Covid-19 : La gestion du risque à l’export, le défi des opérateurs marocains

Baisse de la demande, défaillance des clients, montée du protectionnisme, perturbation des flux documentaires, les exportateurs font face à plusieurs risques induits par la crise du Covid-19.

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Covid-19 : La gestion du risque à l’export, le défi des opérateurs marocains

Le 05 juin 2020 à 18:25

Modifié le 05 juin 2020 à 18:37

Comment les entreprises marocaines vont-elles pouvoir gérer les risques à l’export suite au Covid-19 ? C’est la question qui a fait l’objet d’un wébinaire organisé jeudi 5 juin par l’Association marocaine des exportateurs (Asmex).

Said Maghraoui Hassani, directeur de la protection et de la réglementation commerciale au ministère de l’Industrie, a d’abord annoncé une baisse de 15% du commerce extérieur : les importations accusent une baisse de 12% entre janvier et avril 2020 par rapport à la même période en 2019, contre 19,7% pour les exportations. Le taux de couverture, qui était de 60% l’année dernière à la même période, est actuellement de 55.2%. Le taux de couverture pour les biens et services est passé quant à lui de 81% à 77%.

''Concernant le mois de mai, nous n’avons pas encore de données mais nous savons que la situation s’est dégradée davantage'', a déclaré Saïd Maghraoui Hassani. ''Sur le plan international, les prévisions sont encore assez alarmantes'', a-t-il ajouté, citant les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui prévoit ''une baisse du commerce international de 13 à 32% en 2020''. ''Il va falloir s’attendre à des résultats limités en termes d’exportations'', en a déduit Saïd Maghraoui Hassani.

Plusieurs types de risques

Le responsable de la protection et de la réglementation commerciale au ministère de l’Industrie a appelé à rester vigilant sur les consommateurs des pays européens, très touchés par le Covid-19 : ''Même en injectant de l’argent, la consommation dans ces pays reprendra très lentement ; elle se maintiendra d’abord seulement pour les produits essentiels. Cette pandémie a créé un effet de psychose chez les consommateurs européens, qui se traduira par une épargne plus importante pour qu’ils ne se retrouvent pas à nouveau pris au dépourvus dans le cas où une autre situation du même type surgirait. Cela fait partie des éléments que nos exportateurs devront prendre en considération.''

Autre risque avec lequel les exportateurs marocains vont devoir composer : les entreprises européennes en défaut de paiement, qui n’ont donc plus les moyens de passer des commandes. ''Les exportateurs qui travaillent avec ces entreprises auront des difficultés à redémarrer leurs activités car beaucoup de leurs principaux partenaires sont en redressement judiciaire et sont donc insolvables'', souligne Saïd Maghraoui Hassani. ''Même les entreprises qui parviendront à reprendre leurs activités redémarreront de façon progressive'', a-t-il encore prévenu.

Le risque est aussi de nature politique, a également estimé Saïd Maghraoui Hassani, en référence à la montée du nationalisme en Europe. ''Les pressions émanant des lobbies vont être de plus en plus importantes et influenceront sans nul doute les décisions gouvernementales.''

Leila Chorfi, responsable du commerce extérieur chez BMCE Bank, a souligné la difficulté, pour les entreprises, d’avoir dû transiter vers le digital. ''Nous avons tous été mis devant le fait accompli. A part cette digitalisation, cette dématérialisation, je pense à la réactivité que nous avons eue pour résoudre certains blocages contextuels, notamment l’acheminement des documents originaux relatifs aux opérations de crédits documentaires export. Des entreprises ont eu des problèmes liés à la fermeture des frontières aériennes ; nous avons donc trouvé des moyens réactifs pour que ces documents soient acceptés de façon électronique'', a-t-elle souligné, rappelant la coopération qui a été mise en place dans ce sens avec l’Office des changes.

Des outils pour trouver des clients solvables

Pour Amine Diouri, directeur Études et Communication chez Inforisk, spécialisé dans le renseignement commercial sur les sociétés marocaines, le Covid-19 a contraint les sociétés exportatrices à redoubler de vigilance en matière de gestion du risque. ''Il ne suffit pas simplement de trouver un client ; il faut également se faire payer. Il faut s’assurer que le client ait une bonne santé financière, un bon comportement de paiement afin qu’il paie en temps et en heure. La crise, d’un point de vue mondial, a affaibli un certain nombre d’entreprises. Il est désormais plus important que jamais de savoir à quelle entreprise les exportateurs peuvent se fier pour être certains de se faire payer, et d’avoir la possibilité de vérifier de manière continue la solvabilité d’un client export'', a expliqué Amine Diouri.

