Covid-19: Les tests massifs sont incontournables au Maroc, voici pourquoi

Le confinement seul ne fait qu'aplatir la courbe de propagation. Ce qu'il faut, c'est profiter de ce répit pour aller plus loin dans les mesures drastiques: adopter un dépistage massif couplé à un déconfinement progressif.

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Covid-19 : Les tests massifs sont incontournables au Maroc, voici pourquoi

Le 04 avril 2020 à 10:20

Modifié le 06 avril 2020 à 15:47

L’article ci-dessous a été élaboré après compilation des données marocaines publiques, des déclarations des responsables de la Santé publique, d’une recherche auprès de sources essentielles telles que l’OMS ou des experts en épidémiologie. Jean Marc Salmon, sociologue français, spécialisé entre autres dans les réseaux et les télécoms, et qui a suivi de près les études sur la vitesse de propagation du virus du Covid-19, a apporté une contribution importante, notamment à travers un long échange téléphonique et une sélection de sources.

Le Maroc a des chances raisonnables d’arriver à aplatir la courbe de propagation du coronavirus sur son territoire. D’autres pays sont allés au-delà de cet aplatissement de la courbe, qui au final fait gagner du temps mais ne vient pas à bout de la propagation.
Des questions importantes restent posées:

- Combien de temps va durer le confinement ? Si on étale la courbe du nombre de cas sur plusieurs mois, va-t-on maintenir le confinement pendant plusieurs mois ? On s'achemine à l'évidence vers un confinement qui sera prolongé au delà du 20 avril. A un certain moment et au vu de l'évolution, commencera la déconfinement et il sera progressif. Mais si l'on ne massifie pas les tests, bien au-delà de ce qui est pratiqué maintenant, une résurgence de la propagation risque de se produire.

- Pourquoi le Maroc ne réalise-t-il pas davantage de tests ? Il n'est pas le seul pays dans ce cas. Les pays qui ont réalisé des tests massifs sont généralement ceux qui sont arrivés à en fabriquer comme l'Allemagne ou la Corée du Sud. Pour les autres, il faut s'approvisionner sur le marché international et ce n'est pas facile.

 OMS: Testez, testez, testez !

Comme nous l’avons expliqué dans notre précédent article, le nombre de tests effectués au Maroc reflète le nombre de cas suspects ou possibles. Au samedi 4 avril à 08H00, seuls 4.026 tests avaient été réalisés au Maroc, tous selon la technique du PCR, la plus fiable, mais la plus lente. Avec un coût unitaire de 500 DH pièce.

Le Maroc a suivi les recommandations de l’OMS : commencer par la détection la plus précoce possible des nouveaux cas, pour pouvoir contenir les contaminations. Il n’a testé que les cas possibles. La définition des cas possibles était restrictive au début. Elle a été progressivement élargie, surtout après la fameuse déclaration du DG de l’OMS, le 16 mars: “Testez, testez, testez“.

Depuis le 22 mars, le Maroc a adopté la définition suivante

Un cas possible de Covid-19 sera évoqué devant l'une des situations suivantes:

1. Personne, vivante ou décédée, présentant ou ayant présenté une infection respiratoire aigüe (IRA).

- SOIT ayant été en contact avec un cas confirmé d'infection par le SARS-Cov-2, deux jours avant et pendant que ce dernier était symptomatique.

- SOIT ayant voyagé ou séjourné dans une zone à risque, dans les 14 jours suivant le retour de celle-ci.

- SOIT ayant été en contact avec une personne ayant séjourné dans une zone à risque, dans les 14 jours précédant l'apparition des symptômes;

2. Personne, avec ou sans notion de voyage ou de séjour dans une zone à risque, et présentant une IRA sévère, en l'absence d'une étiologie évidente;

3. Groupe de personnes présentant une IRA (après validation du CNOUSP, Centre National d 'Opérations d'Urgence en Santé Publique).

Selon notre compréhension des différentes déclarations de responsables marocains, les cas contacts à haut risque sont maintenant systématiquement testés.

Bref, les seules personnes testées sont celles présentant une IRA (infection respiratoire aigüe) ou une IRA sévère, surtout s’il y a une notion de contact avec une personne infectée ou un séjour dans une zone à risque ou des cas regroupés d’IRA. Ou bien si elle est considérée comme cas contact à haut risque.

