voyage vers l’eldorado européen est un rêve pour sortir de la précarité. La sueur de ces saisonnières est potentiellement source d’espoir pour toute la famille qui en dépend.

Néanmoins, le retour de l’Espagne crée parfois des tensions au sein de la famille.

Cette autonomisation relative, quoiqu’éphémère et précaire, peut déstabiliser des hiérarchies familiales socialement établies, ce qui peut déboucher vers des conflits voire même des divorces, etc. De plus, les échos d’agressions sexuelles à Huelva dont été victimes des saisonnières marocaines sont accentués par une stigmatisation et un regard inférieur par leur familles et entourage. 

-Quel est le profil moyen de ces ouvrières agricoles au Maroc…

-Il n’y a pas un profil type ou quelques profils, mais une très grande diversité.  

C’est une catégorie sociale plurielle et hétéroclite, les trajectoires sont diverses, les parcours, le niveau d’instruction, l’âge, l’origine, les caractéristiques socio-démographiques, les aspirations, la nature du travail (journalier, à la tâche, etc.).

La question est très complexe et il existe énormément de nuances. On a par exemple tendance à imaginer des femmes comme étant soumises et subalternes. Ce n’est pas faux parce que si elles ont un dénominateur commun, c’est la précarité du travail.

Ce sont des combattantes qui se lèvent tôt chaque matin pour nourrir leur famille

Mais elles font également preuve de courage et de combativité. Elles se lèvent tôt chaque jour pour nourrir des familles. Elles ont des projets, des aspirations, des rêves. Ce sont des femmes combatives, des combattantes.

Lors de la réalisation de mon documentaire comme dans nos entretiens de terrain, le discours de ces femmes est extrêmement fort. Elles verbalisent de façon concrète et engagée leur combat au quotidien et les conditions de travail déplorables qu’elles endurent.  

Pour en revenir à la question sur le profil des ouvrières, ces profils renvoient à la pluralité du rural marocain, parce que le rural est diversifié, il est pluriel et complexe. La dynamique du travail dans le Souss, n’est pas la même qu’au Tadla, dans le Sais ou encore dans le Gharb.

Une partie d’entre elles sont illettrées ou avec des niveaux d’instruction réduits. Mais beaucoup d’entre elles ont un niveau d’instruction moyen voire élevé. A l’université de Meknès, des jeunes étudiantes d’origine rurale travaillent pendant l’été dans les exploitations agricoles pour financer leurs études.

Au final, quel que soit le critère ou l’indicateur, les ouvrières sont une population très hétérogène mais certes inaudible et invisibilisée.

-Pourquoi une partie de ces ouvrières ont-elles arrêté de travailler pendant le confinement ?

-Par prudence. Elles ont eu peur pour elles et pour leurs familles, leurs enfants, leurs maris. Ce fut un dilemme très dur pour ces femmes, entre l’obligation de travailler et le risque de se faire contaminer et de contaminer leurs proches.  

"J'ai arrêté de travailler en attendant qu'Allah nous épargne la peine de cette pandémie notre santé est ce qu'on a de plus précieux. Nous attendons la fin de cette pandémie pour reprendre le travail" [Naima, ouvrière de Souk Larbaa du Gharb]

D'autres ouvrières ont changé de lieu de travail pour minimiser le risque associé aux moyens de transport.

"Je suis de Ain Flfel, je travaillais à Jemaa Lalla Mimouna. Au début de Cornavirus, j'ai changé de lieu de travail pour me rapprocher de mon domicile" (Fatima, ouvrière).

La peur est généralisée dans la zone côtière du Gharb après l’apparition du cluster avec plusieurs centaines de cas.

