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Enseignement privé: quelle explication à la hausse des coûts?

Les tarifs pratiqués par le secteur de l’enseignement privé peuvent sembler, à première vue, exagérés. Pour les acteurs et spécialistes du secteur, ces coûts sont tout à fait “raisonnables“ et s’expliquent par plusieurs facteurs : les évolutions technologiques, les pratiques mondiales dans ce domaine, la rareté et la pression sur les ressources humaines qualifiées, les équipements utilisés dans le cadre de certaines formations, le type du cursus, etc.

Enseignement privé: Quelle explication à la hausse des coûts ?

Le 08 juillet 2019 à 16:12

Modifié le 10 juillet 2019 à 16:08

Même si l’enseignement supérieur privé ne représente que 5% du système universitaire, ce secteur propose une variété d’établissements : universités privées spécialisées, universités privées pluridisciplinaires, écoles privées locales et écoles internationales délocalisées. Une diversification de l’offre qui a marqué la dernière décennie. Cette multiplication des établissements s’est accompagnée, toutefois, par une hausse des coûts pratiqués par le secteur privé.

Dans son analyse de l’inflation au Maroc, contenue dans son rapport annuel 2017, Bank Al-Maghrib a fait un focus sur les prix dans l’enseignement. Selon l’institut d’émission, les prix ont progressé de 27% pour l’enseignement post-secondaire et supérieur entre 2007 et 2017.

Quand on fait une analyse des tarifs de formation dans le privé, le coût du cursus pédagogique varie, évidemment, selon l’établissement choisi par l’étudiant et la nature du diplôme délivré.

Des tarifs raisonnables?

“Le coût de la formation dans le supérieur, qu’il soit public ou privé, varie selon la nature de la formation (ingénierie, management, médecine…). Ce coût est calculé sur la base d’un certain nombre de paramètres, dont notamment le taux d’encadrement (ratio professeur/étudiants, ratio administratif/étudiants), la qualité du corps professoral et son investissement dans la recherche, les infrastructures académiques (équipements scientifiques et techniques et salles de formation) et para-académiques (infrastructures d’accueil, sportives, restauration, hébergement…), les services d’accompagnement des étudiants (mobilité, préparation à la vie active, stages dans l’entreprise, …)“, répond Abdelaziz Benjouad, vice-président à la R&D de l’UIR (Université internationale de Rabat).

Mais est-ce que les coûts du privé sont-ils raisonnables pour autant ? Pour Abderrahmane Lahlou, expert en éducation et formation et directeur général du Centre de formation des enseignants (Cifipe), “les coûts du privé sont raisonnables. Et il existe une variété de choix. Les petites écoles peuvent offrir un bachelor ou une licence à 30.000 DH par an. Et ça peut atteindre 70.000 DH par an dans les universités privées. Le master commence à 50.000 DH par an et cela peut également atteindre 70.000 DH. Il y a quelques établissements privés qui offrent des bourses. On peut avoir l’impression que ces coûts sont élevés, mais c’est un investissement nécessaire“.

Chaque chose a son prix

À titre d’exemple, pour une formation d’ingénieur à l’Institut supérieur du génie appliqué (IGA), “les prix sont comme suit : 39.000 DH pour le 1er cycle. Et 42.600 DH par an pour le 2ème cycle. Il est à noter que cela fait 8 ans que nous n’avons pas augmenté nos tarifs à l'IGA. Nous prenons en compte la conjoncture actuelle et les difficultés de certains parents pour assurer les coûts demandés“.

Pour les écoles de commerce locales qui ont fait leurs preuves sur le marché, “les prix varient entre 60.000 et 75.000 DH par an pour le 1er cycle“, nous assure une responsable dans une école de commerce. Pour le master, les frais commencent à partir de 65.000 DH par an.

En ce qui concerne des écoles de commerce étrangères délocalisées, il faut compter presque le double avec des frais de près de 130.000 DH par an pour une formation de Bac+4 et un diplôme reconnu par l’État français. Pour un Executive MBA dans le même type d’établissements, le coût se situe aux alentours de 290.000 DH pour une formation de 18 à 20 mois.

