Covid-19. Le Maroc ne pourra pas produire le Remdesevir, l'Etat appelé à réagir

La grosse bataille du traitement du Covid-19 a commencé et ce n'est que le début. Comme on va le voir, le Maroc est concerné. Il faut se préparer et notre pays a des cartes à jouer.

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Covid-19. Le Maroc ne pourra pas produire le Remdesevir, l'Etat appelé à réagir

Le 13 mai 2020 à 21:21

Modifié le 14 mai 2020 à 14:40

L'alerte a été donnée par trois associations : IPTC-Mena, AMDH et l'ALCS. Le laboratoire américain Gilead qui fabrique le médicament antiviral Remdesevir, a autorisé le mardi 12 mai, 5 laboratoires dans le monde et uniquement ces cinq, à produire son médicament en générique. 120 autres pays, dont le Maroc, ont le droit de se fournir auprès de ces 5 laboratoires.

Le Remdesevir est un médicament contre l'Ebola. Il est fabriqué par Gilead qui s'était également fait connaître dans les années 2015 et 2016, par son traitement contre l'hépatite C, traitement que le Maroc avait fini par "génériquer". Le traitement d'origine coûtait 80.000 dollars. Le traitement marocain est au moins 100 fois moins cher.

Et le Remdesevir dans tout ça ? Que vient faire Ebola dans le Covid-19 ?

Lorsqu'on recherche un traitement pour lutter contre une maladie, l'une des pistes classiques consiste à tester d'anciennes molécules. C'est ce qui s'est passé avec l'hydroxychloroquine et c'est ce qui se passe avec le Remdesevir. Ce dernier est en phase d'études cliniques et les Américains anticipent tellement son efficacité que l'action de Gilead a bondi à Wall Street.

Les résultats de ces études cliniques, décisives, seront connus début juin. Mais les manœuvres ont déjà commencé. L'enjeu est important: des dizaines ou centaines de milliards de dollars.

Donc, ce mardi 12 mai, Gilead a annoncé avoir accordé une licence de générique à cinq laboratoires, situés dans deux pays, l'Inde et le Pakistan. 120 autres pays, dont le Maroc, sont autorisés à importer ce médicament, mais ces 5 laboratoires sont "libres de fixer leurs prix" selon les termes de la licence.

S'il ne fait rien, le Maroc sera obligé de s'incliner car le Remdesevir a fait l'objet d'un brevet déposé à l'OMPIC en 2011. Il est donc protégé jusqu'en 2031. Du moins en principe, car le Maroc peut juridiquement réagir en émettant "une licence d'office", nous explique le Dr Othman Mellouk, fondateur de l'IPTC-Mena et qui avait milité, avec succès, pour que des génériques soient produits contre l'hépatite C et contre le VIH.

Pourquoi ne pas se contenter d'importer du Pakistan ou de l'Inde ?

"Pour une raison de sécurité sanitaire", explique notre source :

"Si le traitement s'avère efficace, ces 5 laboratoires ne pourront jamais fournir les 120 pays et donneront la priorité à leurs propres concitoyens d'abord. Ce qui est normal. Il n'y a pas de liaisons directes maritimes ou aériennes et dans ce genre de situation, on a vu que les escales peuvent être lourdes de risques. Le prix sera également une grande inconnue puisque ces laboratoires seront libres de fixer le leur. Enfin, rien ne garantit que l'un de ces deux pays ne sera pas tenté de réquisitionner la production locale comme l'a fait l'Inde pour le Paracétamol en mars dernier".

Comment faire?

La licence d'office est une possibilité offerte aux pays pour les cas de force majeure relevant des domaines de la santé publique. "Nous suggérons d'émettre une seule licence, une fois pour toutes, pour tout produit ou technologie de lutte contre le Covid-19, qu'il s'agisse de ce médicament, d'un autre médicament, d'une technologie, d'un respirateur ou d'un masque", précise Othman Mellouk.

"Nous devons le faire, ce sera un message aux laboratoires internationaux, pour ce produit et pour les produits à venir", conclut Dr Mellouk.

Voici par ailleurs le communiqué commun rendu public par les trois associations :

Les génériqueurs nationaux interdits par le laboratoire américain Gilead de produire les traitements anti-Covid-19 : Les associations appellent au recours aux licences d’office.

