Brian Malika

Conseiller en santé génésique, fondateur de One More Percent.

De bons emplois pour les travailleurs handicapés

De bons emplois pour les travailleurs handicapés

Le 04 septembre 2019 à 14:33

Modifié le 06 septembre 2019 à 14:40

Un emploi représente plus qu'un simple salaire. Il offre également l'indépendance personnelle, le statut social et l'estime de soi qui découle de ces avantages. Pour les personnes handicapées, ces avantages sont particulièrement précieux, et particulièrement difficiles à atteindre.

NAIROBI – Avec les Objectifs de développement durable de l'Organisation des Nations unies, le monde a convenu de "promouvoir le plein emploi productif et un travail décent pour tous" en 2030. Pour un pays jeune comme le Kenya, où 21% de la population a entre 19 et 24 ans, le progrès est particulièrement urgent, afin de convertir une explosion démographique de la jeunesse en dividende démographique. Mais si l'ordre du jour des ODD échoue à reconnaître ce phénomène, il sera impossible de réussir sans résoudre le défi unique, et redoutable, auquel sont confrontés les travailleurs handicapés.

Dans les pays développés, 50 à 70% des personnes handicapées en âge de travailler sont sans emploi. Au Royaume-Uni, une étude de 2017 indique que les demandeurs d'emploi handicapés envoient 60% de demandes d'emplois de plus que leurs homologues non handicapés avant d'obtenir un poste. Seulement 51% des demandes des personnes handicapées débouchent sur un entretien, par rapport à 69% pour les personnes non handicapées.

80% des personnes handicapées sont au chômage 

Dans le monde en développement, le marché du travail est encore plus rude pour les personnes handicapées, où 80 à 90% d'entre elles sont au chômage. En Inde, par exemple, seulement 100.000 sur 70 millions de personnes handicapées ont obtenu un emploi dans le secteur privé formel.

C'est en partie une conséquence de la discrimination exercée par les employeurs, qui peuvent penser que les travailleurs handicapés sont moins productifs ou que les travailleurs non-handicapés trouvent que le travail avec ces personnes les agace ou les perturbe. Les employeurs peuvent également s'attendre à ce que les travailleurs handicapés leur coûtent plus cher. C'est certainement le cas au Kenya, où les entreprises sont légalement tenues de répondre aux besoins des employés handicapés sous contrat.

Mais les obstacles à l'emploi se manifestent bien avant que les travailleurs handicapés n'arrivent sur le marché du travail. Au Kenya, la société britannique Voluntary Services Overseas rapporte que les personnes handicapées ont souvent des difficultés à achever leurs études, en raison de bibliothèques non accessibles et du manque d'enseignants formés pour travailler avec les personnes handicapées. Il n'y a qu'un enseignant pour 105 enfants ayant une déficience émotionnelle au Kenya, par rapport à un enseignant pour 35 élèves non handicapés, ce qui signifie que les enfants handicapés bénéficient probablement de beaucoup moins d'attention personnelle et donc d'une éducation de moindre qualité.

De plus, même les personnes à mobilité réduite qui acquièrent la compétence technique qui les qualifie pour un poste, peuvent ne pas apprendre d'autres compétences clés, telles que la manière de communiquer efficacement. Imaginez qu'une femme kényane de 19 ans ayant un trouble du spectre autistique et souffrant d'un trouble anxieux sévère soit à la recherche d'un emploi. Malgré ses impressionnantes qualifications de codage et de dactylographie, son incapacité à se vendre lors d'un entretien d'embauche nuit sérieusement à ses chances de décrocher un emploi.