Pourtant, le 21 mars 2020, sur une petite série de 83 patients certes, le Dr Lyoubi, directeur de l’épidémiologie, a signalé que les difficultés respiratoires ne représentent que 23% des cas à l’admission au Maroc. Ce qui signifie que l'IRA ne peut être un critère suffisant de sélection des personnes à tester.

De plus, nous savons maintenant, sur des séries de milliers ou dizaines de milliers de cas dans le monde, que 20% à 50% au moins des cas de Covid-19 ne présentent pas de symptômes ou bien des symptômes trop légers pour les pousser à consulter. Bref, attendre que le malade se manifeste par lui-même n'est pas la meilleure stratégie.

Enfin, le Dr Lyoubi a annoncé mercredi que sur les cas contacts qui ont subi des tests, 70 étaient positifs sans présenter de symptômes.

En conclusion, le nombre de cas annoncé chaque jour ne reflète qu'une partie de la réalité de la maladie au Maroc: il reflète les cas détectés et non pas tous les cas.

 70 cas asymptomatiques ont été détectés au Maroc

Pourquoi devrait-on tester et détecter des cas asymptomatiques ? Après tout, ce sont des personnes qui ne tombent pas malades.
Un cas asymptomatique reste contagieux pendant une durée pouvant aller jusqu’à 14 jours, voire davantage. Voilà le problème. C’est un vecteur invisible de propagation.
Les chiffres marocains montrent bien que les porteurs sains au Maroc ont été très peu détectés :

- l’existence de 70 porteurs asymptomatiques sur les centaines de cas contact investigués ;

- la moyenne d’âge élevée pour les cas détectés : entre 54 ans et 56 ans, selon les déclarations officielles. Or, les cas asymptomatiques sont généralement jeunes.

- le taux élevé de décès : le samedi 4 avril à 08H, il y avait 5,9% de décès (nombre de décès rapporté à l’ensemble des cas déclarés depuis le début). Si des cas sans symptômes avaient été détectés, on aurait eu plus de cas cumulés et moins de décès en valeur relative.

Le jour où le Maroc sortira du confinement parce que le nombre de cas aura fortement baissé, il y aura probablement des cas asymptomatiques dans la nature. Des cas qui resteront contagieux et qu’il faudrait identifier et placer en isolement.

Selon nos sources, la sortie du confinement ne sera pas brutale. On ne reviendra pas de 0 à 100 en un instant. Elle sera progressive. Et surtout, il y aura la mise en place d’un dispositif de dépistage élargi, mais dont nous ne connaissons pas l’ampleur. Son ampleur dépendra entre autres de la disponibilité des tests, de leur coût et surtout des freins logistiques et de la relative rareté des ressources humaines dans le domaine de la santé.

Le Maroc a en tous les cas d'ores et déjà opté pour des tests antigéniques rapides en provenance de Corée du Sud et d'Allemagne, deux pays qui ont effectué des tests massifs de dépistage.

Le secret des pays qui ont obtenu des résultats spectaculaires: dépistage et traçage

Pour Jean-Marc Salmon qui travaille sur la vitesse de propagation de la pandémie, les deux actions suivantes, combinées, donnent des résultats remarquables :

- un dépistage massif, qui permet d’identifier beaucoup plus de cas et surtout les cas asymptomatiques ;

- combiné à un traçage, jusqu’à 15 jours en arrière, de toutes les personnes positives. Tous ces cas contacts sont à leur tour testés. Toutes les personnes positives, qu’elles soient symptomatiques ou pas, sont placées en isolement.

Tous les contacts de tous les cas confirmés, même asymptomatiques, doivent être tracés, d’une manière systématique.

Les pays asiatiques, comme la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan, Singapour, ont eu un recours massif aux datas. Par exemple, celles des smartphones et des cartes de crédit.

Voyons l’exemple de Taïwan : 21 millions d’habitants, 404.000 d’entre eux travaillent en Chine, flux incessant avec le continent qui a connu une énorme épidémie. Taïwan enregistre seulement 348 cas et 5 décès (chiffres au 3 avril 2020).

Le secret de Taïwan, c’est le bigdata et les tests.

Dès le déclenchement de l’épidémie, Taipeh a créé une énorme base de données intégrant à la fois ses datas sur l’assurance maladie et celles sur l’immigration et les douanes. Lors d’une visite en clinique ou à l’hôpital, une alerte en temps réel est déclenchée s’il y a un précédent de voyage dans une zone à risque, particulièrement la Chine continentale.

