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Entretien. Saaid Amzazi: voici les grands chantiers de l’enseignement supérieur

Pour le ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, affirmer que “les universités forment des chômeurs“ comporte beaucoup d’injustice envers l’université marocaine qui a formé, et continue à le faire, l’élite nationale exerçant dans les secteurs public et privé. Saaid Amzazi concède, toutefois, que le système national d’enseignement supérieur se heurte toujours à de multiples obstacles qui affectent négativement son rendement externe, d’où la réforme du Bachelor.

Entretien. Saaid Amzazi: voici les grands chantiers de l’enseignement supérieur Saaid Amzazi, ministre de l'Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique

Le 01 juillet 2019 à 15:15

Modifié le 01 juillet 2019 à 17:58

Médias24 : Quels sont, aujourd’hui, les chantiers prioritaires du ministère dans le cadre de la réforme universitaire ?

Saaid Amzazi : Dans son discours du 20 août 2018, Sa Majesté le Roi a clairement appelé à l’application urgente de mesures qui ciblent une meilleure adéquation entre formation et emploi ainsi qu’une réduction du chômage.

En exécution des instructions royales, le ministère a organisé, les 2 et 3 octobre 2018 à Marrakech une rencontre pédagogique nationale sous le thème «L’Université renouvelée: La licence, un enjeu pour la qualification académique et l’intégration professionnelle» qui s’est focalisée sur le cycle de la licence dans les établissements universitaires à accès ouvert, ces derniers accueillant l’écrasante majorité des étudiants.

Comment et pourquoi le système de licence sera remplacé par le Bachelor

Conformément aux recommandations qui ont émané de cette rencontre, et après une série de réunions de la Conférence des Présidents d’Université et des Réseaux des FS (Facultés des Sciences), des FLSH (Facultés des lettres et Sciences Humaines), des FSJES (Facultés des Sciences Juridiques Economiques et Sociales) et des FST (Facultés des sciences et Techniques), il a été convenu d’instaurer une nouvelle réforme pour remplacer le système de la licence, qui a montré ses limites, par un système Bachelor, en cours dans de très nombreux pays, caractérisé par :

•  L’introduction d’une année fondatrice comme première année de la formation ;

•  Un dispositif d’orientation /réorientation actif, efficace et efficient qui prendra en compte le background du bachelier (notes depuis le brevet, jusqu’au 1er trimestre de la 2e année bac et appréciations des enseignants) mais également ses aptitudes et ses affinités ainsi que la capacité d’accueil des établissements.

•  Un enseignement d’ouverture sur des champs disciplinaires qui permet à l’étudiant de découvrir d’autres spécialités différentes de la discipline qu’il a choisi d’étudier.

•  Une offre de formation innovante, diversifiée, et professionnalisante, répondant à l’évolution des métiers et aux besoins des divers plans de développement sectoriels ;

•  Le renforcement de l’enseignement des langues et des soft skills ;

•  La mise en place du système de crédits et du supplément au diplôme ;

•  Le développement du e-learning comme mode d’enseignement équitable ;

•  Le renforcement des relations entre le tissu socio-économique et l’université marocaine pour l’amélioration de l’employabilité des diplômés.

 -Quand est-ce que le Bachelor sera opérationnel ?

-Il entrera en vigueur en 2020. L’inscription à ce système aura lieu à partir de juillet 2020. De même, le lancement de la plateforme d’information et d’orientation est prévu en octobre 2019.

Les avis de l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ) sur les filières soumises à accréditation dans ce cadre avant décembre 2019, seront rendus entre janvier et mars 2020.

-Le chantier des réformes ne se limite pas au Bachelor…

 -Effectivement. Le chantier des réformes entreprises par le ministère porte également sur :

•  La réforme des études doctorales ;

•  La restructuration de la recherche scientifique avec la mise en place d’une nouvelle stratégie visant à promouvoir le regroupement des petites structures de recherche en grands centres en vue de disposer d'une masse critique de chercheurs regroupés autour de la même thématique et aussi dans un esprit de mutualisation des différentes ressources.