Dans les universités privées, les coûts commencent en moyenne à 70.000 DH par an (Bachelor ou Master). Ce chiffre peut baisser ou augmenter pour atteindre 120.000 DH par an, en fonction de la filière. Évidemment, le coût de la formation est plus élevé dans les filières médicales et celles qui utilisent des équipements de laboratoires lourds ou coûteux, comme en architecture ou dans l’ingénierie.

La partie visible de l'iceberg

“Si au Maroc les frais de scolarité dans le privé se situent à titre d’exemple aux alentours de 120.000 DH par an pour les études médicales, 75.000 DH pour les études d’ingénierie ou les masters et licences, ceux-ci ne couvrent effectivement qu’une partie du coût réel de la formation“, estime Abdelaziz Benjouad.

Pour cet universitaire, il est nécessaire de différencier entre les frais de scolarité que les étudiants paient et le coût de la formation.

Généralement, les frais de scolarité ne couvrent pas la totalité du coût réel de la formation y compris dans les pays développés où les frais de scolarité sont très élevés, pouvant être jusqu’à 10 fois plus élevés qu’au Maroc.

“La différence est généralement comblée par l’Etat et le mécénat qui accordent des subventions à ces universités pour leur permettre de jouer pleinement leur mission de service public“, tient à préciser le vice-président à la R&D de l’UIR.

Le coût de l’enseignement supérieur privé peut être sujet, en effet, à des évolutions en lien notamment avec les évolutions technologiques et pratiques mondiales dans ce domaine, ainsi qu’avec la rareté et la pression sur les ressources humaines qualifiées.

“Il est de plus en plus difficile de trouver des professeurs qualifiés. Cette rareté fait flamber leurs salaires et impacte automatiquement les frais des études. Le nombre des établissements privés progresse alors que celui des formateurs demeure le même“, explique un acteur du secteur privé de l’enseignement.

Quel rapport qualité/prix?

Mais est-ce que la qualité de la formation dans le privé suit les prix pratiqués par ces établissements?

“De manière globale, si on veut mesurer la qualité de l’enseignement supérieur privé, il faut le comparer à l’enseignement public dédié aux cadres (les écoles de commerce et d’ingénieurs) et non pas aux universités à accès ouvert. Et quand on les compare, on trouve que le top des écoles et universités privées est vraiment performant et que le niveau y est vraiment bon. Ces établissements n’ont rien à envier aux écoles publiques d’ingénieurs et de commerce“, tranche Abderrahmane Lahlou.

“Quand vous prenez la centaine de petites écoles privées qui reste, on ne peut pas les comparer aux grandes écoles publiques. Il y a un laisser-aller qui peut s’expliquer par des contraintes financières qui obligent ces écoles à baisser la qualité de l’enseignement. Donc, c’est vraiment au cas par cas. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac“, nuance un vieux routier de l’enseignement privé.

Pour mesurer la qualité d’un établissement privé, vérifier si les filières sont accréditées peut rassurer en partie sur le niveau de sérieux du diplôme.

Il y a, donc, les établissements dont les filières sont accréditées et ceux dont les filières ne le sont pas.

“Quand il y a une accréditation de la part de l’État, cela veut dire que l’établissement a déposé un dossier plus approfondi en matière de qualité et répond aux exigences d’espace, d’équipement, d’enseignement, et d’enseignants. Cet établissement est, de surcroît, meilleur que ceux qui ne sont pas accrédités. Et quand l’établissement est reconnu par l’État, le niveau de qualité est encore meilleur“, note Abderrahmane Lahlou. Dans ce cas de figure, la reconnaissance peut expliquer en grande partie la cherté des coûts. La qualité de la formation n’est, dès lors, plus remise en cause.

Pour ce qui est de l’employabilité des diplômés du système d’enseignement privé, Abderrahmane Lahlou assure que sur le marché du travail, “généralement les entreprises reconnaissent bien les diplômes des universités et des écoles privées de renommée. Et quand l’étudiant dispose d’un diplôme délocalisé, cela a encore plus de valeur et donc impacte la proposition salariale“.