En fonction des antécédents médicaux et de voyage, les personnes à chaque passage de frontière se voyaient attribuer un code de risque élevé, moyen ou faible. L’historique des voyages portait bien sûr sur les 14 derniers jours. Toutes les personnes à risque élevé ont été placées en isolement à leur propre domicile et suivies via leur téléphone portable pour s’assurer de leur sédentarité selon la durée du confinement individuel prévue.

Taïwan a également utilisé la base de données de sa National Health Insurance pour identifier les personnes qui ont récemment consulté pour des infections respiratoires sévères et parmi elles, 113 cas de Covid-19 ont été trouvés.

A partir du 5 janvier 2020, toutes personnes ayant voyagé à Wuhan a été systématiquement testées.

Le 27 janvier 2020 et en une seule journée, les antécédents de voyages des 14 derniers jours de tous les assurés étaient intégrés à leur carte d’assurance santé.

Le 18 février, tous les hôpitaux, cliniques et pharmacies de Taïwan ont commencé à avoir accès aux antécédents de voyage de leurs patients.

Tout cela a été dirigé depuis un centre de commandement unique. Ce centre a également effectué les allocations de ressources et a annoncé dès le 20 janvier, que le stock de masques était de 42 millions d’unités et que 1.100  chambres d’isolement à pression négative étaient prêtes.

Corée du Sud: 46 millions d’habitants et au 3 avril 2020, 10.062 cas cumulés dont 174 décès et 6.021 guérisons. Le taux de décès est de 1,7%.

Dès le départ, la Corée a lancé un plan de test agressif pour identifier le SRAS-CoV-2. «Contrairement à d'autres pays, où seuls ceux qui présentent des symptômes sont testés, nous avons décidé de réaliser des tests sur toute personne ayant été en contact direct avec des cas confirmés. Au lieu d'attendre la venue des patients, nous sommes allés vers eux et avons recherché d'éventuelles personnes infectées pour les empêcher d'infecter la communauté », a déclaré à CNN Park Neunghoo, ministre coréen de la Santé, cité par El Pais.

Depuis, la Corée a effectué plus de 15.000 tests par jour.

La Corée, qui a l'avantage d'avoir sur son territoire certaines des entreprises qui fabriquent les réactifs pour détecter le virus, a lancé un réseau de près d'une centaine de laboratoires pour obtenir les résultats. Cela a mis en évidence de nombreuses infections dans le pays asiatique, ce qui a également entraîné un taux de mortalité beaucoup plus faible qu'ailleurs. Notons que le taux de mortalité dépend de plusieurs facteurs, dont la détection précoce et le profil des malades. Mais on s'est rendu compte qu'il est directement corrélé au nombre de lits de soins aigüs pour 1.000 habitants: 3,09 en France; 6,02 en Allemagne et 7,14 en Corée du Sud.

"En Corée, les arrêts de métro, les magasins et les lieux publics ont été remplis de distributeurs de désinfectant pour les mains", souligne ELPais.

 Le New York Times a également consacré un long article sur le secret coréen: extraordinaire adhésion et discipline populaires.

"Au plus fort, le personnel médical a identifié 909 nouveaux cas en une seule journée, le 29 février, et le pays de 50 millions de personnes est sur le point d'être débordé. Mais moins d'une semaine plus tard, le nombre de nouveaux cas a diminué de moitié. En quatre jours, il a encore diminué de moitié - et encore le lendemain. Des responsables et des experts du monde entier scrutent la Corée du Sud pour en tirer des leçons. Et ces leçons, bien que peu faciles, semblent relativement simples et abordables: une action rapide, des tests, une recherche des contacts généralisés et un soutien critique des citoyens. La Corée du Sud a effectué plus de 300.000 tests. Les autorités ont ouvert 600 centres de test conçus pour dépister le plus de personnes possible, le plus rapidement possible - et assurer la sécurité des agents de santé en minimisant les contacts. Dans 50 stations de service au volant, les patients sont testés sans quitter leur voiture. Ils reçoivent un questionnaire, un balayage de température à distance et un prélèvement de gorge. Le processus prend environ 10 minutes", écrit le NYT.

En conclusion, le Maroc a très bien géré l'arrivée du Coronavirus sur le sol national, il a pris très tôt les mesures les plus draconiennes, avec une forte adhésion de la population. Maintenant, il faut passer à des tests plus massifs et à l'utilisation des nouvelles technologies. L'Agence de développement du digital relèvera-t-elle ce défi ? Pour les tests, nous savons qu'ils arrivent, il y a maintenant toute une organisation à mettre en place et au plus vite.