•  La réforme du 3ème cycle des études médicales, pharmaceutiques et de médecine dentaire ;

•  Le développement du système d’Assurance qualité dans l’enseignement supérieur : Evaluation institutionnelle ;

•  La mise en place d’une plateforme numérique nationale MUN (Maroc Université Numérique) qui hébergera les MOOCs (Cours en ligne), en cours d’élaboration par les universités ;

•  Création de centres de développement de carrières (Career Developement Centers) dans toutes les universités (3 centres pilotes existent à Marrakech, Casablanca et Tanger) ;

•  Généralisation de centres de langues universitaires ;

•  Mise en place d’un portail d’information et d’orientation des étudiants.

Encouragement de l'entrepreneuriat chez les étudiants

L’ouverture de nouveaux horizons d’insertion aux futurs lauréats dans le cadre de l’entrepreneuriat comme alternative à l’emploi salarié continuera d’être vivement encouragée, notamment avec la mise en œuvre du Statut national de l’étudiant entrepreneur et la mise en place des structures d’accompagnement (espaces de co-working, incubateurs, accélérateurs, cités d’innovation, etc.).

-Si vous deviez énumérer les lacunes dont souffre l’enseignement supérieur actuel, quels seraient les points faibles que vous citeriez ?

-L’enseignement supérieur universitaire est de plus en plus sollicité pour répondre à une demande sociale plurielle et pressante.

Sur le plan académique, les principales contraintes auxquelles le système universitaire est actuellement confronté sont :

•  Une massification non régulée de l’enseignement supérieur universitaire : d’une part nous avons près de 1 million d’étudiants dont 13% seulement sont inscrits dans les établissements à accès régulé; d’autre part, nous avons une répartition déséquilibrée des étudiants entre les différents champs disciplinaires dans l’enseignement supérieur universitaire à accès ouvert. Par exemple, près de 50% des étudiants sont inscrits en sciences juridiques, économiques et sociales contre seulement 13% en sciences et techniques.

•  Un accroissement de l’offre en places physiques qui reste relativement faible par rapport à la forte progression des effectifs des étudiants dans les établissements universitaires.

•  Le même constat est relevé au niveau de l’encadrement pédagogique, qui demeure un défi structurel, particulièrement dans les établissements universitaires publics à accès ouvert.

•  Des déperditions importantes (le taux de décrochage atteint 47% au niveau du cycle de la licence) impliquant une faible optimisation du temps et du budget et entravant le développement des universités.

•  L’absence d’un système d’orientation scolaire et universitaire efficient ;

•  La problématique de la transition linguistique entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur ;

•  La faible maîtrise des étudiants des compétences transversales (soft skills) ;

•  La faible implication des professionnels de l’environnement socio-économique dans la formation (montage des filières, évaluation, encadrement des étudiants, stages, etc.) ;

•  L’absence d’une visibilité sur l’évolution du marché du travail et la prospective des métiers et des compétences.

 -Le mode actuel de gouvernance génère lui aussi des difficultés…

 -Effectivement, à côté de ces contraintes, d’autres difficultés sont liées au mode actuel de gouvernance et entravent l’action des universités. Il s’agit essentiellement :

•  d'une autonomie non assumée des universités. Plusieurs aspects essentiels pour le développement des universités (décentralisation, gestion du patrimoine et des ressources humaines) n’ont pas été institutionnalisés par les textes réglementaires adéquats ;

•  d'un fonctionnement lourd et déficient des universités (conseils pléthoriques d’universités, absence d’organigramme, contrôle financier contraignant …) ;

•  d'une faible diversification des sources de financement des universités publiques ; les subventions de l’Etat représentent entre 70 à 97% des ressources financières des universités ;

•  de la prédominance des salaires dans le budget de l’Enseignement supérieur (65% du budget sont affectés aux salaires, 21% à l’appui social aux étudiants et seulement 11% à la gestion et au développement pédagogique de l’université) ;

•  de l’absence de contractualisation entre l’Etat et les universités, ce qui limite sérieusement la responsabilité et la redevabilité des acteurs de celles-ci.

