Curieuse accélération des créations d’entreprises

Plus de 28.000 entreprises ont été créées au 1er trimestre 2019, en hausse de 13,6% par rapport à la même période en 2018. Ceci, alors que la croissance économique demeure très faible. A peine 1,7% des entreprises créées opèrent dans les nouvelles technologies.

Curieuse accélération des créations d’entreprises

Le 16 mai 2019 à 15:22

Modifié le 18 mai 2019 à 07:11

Est-ce que c’est une forte croissance économique qui induit une hausse des créations d’entreprises ou est-ce plutôt l’inverse ?

Normalement il s’agit d’un cercle vertueux : un bon niveau de croissance inspire confiance et encourage à investir et à créer des entreprises, ce qui à son tour alimente la croissance.

Au Maroc, cette logique est mise à mal : alors que la croissance a été faible en 2018 et qu'elle s'annonce molle en 2019, les créations d’entreprises sont en forte hausse : à 28.273 entités au premier trimestre 2019, en hausse de 13,6% par rapport à la même période en 2018, selon l’OMPIC. La tendance se poursuit car sur toute l'année 2018, les créations d'entreprises avaient augmenté de 20%, soit le taux de progression le plus élevé en dix ans.

Cela peut vouloir dire deux choses :

- La faiblesse de la croissance actuelle est sans impact sur le moral des entrepreneurs qui veulent investir et créer de la richesse coûte que coûte.

- Les créations d’entreprises sont sans impact sur la croissance.

D’aucuns diront que c’est la deuxième explication qui tient la route, dans un contexte de perte de confiance et de manque de visibilité.

Des coquilles vides et de l'entrepreneuriat, faute d'un emploi salarié

D’abord, sur les dizaines de milliers d’entreprises créées annuellement, beaucoup restent des coquilles vides pendant deux ou trois ans, et dans certains cas disparaissent sans jamais avoir mené aucune activité ni embauché un salarié.

Créer une SARL, ce n’est plus aussi compliqué ni onéreux qu’auparavant (aucune exigence de capital minimum). On peut accomplir les formalités (une partie en ligne) et attendre des jours meilleurs en termes de financement, de contrat, d’accompagnement…

Ensuite, sur les 28.000 entreprises créées, près de la moitié (13.603) ont le statut de personne physique. Souvent, il s’agit de personnes qui se lancent à leur compte faute d’avoir trouvé un emploi salarié. Elles créent des entités précaires qui emploient rarement ou faiblement et qui investissent très peu.

D’ailleurs, il n’y a qu’à voir la structure des créations par forme juridique et par secteur d’activité pour s’en convaincre.

Plus de 54% des créations du premier trimestre concernent des SARL à associé unique. Au total, les SARL représentent 99% des créations. Cette structure reste inchangée au fil des années.

Plus de 44% opèrent dans le commerce, 16% dans la construction et autant dans les services divers. Si dans ces secteurs, on peut avoir la création d’entités structurées, suffisamment capitalisées ou assurant des services innovants, il faut savoir que la majorité sont des entités classiques avec des activités basiques.

Seulement 6,4% des entreprises créées opèrent dans l’industrie, secteur créateur de valeur et d’emplois de qualité. Pire, 1,7% des entités créées opèrent dans les nouvelles technologies à un moment où le Maroc doit accélérer sa transformation digitale et saisir les opportunités du numérique.

Belle dynamique dans les régions de Tanger et de l'Oriental 

Le tableau n’est pas totalement sombre. Malgré tout, une forte progression des créations d’entreprises est une bonne chose. Dans les chiffres présentés, il y a évidemment des entités prometteuses qui prévoient d’employer et d’investir rapidement.

Surtout les chiffres montrent que certaines régions du Maroc connaissent une belle dynamique. Celle de Tanger, par exemple, a enregistré la création de 5.948 entreprises au 1er trimestre, en hausse de 27% sur une année. Elle est en passe de dépasser Casablanca en termes de nouvelles créations, alors qu’il y a à peine deux ans elle était derrière Rabat, aujourd’hui 3ème.

De même, l’Oriental connaît un bon niveau de création d’entreprises avec 2.584 entités, en hausse de 15%.

A noter qu’avec ces dernières créations, le nombre officiel d’entreprises existantes au Maroc atteint 1,7 million d’entités dont plus du tiers est à Casablanca.

La structure sectorielle demeure rigide, ce qui montre la lente transformation de l’économie : commerce avec 46%, suivi de la construction avec 15% et des services divers avec 11,5%. L’industrie représente moins de 10% et les nouvelles technologies moins de 5%.

