Crise au PAM : L’électrochoc du comité des sages sera-t-il salvateur ?

Depuis le dernier scrutin de 2016, le PAM est confronté à une crise interne qui s’éternise. Quelques jours après la sortie médiatique de 5 fondateurs du parti qui ont lancé un appel à revenir à la normalité institutionnelle, Médias24 a recueilli des détails sur l’objectif de ce collectif. En résumé, l'objectif prioritaire est un retour aux fondements du parti pour préparer sans divisions la future échéance législative de 2021.

Crise au PAM : L’électrochoc du comité des sages sera-t-il salvateur ? Les propositions du comité des anciens pour résoudre la crise interne du PAM

Le 25 avril 2019 à 17:47

Modifié le 26 avril 2019 à 11:01

Au sein du 2ème parti politique marocain, l’heure est tellement grave que ses dirigeants historiques ont décidé de sortir de leur réserve pour remettre leur formation dans le jeu politique où le PAM donne l’impression de s’être exclu malgré son important poids parlementaire.

Pourquoi aujourd’hui et à qui s’adresse cette initiative ?

Sollicitées par Médias24, plusieurs sources anonymes proches de ce collectif nous ont expliqués le timing et l’objectif de la sortie des 3 ex-premiers secrétaires généraux Hassan Benaddi, Mohamed Cheikh Biadillah et Mustapha Bakkoury ainsi que des deux fondateurs Ali Belhaj et Mohamed Benhamou.

Selon leurs porte-paroles, "c’est la crise organisationnelle qui s’aggrave depuis la défaite d’octobre 2016", qui a décidé les 5 dirigeants, d'ordinaire très discrets, à sortir de leur silence car ils ont une responsabilité morale et ne peuvent pas laisser la situation actuelle perdurer. 

Nos sources précisent que l’ex-secrétaire général Ilyas El Omari, en déplacement en Chine, ne s’est pour l’instant pas associé à ce collectif dont la légitimité vient en grande partie de la personnalité des 3 premiers secrétaires-généraux.

"Hormis Biadillah qui est en contact avec El Omari pour le convaincre de rejoindre ce collectif, ils n’ont contacté personne d’autre, ni l’actuel secrétaire général ni la présidente du Conseil national.

"La raison est que leur initiative s’adresse à tout le monde et en premier lieu aux militants qui l’attendaient depuis longtemps. Le principal message est que les fondateurs sont toujours là et qu’ils vont se battre pour reconstruire un parti avec des institutions et pas autour d’une seule personne.

"In fine, l’objectif est donc de redonner au PAM la place qu’il mérite sur l’échiquier politique", déclarent nos sources qui avancent que l’initiative des ex-SG est une chance pour remédier à la crise actuelle.  

Pas de coup de force contre Benchamach

Au fil de la longue discussion avec leurs lieutenants, il apparaît clairement, en  premier lieu, qu’aucun pustch institutionnel ou révolution de palais n’est en cours de préparation pour remédier à la crise interne du PAM.  

Si le discours est un peu flou, il faut reconnaître que les 5 dirigeants n’ont pas d’ambition personnelle et qu’aucun ne semble vouloir profiter de la crise actuelle pour prendre le contrôle du parti.

Leur démarche se veut plutôt salvatrice pour provoquer, selon leur propre terme, un électrochoc.

Pour cela, ils recommandent de revenir, d'une part à un fonctionnement normal du parti et d'autre part à ses valeurs fondamentales.

Retour au fonctionnement institutionnel et aux valeurs sans leadership excessif

Ainsi, les porte-paroles de Biadillah-Bakkoury-Benaddi-Benhamou-Belhaj reconnaissent que le PAM ne fonctionne pas normalement depuis sa défaite au scrutin législatif où il avait commencé à se déliter.

Depuis l’arrivée de Ilyas El Omari et sa succession par Hakim Benchamach à la tête du secrétariat général, ce parti ne connait en effet plus de démocratie interne, gage de fonctionnement normal.

Tout en usant de précautions oratoires et en veillant à ne citer personne nommément, nos sources sont unanimes pour dire qu’elles ne veulent pas (traduire par "plus") d’un parti de Zaim.

En d’autres termes, exit un leader qui monopolise et verrouille le parti avec des obligés est une erreur.

En 2ème lieu, les sages insistent fortement sur la nécessité de revenir aux fondamentaux du PAM à savoir la défense d’un projet de société moderne qui s’oppose à la régression incarnée, selon eux, par les islamistes du PJD.

A ce propos, ils tiennent à rappeler que leur parti n’a pas été créé contre le PJD mais plutôt pour défendre une vision moderne, libérale et sociale, en accord avec les traditions de la société marocaine.

Une fois posés ces objectifs, il apparaît, encore une fois entre les lignes, que Hakim Benchamach a démontré qu’il était incapable de remplir cette mission depuis qu’il a succédé à Ilyas El Omari.