"C'est un travail d'horreur que nous exerçons, chaque jour on se dit le lendemain on tombera malade. Je suis une femme divorcée avec des enfants, je travaille à 68 DH la journée. Notre situation est très vulnérable. Le prix est dérisoire pour un travail aussi pénible et le coronavirus s'ajoute à notre corvée (tamara)"

"On parle de Jemaa de Lalla Mimouna en général mais la situation n'est pas moins grave dans les douars. Nous sommes trop inquiets aussi dans les villages avoisinants à Dlalaha, Ouled Aaguine et d'autres douars.... Il faut être précis sur la localisation des cas positifs nous sommes trop stressés.... On a beau crier pour nous garantir suffisamment de masques de protection, de savon et de désinfectants... Mais en vain, les autorités ne sont intervenues que lorsque la situation a empiré" [Sanae, 28 ans, saisonnière fraise zone côtière du Gharb]

Le coronavirus a attisé les problèmes familiaux pour certaines saisonnières, qui devaient ressasser les reproches de leurs familles et conjoints. C’est le cas de Naima qui nous a confié « A chaque soir au retour du travail, mon mari me criait dessus, il me disait pour les deux sous que tu gagnes, tu vas nous ramener le virus à la maison. C’est dur de devoir subir ça tous les jours. »

-Femme, rurale, travail précaire, doubles journées de travail, éloignement du lieu du travail… Elles vivent des situations extrêmement dures…

-En effet les conditions du travail sont déplorables et invisibles pour cette catégorie sociale marginale et pourtant au centre de nos approvisionnements alimentaires. Sans oublier l’exposition aux risques multiformes : pesticides, accidents de travail, agressions sexuelles, harcèlement, stigmatisation sociale, etc.

Il n’y pas d’alternatives et le travail est tellement prégnant que cela ne leur laisse ni le temps ni l’énergie de se lancer dans des activités alternatives

Il n’en demeure pas moins que ce travail est incontournable, vital, c’est leur seul gagne-pain, leur seul horizon, car il n’y pas d’alternatives et le travail est tellement prégnant que cela ne leur laisse ni le temps ni l’énergie de se lancer dans des activités alternatives. Quand je demandais à certaines des ouvrières qui avaient perdu leur travail au temps de confinement dans la région d’El Hajeb si elles avaient d’autres activités à développer, la réponse qui revenait souvent : « nous travaillons dans l’agriculture et ne savons pas faire quelque chose d’autre ». 

Ces femmes invisibilisées ne bénéficient d’aucune formation pour développer d’autres qualifications ou activités génératrices de revenus. Pendant le confinement, certaines se sont orientées vers la vente de produits de nettoyage, de pain, notamment pendant le ramadan pour pallier un manque ponctuel de l’offre d’emploi.

-Certains disent que la fraise a révolutionné la région…

-Quand on dit cela, je reste dubitative eu égard au coût environnemental. Les terres sont sablonneuses, très pauvres, elles exigent un apport important d’engrais, de produits phytosanitaires, pesticides. C’est de la plasticulture, sous abri serre, irriguée par la nappe dans une région où on risque l’intrusion marine. Le coût environnemental est très fort, on s’interroge sur la durabilité de cette agriculture essentiellement destinée à l’export.

Cela étant, certaines cultures d’exportation comme la fraise ou la tomate ont apporté plus de droits aux ouvrières sous la pression des clients étrangers. Les contrats d’exportation comportent des clauses comme les référentiels SMETA et Global Gap, GRASP qui rendent obligatoire la couverture sociale des ouvrières.

Néanmoins, entre les normes théoriques et la mises en œuvre des contrats, le hiatus peut être énorme. Ce que la région gagne, c’est l’emploi d’une main-d’œuvre importante, on parle de 120.000 emplois certes précaires, dans la région. Il n’y a pas d’autre alternative économique que le travail agricole, l’agriculture reste vitale.

-Quel est le revenu que peut rapporter ce travail dans les fraises ?

- Il faut distinguer entre le travail dans les champs, payé entre 60 DH et 70 DH la journée en période normale et qui peut atteindre 100 DH la journée en période de pointe ; et le travail dans les unités de conditionnement payé de 8 à 12 DH l’heure.