Chômage des diplômés: l'université n'est pas seule responsable

-Qu’est-ce que le ministère préconise pour que nos universités arrêtent de former des chômeurs ?

-Affirmer que «les universités forment des chômeurs» comporte beaucoup d’injustice envers l’université marocaine qui a formé, et continue à le faire, l’élite nationale exerçant dans les secteurs public et privé.

Ceci, d’autant plus que la problématique du chômage ne peut être exclusivement imputée au système d’enseignement supérieur. La croissance économique et la capacité du système productif à créer de la richesse et de l’emploi sont des facteurs déterminants pour pallier ce phénomène.

Ainsi et malgré les efforts déployés en faveur de la promotion de l’emploi, notre pays souffre d’un déséquilibre entre le nombre de diplômés des universités et le nombre d’emplois créés annuellement par notre économie.

Ceci étant dit, personne ne peut non plus prétendre que l’offre de notre université répond parfaitement aux besoins de son environnement économique et social. Mais ce n’est pas une spécificité marocaine.

En plus de la dimension économique et en dépit des acquis réalisés depuis le début de la mise en œuvre de la réforme en 2003, notamment en matière de professionnalisation des formations universitaires, les différents diagnostics et indicateurs ont conclu que le système national d’enseignement supérieur se heurte toujours à de multiples obstacles qui affectent négativement son rendement externe.

C’est d’ailleurs bien pour cela que le ministère a mené une réflexion intense sur les failles de ce système à accès ouvert et les moyens de les juguler, d’où l’instauration de la réforme Bachelor telle que décrite précédemment.

Tous les établissements, privés et publics, sont soumis aux mêmes normes de qualité

-Beaucoup reprochent au système privé d’accentuer les disparités sociales. Comment le ministère veille-t-il à l’équité du système d’enseignement supérieur ?

-Conformément aux orientations de la vision stratégique de la réforme 2015-2030, le secteur privé est un partenaire de l’enseignement public dans la généralisation et la réalisation de l’équité. Il constitue, de ce fait, une composante du système et une partie prenante dans les efforts de généralisation globale et équitable de l’enseignement, d’amélioration de la qualité et de diversification de l’offre.

La participation de l’enseignement supérieur privé au Maroc reste encore modeste. Ses effectifs d’étudiants restent très limités et ne représentent que 5,3% de l’effectif global des étudiants de l’enseignement supérieur.

On ne peut pas parler de disparités entre les deux systèmes puisque tous les établissements, aussi bien publics que privés, sont soumis aux mêmes normes et standards de qualité.

Les formations publiques et privées sont soumises au même processus d’évaluation-accréditation. Elles doivent répondre aux mêmes normes pédagogiques nationales avant leur accréditation par le ministère.

-La qualité de l’enseignement privé est parfois pointée du doigt. Dans quelle mesure le département de tutelle opère-t-il un suivi de la qualité des prestations pédagogiques du privé ?

-Le ministère procède en effet à une évaluation régulière des formations dispensées par les établissements publics et privés à travers l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ), et ce dans le cadre du processus d’accréditation de ces formations.

L’évaluation des formations est assurée depuis 2017 par l’ANEAQ qui est une agence indépendante. La qualité des programmes est vérifiée par cette agence à travers ses experts et en se référant notamment aux normes pédagogiques nationales relatives à chaque type de diplôme.

La décision d’accréditation est accordée par le ministère sur la base de cette évaluation et ce pour une durée déterminée. Elle peut être renouvelée après évaluation.

-La fuite des compétences à l’étranger prend de l’ampleur. Le gouvernement en est-il conscient ?

-Il faut déjà savoir que c’est un phénomène global et naturel qui n’est pas spécifique aux pays en voie de développement et encore moins au Maroc.

La concurrence est rude au niveau international pour attirer les meilleures compétences dans tous les domaines. La problématique de la fuite des compétences n’est pas liée uniquement à l’offre salariale; les compétences recherchent l’équité, l’évolution de carrière, la reconnaissance et l’encadrement. Elles recherchent aussi et surtout un cadre de vie et de travail optimal. 

