Créations d’emplois : comment le HCP obtient ses chiffres

Les statistiques du HCP sont parfois contestées par le gouvernement. Celles de l'emploi sont obtenues sur la base d’une enquête réalisée sur un échantillon de 90.000 ménages. Une méthode qui peut être critiquable mais qui est la même que celle utilisée par l’Insee en France ou par le Bureau fédéral de l’emploi aux Etats-Unis.

Créations d’emplois : comment le HCP obtient ses chiffres Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au plan

Le 10 avril 2019 à 18:52

Modifié le 10 avril 2019 à 17:59

En 2018, une polémique avait éclaté à cause du décalage entre les chiffres du HCP et ceux du ministère de l’industrie sur les créations d’emplois industriels.
 
Il y a quelques jours, à l’occasion de l’actualisation des chiffres du ministère de l’industrie, le sujet est à nouveau remis sur la table.
 
Pour rappel, les créations d’emplois industriels sont, pour le ministère, beaucoup plus importantes que celles publiées par le HCP.
 
Qu’il s’agisse des créations d’emplois, de la croissance économique ou autres, les statistiques de l’institution dirigée par Ahmed Lahlimi sont parfois contestées par les pouvoirs publics. Comment sont-elles élaborées ?
 
Dans le cas des statistiques du marché du travail (emploi, chômage…), le HCP indique qu’elles sont issues de l’enquête nationale sur l’emploi menée de façon permanente.
 
Il s’agit d’une enquête de terrain qui se base sur un questionnaire administré à un échantillon de 90.000 ménages (sondage stratifié à deux degrés, selon le site web du HCP).
 
L’enquête est réalisée à travers des interviews directes des ménages par le personnel régional du HCP. Elle est menée par le système de collecte assistée par ordinateur.
 
Autrefois annuelle et conduite uniquement en milieu urbain, elle a été étendue au milieu rural et est devenue trimestrielle pendant les années 1990.

En 2017, l’enquête nationale sur l’emploi a été améliorée "en intégrant de nouvelles thématiques dans son champs d’investigation, adoptant un nouvel échantillon élargi (90.000 contre 60.000 auparavant, ndlr) pour fournir, en plus du niveau national, des informations sur le marché du travail à l'échelle des 12 régions, et utilisant de nouvelles nomenclatures pour une meilleure appréhension des informations relatives aux activités économiques, aux métiers exercés et aux niveaux de formation", avait précisé le HCP il y a un an.

Les statistiques du HCP demeurent les chiffres officiels

Malgré son amélioration, cette méthode peut être critiquable. Il s’agit d’un sondage et non d’un recensement exhaustif de tous les travailleurs et de tous les chômeurs. Pour les emplois industriels, le ministère de l’industrie affirme, lui, comptabiliser tous les emplois sur la base des listes des entreprises industrielles identifiées, recoupées avec les données de la CNSS, de la DGI… Mais qu'en est-il de l'informel que le HCP prend bien en compte ?
 
Quoi qu’il en soit, ce sont les chiffres du HCP qui ont le caractère officiel. Ils sont pris en compte par Bank Al-Maghrib, les institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale, et par le gouvernement malgré son mécontentement ponctuel.
 
Selon le HCP, la méthode utilisée est conforme aux standards internationaux, notamment ceux de l’Organisation internationale du travail. Elle est d’ailleurs comparable à celles utilisées dans les pays développés.
 
En France par exemple, ce sont les chiffres de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) qui font référence et qui sont pris en considération dans les comptes de la nation.
 
Et auprès de l’Insee, on procède également un sondage pour déterminer les chiffres de l’emploi et du chômage à un rythme trimestriel. Un questionnaire est administré par téléphone et par des entretiens directs à un échantillon de 73.000 ménages (d'après le site web de l'institut).
 
Au Etats-Unis, c’est le bureau fédéral du travail qui produit les statistiques officielles de l’emploi et du chômage à un rythme mensuel. Il se base également sur une enquête fédérale basée sur un échantillon de 60.000 ménages.

La polémique est internationale

Dans ces deux pays également, les chiffres officiels de l’emploi et du chômage font polémique.
 