Le collectif refuse de trouver un responsable à la crise interne

Malgré notre insistance et contre toute évidence, nos sources se sont refusé à "mouiller" l’actuel secrétaire général ou son prédécesseur en affirmant que la crise n’était pas due à une personne mais plutôt à une conjonction d’éléments.

Si leur volonté d’éviter les attaques personnelles est honorable, il n’empêche que pour surmonter la crise actuelle, il convient de désigner ses responsables pour éviter de reproduire leurs erreurs.

L'excès de propos diplomatiques s'explique peut-être par leur volonté de ne pas s’aliéner Benchamach qui restera leur leader a minima jusqu'au prochain congrès et qui pourrait être tenté de se représenter à un deuxième mandat.

Il faut cependant rappeler que la crise qui s’éternise a commencé avec l’élection (à main levée) d'Ilyas El Omari avant de se poursuivre avec Benchamach qui était un de ses plus fidèles lieutenants. A partir de là, les versions sur les responsabilités divergent mais il n’empêche que la crise est encore là.

L’avenir suspendu aux futurs congrès puis scrutin législatif

Au final, la seule solution à la paralysie institutionnelle et parlementaire que vit le PAM serait donc, selon eux, de revenir au modèle sur lequel s’est bâti le parti lors de son lancement en 2007.

En d’autres termes, le parti devra rapidement faire des propositions pour mobiliser les Marocains qui font preuve de désaffection vis-à-vis de la politique et pour offrir aux jeunes un terrain où s’engager. Cette option de mobilisation et de recrutements a un préalable: la démocratie interne.

Si rien de vraiment concret n’a été mis en avant pour y arriver, il faut croire que le congrès qui renouvellera leurs instances entre septembre 2019 et janvier 2020 (au maximum) sera l’occasion de tracer un nouveau cap.

Interrogé sur le nom d’un candidat capable d’incarner un PAM démocratique des origines, nos interlocuteurs ont refusé, là-encore, de révéler si un des trois anciens SG serait tenté de reprendre le flambeau.

Malgré notre insistance, la question du successeur de Benchamach a été éludée alors que la personnalité du futur secrétaire général sera décisive pour remédier à la crise avant l’échéance du scrutin de 2021 qui montrera le vrai poids et déterminera l'avenir politique du PAM.

A deux ans de ce scrutin décisif, le pari sera difficile à tenir face aux PJD et RNI qui louchent sur la première place au Parlement sans oublier le PI qui sort petit à petit de sa longue traversée du désert.

Au final, ce sursaut aura au moins le mérite de montrer si la crise actuelle du PAM n’est due qu’à un problème de personne et s’il aura toujours un avenir politique une fois réglés ses différents internes

Tags : Pam
Les propositions du comité des anciens pour résoudre la crise interne du PAM

Crise au PAM : L’électrochoc du comité des sages sera-t-il salvateur ?

Le 25 avril 2019 à19:33

Modifié le 26 avril 2019 à 11:01

Depuis le dernier scrutin de 2016, le PAM est confronté à une crise interne qui s’éternise. Quelques jours après la sortie médiatique de 5 fondateurs du parti qui ont lancé un appel à revenir à la normalité institutionnelle, Médias24 a recueilli des détails sur l’objectif de ce collectif. En résumé, l'objectif prioritaire est un retour aux fondements du parti pour préparer sans divisions la future échéance législative de 2021.

Au sein du 2ème parti politique marocain, l’heure est tellement grave que ses dirigeants historiques ont décidé de sortir de leur réserve pour remettre leur formation dans le jeu politique où le PAM donne l’impression de s’être exclu malgré son important poids parlementaire.

Pourquoi aujourd’hui et à qui s’adresse cette initiative ?

Sollicitées par Médias24, plusieurs sources anonymes proches de ce collectif nous ont expliqués le timing et l’objectif de la sortie des 3 ex-premiers secrétaires généraux Hassan Benaddi, Mohamed Cheikh Biadillah et Mustapha Bakkoury ainsi que des deux fondateurs Ali Belhaj et Mohamed Benhamou.

Selon leurs porte-paroles, "c’est la crise organisationnelle qui s’aggrave depuis la défaite d’octobre 2016", qui a décidé les 5 dirigeants, d'ordinaire très discrets, à sortir de leur silence car ils ont une responsabilité morale et ne peuvent pas laisser la situation actuelle perdurer. 

Nos sources précisent que l’ex-secrétaire général Ilyas El Omari, en déplacement en Chine, ne s’est pour l’instant pas associé à ce collectif dont la légitimité vient en grande partie de la personnalité des 3 premiers secrétaires-généraux.

"Hormis Biadillah qui est en contact avec El Omari pour le convaincre de rejoindre ce collectif, ils n’ont contacté personne d’autre, ni l’actuel secrétaire général ni la présidente du Conseil national.

"La raison est que leur initiative s’adresse à tout le monde et en premier lieu aux militants qui l’attendaient depuis longtemps. Le principal message est que les fondateurs sont toujours là et qu’ils vont se battre pour reconstruire un parti avec des institutions et pas autour d’une seule personne.