La fuite des cerveaux marocains vers l’étranger est un problème complexe et une responsabilité partagée entre les différents secteurs ministériels et socio-économiques.

Le gouvernement est conscient de ce défi. Il s’est engagé, à travers plusieurs actions menées par les différents ministères, à mettre en place les conditions appropriées pour l’intégration et l’évolution des compétences marocaines dans le tissu socio-économique national.

Le département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique multiplie les efforts en ce sens également, à travers notamment des actions de promotion de la recherche nationale et de développement de programmes de mobilisation des compétences marocaines à l’étranger.

-Pourquoi le Maroc peine-t-il à se développer en matière de recherche scientifique ?

-Je tiens, tout d’abord, à vous rappeler que la recherche scientifique dans notre pays est l’une des priorités du gouvernement, en tant que levier du développement économique et social, car il n’y a pas d’avenir pour un pays dont l’économie n’est pas basée sur la recherche scientifique et l'innovation, en particulier à notre époque, où la science et le savoir sont les principaux facteurs de production de la richesse.

Dans ce cadre, notre ministère a élaboré une stratégie pour le secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique s’inscrivant dans la vision stratégique de la réforme 2015-2030 élaborée par le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Cette stratégie est actuellement mise en œuvre dans le cadre du plan d’action du ministère pour 2017-2021 à travers un ensemble de mesures et d’actions visant à soutenir la recherche scientifique et renforcer ses retombées socio-économiques sur nos citoyens.

Je vous cite quelques chiffres suffisamment parlants. Ils portent sur la production scientifique marocaine. Dans ce cadre, il faut rappeler que :

•  Le nombre d'étudiants inscrits en doctorat a augmenté de 20% entre 2016 et 2018 ;

•  Le nombre de thèses soutenues a augmenté de 35% entre 2016 et 2018 ;

•  Le nombre de publications scientifiques, actuellement de 7.000 par an, a également connu une hausse de 40% entre 2015 et 2017 ;

•  117 brevets ont été déposés par des universités et des centres de recherche en 2017 sur 182 brevets d’origine marocaine, soit 64% ;

•  En ce qui concerne la position du Maroc dans les classements internationaux, les universités marocaines ont connu un saut extrêmement important en 2019. À titre indicatif, selon les classements THE et Shanghai, 5 universités marocaines apparaissent parmi les mille meilleures universités du monde, sachant qu’en 2016, il y avait une seule université classée. Le Maroc est classé au quatrième rang au niveau africain.

-Quels sont les principaux défis de la recherche ? Quelle est votre stratégie pour rectifier le tir ?

-Parmi les principaux défis que nous devons relever pour renforcer la recherche scientifique et l’innovation, on peut citer:

•  Le manque de coordination entre les différents acteurs de la recherche scientifique (en ce qui concerne les programmes liés au financement, la valorisation des résultats de la recherche scientifique, le développement de la coopération et des partenariats, …) ;

•  Une gestion administrative et financière des projets de recherche scientifique inadaptée avec la nature et les spécificités des activités de recherche scientifique et d’innovation ;

•  Une implication du secteur privé dans le financement des activités de la recherche scientifique qui reste insuffisante et gagerait à être augmentée (à travers des incitations fiscales, …).

Cinq projets sont proposés dans le cadre de la mise en œuvre de la vision stratégique de la réforme dans son volet «recherche scientifique et innovation» :

•  Projet 1 : Amélioration de la gouvernance du système national de la recherche scientifique et de l’innovation.

•  Projet 2 : Amélioration des études doctorales et promotion de l'excellence dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation.

•  Projet 3 : Renforcement des infrastructures de la recherche scientifique et encouragement de la mutualisation de leur utilisation.

•  Projet 4 : Renforcement des mécanismes de valorisation des résultats de la recherche scientifique et technologique et de l’innovation.