En France, les différences entre les chiffres de l’Insee et ceux de Pôle emploi font couler chaque année beaucoup d’encre et les politiques n’hésitent pas à les exploiter chacun selon ses intérêts.
 
Idem aux Etats-Unis, où une partie de la population et de la presse s’élèvent des fois pour dénoncer les taux de chômage bas annoncés par le bureau fédéral de l’emploi qui ne reflètent pas le perception générale.

Impossible de recenser chaque année tous les emplois et les chômeurs

Sur son site web, le bureau fédéral américain de l’emploi le dit clairement :
 
«Certaines personnes pensent que pour obtenir les chiffres sur le chômage, le gouvernement utilise le nombre de personnes percevant des prestations d'assurance-chômage dans le cadre de programmes des États ou du gouvernement fédéral. Mais certaines personnes sont toujours sans emploi lorsque leurs prestations sont épuisées, et beaucoup d'autres ne sont pas admissibles, tardent ou ne postulent jamais pour des prestations. Il est donc tout à fait clair que les informations de l’assurance-chômage ne peuvent être utilisées comme source d'informations complètes sur le nombre de chômeurs.
 
«D'autres personnes pensent que le gouvernement compte chaque mois tous les chômeurs. Pour ce faire, il faudrait contacter chaque ménage du pays, comme dans le recensement de la population réalisé tous les 10 ans. Cette procédure coûterait beaucoup trop cher et prendrait trop de temps à produire les données. De plus, les gens en auraient assez de voir un recenseur les contacter tous les mois, année après année, pour s'informer sur leur situation professionnelle.
 
« Parce que les registres de l'assurance-chômage concernent uniquement les personnes qui ont demandé de telles prestations et qu'il est impossible de compter chaque mois chaque chômeur, le gouvernement mène une enquête mensuelle dénommée Current Population Survey (CPS) afin de mesurer l'ampleur du chômage dans le pays ».
 
In fine, les méthodes utilisées par les institutions officielles de la statistiques peuvent être perfectibles mais elles demeurent pour l’instant les seules qui font référence.

Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au plan

Créations d’emplois : comment le HCP obtient ses chiffres

Le 10 avril 2019 à18:52

Modifié le 10 avril 2019 à 17:59

Les statistiques du HCP sont parfois contestées par le gouvernement. Celles de l'emploi sont obtenues sur la base d’une enquête réalisée sur un échantillon de 90.000 ménages. Une méthode qui peut être critiquable mais qui est la même que celle utilisée par l’Insee en France ou par le Bureau fédéral de l’emploi aux Etats-Unis.

En 2018, une polémique avait éclaté à cause du décalage entre les chiffres du HCP et ceux du ministère de l’industrie sur les créations d’emplois industriels.
 
Il y a quelques jours, à l’occasion de l’actualisation des chiffres du ministère de l’industrie, le sujet est à nouveau remis sur la table.
 
Pour rappel, les créations d’emplois industriels sont, pour le ministère, beaucoup plus importantes que celles publiées par le HCP.
 
Qu’il s’agisse des créations d’emplois, de la croissance économique ou autres, les statistiques de l’institution dirigée par Ahmed Lahlimi sont parfois contestées par les pouvoirs publics. Comment sont-elles élaborées ?
 
Dans le cas des statistiques du marché du travail (emploi, chômage…), le HCP indique qu’elles sont issues de l’enquête nationale sur l’emploi menée de façon permanente.
 
Il s’agit d’une enquête de terrain qui se base sur un questionnaire administré à un échantillon de 90.000 ménages (sondage stratifié à deux degrés, selon le site web du HCP).
 
L’enquête est réalisée à travers des interviews directes des ménages par le personnel régional du HCP. Elle est menée par le système de collecte assistée par ordinateur.
 
Autrefois annuelle et conduite uniquement en milieu urbain, elle a été étendue au milieu rural et est devenue trimestrielle pendant les années 1990.