"In fine, l’objectif est donc de redonner au PAM la place qu’il mérite sur l’échiquier politique", déclarent nos sources qui avancent que l’initiative des ex-SG est une chance pour remédier à la crise actuelle.  

Pas de coup de force contre Benchamach

Au fil de la longue discussion avec leurs lieutenants, il apparaît clairement, en  premier lieu, qu’aucun pustch institutionnel ou révolution de palais n’est en cours de préparation pour remédier à la crise interne du PAM.  

Si le discours est un peu flou, il faut reconnaître que les 5 dirigeants n’ont pas d’ambition personnelle et qu’aucun ne semble vouloir profiter de la crise actuelle pour prendre le contrôle du parti.

Leur démarche se veut plutôt salvatrice pour provoquer, selon leur propre terme, un électrochoc.

Pour cela, ils recommandent de revenir, d'une part à un fonctionnement normal du parti et d'autre part à ses valeurs fondamentales.

Retour au fonctionnement institutionnel et aux valeurs sans leadership excessif

Ainsi, les porte-paroles de Biadillah-Bakkoury-Benaddi-Benhamou-Belhaj reconnaissent que le PAM ne fonctionne pas normalement depuis sa défaite au scrutin législatif où il avait commencé à se déliter.

Depuis l’arrivée de Ilyas El Omari et sa succession par Hakim Benchamach à la tête du secrétariat général, ce parti ne connait en effet plus de démocratie interne, gage de fonctionnement normal.

Tout en usant de précautions oratoires et en veillant à ne citer personne nommément, nos sources sont unanimes pour dire qu’elles ne veulent pas (traduire par "plus") d’un parti de Zaim.

En d’autres termes, exit un leader qui monopolise et verrouille le parti avec des obligés est une erreur.

En 2ème lieu, les sages insistent fortement sur la nécessité de revenir aux fondamentaux du PAM à savoir la défense d’un projet de société moderne qui s’oppose à la régression incarnée, selon eux, par les islamistes du PJD.

A ce propos, ils tiennent à rappeler que leur parti n’a pas été créé contre le PJD mais plutôt pour défendre une vision moderne, libérale et sociale, en accord avec les traditions de la société marocaine.

Une fois posés ces objectifs, il apparaît, encore une fois entre les lignes, que Hakim Benchamach a démontré qu’il était incapable de remplir cette mission depuis qu’il a succédé à Ilyas El Omari.

Le collectif refuse de trouver un responsable à la crise interne

Malgré notre insistance et contre toute évidence, nos sources se sont refusé à "mouiller" l’actuel secrétaire général ou son prédécesseur en affirmant que la crise n’était pas due à une personne mais plutôt à une conjonction d’éléments.

Si leur volonté d’éviter les attaques personnelles est honorable, il n’empêche que pour surmonter la crise actuelle, il convient de désigner ses responsables pour éviter de reproduire leurs erreurs.

L'excès de propos diplomatiques s'explique peut-être par leur volonté de ne pas s’aliéner Benchamach qui restera leur leader a minima jusqu'au prochain congrès et qui pourrait être tenté de se représenter à un deuxième mandat.

Il faut cependant rappeler que la crise qui s’éternise a commencé avec l’élection (à main levée) d'Ilyas El Omari avant de se poursuivre avec Benchamach qui était un de ses plus fidèles lieutenants. A partir de là, les versions sur les responsabilités divergent mais il n’empêche que la crise est encore là.

L’avenir suspendu aux futurs congrès puis scrutin législatif

Au final, la seule solution à la paralysie institutionnelle et parlementaire que vit le PAM serait donc, selon eux, de revenir au modèle sur lequel s’est bâti le parti lors de son lancement en 2007.

En d’autres termes, le parti devra rapidement faire des propositions pour mobiliser les Marocains qui font preuve de désaffection vis-à-vis de la politique et pour offrir aux jeunes un terrain où s’engager. Cette option de mobilisation et de recrutements a un préalable: la démocratie interne.

Si rien de vraiment concret n’a été mis en avant pour y arriver, il faut croire que le congrès qui renouvellera leurs instances entre septembre 2019 et janvier 2020 (au maximum) sera l’occasion de tracer un nouveau cap.

Interrogé sur le nom d’un candidat capable d’incarner un PAM démocratique des origines, nos interlocuteurs ont refusé, là-encore, de révéler si un des trois anciens SG serait tenté de reprendre le flambeau.

Malgré notre insistance, la question du successeur de Benchamach a été éludée alors que la personnalité du futur secrétaire général sera décisive pour remédier à la crise avant l’échéance du scrutin de 2021 qui montrera le vrai poids et déterminera l'avenir politique du PAM.

A deux ans de ce scrutin décisif, le pari sera difficile à tenir face aux PJD et RNI qui louchent sur la première place au Parlement sans oublier le PI qui sort petit à petit de sa longue traversée du désert.

Au final, ce sursaut aura au moins le mérite de montrer si la crise actuelle du PAM n’est due qu’à un problème de personne et s’il aura toujours un avenir politique une fois réglés ses différents internes

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