Curieuse accélération des créations d’entreprises

Le 16 mai 2019 à15:22

Modifié le 18 mai 2019 à 07:11

Plus de 28.000 entreprises ont été créées au 1er trimestre 2019, en hausse de 13,6% par rapport à la même période en 2018. Ceci, alors que la croissance économique demeure très faible. A peine 1,7% des entreprises créées opèrent dans les nouvelles technologies.

Est-ce que c’est une forte croissance économique qui induit une hausse des créations d’entreprises ou est-ce plutôt l’inverse ?

Normalement il s’agit d’un cercle vertueux : un bon niveau de croissance inspire confiance et encourage à investir et à créer des entreprises, ce qui à son tour alimente la croissance.

Au Maroc, cette logique est mise à mal : alors que la croissance a été faible en 2018 et qu'elle s'annonce molle en 2019, les créations d’entreprises sont en forte hausse : à 28.273 entités au premier trimestre 2019, en hausse de 13,6% par rapport à la même période en 2018, selon l’OMPIC. La tendance se poursuit car sur toute l'année 2018, les créations d'entreprises avaient augmenté de 20%, soit le taux de progression le plus élevé en dix ans.

Cela peut vouloir dire deux choses :

- La faiblesse de la croissance actuelle est sans impact sur le moral des entrepreneurs qui veulent investir et créer de la richesse coûte que coûte.

- Les créations d’entreprises sont sans impact sur la croissance.

D’aucuns diront que c’est la deuxième explication qui tient la route, dans un contexte de perte de confiance et de manque de visibilité.

Des coquilles vides et de l'entrepreneuriat, faute d'un emploi salarié

D’abord, sur les dizaines de milliers d’entreprises créées annuellement, beaucoup restent des coquilles vides pendant deux ou trois ans, et dans certains cas disparaissent sans jamais avoir mené aucune activité ni embauché un salarié.

Créer une SARL, ce n’est plus aussi compliqué ni onéreux qu’auparavant (aucune exigence de capital minimum). On peut accomplir les formalités (une partie en ligne) et attendre des jours meilleurs en termes de financement, de contrat, d’accompagnement…

Ensuite, sur les 28.000 entreprises créées, près de la moitié (13.603) ont le statut de personne physique. Souvent, il s’agit de personnes qui se lancent à leur compte faute d’avoir trouvé un emploi salarié. Elles créent des entités précaires qui emploient rarement ou faiblement et qui investissent très peu.

D’ailleurs, il n’y a qu’à voir la structure des créations par forme juridique et par secteur d’activité pour s’en convaincre.

Plus de 54% des créations du premier trimestre concernent des SARL à associé unique. Au total, les SARL représentent 99% des créations. Cette structure reste inchangée au fil des années.

Plus de 44% opèrent dans le commerce, 16% dans la construction et autant dans les services divers. Si dans ces secteurs, on peut avoir la création d’entités structurées, suffisamment capitalisées ou assurant des services innovants, il faut savoir que la majorité sont des entités classiques avec des activités basiques.

Seulement 6,4% des entreprises créées opèrent dans l’industrie, secteur créateur de valeur et d’emplois de qualité. Pire, 1,7% des entités créées opèrent dans les nouvelles technologies à un moment où le Maroc doit accélérer sa transformation digitale et saisir les opportunités du numérique.

Belle dynamique dans les régions de Tanger et de l'Oriental 

Le tableau n’est pas totalement sombre. Malgré tout, une forte progression des créations d’entreprises est une bonne chose. Dans les chiffres présentés, il y a évidemment des entités prometteuses qui prévoient d’employer et d’investir rapidement.

Surtout les chiffres montrent que certaines régions du Maroc connaissent une belle dynamique. Celle de Tanger, par exemple, a enregistré la création de 5.948 entreprises au 1er trimestre, en hausse de 27% sur une année. Elle est en passe de dépasser Casablanca en termes de nouvelles créations, alors qu’il y a à peine deux ans elle était derrière Rabat, aujourd’hui 3ème.

De même, l’Oriental connaît un bon niveau de création d’entreprises avec 2.584 entités, en hausse de 15%.

A noter qu’avec ces dernières créations, le nombre officiel d’entreprises existantes au Maroc atteint 1,7 million d’entités dont plus du tiers est à Casablanca.

La structure sectorielle demeure rigide, ce qui montre la lente transformation de l’économie : commerce avec 46%, suivi de la construction avec 15% et des services divers avec 11,5%. L’industrie représente moins de 10% et les nouvelles technologies moins de 5%.

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