En Tunisie, retour probable d'Ennahdha à la tête du gouvernement

Les islamistes d'Ennahdha vont-ils diriger de nouveau la Tunisie comme ils l'avaient fait en 2012-2013? C'est fort possible si l'on en croit les résultats des sondages sorties des urnes publiés ce dimanche 6 octobre. Une bataille judiciaire s'annonce néanmoins.

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En Tunisie, retour probable d'Ennahdha à la tête du gouvernement (Photo AFP)

Le 06 octobre 2019 à 21:18

Modifié le 07 octobre 2019 à 07:39

QUOI. Les Tunisiens ont voté ce dimanche 6 octobre 2019 pour des élections législatives à un seul tour. Il s'agissait d'élire 217 députés du parlement. Les législatives se déroulent entre les deux tours de la présidentielle. Le second tour de l'élection présidentielle aura lieu dimanche prochain 13 octobre.
Le gouvernement est constitué par le parti arrivé en tête en nombre de sièges. En Tunisie le gouvernement est doté d'une large autonomie par rapport au Chef de l'Etat.

LES RESULTATS. Les résultats préliminaires officiels ne seront pas connus avant mardi ou mercredi. Il y aura ensuite l'ouverture du dépôts des recours en Justice. A l'issue de l'épuisement définitif des recours, ce qui peut demander une quinzaine de jours, les résultats officiels seront proclamés. Les consultations pour constituer le gouvernement pourront alors démarrer.

Les taux de participation est estimé à 41%.

SONDAGES SORTIE DES URNES. Les deux principaux cabinets de sondages ont annoncé ce dimanche soir la victoire d'Ennahdha, aussi bien en nombre de voix qu'en nombre de sièges. Ennahdha se contentera de 40 à 45 sièges après en avoir remporté 90 en 2011 et 69 en 2014. Malgré cela, le parti islamiste reste le premier parti du pays.

Le parti 9alb Tounes de Nabil Karoui, le sulfureux homme d'affaires embastillé, arrive deuxième.

BATAILLE JUDICIAIRE. Le parti de Karoui a annoncé qu'il allait porter "un grand nombre d'infractions électorales", voire des "crimes", devant la Justice. Des sources proches lui prêtent la volonté de contester l'absence d'égalité des chances, puisqu'il n'a pas pu faire campagne, étant placé en détention préventive dans le cadre d'une affaire de blanchiment d'argent et de fraude fiscale.

Karoui va jouer son va-tout car la seule carte qu'il lui reste est celle du deuxième tour de la présidentielle. Il est toutefois fort probable que la victoire d'Ennahdha, même non définitive, va peser sur l'issue de la présidentielle car ce parti soutient Kais Saied, le grand favori à la présidentielle.

CLARIFICATION. Ennahdha va devoir s'allier non seulement à Kais Saied, mais également à des courants dits révolutionnaires, certains populistes, une sorte de grand magma regroupant l'extrême gauche et l'extrême droite. Ce parti, souligne un intellectuel marocain à Médias24, devra s'assumer, clarifier ses positions sur différents thèmes de société clivants, après usé de double langage et avancé masqué.

Pour la petite histoire et signe des temps, Nida Tounes le grand parti de Beji Caid Essebsi qui avait triomphé aux législatives en 2014, se contentera d'un seul petit siège au prochain parlement selon les sondages sortie des urnes.

La Tunisie s'achemine vers une situation politique inédite avec un Chef d'Etat sans parti, sans vrai programme et qui est positionné plutôt comme crypto-islamiste. Et un parti islamiste qui va diriger le gouvernement. Pour le premier, il s'agira d'un retour à la pureté révolutionnaire. Pour les seconds, ce sera surtout une victoire de Ghannouchi qu'il devra aux innombrables fautes commises par ses adversaires.

ENSEIGNEMENTS. La victoire d'Ennahdha lui a été d'abord offerte par ses adversaires, éparpillés et prisonniers de leurs rivalités. Le camp démocrate est décimé. Ennahdha remporte 18% des voix exprimées, sur un taux de participation de 41% soit moins de 7,5% du corps électoral. Elle va diriger le pays avec ce maigre score.

Les partis islamistes restent soudés et, en cas de désaccord, plutôt disciplinés. Leur démocratie interne fonctionne. Ils font le plein de leurs sympathisants.

Dans le camp démocrate, c'est l'inverse. Nida Tounes fut le grand vainqueur des élections en 2014. Il est aujourd'hui moribond. Les démocrates ou ceux qui se positionnent comme tel, négocient avec les principes, concluent des transactions avec la morale: le clientélisme, le népotisme, le clanisme sont omniprésents, l'argent coule à flots, les connexions avec l'ancien régime de Benali ont été ressuscitées. Tant qu'il n'y aura pas de leader charismatique, de démocratie interne et de démarche respectueuse de l'éthique, de la morale et de la loi, il n'y aura aucun progrès dans la durée.

En 2014, le camp démocrate s'était  rassemblé pour contrer Ennahdha. Il y est arrivé. Mais il n'a pas su transformer le "contre" Ennahdha, en "pour" un projet.

De son côté, Ennahdha pendant les années 2012-2013, a géré le pays avec un bilan catastrophique sur les plans économique, social et même de politique étrangère. Ce parti est accusé par une partie importante du corps électoral et des acteurs politiques, d'avoir notamment été complice dans le retour du terrorisme, d'avoir été à l'origine du déficit budgétaire et de l'endettement...

