Difficile maîtrise du déficit budgétaire pour les 3 prochaines années

Des dépenses d'investissement et de fonctionnement en hausse, des recettes probablement impactées par la réforme fiscale...: le maintien des équilibres budgétaires sera un exercice fort difficile pour les trois prochaines années. Décryptage.

Difficile maîtrise du déficit budgétaire pour les 3 prochaines années

Le 26 juillet 2019 à 17:53

Modifié le 27 juillet 2019 à 10:02

Maîtriser les finances publiques sera un vrai casse-tête pour le gouvernement à partir de 2020. Déjà en 2019, Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, s’attend à des recettes fiscales moins importantes que prévu et à une accélération des dépenses d’investissement. Il compte par conséquent prendre des mesures pour maintenir le déficit budgétaire au niveau prévu.

Ceci intervient après une année 2018 où le budget a été bouclé difficilement.

Les projections faites pour 2020, 2021 et 2022 ne sont pas meilleures. Selon une présentation faite par le ministre des Finances, les finances publiques pour les années à venir devront faire face à plusieurs enjeux: hausse des dépenses dont certaines sont incompressibles et des recettes impactées probablement par la réforme fiscale à venir... 

14,25 MMDH, le coût financier du dialogue social

Le premier enjeu concerne l’impact du dialogue social signé en avril dernier entre le gouvernement, le patronat et les centrales syndicales. Si cet impact est estimé à 5,2 MMDH en 2019, il montera à plus de 6 MMDH en 2020 avant de chuter à 2,9 MMDH en 2021. Cela dit, à partir de 2021, l’impact financier global sur les finances de l’Etat sera de 14,25 MMDH, soit 1 point de PIB. Il représente une augmentation de la masse salariale de 15% entre 2018 et 2021.

La caisse de compensation, dont le budget a été maîtrisé pendant quelques années, connaîtra une hausse passant de 13,6 MMDH en 2020 à 15,25 MMDH en 2022 sous l’effet d’une augmentation des cours du gaz butane.

Les finances publiques connaîtront également une augmentation des transferts vers les régions. De 8,5 MMDH en 2018, ce montant atteindra progressivement 10 MMDH en 2021

De plus, le gouvernement devra maintenir la dynamique des investissements et d’accompagnement des différents chantiers stratégiques que le gouvernement liste ainsi :

- La santé, l’éducation, l’habitat…

-  La réforme des CRI

- La réforme de la justice

- Les stratégies sectorielles : agriculture, industrie, pêche, tourisme

- La nouvelle stratégie de l’eau

- La stratégie portuaire (Dakhla, Jorf Lasfar, Nador west med…).

A la lumière de tous ces enjeux, le gouvernement doit prendre les mesures nécessaires pour maintenir les équilibres financiers. Ces mesures, le ministre de l’Economie et des Finances les détaille dans sa présentation. 

Il envisage la rationalisation de la création des postes budgétaires en œuvrant à l’utilisation des possibilités offertes comme le redéploiement des ressources pour couvrir les déficits sectoriel et spatial enregistrés.

Aussi, il promet de rationaliser les dépenses de fonctionnement de l’administration, à savoir celles relatives à l’eau, l’électricité, les communications, le transport à l’intérieur et l’extérieur du pays, la location et la préparation des locaux administratifs, l’accueil, l’hôtellerie, l’organisation des fêtes, séminaires et conférences, les charges des études, l’acquisition et la location de véhicules….

Davantage de privatisation à l’avenir ? 

Il compte également sur la poursuite de la réforme des retraites et celle de la compensation pour réduire l’impact sur le budget de l’Etat.

Cela dit, la réforme de la compensation devra se faire en parallèle avec l’activation des mécanismes de ciblage et aides sociales notamment la généralisation du registre social unique.

Le ministre préconise également une révision de la manière de gérer les investissements publics à travers :

-  la rationalisation des demandes pour les budgets,

-  l’amélioration de l’efficience des investissements en choisissant les projets les plus efficients économiquement et socialement, tout en encourageant les mécanismes de suivi et de maintenance,

-  la recherche de mécanismes de financement innovants.