"Le 12 mai 2020, le laboratoire américain Gilead a annoncé avoir accordé des licences volontaires à cinq génériqueurs d’Inde et du Pakistan pour produire et vendre des versions génériques de son médicament remdesevir actuellement testé contre le Covid19. De fait, les génériqueurs marocains ne pourront pas produire localement le médicament s’il s’avère efficace, d’autant plus que ce dernier est protégé dans notre pays par un brevet d’invention au moins jusqu’en 2031. L’ALCS, l’AMDH et ITPC-MENA demandent au gouvernement marocain l’émission de licences d’office sur tous les médicaments et technologies susceptibles de traiter le Covid-19.

"Même si le Maroc figure parmi les pays pouvant être approvisionnés par cette licence, la décision de Gilead n’est pas une bonne nouvelle pour notre pays, a déclaré Dr Othoman Mellouk, expert en propriété intellectuelle et de l'accès aux médicaments et fondateur d’ITPC-MENA. Si les essais du remdesevir s’avèrent concluants, une riposte nationale efficace contre la pandémie nécessitera une production locale. La dépendance de sources étrangères d’approvisionnement en temps de crise sanitaire mondiale ne se fera pas sans problèmes comme on l’a vu avec les saisies de produits de santé en transit dans de nombreux pays, ou encore avec les masques de protection… Ce qui nous a sauvé et qui a hissé le Maroc au rang d’exemple à suivre c’est que nous avons été rapides à produire ce dont nous avions besoin localement ».

"Développé par Gilead initialement contre le virus d’Ebola, le remdesevir est aujourd’hui également testé contre le Covid-19.

"Au Maroc, ce médicament est protégé par un brevet (MA35665) accordé par l’OMPIC, qui expire en 2031. Un autre brevet abusif visant à prolonger la durée de protection a également été déposé par Gilead et est actuellement en cours d’examen (EP16770866). Si ce dernier est accordé, la durée de protection sera étendue jusqu’en 2036.

"Certes, l’obtention d’un brevet garantit au détenteur le monopole sur le marché jusqu’à expiration, cependant, le gouvernement a le droit, conformément aux accords internationaux (flexibilités de l’accord ADPIC de l’OMC confirmées par la déclaration de Doha par les pays membres) et à la loi nationale, de suspendre cette protection pour des raisons de santé publique et d’autoriser une production nationale. C’est ce qu’on appelle les « licences d’office ».

"Nous demandons au gouvernement d’appliquer immédiatement l’article 67 de loi n°17-97 relative à la propriété industrielle, relatif aux licences d’office au brevet du remdesevir, mais également à tous les produits de santé (médicaments, tests, technologies) susceptibles d’être nécessaires à la riposte au Covid-19. Cette mesure permettra à l’industrie nationale de se préparer pour répondre aux besoins nationaux en temps et en heure", a déclaré le Pr Mehdi Karkouri, président de l’ALCS.

"En effet, l’article 67 de cette loi prévoit l’octroi de « licences d’office » pour des produits pharmaceutiques à travers un acte administratif, à la demande de l’autorité en charge de la santé publique. Cette disposition s’applique lorsque des médicaments ne sont pas disponibles en « quantité́ ou qualité́ suffisantes » sur le marché, ou parce que le prix est « anormalement élevé́ ».

"Il est à noter, qu’aucune négociation avec le détenteur du brevet n’est requise pour de telles licences. Cette disposition de loi permet de répondre aux besoins nationaux mais peut également être utilisée dans le but d’exporter des médicaments dans des pays qui n’ont pas les capacités de production suffisantes.

"Ainsi, le Maroc pourrait venir en aide aux plusieurs pays qui sont exclus de la licence de Gilead, pour beaucoup, même en l’absence de brevet. L’industrie nationale pourrait également bénéficier d’un marché plus large contribuant à des prix plus abordables. Les trois associations invitent également les sociétés qui fabriquent des médicaments génériques marocains à assumer leurs responsabilités et à démontrer leur sens national face à cette pandémie mondiale.

"Dès que les résultats des différents essais cliniques en cours seront confirmés, la demande mondiale sur les médicaments avérés efficaces va exploser.

"Il est peu probable que cinq génériqueurs puissent répondre seuls à une telle demande. Qu’est-ce qui garantit que le Maroc sera priorisé ? Quels prix seront imposés au Maroc ? Que se passera-t-il si un pays producteur ou de transit décide de réquisitionner toute la production pour répondre d’abord à ses besoins internes comme a fait l’Inde en mars dernier ? Notre pays doit se préparer à tous les scénarios et faire usage de tous les instruments légaux dont il dispose pour ne pas être pris de court", a conclu Dr. Aziz Ghali le président de l’AMDH.