•  Projet 5 : Renforcement du partenariat et de la coopération à l’échelle nationale et internationale dans le domaine des sciences, technologies et innovation.

-Parmi les obstacles au décollage de la recherche scientifique cités par les universitaires, figure le manque de ressources financières. Comment comptez-vous y pourvoir?

-Concernant le financement de la recherche, il faut rappeler que notre ministère :

•  a lancé un appel à projets en 2019 dans le domaine de l'intelligence artificielle et ses applications avec un budget de 50 millions de DH;

•  a financé 53 projets de recherche dans le domaine des SHS avec un budget de 30 millions de DH en 2019 ;

•  a financé 14 projets dans le domaine des plantes aromatiques et médicinales en 2019 avec un montant de 9,2 millions de DH;

•  a financé, en 2019, plus de 130 projets de recherche dans le cadre de la coopération bilatérale avec la France, l’Allemagne, la Tunisie, …

•  a financé 11 projets de recherche dans le cadre du programme PRIMA, édition 2018, avec un budget de plus de 9 millions de DH ;

•  a financé 39 projets avec un montant de 39 millions de DH dans le cadre des projets européens ARIMNET et ERANETMED ;

•  a bénéficié d’un financement 59 projets de recherche avec l’implication de 61 institutions nationales dans le cadre du programme européen H2020. Il est à signaler que le Maroc occupe la première place dans ce programme en nombre de projets parmi les pays de la rive sud. 

Saaid Amzazi, ministre de l'Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique

Entretien. Saaid Amzazi: voici les grands chantiers de l’enseignement supérieur

Le 01 juillet 2019 à15:18

Modifié le 01 juillet 2019 à 17:58

Pour le ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, affirmer que “les universités forment des chômeurs“ comporte beaucoup d’injustice envers l’université marocaine qui a formé, et continue à le faire, l’élite nationale exerçant dans les secteurs public et privé. Saaid Amzazi concède, toutefois, que le système national d’enseignement supérieur se heurte toujours à de multiples obstacles qui affectent négativement son rendement externe, d’où la réforme du Bachelor.

Médias24 : Quels sont, aujourd’hui, les chantiers prioritaires du ministère dans le cadre de la réforme universitaire ?

Saaid Amzazi : Dans son discours du 20 août 2018, Sa Majesté le Roi a clairement appelé à l’application urgente de mesures qui ciblent une meilleure adéquation entre formation et emploi ainsi qu’une réduction du chômage.

En exécution des instructions royales, le ministère a organisé, les 2 et 3 octobre 2018 à Marrakech une rencontre pédagogique nationale sous le thème «L’Université renouvelée: La licence, un enjeu pour la qualification académique et l’intégration professionnelle» qui s’est focalisée sur le cycle de la licence dans les établissements universitaires à accès ouvert, ces derniers accueillant l’écrasante majorité des étudiants.

Comment et pourquoi le système de licence sera remplacé par le Bachelor

Conformément aux recommandations qui ont émané de cette rencontre, et après une série de réunions de la Conférence des Présidents d’Université et des Réseaux des FS (Facultés des Sciences), des FLSH (Facultés des lettres et Sciences Humaines), des FSJES (Facultés des Sciences Juridiques Economiques et Sociales) et des FST (Facultés des sciences et Techniques), il a été convenu d’instaurer une nouvelle réforme pour remplacer le système de la licence, qui a montré ses limites, par un système Bachelor, en cours dans de très nombreux pays, caractérisé par :

•  L’introduction d’une année fondatrice comme première année de la formation ;

•  Un dispositif d’orientation /réorientation actif, efficace et efficient qui prendra en compte le background du bachelier (notes depuis le brevet, jusqu’au 1er trimestre de la 2e année bac et appréciations des enseignants) mais également ses aptitudes et ses affinités ainsi que la capacité d’accueil des établissements.

•  Un enseignement d’ouverture sur des champs disciplinaires qui permet à l’étudiant de découvrir d’autres spécialités différentes de la discipline qu’il a choisi d’étudier.