Si ces mesures permettront à l’Etat de faire quelques économies, cela ne sera certainement pas suffisant au regard des importantes dépenses attendues. Ainsi, le gouvernement n’a d’autre choix que de chercher des ressources supplémentaires à travers :

- la gestion active des biens de l’Etat,

- l’opérationnalisation de la réforme structurelle des EEP à travers l’amélioration de sa gouvernance et de son modèle de gestion tout en améliorant sa contribution aux recettes du trésor. La réforme prévoit également le recentrage des EEP sur leur cœur de métier et la cession des filiales et activités qui n’ont pas de lien avec l’activité principale.

Selon ce qui précède et vu la pression sur le budget de l’Etat, il ne sera pas étonnant de voir l’Etat poursuivre les opérations de privatisation.

Une croissance de 4% en 2022 ?

Sur la base des données actuelles, le gouvernement prévoit une croissance qui ne dépassera pas les 4% au cours des trois prochaines années. Il prévoit une croissance de 3,7% en 2020, 3,8% en 2021 et 4% en 2022.

En ce qui concerne les chiffres clés de la programmation budgétaire pluriannuelle, le ministre révèle que les dépenses en biens et équipements connaîtront une hausse sur les trois années à venir. Ce poste de dépenses passera de 45,13 MMDH en 2019 à 46,69 MMDH en 2020, 49,62 MMDH en 2021 pour atteindre 51,95 MMDH en 2022.

L’augmentation enregistrée entre 2019 et 2020 s’explique selon le ministre par la budgétisation de plus de 1,72 MMDH au profit des académies régionales pour couvrir les salaires de 15.000 cadres enseignants (salaires de 4 mois de 2019 et 12 mois de 2020). Ainsi, le montant global des salaires des cadres-enseignants des académies atteindra 7 MMDH.

A cela, il faut ajouter 300 MDH pour le programme de généralisation du préscolaire et 100 MDH pour la formation des enseignants. 

L’effort de rationalisation des dépenses de fonctionnement (études, transport, parc automobile de l’Etat, hôtellerie, organisation de conférences) devrait permettre à l’Etat d’économiser sur le budget globale 1,13 MMDH en 2020.

Par ailleurs, les dépenses d’investissement enregistreront également une hausse entre 2019 et 2022. Elles passeront de 52,95 MMDH à 59,53 MMDH.

Difficile maîtrise du déficit budgétaire pour les 3 prochaines années

Le 26 juillet 2019 à18:00

Modifié le 27 juillet 2019 à 10:02

Des dépenses d'investissement et de fonctionnement en hausse, des recettes probablement impactées par la réforme fiscale...: le maintien des équilibres budgétaires sera un exercice fort difficile pour les trois prochaines années. Décryptage.

Maîtriser les finances publiques sera un vrai casse-tête pour le gouvernement à partir de 2020. Déjà en 2019, Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, s’attend à des recettes fiscales moins importantes que prévu et à une accélération des dépenses d’investissement. Il compte par conséquent prendre des mesures pour maintenir le déficit budgétaire au niveau prévu.

Ceci intervient après une année 2018 où le budget a été bouclé difficilement.

Les projections faites pour 2020, 2021 et 2022 ne sont pas meilleures. Selon une présentation faite par le ministre des Finances, les finances publiques pour les années à venir devront faire face à plusieurs enjeux: hausse des dépenses dont certaines sont incompressibles et des recettes impactées probablement par la réforme fiscale à venir... 

14,25 MMDH, le coût financier du dialogue social

Le premier enjeu concerne l’impact du dialogue social signé en avril dernier entre le gouvernement, le patronat et les centrales syndicales. Si cet impact est estimé à 5,2 MMDH en 2019, il montera à plus de 6 MMDH en 2020 avant de chuter à 2,9 MMDH en 2021. Cela dit, à partir de 2021, l’impact financier global sur les finances de l’Etat sera de 14,25 MMDH, soit 1 point de PIB. Il représente une augmentation de la masse salariale de 15% entre 2018 et 2021.

La caisse de compensation, dont le budget a été maîtrisé pendant quelques années, connaîtra une hausse passant de 13,6 MMDH en 2020 à 15,25 MMDH en 2022 sous l’effet d’une augmentation des cours du gaz butane.