Ce salaire dérisoire inclut les frais de transport qui sont à la charge de l’ouvrière.  Le transport est assuré par des intermédiaires, et les conditions de sécurité ne sont pas assurées. Non seulement il y a des accidents comme celui de Moulay Bousselham, mais les ouvriers sont entassés dans les véhicules sans respect des barrières sanitaires. En parlant du transport, les femmes se comparent souvent au « bétail » pour décrire leur situation.

Il faut aussi citer le poids des intermédiaires et du caporal. Ce dernier représente l’intermédiaire entre les chefs d’exploitations ou les gérants et la main-d’œuvre agricole. Il dispose du coup d’une bonne marge de manœuvre pour désigner les ouvriers qui vont être affectés à la ferme qu’il représente.

Il est courant que chaque ouvrier.e. verse 5 DH la journée au caporal pour garantir sa sélection la journée suivante. De plus, les distances sont parfois longues et allongent davantage les journées. Par exemple, si les ouvrières viennent d’Ouezzane à la zone côtière du Gharb, il faut une heure et quart de transport voire plus. De surcroît, il faut se présenter une demi-heure à l’avance sur les lieux de travail et disposer d’une pause déjeuner ce qui peut faire des journées allant jusqu’à 11 heures ou 12 heures.

En tenant compte du transport, du déjeuner et du caporal, l’ouvrière est payée 65 DH ou 70 DH par jour mais il ne lui reste que 50 DH au maximum.

Certaines exploitations ont toutefois des stratégies de fidélisation qui vont au-delà de la couverture sociale. La fidélisation est nécessaire pour pouvoir trouver des ouvrières en haute saison, quand il y a une forte demande. L’une de ces stratégies consiste à garantir aux ouvrières au minimum deux journées de travail par semaine, en basse saison.

-A qui appartiennent les terres agricoles ?

-Les statuts sont diversifiés. Mais nous avons constaté que beaucoup sont des terres collectives, avec des contrats de location ou des concessions foncières dans le cadre du Plan Maroc Vert. Nous avons constaté aussi des dynamiques de prolétarisation.

Par exemple, des ouvrières filles d’agriculteurs dont les terres ont été vendues ou louées sur de longues durées. Dans leurs témoignages se mêlent les sentiments d’injustice, de mépris et de déracinement. Notons que les investisseurs sont essentiellement marocains, espagnols ou de pays du Golfe.

-Quelles sont les aspirations de ces ouvrières…

-Elles aspirent à changer de situation, à ouvrir leurs horizons. C’est vrai que c’est difficile à travers ce travail très mal rémunéré et précaire mais qui permet aussi à certaines de ces femmes qui sont à la base très pauvres, de franchir le cadre familial.

Elles peuvent s’évader en rencontrant d’autres femmes, des amies, un mari potentiel sur l’exploitation. D’ailleurs, c’est extraordinaire de voir la solidarité qui se crée entre ces femmes dans les exploitations agricoles.

Sans aller jusqu’à leur garantir une autonomie, elles ont un peu d’argent qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles, à des besoins basiques comme des vêtements, des produits cosmétiques, un téléphone, une contribution à financer leurs mariages, un peu d’estime de soi considéré comme un élément d’empowerment pour des catégorie précaire mais il s’agit bien entendu d’un empowerment qui reste visiblement précaire.

- Que nous apprend cette pandémie?

-Le coronavirus remet le projecteur sur cette catégorie sociale invisible, longtemps oubliée, marginalisée, inaudibles qui travaille dur et se lève aux aurores pour nous garantir notre alimentation.

C’est dans les moments de crise où la marge se centralise. Les conditions de travail sont absolument déplorables. Beaucoup en sont conscients mais il est temps que ça change ! L’après-Coronavirus nous invite à reclasser nos priorités et à valoriser les secteurs et les métiers les plus importants pour notre existence et qui sont les plus mal rémunérés. Le travail agricole, qui n’est pas inclus dans le secteur informel, devra plus que jamais être reconsidéré avec rigueur et urgence.

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