•  Une offre de formation innovante, diversifiée, et professionnalisante, répondant à l’évolution des métiers et aux besoins des divers plans de développement sectoriels ;

•  Le renforcement de l’enseignement des langues et des soft skills ;

•  La mise en place du système de crédits et du supplément au diplôme ;

•  Le développement du e-learning comme mode d’enseignement équitable ;

•  Le renforcement des relations entre le tissu socio-économique et l’université marocaine pour l’amélioration de l’employabilité des diplômés.

 -Quand est-ce que le Bachelor sera opérationnel ?

-Il entrera en vigueur en 2020. L’inscription à ce système aura lieu à partir de juillet 2020. De même, le lancement de la plateforme d’information et d’orientation est prévu en octobre 2019.

Les avis de l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ) sur les filières soumises à accréditation dans ce cadre avant décembre 2019, seront rendus entre janvier et mars 2020.

-Le chantier des réformes ne se limite pas au Bachelor…

 -Effectivement. Le chantier des réformes entreprises par le ministère porte également sur :

•  La réforme des études doctorales ;

•  La restructuration de la recherche scientifique avec la mise en place d’une nouvelle stratégie visant à promouvoir le regroupement des petites structures de recherche en grands centres en vue de disposer d'une masse critique de chercheurs regroupés autour de la même thématique et aussi dans un esprit de mutualisation des différentes ressources.

•  La réforme du 3ème cycle des études médicales, pharmaceutiques et de médecine dentaire ;

•  Le développement du système d’Assurance qualité dans l’enseignement supérieur : Evaluation institutionnelle ;

•  La mise en place d’une plateforme numérique nationale MUN (Maroc Université Numérique) qui hébergera les MOOCs (Cours en ligne), en cours d’élaboration par les universités ;

•  Création de centres de développement de carrières (Career Developement Centers) dans toutes les universités (3 centres pilotes existent à Marrakech, Casablanca et Tanger) ;

•  Généralisation de centres de langues universitaires ;

•  Mise en place d’un portail d’information et d’orientation des étudiants.

Encouragement de l'entrepreneuriat chez les étudiants

L’ouverture de nouveaux horizons d’insertion aux futurs lauréats dans le cadre de l’entrepreneuriat comme alternative à l’emploi salarié continuera d’être vivement encouragée, notamment avec la mise en œuvre du Statut national de l’étudiant entrepreneur et la mise en place des structures d’accompagnement (espaces de co-working, incubateurs, accélérateurs, cités d’innovation, etc.).

-Si vous deviez énumérer les lacunes dont souffre l’enseignement supérieur actuel, quels seraient les points faibles que vous citeriez ?

-L’enseignement supérieur universitaire est de plus en plus sollicité pour répondre à une demande sociale plurielle et pressante.

Sur le plan académique, les principales contraintes auxquelles le système universitaire est actuellement confronté sont :

•  Une massification non régulée de l’enseignement supérieur universitaire : d’une part nous avons près de 1 million d’étudiants dont 13% seulement sont inscrits dans les établissements à accès régulé; d’autre part, nous avons une répartition déséquilibrée des étudiants entre les différents champs disciplinaires dans l’enseignement supérieur universitaire à accès ouvert. Par exemple, près de 50% des étudiants sont inscrits en sciences juridiques, économiques et sociales contre seulement 13% en sciences et techniques.

•  Un accroissement de l’offre en places physiques qui reste relativement faible par rapport à la forte progression des effectifs des étudiants dans les établissements universitaires.

•  Le même constat est relevé au niveau de l’encadrement pédagogique, qui demeure un défi structurel, particulièrement dans les établissements universitaires publics à accès ouvert.

•  Des déperditions importantes (le taux de décrochage atteint 47% au niveau du cycle de la licence) impliquant une faible optimisation du temps et du budget et entravant le développement des universités.