Dans cette perspective de trouver des clients solvables, Amine Diouri a annoncé que la plateforme DB Credit, conçue par Dun & Bradstreet, une société américaine qui fournit des données commerciales et financières, a développé un ''impact score Covid-19'' afin de mesurer, pour n’importe quelle entreprise dans le monde, le niveau d’impact de la crise. DB Credit permet ainsi de vérifier la solvabilité d’une entreprise. ''Cette plateforme permet aussi de savoir si une société est dans un secteur fortement touché par la crise du Covid-19 et a une probabilité de défaillance élevée'', a souligné Amine Diouri.

Inforisk est en train de développer son propre ''impact score Covid-19'' pour les sociétés marocaines qui travaillent sur le tissu économique marocain. ''La base de données Inforisk alimente la base de données mondiale Dun & Bradstreet. Aujourd’hui, une entreprise chinoise qui veut se renseigner sur une société marocaine va trouver les informations dont elle a besoin grâce aux données de la plateforme Inforisk'', précise Amine Diouri.

La base de données Monde de Dun & Bradstreet, à laquelle les sociétés marocaines ont accès, recense plus de 3.8 millions de sociétés africaines, l’Afrique du Sud en représentant à elle-seule 60%. Le Maghreb est aussi bien positionné, ''avec presque un million d’entreprises maghrébines, soit 26% du total des entreprises africaines en base, et plus de 160.000 entreprises ouest-africaines susceptibles de devenir des clients''.

La plateforme Hoovers, quant à elle, permet de faire de la prospection à l’international. Comme la solution DB Credit, elle a été développée par Dun & Bradstreet. Elle comprend plus de 170 millions d’entreprises commercialement actives, ''c’est-à-dire pour lesquelles on dispose d’un numéro de téléphone et d’un opérationnel au sein de l’entreprise qui peut être joignable''. Amine Diouri d’ajouter : ''La plateforme est mise à jour grâce à 30 000 sources de données, soit plus de 5 millions de mises à jour quotidiennes qui permettent de livrer des informations sur plus d’un millier de secteurs d’activité. C’est donc un outil qui permet aux entreprises qui prospectent d’avoir un maximum d’informations pour prendre la meilleure décision possible. L’intérêt, pour nos exportateurs, c’est de multiplier le nombre d’opportunités.''

Covid-19 : La gestion du risque à l’export, le défi des opérateurs marocains

Le 05 juin 2020 à18:24

Modifié le 05 juin 2020 à 18:37

Baisse de la demande, défaillance des clients, montée du protectionnisme, perturbation des flux documentaires, les exportateurs font face à plusieurs risques induits par la crise du Covid-19.

Comment les entreprises marocaines vont-elles pouvoir gérer les risques à l’export suite au Covid-19 ? C’est la question qui a fait l’objet d’un wébinaire organisé jeudi 5 juin par l’Association marocaine des exportateurs (Asmex).

Said Maghraoui Hassani, directeur de la protection et de la réglementation commerciale au ministère de l’Industrie, a d’abord annoncé une baisse de 15% du commerce extérieur : les importations accusent une baisse de 12% entre janvier et avril 2020 par rapport à la même période en 2019, contre 19,7% pour les exportations. Le taux de couverture, qui était de 60% l’année dernière à la même période, est actuellement de 55.2%. Le taux de couverture pour les biens et services est passé quant à lui de 81% à 77%.

''Concernant le mois de mai, nous n’avons pas encore de données mais nous savons que la situation s’est dégradée davantage'', a déclaré Saïd Maghraoui Hassani. ''Sur le plan international, les prévisions sont encore assez alarmantes'', a-t-il ajouté, citant les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui prévoit ''une baisse du commerce international de 13 à 32% en 2020''. ''Il va falloir s’attendre à des résultats limités en termes d’exportations'', en a déduit Saïd Maghraoui Hassani.

Plusieurs types de risques

Le responsable de la protection et de la réglementation commerciale au ministère de l’Industrie a appelé à rester vigilant sur les consommateurs des pays européens, très touchés par le Covid-19 : ''Même en injectant de l’argent, la consommation dans ces pays reprendra très lentement ; elle se maintiendra d’abord seulement pour les produits essentiels. Cette pandémie a créé un effet de psychose chez les consommateurs européens, qui se traduira par une épargne plus importante pour qu’ils ne se retrouvent pas à nouveau pris au dépourvus dans le cas où une autre situation du même type surgirait. Cela fait partie des éléments que nos exportateurs devront prendre en considération.''