La discrimination des employeurs 

Améliorer les perspectives d'emploi des personnes handicapées nécessite donc non seulement la prestation d'une éducation de qualité adaptée à leurs besoins, mais également l'introduction d'autres initiatives ciblées, comme l'assistance professionnelle. Les assistants professionnels peuvent travailler directement avec les personnes handicapées afin de se familiariser avec leurs aptitudes, leurs intérêts et leur potentiel, tout en développant des partenariats avec des employeurs, à qui ils pourraient recommander leurs candidats prometteurs. Cela permettrait aux personnes handicapées de faire l'économie du processus d'entretien durant duquel elles risquent de ne pas se montrer à leur avantage, tout en rassurant les employeurs sur le fait qu'un candidat handicapé n'est pas un choix coûteux ni trop risqué.

Les assistants professionnels pourraient également aider à renégocier les termes du contrat d'un nouvel employé par ce que l'on appelle un emploi personnalisé, qui adapte la relation professionnelle afin de s'assurer que cette dernière répond aussi bien aux besoins de l'employé qu'à ceux de l'employeur. Par exemple, cette jeune femme autiste de 19 ans pourrait travailler à son meilleur niveau dans un emploi à domicile. Parce qu'une grande part de ses fonctions s'effectuent en ligne, cela serait tout à fait possible, bien que l'entreprise doive prendre des mesures d'adaptation raisonnables, comme lui permettre de prendre son ordinateur portable à son domicile et s'assurer qu'elle dispose d'une connexion internet.

Au-delà du fait qu'il renforcerait la satisfaction au travail et la productivité d'un employé, un tel accord pourrait faire économiser de l'argent à l'entreprise, qui n'aurait plus à prendre en charge ses besoins sur le lieu de travail. L'emploi personnalisé peut également contribuer à éviter les heurts entre les travailleurs handicapés et leurs collègues.

Permettre aux personnes handicapées de s'épanouir sur le marché du travail va exiger la coopération entre de multiples parties prenantes, notamment les entreprises privées, les écoles et les décideurs. Certaines solutions prometteuses sont disponibles. Mais si elles doivent entrer en vigueur à temps afin de réaliser l'ODD8, et pour que le Kenya exploite l'explosion démographique de sa jeunesse, il faut agir dès à présent.

© Project Syndicate 1995–2019
Brian Malika

Conseiller en santé génésique, fondateur de One More Percent.

De bons emplois pour les travailleurs handicapés

Le 04 septembre 2019 à14:33

Modifié le 06 septembre 2019 à 14:40

Un emploi représente plus qu'un simple salaire. Il offre également l'indépendance personnelle, le statut social et l'estime de soi qui découle de ces avantages. Pour les personnes handicapées, ces avantages sont particulièrement précieux, et particulièrement difficiles à atteindre.

NAIROBI – Avec les Objectifs de développement durable de l'Organisation des Nations unies, le monde a convenu de "promouvoir le plein emploi productif et un travail décent pour tous" en 2030. Pour un pays jeune comme le Kenya, où 21% de la population a entre 19 et 24 ans, le progrès est particulièrement urgent, afin de convertir une explosion démographique de la jeunesse en dividende démographique. Mais si l'ordre du jour des ODD échoue à reconnaître ce phénomène, il sera impossible de réussir sans résoudre le défi unique, et redoutable, auquel sont confrontés les travailleurs handicapés.

Dans les pays développés, 50 à 70% des personnes handicapées en âge de travailler sont sans emploi. Au Royaume-Uni, une étude de 2017 indique que les demandeurs d'emploi handicapés envoient 60% de demandes d'emplois de plus que leurs homologues non handicapés avant d'obtenir un poste. Seulement 51% des demandes des personnes handicapées débouchent sur un entretien, par rapport à 69% pour les personnes non handicapées.

80% des personnes handicapées sont au chômage 

Dans le monde en développement, le marché du travail est encore plus rude pour les personnes handicapées, où 80 à 90% d'entre elles sont au chômage. En Inde, par exemple, seulement 100.000 sur 70 millions de personnes handicapées ont obtenu un emploi dans le secteur privé formel.