 

Covid-19. Le Maroc ne pourra pas produire le Remdesevir, l'Etat appelé à réagir

Le 13 mai 2020 à21:37

Modifié le 14 mai 2020 à 14:40

La grosse bataille du traitement du Covid-19 a commencé et ce n'est que le début. Comme on va le voir, le Maroc est concerné. Il faut se préparer et notre pays a des cartes à jouer.

L'alerte a été donnée par trois associations : IPTC-Mena, AMDH et l'ALCS. Le laboratoire américain Gilead qui fabrique le médicament antiviral Remdesevir, a autorisé le mardi 12 mai, 5 laboratoires dans le monde et uniquement ces cinq, à produire son médicament en générique. 120 autres pays, dont le Maroc, ont le droit de se fournir auprès de ces 5 laboratoires.

Le Remdesevir est un médicament contre l'Ebola. Il est fabriqué par Gilead qui s'était également fait connaître dans les années 2015 et 2016, par son traitement contre l'hépatite C, traitement que le Maroc avait fini par "génériquer". Le traitement d'origine coûtait 80.000 dollars. Le traitement marocain est au moins 100 fois moins cher.

Et le Remdesevir dans tout ça ? Que vient faire Ebola dans le Covid-19 ?

Lorsqu'on recherche un traitement pour lutter contre une maladie, l'une des pistes classiques consiste à tester d'anciennes molécules. C'est ce qui s'est passé avec l'hydroxychloroquine et c'est ce qui se passe avec le Remdesevir. Ce dernier est en phase d'études cliniques et les Américains anticipent tellement son efficacité que l'action de Gilead a bondi à Wall Street.

Les résultats de ces études cliniques, décisives, seront connus début juin. Mais les manœuvres ont déjà commencé. L'enjeu est important: des dizaines ou centaines de milliards de dollars.

Donc, ce mardi 12 mai, Gilead a annoncé avoir accordé une licence de générique à cinq laboratoires, situés dans deux pays, l'Inde et le Pakistan. 120 autres pays, dont le Maroc, sont autorisés à importer ce médicament, mais ces 5 laboratoires sont "libres de fixer leurs prix" selon les termes de la licence.

S'il ne fait rien, le Maroc sera obligé de s'incliner car le Remdesevir a fait l'objet d'un brevet déposé à l'OMPIC en 2011. Il est donc protégé jusqu'en 2031. Du moins en principe, car le Maroc peut juridiquement réagir en émettant "une licence d'office", nous explique le Dr Othman Mellouk, fondateur de l'IPTC-Mena et qui avait milité, avec succès, pour que des génériques soient produits contre l'hépatite C et contre le VIH.

Pourquoi ne pas se contenter d'importer du Pakistan ou de l'Inde ?

"Pour une raison de sécurité sanitaire", explique notre source :

"Si le traitement s'avère efficace, ces 5 laboratoires ne pourront jamais fournir les 120 pays et donneront la priorité à leurs propres concitoyens d'abord. Ce qui est normal. Il n'y a pas de liaisons directes maritimes ou aériennes et dans ce genre de situation, on a vu que les escales peuvent être lourdes de risques. Le prix sera également une grande inconnue puisque ces laboratoires seront libres de fixer le leur. Enfin, rien ne garantit que l'un de ces deux pays ne sera pas tenté de réquisitionner la production locale comme l'a fait l'Inde pour le Paracétamol en mars dernier".

Comment faire?

La licence d'office est une possibilité offerte aux pays pour les cas de force majeure relevant des domaines de la santé publique. "Nous suggérons d'émettre une seule licence, une fois pour toutes, pour tout produit ou technologie de lutte contre le Covid-19, qu'il s'agisse de ce médicament, d'un autre médicament, d'une technologie, d'un respirateur ou d'un masque", précise Othman Mellouk.

"Nous devons le faire, ce sera un message aux laboratoires internationaux, pour ce produit et pour les produits à venir", conclut Dr Mellouk.

Voici par ailleurs le communiqué commun rendu public par les trois associations :

Les génériqueurs nationaux interdits par le laboratoire américain Gilead de produire les traitements anti-Covid-19 : Les associations appellent au recours aux licences d’office.