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LES TESTS AU MAROC, VOILA CE QUE L'ON SAIT

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Le 04 avril 2020 à10:47

Modifié le 06 avril 2020 à 15:47

Le confinement seul ne fait qu'aplatir la courbe de propagation. Ce qu'il faut, c'est profiter de ce répit pour aller plus loin dans les mesures drastiques: adopter un dépistage massif couplé à un déconfinement progressif.

L’article ci-dessous a été élaboré après compilation des données marocaines publiques, des déclarations des responsables de la Santé publique, d’une recherche auprès de sources essentielles telles que l’OMS ou des experts en épidémiologie. Jean Marc Salmon, sociologue français, spécialisé entre autres dans les réseaux et les télécoms, et qui a suivi de près les études sur la vitesse de propagation du virus du Covid-19, a apporté une contribution importante, notamment à travers un long échange téléphonique et une sélection de sources.

Le Maroc a des chances raisonnables d’arriver à aplatir la courbe de propagation du coronavirus sur son territoire. D’autres pays sont allés au-delà de cet aplatissement de la courbe, qui au final fait gagner du temps mais ne vient pas à bout de la propagation.
Des questions importantes restent posées:

- Combien de temps va durer le confinement ? Si on étale la courbe du nombre de cas sur plusieurs mois, va-t-on maintenir le confinement pendant plusieurs mois ? On s'achemine à l'évidence vers un confinement qui sera prolongé au delà du 20 avril. A un certain moment et au vu de l'évolution, commencera la déconfinement et il sera progressif. Mais si l'on ne massifie pas les tests, bien au-delà de ce qui est pratiqué maintenant, une résurgence de la propagation risque de se produire.

- Pourquoi le Maroc ne réalise-t-il pas davantage de tests ? Il n'est pas le seul pays dans ce cas. Les pays qui ont réalisé des tests massifs sont généralement ceux qui sont arrivés à en fabriquer comme l'Allemagne ou la Corée du Sud. Pour les autres, il faut s'approvisionner sur le marché international et ce n'est pas facile.

 OMS: Testez, testez, testez !

Comme nous l’avons expliqué dans notre précédent article, le nombre de tests effectués au Maroc reflète le nombre de cas suspects ou possibles. Au samedi 4 avril à 08H00, seuls 4.026 tests avaient été réalisés au Maroc, tous selon la technique du PCR, la plus fiable, mais la plus lente. Avec un coût unitaire de 500 DH pièce.

Le Maroc a suivi les recommandations de l’OMS : commencer par la détection la plus précoce possible des nouveaux cas, pour pouvoir contenir les contaminations. Il n’a testé que les cas possibles. La définition des cas possibles était restrictive au début. Elle a été progressivement élargie, surtout après la fameuse déclaration du DG de l’OMS, le 16 mars: “Testez, testez, testez“.

Depuis le 22 mars, le Maroc a adopté la définition suivante

Un cas possible de Covid-19 sera évoqué devant l'une des situations suivantes:

1. Personne, vivante ou décédée, présentant ou ayant présenté une infection respiratoire aigüe (IRA).

- SOIT ayant été en contact avec un cas confirmé d'infection par le SARS-Cov-2, deux jours avant et pendant que ce dernier était symptomatique.

- SOIT ayant voyagé ou séjourné dans une zone à risque, dans les 14 jours suivant le retour de celle-ci.

- SOIT ayant été en contact avec une personne ayant séjourné dans une zone à risque, dans les 14 jours précédant l'apparition des symptômes;

2. Personne, avec ou sans notion de voyage ou de séjour dans une zone à risque, et présentant une IRA sévère, en l'absence d'une étiologie évidente;

3. Groupe de personnes présentant une IRA (après validation du CNOUSP, Centre National d 'Opérations d'Urgence en Santé Publique).

Selon notre compréhension des différentes déclarations de responsables marocains, les cas contacts à haut risque sont maintenant systématiquement testés.

Bref, les seules personnes testées sont celles présentant une IRA (infection respiratoire aigüe) ou une IRA sévère, surtout s’il y a une notion de contact avec une personne infectée ou un séjour dans une zone à risque ou des cas regroupés d’IRA. Ou bien si elle est considérée comme cas contact à haut risque.

Pourtant, le 21 mars 2020, sur une petite série de 83 patients certes, le Dr Lyoubi, directeur de l’épidémiologie, a signalé que les difficultés respiratoires ne représentent que 23% des cas à l’admission au Maroc. Ce qui signifie que l'IRA ne peut être un critère suffisant de sélection des personnes à tester.