Autre risque avec lequel les exportateurs marocains vont devoir composer : les entreprises européennes en défaut de paiement, qui n’ont donc plus les moyens de passer des commandes. ''Les exportateurs qui travaillent avec ces entreprises auront des difficultés à redémarrer leurs activités car beaucoup de leurs principaux partenaires sont en redressement judiciaire et sont donc insolvables'', souligne Saïd Maghraoui Hassani. ''Même les entreprises qui parviendront à reprendre leurs activités redémarreront de façon progressive'', a-t-il encore prévenu.

Le risque est aussi de nature politique, a également estimé Saïd Maghraoui Hassani, en référence à la montée du nationalisme en Europe. ''Les pressions émanant des lobbies vont être de plus en plus importantes et influenceront sans nul doute les décisions gouvernementales.''

Leila Chorfi, responsable du commerce extérieur chez BMCE Bank, a souligné la difficulté, pour les entreprises, d’avoir dû transiter vers le digital. ''Nous avons tous été mis devant le fait accompli. A part cette digitalisation, cette dématérialisation, je pense à la réactivité que nous avons eue pour résoudre certains blocages contextuels, notamment l’acheminement des documents originaux relatifs aux opérations de crédits documentaires export. Des entreprises ont eu des problèmes liés à la fermeture des frontières aériennes ; nous avons donc trouvé des moyens réactifs pour que ces documents soient acceptés de façon électronique'', a-t-elle souligné, rappelant la coopération qui a été mise en place dans ce sens avec l’Office des changes.

Des outils pour trouver des clients solvables

Pour Amine Diouri, directeur Études et Communication chez Inforisk, spécialisé dans le renseignement commercial sur les sociétés marocaines, le Covid-19 a contraint les sociétés exportatrices à redoubler de vigilance en matière de gestion du risque. ''Il ne suffit pas simplement de trouver un client ; il faut également se faire payer. Il faut s’assurer que le client ait une bonne santé financière, un bon comportement de paiement afin qu’il paie en temps et en heure. La crise, d’un point de vue mondial, a affaibli un certain nombre d’entreprises. Il est désormais plus important que jamais de savoir à quelle entreprise les exportateurs peuvent se fier pour être certains de se faire payer, et d’avoir la possibilité de vérifier de manière continue la solvabilité d’un client export'', a expliqué Amine Diouri.

Dans cette perspective de trouver des clients solvables, Amine Diouri a annoncé que la plateforme DB Credit, conçue par Dun & Bradstreet, une société américaine qui fournit des données commerciales et financières, a développé un ''impact score Covid-19'' afin de mesurer, pour n’importe quelle entreprise dans le monde, le niveau d’impact de la crise. DB Credit permet ainsi de vérifier la solvabilité d’une entreprise. ''Cette plateforme permet aussi de savoir si une société est dans un secteur fortement touché par la crise du Covid-19 et a une probabilité de défaillance élevée'', a souligné Amine Diouri.

Inforisk est en train de développer son propre ''impact score Covid-19'' pour les sociétés marocaines qui travaillent sur le tissu économique marocain. ''La base de données Inforisk alimente la base de données mondiale Dun & Bradstreet. Aujourd’hui, une entreprise chinoise qui veut se renseigner sur une société marocaine va trouver les informations dont elle a besoin grâce aux données de la plateforme Inforisk'', précise Amine Diouri.

La base de données Monde de Dun & Bradstreet, à laquelle les sociétés marocaines ont accès, recense plus de 3.8 millions de sociétés africaines, l’Afrique du Sud en représentant à elle-seule 60%. Le Maghreb est aussi bien positionné, ''avec presque un million d’entreprises maghrébines, soit 26% du total des entreprises africaines en base, et plus de 160.000 entreprises ouest-africaines susceptibles de devenir des clients''.

La plateforme Hoovers, quant à elle, permet de faire de la prospection à l’international. Comme la solution DB Credit, elle a été développée par Dun & Bradstreet. Elle comprend plus de 170 millions d’entreprises commercialement actives, ''c’est-à-dire pour lesquelles on dispose d’un numéro de téléphone et d’un opérationnel au sein de l’entreprise qui peut être joignable''. Amine Diouri d’ajouter : ''La plateforme est mise à jour grâce à 30 000 sources de données, soit plus de 5 millions de mises à jour quotidiennes qui permettent de livrer des informations sur plus d’un millier de secteurs d’activité. C’est donc un outil qui permet aux entreprises qui prospectent d’avoir un maximum d’informations pour prendre la meilleure décision possible. L’intérêt, pour nos exportateurs, c’est de multiplier le nombre d’opportunités.''

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