Les finances publiques connaîtront également une augmentation des transferts vers les régions. De 8,5 MMDH en 2018, ce montant atteindra progressivement 10 MMDH en 2021

De plus, le gouvernement devra maintenir la dynamique des investissements et d’accompagnement des différents chantiers stratégiques que le gouvernement liste ainsi :

- La santé, l’éducation, l’habitat…

-  La réforme des CRI

- La réforme de la justice

- Les stratégies sectorielles : agriculture, industrie, pêche, tourisme

- La nouvelle stratégie de l’eau

- La stratégie portuaire (Dakhla, Jorf Lasfar, Nador west med…).

A la lumière de tous ces enjeux, le gouvernement doit prendre les mesures nécessaires pour maintenir les équilibres financiers. Ces mesures, le ministre de l’Economie et des Finances les détaille dans sa présentation. 

Il envisage la rationalisation de la création des postes budgétaires en œuvrant à l’utilisation des possibilités offertes comme le redéploiement des ressources pour couvrir les déficits sectoriel et spatial enregistrés.

Aussi, il promet de rationaliser les dépenses de fonctionnement de l’administration, à savoir celles relatives à l’eau, l’électricité, les communications, le transport à l’intérieur et l’extérieur du pays, la location et la préparation des locaux administratifs, l’accueil, l’hôtellerie, l’organisation des fêtes, séminaires et conférences, les charges des études, l’acquisition et la location de véhicules….

Davantage de privatisation à l’avenir ? 

Il compte également sur la poursuite de la réforme des retraites et celle de la compensation pour réduire l’impact sur le budget de l’Etat.

Cela dit, la réforme de la compensation devra se faire en parallèle avec l’activation des mécanismes de ciblage et aides sociales notamment la généralisation du registre social unique.

Le ministre préconise également une révision de la manière de gérer les investissements publics à travers :

-  la rationalisation des demandes pour les budgets,

-  l’amélioration de l’efficience des investissements en choisissant les projets les plus efficients économiquement et socialement, tout en encourageant les mécanismes de suivi et de maintenance,

-  la recherche de mécanismes de financement innovants.

Si ces mesures permettront à l’Etat de faire quelques économies, cela ne sera certainement pas suffisant au regard des importantes dépenses attendues. Ainsi, le gouvernement n’a d’autre choix que de chercher des ressources supplémentaires à travers :

- la gestion active des biens de l’Etat,

- l’opérationnalisation de la réforme structurelle des EEP à travers l’amélioration de sa gouvernance et de son modèle de gestion tout en améliorant sa contribution aux recettes du trésor. La réforme prévoit également le recentrage des EEP sur leur cœur de métier et la cession des filiales et activités qui n’ont pas de lien avec l’activité principale.

Selon ce qui précède et vu la pression sur le budget de l’Etat, il ne sera pas étonnant de voir l’Etat poursuivre les opérations de privatisation.

Une croissance de 4% en 2022 ?

Sur la base des données actuelles, le gouvernement prévoit une croissance qui ne dépassera pas les 4% au cours des trois prochaines années. Il prévoit une croissance de 3,7% en 2020, 3,8% en 2021 et 4% en 2022.

En ce qui concerne les chiffres clés de la programmation budgétaire pluriannuelle, le ministre révèle que les dépenses en biens et équipements connaîtront une hausse sur les trois années à venir. Ce poste de dépenses passera de 45,13 MMDH en 2019 à 46,69 MMDH en 2020, 49,62 MMDH en 2021 pour atteindre 51,95 MMDH en 2022.

L’augmentation enregistrée entre 2019 et 2020 s’explique selon le ministre par la budgétisation de plus de 1,72 MMDH au profit des académies régionales pour couvrir les salaires de 15.000 cadres enseignants (salaires de 4 mois de 2019 et 12 mois de 2020). Ainsi, le montant global des salaires des cadres-enseignants des académies atteindra 7 MMDH.

A cela, il faut ajouter 300 MDH pour le programme de généralisation du préscolaire et 100 MDH pour la formation des enseignants. 

L’effort de rationalisation des dépenses de fonctionnement (études, transport, parc automobile de l’Etat, hôtellerie, organisation de conférences) devrait permettre à l’Etat d’économiser sur le budget globale 1,13 MMDH en 2020.

Par ailleurs, les dépenses d’investissement enregistreront également une hausse entre 2019 et 2022. Elles passeront de 52,95 MMDH à 59,53 MMDH.

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