De plus, nous savons maintenant, sur des séries de milliers ou dizaines de milliers de cas dans le monde, que 20% à 50% au moins des cas de Covid-19 ne présentent pas de symptômes ou bien des symptômes trop légers pour les pousser à consulter. Bref, attendre que le malade se manifeste par lui-même n'est pas la meilleure stratégie.

Enfin, le Dr Lyoubi a annoncé mercredi que sur les cas contacts qui ont subi des tests, 70 étaient positifs sans présenter de symptômes.

En conclusion, le nombre de cas annoncé chaque jour ne reflète qu'une partie de la réalité de la maladie au Maroc: il reflète les cas détectés et non pas tous les cas.

 70 cas asymptomatiques ont été détectés au Maroc

Pourquoi devrait-on tester et détecter des cas asymptomatiques ? Après tout, ce sont des personnes qui ne tombent pas malades.
Un cas asymptomatique reste contagieux pendant une durée pouvant aller jusqu’à 14 jours, voire davantage. Voilà le problème. C’est un vecteur invisible de propagation.
Les chiffres marocains montrent bien que les porteurs sains au Maroc ont été très peu détectés :

- l’existence de 70 porteurs asymptomatiques sur les centaines de cas contact investigués ;

- la moyenne d’âge élevée pour les cas détectés : entre 54 ans et 56 ans, selon les déclarations officielles. Or, les cas asymptomatiques sont généralement jeunes.

- le taux élevé de décès : le samedi 4 avril à 08H, il y avait 5,9% de décès (nombre de décès rapporté à l’ensemble des cas déclarés depuis le début). Si des cas sans symptômes avaient été détectés, on aurait eu plus de cas cumulés et moins de décès en valeur relative.

Le jour où le Maroc sortira du confinement parce que le nombre de cas aura fortement baissé, il y aura probablement des cas asymptomatiques dans la nature. Des cas qui resteront contagieux et qu’il faudrait identifier et placer en isolement.

Selon nos sources, la sortie du confinement ne sera pas brutale. On ne reviendra pas de 0 à 100 en un instant. Elle sera progressive. Et surtout, il y aura la mise en place d’un dispositif de dépistage élargi, mais dont nous ne connaissons pas l’ampleur. Son ampleur dépendra entre autres de la disponibilité des tests, de leur coût et surtout des freins logistiques et de la relative rareté des ressources humaines dans le domaine de la santé.

Le Maroc a en tous les cas d'ores et déjà opté pour des tests antigéniques rapides en provenance de Corée du Sud et d'Allemagne, deux pays qui ont effectué des tests massifs de dépistage.

Le secret des pays qui ont obtenu des résultats spectaculaires: dépistage et traçage

Pour Jean-Marc Salmon qui travaille sur la vitesse de propagation de la pandémie, les deux actions suivantes, combinées, donnent des résultats remarquables :

- un dépistage massif, qui permet d’identifier beaucoup plus de cas et surtout les cas asymptomatiques ;

- combiné à un traçage, jusqu’à 15 jours en arrière, de toutes les personnes positives. Tous ces cas contacts sont à leur tour testés. Toutes les personnes positives, qu’elles soient symptomatiques ou pas, sont placées en isolement.

Tous les contacts de tous les cas confirmés, même asymptomatiques, doivent être tracés, d’une manière systématique.

Les pays asiatiques, comme la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan, Singapour, ont eu un recours massif aux datas. Par exemple, celles des smartphones et des cartes de crédit.

Voyons l’exemple de Taïwan : 21 millions d’habitants, 404.000 d’entre eux travaillent en Chine, flux incessant avec le continent qui a connu une énorme épidémie. Taïwan enregistre seulement 348 cas et 5 décès (chiffres au 3 avril 2020).

Le secret de Taïwan, c’est le bigdata et les tests.

Dès le déclenchement de l’épidémie, Taipeh a créé une énorme base de données intégrant à la fois ses datas sur l’assurance maladie et celles sur l’immigration et les douanes. Lors d’une visite en clinique ou à l’hôpital, une alerte en temps réel est déclenchée s’il y a un précédent de voyage dans une zone à risque, particulièrement la Chine continentale.