"Le 12 mai 2020, le laboratoire américain Gilead a annoncé avoir accordé des licences volontaires à cinq génériqueurs d’Inde et du Pakistan pour produire et vendre des versions génériques de son médicament remdesevir actuellement testé contre le Covid19. De fait, les génériqueurs marocains ne pourront pas produire localement le médicament s’il s’avère efficace, d’autant plus que ce dernier est protégé dans notre pays par un brevet d’invention au moins jusqu’en 2031. L’ALCS, l’AMDH et ITPC-MENA demandent au gouvernement marocain l’émission de licences d’office sur tous les médicaments et technologies susceptibles de traiter le Covid-19.

"Même si le Maroc figure parmi les pays pouvant être approvisionnés par cette licence, la décision de Gilead n’est pas une bonne nouvelle pour notre pays, a déclaré Dr Othoman Mellouk, expert en propriété intellectuelle et de l'accès aux médicaments et fondateur d’ITPC-MENA. Si les essais du remdesevir s’avèrent concluants, une riposte nationale efficace contre la pandémie nécessitera une production locale. La dépendance de sources étrangères d’approvisionnement en temps de crise sanitaire mondiale ne se fera pas sans problèmes comme on l’a vu avec les saisies de produits de santé en transit dans de nombreux pays, ou encore avec les masques de protection… Ce qui nous a sauvé et qui a hissé le Maroc au rang d’exemple à suivre c’est que nous avons été rapides à produire ce dont nous avions besoin localement ».

"Développé par Gilead initialement contre le virus d’Ebola, le remdesevir est aujourd’hui également testé contre le Covid-19.

"Au Maroc, ce médicament est protégé par un brevet (MA35665) accordé par l’OMPIC, qui expire en 2031. Un autre brevet abusif visant à prolonger la durée de protection a également été déposé par Gilead et est actuellement en cours d’examen (EP16770866). Si ce dernier est accordé, la durée de protection sera étendue jusqu’en 2036.

"Certes, l’obtention d’un brevet garantit au détenteur le monopole sur le marché jusqu’à expiration, cependant, le gouvernement a le droit, conformément aux accords internationaux (flexibilités de l’accord ADPIC de l’OMC confirmées par la déclaration de Doha par les pays membres) et à la loi nationale, de suspendre cette protection pour des raisons de santé publique et d’autoriser une production nationale. C’est ce qu’on appelle les « licences d’office ».

"Nous demandons au gouvernement d’appliquer immédiatement l’article 67 de loi n°17-97 relative à la propriété industrielle, relatif aux licences d’office au brevet du remdesevir, mais également à tous les produits de santé (médicaments, tests, technologies) susceptibles d’être nécessaires à la riposte au Covid-19. Cette mesure permettra à l’industrie nationale de se préparer pour répondre aux besoins nationaux en temps et en heure", a déclaré le Pr Mehdi Karkouri, président de l’ALCS.

"En effet, l’article 67 de cette loi prévoit l’octroi de « licences d’office » pour des produits pharmaceutiques à travers un acte administratif, à la demande de l’autorité en charge de la santé publique. Cette disposition s’applique lorsque des médicaments ne sont pas disponibles en « quantité́ ou qualité́ suffisantes » sur le marché, ou parce que le prix est « anormalement élevé́ ».

"Il est à noter, qu’aucune négociation avec le détenteur du brevet n’est requise pour de telles licences. Cette disposition de loi permet de répondre aux besoins nationaux mais peut également être utilisée dans le but d’exporter des médicaments dans des pays qui n’ont pas les capacités de production suffisantes.

"Ainsi, le Maroc pourrait venir en aide aux plusieurs pays qui sont exclus de la licence de Gilead, pour beaucoup, même en l’absence de brevet. L’industrie nationale pourrait également bénéficier d’un marché plus large contribuant à des prix plus abordables. Les trois associations invitent également les sociétés qui fabriquent des médicaments génériques marocains à assumer leurs responsabilités et à démontrer leur sens national face à cette pandémie mondiale.

"Dès que les résultats des différents essais cliniques en cours seront confirmés, la demande mondiale sur les médicaments avérés efficaces va exploser.

"Il est peu probable que cinq génériqueurs puissent répondre seuls à une telle demande. Qu’est-ce qui garantit que le Maroc sera priorisé ? Quels prix seront imposés au Maroc ? Que se passera-t-il si un pays producteur ou de transit décide de réquisitionner toute la production pour répondre d’abord à ses besoins internes comme a fait l’Inde en mars dernier ? Notre pays doit se préparer à tous les scénarios et faire usage de tous les instruments légaux dont il dispose pour ne pas être pris de court", a conclu Dr. Aziz Ghali le président de l’AMDH.

 

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