Enseignement privé: quelle explication à la hausse des coûts?

Le 08 juillet 2019 à16:30

Modifié le 10 juillet 2019 à 16:08

Les tarifs pratiqués par le secteur de l’enseignement privé peuvent sembler, à première vue, exagérés. Pour les acteurs et spécialistes du secteur, ces coûts sont tout à fait “raisonnables“ et s’expliquent par plusieurs facteurs : les évolutions technologiques, les pratiques mondiales dans ce domaine, la rareté et la pression sur les ressources humaines qualifiées, les équipements utilisés dans le cadre de certaines formations, le type du cursus, etc.

Même si l’enseignement supérieur privé ne représente que 5% du système universitaire, ce secteur propose une variété d’établissements : universités privées spécialisées, universités privées pluridisciplinaires, écoles privées locales et écoles internationales délocalisées. Une diversification de l’offre qui a marqué la dernière décennie. Cette multiplication des établissements s’est accompagnée, toutefois, par une hausse des coûts pratiqués par le secteur privé.

Dans son analyse de l’inflation au Maroc, contenue dans son rapport annuel 2017, Bank Al-Maghrib a fait un focus sur les prix dans l’enseignement. Selon l’institut d’émission, les prix ont progressé de 27% pour l’enseignement post-secondaire et supérieur entre 2007 et 2017.

Quand on fait une analyse des tarifs de formation dans le privé, le coût du cursus pédagogique varie, évidemment, selon l’établissement choisi par l’étudiant et la nature du diplôme délivré.

Des tarifs raisonnables?

“Le coût de la formation dans le supérieur, qu’il soit public ou privé, varie selon la nature de la formation (ingénierie, management, médecine…). Ce coût est calculé sur la base d’un certain nombre de paramètres, dont notamment le taux d’encadrement (ratio professeur/étudiants, ratio administratif/étudiants), la qualité du corps professoral et son investissement dans la recherche, les infrastructures académiques (équipements scientifiques et techniques et salles de formation) et para-académiques (infrastructures d’accueil, sportives, restauration, hébergement…), les services d’accompagnement des étudiants (mobilité, préparation à la vie active, stages dans l’entreprise, …)“, répond Abdelaziz Benjouad, vice-président à la R&D de l’UIR (Université internationale de Rabat).

Mais est-ce que les coûts du privé sont-ils raisonnables pour autant ? Pour Abderrahmane Lahlou, expert en éducation et formation et directeur général du Centre de formation des enseignants (Cifipe), “les coûts du privé sont raisonnables. Et il existe une variété de choix. Les petites écoles peuvent offrir un bachelor ou une licence à 30.000 DH par an. Et ça peut atteindre 70.000 DH par an dans les universités privées. Le master commence à 50.000 DH par an et cela peut également atteindre 70.000 DH. Il y a quelques établissements privés qui offrent des bourses. On peut avoir l’impression que ces coûts sont élevés, mais c’est un investissement nécessaire“.

Chaque chose a son prix

À titre d’exemple, pour une formation d’ingénieur à l’Institut supérieur du génie appliqué (IGA), “les prix sont comme suit : 39.000 DH pour le 1er cycle. Et 42.600 DH par an pour le 2ème cycle. Il est à noter que cela fait 8 ans que nous n’avons pas augmenté nos tarifs à l'IGA. Nous prenons en compte la conjoncture actuelle et les difficultés de certains parents pour assurer les coûts demandés“.

Pour les écoles de commerce locales qui ont fait leurs preuves sur le marché, “les prix varient entre 60.000 et 75.000 DH par an pour le 1er cycle“, nous assure une responsable dans une école de commerce. Pour le master, les frais commencent à partir de 65.000 DH par an.

En ce qui concerne des écoles de commerce étrangères délocalisées, il faut compter presque le double avec des frais de près de 130.000 DH par an pour une formation de Bac+4 et un diplôme reconnu par l’État français. Pour un Executive MBA dans le même type d’établissements, le coût se situe aux alentours de 290.000 DH pour une formation de 18 à 20 mois.