En 2017, l’enquête nationale sur l’emploi a été améliorée "en intégrant de nouvelles thématiques dans son champs d’investigation, adoptant un nouvel échantillon élargi (90.000 contre 60.000 auparavant, ndlr) pour fournir, en plus du niveau national, des informations sur le marché du travail à l'échelle des 12 régions, et utilisant de nouvelles nomenclatures pour une meilleure appréhension des informations relatives aux activités économiques, aux métiers exercés et aux niveaux de formation", avait précisé le HCP il y a un an.

Les statistiques du HCP demeurent les chiffres officiels

Malgré son amélioration, cette méthode peut être critiquable. Il s’agit d’un sondage et non d’un recensement exhaustif de tous les travailleurs et de tous les chômeurs. Pour les emplois industriels, le ministère de l’industrie affirme, lui, comptabiliser tous les emplois sur la base des listes des entreprises industrielles identifiées, recoupées avec les données de la CNSS, de la DGI… Mais qu'en est-il de l'informel que le HCP prend bien en compte ?
 
Quoi qu’il en soit, ce sont les chiffres du HCP qui ont le caractère officiel. Ils sont pris en compte par Bank Al-Maghrib, les institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale, et par le gouvernement malgré son mécontentement ponctuel.
 
Selon le HCP, la méthode utilisée est conforme aux standards internationaux, notamment ceux de l’Organisation internationale du travail. Elle est d’ailleurs comparable à celles utilisées dans les pays développés.
 
En France par exemple, ce sont les chiffres de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) qui font référence et qui sont pris en considération dans les comptes de la nation.
 
Et auprès de l’Insee, on procède également un sondage pour déterminer les chiffres de l’emploi et du chômage à un rythme trimestriel. Un questionnaire est administré par téléphone et par des entretiens directs à un échantillon de 73.000 ménages (d'après le site web de l'institut).
 
Au Etats-Unis, c’est le bureau fédéral du travail qui produit les statistiques officielles de l’emploi et du chômage à un rythme mensuel. Il se base également sur une enquête fédérale basée sur un échantillon de 60.000 ménages.

La polémique est internationale

Dans ces deux pays également, les chiffres officiels de l’emploi et du chômage font polémique.
 
En France, les différences entre les chiffres de l’Insee et ceux de Pôle emploi font couler chaque année beaucoup d’encre et les politiques n’hésitent pas à les exploiter chacun selon ses intérêts.
 
Idem aux Etats-Unis, où une partie de la population et de la presse s’élèvent des fois pour dénoncer les taux de chômage bas annoncés par le bureau fédéral de l’emploi qui ne reflètent pas le perception générale.

Impossible de recenser chaque année tous les emplois et les chômeurs

Sur son site web, le bureau fédéral américain de l’emploi le dit clairement :
 
«Certaines personnes pensent que pour obtenir les chiffres sur le chômage, le gouvernement utilise le nombre de personnes percevant des prestations d'assurance-chômage dans le cadre de programmes des États ou du gouvernement fédéral. Mais certaines personnes sont toujours sans emploi lorsque leurs prestations sont épuisées, et beaucoup d'autres ne sont pas admissibles, tardent ou ne postulent jamais pour des prestations. Il est donc tout à fait clair que les informations de l’assurance-chômage ne peuvent être utilisées comme source d'informations complètes sur le nombre de chômeurs.
 
«D'autres personnes pensent que le gouvernement compte chaque mois tous les chômeurs. Pour ce faire, il faudrait contacter chaque ménage du pays, comme dans le recensement de la population réalisé tous les 10 ans. Cette procédure coûterait beaucoup trop cher et prendrait trop de temps à produire les données. De plus, les gens en auraient assez de voir un recenseur les contacter tous les mois, année après année, pour s'informer sur leur situation professionnelle.
 
« Parce que les registres de l'assurance-chômage concernent uniquement les personnes qui ont demandé de telles prestations et qu'il est impossible de compter chaque mois chaque chômeur, le gouvernement mène une enquête mensuelle dénommée Current Population Survey (CPS) afin de mesurer l'ampleur du chômage dans le pays ».
 
In fine, les méthodes utilisées par les institutions officielles de la statistiques peuvent être perfectibles mais elles demeurent pour l’instant les seules qui font référence.

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