Tags : Tunisie
(Photo AFP)

En Tunisie, retour probable d'Ennahdha à la tête du gouvernement

Le 06 octobre 2019 à21:42

Modifié le 07 octobre 2019 à 07:39

Les islamistes d'Ennahdha vont-ils diriger de nouveau la Tunisie comme ils l'avaient fait en 2012-2013? C'est fort possible si l'on en croit les résultats des sondages sorties des urnes publiés ce dimanche 6 octobre. Une bataille judiciaire s'annonce néanmoins.

QUOI. Les Tunisiens ont voté ce dimanche 6 octobre 2019 pour des élections législatives à un seul tour. Il s'agissait d'élire 217 députés du parlement. Les législatives se déroulent entre les deux tours de la présidentielle. Le second tour de l'élection présidentielle aura lieu dimanche prochain 13 octobre.
Le gouvernement est constitué par le parti arrivé en tête en nombre de sièges. En Tunisie le gouvernement est doté d'une large autonomie par rapport au Chef de l'Etat.

LES RESULTATS. Les résultats préliminaires officiels ne seront pas connus avant mardi ou mercredi. Il y aura ensuite l'ouverture du dépôts des recours en Justice. A l'issue de l'épuisement définitif des recours, ce qui peut demander une quinzaine de jours, les résultats officiels seront proclamés. Les consultations pour constituer le gouvernement pourront alors démarrer.

Les taux de participation est estimé à 41%.

SONDAGES SORTIE DES URNES. Les deux principaux cabinets de sondages ont annoncé ce dimanche soir la victoire d'Ennahdha, aussi bien en nombre de voix qu'en nombre de sièges. Ennahdha se contentera de 40 à 45 sièges après en avoir remporté 90 en 2011 et 69 en 2014. Malgré cela, le parti islamiste reste le premier parti du pays.

Le parti 9alb Tounes de Nabil Karoui, le sulfureux homme d'affaires embastillé, arrive deuxième.

BATAILLE JUDICIAIRE. Le parti de Karoui a annoncé qu'il allait porter "un grand nombre d'infractions électorales", voire des "crimes", devant la Justice. Des sources proches lui prêtent la volonté de contester l'absence d'égalité des chances, puisqu'il n'a pas pu faire campagne, étant placé en détention préventive dans le cadre d'une affaire de blanchiment d'argent et de fraude fiscale.

Karoui va jouer son va-tout car la seule carte qu'il lui reste est celle du deuxième tour de la présidentielle. Il est toutefois fort probable que la victoire d'Ennahdha, même non définitive, va peser sur l'issue de la présidentielle car ce parti soutient Kais Saied, le grand favori à la présidentielle.

CLARIFICATION. Ennahdha va devoir s'allier non seulement à Kais Saied, mais également à des courants dits révolutionnaires, certains populistes, une sorte de grand magma regroupant l'extrême gauche et l'extrême droite. Ce parti, souligne un intellectuel marocain à Médias24, devra s'assumer, clarifier ses positions sur différents thèmes de société clivants, après usé de double langage et avancé masqué.

Pour la petite histoire et signe des temps, Nida Tounes le grand parti de Beji Caid Essebsi qui avait triomphé aux législatives en 2014, se contentera d'un seul petit siège au prochain parlement selon les sondages sortie des urnes.

La Tunisie s'achemine vers une situation politique inédite avec un Chef d'Etat sans parti, sans vrai programme et qui est positionné plutôt comme crypto-islamiste. Et un parti islamiste qui va diriger le gouvernement. Pour le premier, il s'agira d'un retour à la pureté révolutionnaire. Pour les seconds, ce sera surtout une victoire de Ghannouchi qu'il devra aux innombrables fautes commises par ses adversaires.

ENSEIGNEMENTS. La victoire d'Ennahdha lui a été d'abord offerte par ses adversaires, éparpillés et prisonniers de leurs rivalités. Le camp démocrate est décimé. Ennahdha remporte 18% des voix exprimées, sur un taux de participation de 41% soit moins de 7,5% du corps électoral. Elle va diriger le pays avec ce maigre score.

Les partis islamistes restent soudés et, en cas de désaccord, plutôt disciplinés. Leur démocratie interne fonctionne. Ils font le plein de leurs sympathisants.

Dans le camp démocrate, c'est l'inverse. Nida Tounes fut le grand vainqueur des élections en 2014. Il est aujourd'hui moribond. Les démocrates ou ceux qui se positionnent comme tel, négocient avec les principes, concluent des transactions avec la morale: le clientélisme, le népotisme, le clanisme sont omniprésents, l'argent coule à flots, les connexions avec l'ancien régime de Benali ont été ressuscitées. Tant qu'il n'y aura pas de leader charismatique, de démocratie interne et de démarche respectueuse de l'éthique, de la morale et de la loi, il n'y aura aucun progrès dans la durée.

En 2014, le camp démocrate s'était  rassemblé pour contrer Ennahdha. Il y est arrivé. Mais il n'a pas su transformer le "contre" Ennahdha, en "pour" un projet.

De son côté, Ennahdha pendant les années 2012-2013, a géré le pays avec un bilan catastrophique sur les plans économique, social et même de politique étrangère. Ce parti est accusé par une partie importante du corps électoral et des acteurs politiques, d'avoir notamment été complice dans le retour du terrorisme, d'avoir été à l'origine du déficit budgétaire et de l'endettement...

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