C'est en partie une conséquence de la discrimination exercée par les employeurs, qui peuvent penser que les travailleurs handicapés sont moins productifs ou que les travailleurs non-handicapés trouvent que le travail avec ces personnes les agace ou les perturbe. Les employeurs peuvent également s'attendre à ce que les travailleurs handicapés leur coûtent plus cher. C'est certainement le cas au Kenya, où les entreprises sont légalement tenues de répondre aux besoins des employés handicapés sous contrat.

Mais les obstacles à l'emploi se manifestent bien avant que les travailleurs handicapés n'arrivent sur le marché du travail. Au Kenya, la société britannique Voluntary Services Overseas rapporte que les personnes handicapées ont souvent des difficultés à achever leurs études, en raison de bibliothèques non accessibles et du manque d'enseignants formés pour travailler avec les personnes handicapées. Il n'y a qu'un enseignant pour 105 enfants ayant une déficience émotionnelle au Kenya, par rapport à un enseignant pour 35 élèves non handicapés, ce qui signifie que les enfants handicapés bénéficient probablement de beaucoup moins d'attention personnelle et donc d'une éducation de moindre qualité.

De plus, même les personnes à mobilité réduite qui acquièrent la compétence technique qui les qualifie pour un poste, peuvent ne pas apprendre d'autres compétences clés, telles que la manière de communiquer efficacement. Imaginez qu'une femme kényane de 19 ans ayant un trouble du spectre autistique et souffrant d'un trouble anxieux sévère soit à la recherche d'un emploi. Malgré ses impressionnantes qualifications de codage et de dactylographie, son incapacité à se vendre lors d'un entretien d'embauche nuit sérieusement à ses chances de décrocher un emploi.

La discrimination des employeurs 

Améliorer les perspectives d'emploi des personnes handicapées nécessite donc non seulement la prestation d'une éducation de qualité adaptée à leurs besoins, mais également l'introduction d'autres initiatives ciblées, comme l'assistance professionnelle. Les assistants professionnels peuvent travailler directement avec les personnes handicapées afin de se familiariser avec leurs aptitudes, leurs intérêts et leur potentiel, tout en développant des partenariats avec des employeurs, à qui ils pourraient recommander leurs candidats prometteurs. Cela permettrait aux personnes handicapées de faire l'économie du processus d'entretien durant duquel elles risquent de ne pas se montrer à leur avantage, tout en rassurant les employeurs sur le fait qu'un candidat handicapé n'est pas un choix coûteux ni trop risqué.

Les assistants professionnels pourraient également aider à renégocier les termes du contrat d'un nouvel employé par ce que l'on appelle un emploi personnalisé, qui adapte la relation professionnelle afin de s'assurer que cette dernière répond aussi bien aux besoins de l'employé qu'à ceux de l'employeur. Par exemple, cette jeune femme autiste de 19 ans pourrait travailler à son meilleur niveau dans un emploi à domicile. Parce qu'une grande part de ses fonctions s'effectuent en ligne, cela serait tout à fait possible, bien que l'entreprise doive prendre des mesures d'adaptation raisonnables, comme lui permettre de prendre son ordinateur portable à son domicile et s'assurer qu'elle dispose d'une connexion internet.

Au-delà du fait qu'il renforcerait la satisfaction au travail et la productivité d'un employé, un tel accord pourrait faire économiser de l'argent à l'entreprise, qui n'aurait plus à prendre en charge ses besoins sur le lieu de travail. L'emploi personnalisé peut également contribuer à éviter les heurts entre les travailleurs handicapés et leurs collègues.

Permettre aux personnes handicapées de s'épanouir sur le marché du travail va exiger la coopération entre de multiples parties prenantes, notamment les entreprises privées, les écoles et les décideurs. Certaines solutions prometteuses sont disponibles. Mais si elles doivent entrer en vigueur à temps afin de réaliser l'ODD8, et pour que le Kenya exploite l'explosion démographique de sa jeunesse, il faut agir dès à présent.

© Project Syndicate 1995–2019

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