Dans les universités privées, les coûts commencent en moyenne à 70.000 DH par an (Bachelor ou Master). Ce chiffre peut baisser ou augmenter pour atteindre 120.000 DH par an, en fonction de la filière. Évidemment, le coût de la formation est plus élevé dans les filières médicales et celles qui utilisent des équipements de laboratoires lourds ou coûteux, comme en architecture ou dans l’ingénierie.

La partie visible de l'iceberg

“Si au Maroc les frais de scolarité dans le privé se situent à titre d’exemple aux alentours de 120.000 DH par an pour les études médicales, 75.000 DH pour les études d’ingénierie ou les masters et licences, ceux-ci ne couvrent effectivement qu’une partie du coût réel de la formation“, estime Abdelaziz Benjouad.

Pour cet universitaire, il est nécessaire de différencier entre les frais de scolarité que les étudiants paient et le coût de la formation.

Généralement, les frais de scolarité ne couvrent pas la totalité du coût réel de la formation y compris dans les pays développés où les frais de scolarité sont très élevés, pouvant être jusqu’à 10 fois plus élevés qu’au Maroc.

“La différence est généralement comblée par l’Etat et le mécénat qui accordent des subventions à ces universités pour leur permettre de jouer pleinement leur mission de service public“, tient à préciser le vice-président à la R&D de l’UIR.

Le coût de l’enseignement supérieur privé peut être sujet, en effet, à des évolutions en lien notamment avec les évolutions technologiques et pratiques mondiales dans ce domaine, ainsi qu’avec la rareté et la pression sur les ressources humaines qualifiées.

“Il est de plus en plus difficile de trouver des professeurs qualifiés. Cette rareté fait flamber leurs salaires et impacte automatiquement les frais des études. Le nombre des établissements privés progresse alors que celui des formateurs demeure le même“, explique un acteur du secteur privé de l’enseignement.

Quel rapport qualité/prix?

Mais est-ce que la qualité de la formation dans le privé suit les prix pratiqués par ces établissements?

“De manière globale, si on veut mesurer la qualité de l’enseignement supérieur privé, il faut le comparer à l’enseignement public dédié aux cadres (les écoles de commerce et d’ingénieurs) et non pas aux universités à accès ouvert. Et quand on les compare, on trouve que le top des écoles et universités privées est vraiment performant et que le niveau y est vraiment bon. Ces établissements n’ont rien à envier aux écoles publiques d’ingénieurs et de commerce“, tranche Abderrahmane Lahlou.

“Quand vous prenez la centaine de petites écoles privées qui reste, on ne peut pas les comparer aux grandes écoles publiques. Il y a un laisser-aller qui peut s’expliquer par des contraintes financières qui obligent ces écoles à baisser la qualité de l’enseignement. Donc, c’est vraiment au cas par cas. On ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac“, nuance un vieux routier de l’enseignement privé.

Pour mesurer la qualité d’un établissement privé, vérifier si les filières sont accréditées peut rassurer en partie sur le niveau de sérieux du diplôme.

Il y a, donc, les établissements dont les filières sont accréditées et ceux dont les filières ne le sont pas.

“Quand il y a une accréditation de la part de l’État, cela veut dire que l’établissement a déposé un dossier plus approfondi en matière de qualité et répond aux exigences d’espace, d’équipement, d’enseignement, et d’enseignants. Cet établissement est, de surcroît, meilleur que ceux qui ne sont pas accrédités. Et quand l’établissement est reconnu par l’État, le niveau de qualité est encore meilleur“, note Abderrahmane Lahlou. Dans ce cas de figure, la reconnaissance peut expliquer en grande partie la cherté des coûts. La qualité de la formation n’est, dès lors, plus remise en cause.

Pour ce qui est de l’employabilité des diplômés du système d’enseignement privé, Abderrahmane Lahlou assure que sur le marché du travail, “généralement les entreprises reconnaissent bien les diplômes des universités et des écoles privées de renommée. Et quand l’étudiant dispose d’un diplôme délocalisé, cela a encore plus de valeur et donc impacte la proposition salariale“.

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