En fonction des antécédents médicaux et de voyage, les personnes à chaque passage de frontière se voyaient attribuer un code de risque élevé, moyen ou faible. L’historique des voyages portait bien sûr sur les 14 derniers jours. Toutes les personnes à risque élevé ont été placées en isolement à leur propre domicile et suivies via leur téléphone portable pour s’assurer de leur sédentarité selon la durée du confinement individuel prévue.

Taïwan a également utilisé la base de données de sa National Health Insurance pour identifier les personnes qui ont récemment consulté pour des infections respiratoires sévères et parmi elles, 113 cas de Covid-19 ont été trouvés.

A partir du 5 janvier 2020, toutes personnes ayant voyagé à Wuhan a été systématiquement testées.

Le 27 janvier 2020 et en une seule journée, les antécédents de voyages des 14 derniers jours de tous les assurés étaient intégrés à leur carte d’assurance santé.

Le 18 février, tous les hôpitaux, cliniques et pharmacies de Taïwan ont commencé à avoir accès aux antécédents de voyage de leurs patients.

Tout cela a été dirigé depuis un centre de commandement unique. Ce centre a également effectué les allocations de ressources et a annoncé dès le 20 janvier, que le stock de masques était de 42 millions d’unités et que 1.100  chambres d’isolement à pression négative étaient prêtes.

Corée du Sud: 46 millions d’habitants et au 3 avril 2020, 10.062 cas cumulés dont 174 décès et 6.021 guérisons. Le taux de décès est de 1,7%.

Dès le départ, la Corée a lancé un plan de test agressif pour identifier le SRAS-CoV-2. «Contrairement à d'autres pays, où seuls ceux qui présentent des symptômes sont testés, nous avons décidé de réaliser des tests sur toute personne ayant été en contact direct avec des cas confirmés. Au lieu d'attendre la venue des patients, nous sommes allés vers eux et avons recherché d'éventuelles personnes infectées pour les empêcher d'infecter la communauté », a déclaré à CNN Park Neunghoo, ministre coréen de la Santé, cité par El Pais.

Depuis, la Corée a effectué plus de 15.000 tests par jour.

La Corée, qui a l'avantage d'avoir sur son territoire certaines des entreprises qui fabriquent les réactifs pour détecter le virus, a lancé un réseau de près d'une centaine de laboratoires pour obtenir les résultats. Cela a mis en évidence de nombreuses infections dans le pays asiatique, ce qui a également entraîné un taux de mortalité beaucoup plus faible qu'ailleurs. Notons que le taux de mortalité dépend de plusieurs facteurs, dont la détection précoce et le profil des malades. Mais on s'est rendu compte qu'il est directement corrélé au nombre de lits de soins aigüs pour 1.000 habitants: 3,09 en France; 6,02 en Allemagne et 7,14 en Corée du Sud.

"En Corée, les arrêts de métro, les magasins et les lieux publics ont été remplis de distributeurs de désinfectant pour les mains", souligne ELPais.

 Le New York Times a également consacré un long article sur le secret coréen: extraordinaire adhésion et discipline populaires.

"Au plus fort, le personnel médical a identifié 909 nouveaux cas en une seule journée, le 29 février, et le pays de 50 millions de personnes est sur le point d'être débordé. Mais moins d'une semaine plus tard, le nombre de nouveaux cas a diminué de moitié. En quatre jours, il a encore diminué de moitié - et encore le lendemain. Des responsables et des experts du monde entier scrutent la Corée du Sud pour en tirer des leçons. Et ces leçons, bien que peu faciles, semblent relativement simples et abordables: une action rapide, des tests, une recherche des contacts généralisés et un soutien critique des citoyens. La Corée du Sud a effectué plus de 300.000 tests. Les autorités ont ouvert 600 centres de test conçus pour dépister le plus de personnes possible, le plus rapidement possible - et assurer la sécurité des agents de santé en minimisant les contacts. Dans 50 stations de service au volant, les patients sont testés sans quitter leur voiture. Ils reçoivent un questionnaire, un balayage de température à distance et un prélèvement de gorge. Le processus prend environ 10 minutes", écrit le NYT.

En conclusion, le Maroc a très bien géré l'arrivée du Coronavirus sur le sol national, il a pris très tôt les mesures les plus draconiennes, avec une forte adhésion de la population. Maintenant, il faut passer à des tests plus massifs et à l'utilisation des nouvelles technologies. L'Agence de développement du digital relèvera-t-elle ce défi ? Pour les tests, nous savons qu'ils arrivent, il y a maintenant toute une organisation à mettre en place et au plus vite.

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