•  L’absence d’un système d’orientation scolaire et universitaire efficient ;

•  La problématique de la transition linguistique entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur ;

•  La faible maîtrise des étudiants des compétences transversales (soft skills) ;

•  La faible implication des professionnels de l’environnement socio-économique dans la formation (montage des filières, évaluation, encadrement des étudiants, stages, etc.) ;

•  L’absence d’une visibilité sur l’évolution du marché du travail et la prospective des métiers et des compétences.

 -Le mode actuel de gouvernance génère lui aussi des difficultés…

 -Effectivement, à côté de ces contraintes, d’autres difficultés sont liées au mode actuel de gouvernance et entravent l’action des universités. Il s’agit essentiellement :

•  d'une autonomie non assumée des universités. Plusieurs aspects essentiels pour le développement des universités (décentralisation, gestion du patrimoine et des ressources humaines) n’ont pas été institutionnalisés par les textes réglementaires adéquats ;

•  d'un fonctionnement lourd et déficient des universités (conseils pléthoriques d’universités, absence d’organigramme, contrôle financier contraignant …) ;

•  d'une faible diversification des sources de financement des universités publiques ; les subventions de l’Etat représentent entre 70 à 97% des ressources financières des universités ;

•  de la prédominance des salaires dans le budget de l’Enseignement supérieur (65% du budget sont affectés aux salaires, 21% à l’appui social aux étudiants et seulement 11% à la gestion et au développement pédagogique de l’université) ;

•  de l’absence de contractualisation entre l’Etat et les universités, ce qui limite sérieusement la responsabilité et la redevabilité des acteurs de celles-ci.

Chômage des diplômés: l'université n'est pas seule responsable

-Qu’est-ce que le ministère préconise pour que nos universités arrêtent de former des chômeurs ?

-Affirmer que «les universités forment des chômeurs» comporte beaucoup d’injustice envers l’université marocaine qui a formé, et continue à le faire, l’élite nationale exerçant dans les secteurs public et privé.

Ceci, d’autant plus que la problématique du chômage ne peut être exclusivement imputée au système d’enseignement supérieur. La croissance économique et la capacité du système productif à créer de la richesse et de l’emploi sont des facteurs déterminants pour pallier ce phénomène.

Ainsi et malgré les efforts déployés en faveur de la promotion de l’emploi, notre pays souffre d’un déséquilibre entre le nombre de diplômés des universités et le nombre d’emplois créés annuellement par notre économie.

Ceci étant dit, personne ne peut non plus prétendre que l’offre de notre université répond parfaitement aux besoins de son environnement économique et social. Mais ce n’est pas une spécificité marocaine.

En plus de la dimension économique et en dépit des acquis réalisés depuis le début de la mise en œuvre de la réforme en 2003, notamment en matière de professionnalisation des formations universitaires, les différents diagnostics et indicateurs ont conclu que le système national d’enseignement supérieur se heurte toujours à de multiples obstacles qui affectent négativement son rendement externe.

C’est d’ailleurs bien pour cela que le ministère a mené une réflexion intense sur les failles de ce système à accès ouvert et les moyens de les juguler, d’où l’instauration de la réforme Bachelor telle que décrite précédemment.

Tous les établissements, privés et publics, sont soumis aux mêmes normes de qualité

-Beaucoup reprochent au système privé d’accentuer les disparités sociales. Comment le ministère veille-t-il à l’équité du système d’enseignement supérieur ?

-Conformément aux orientations de la vision stratégique de la réforme 2015-2030, le secteur privé est un partenaire de l’enseignement public dans la généralisation et la réalisation de l’équité. Il constitue, de ce fait, une composante du système et une partie prenante dans les efforts de généralisation globale et équitable de l’enseignement, d’amélioration de la qualité et de diversification de l’offre.

La participation de l’enseignement supérieur privé au Maroc reste encore modeste. Ses effectifs d’étudiants restent très limités et ne représentent que 5,3% de l’effectif global des étudiants de l’enseignement supérieur.

On ne peut pas parler de disparités entre les deux systèmes puisque tous les établissements, aussi bien publics que privés, sont soumis aux mêmes normes et standards de qualité.

Les formations publiques et privées sont soumises au même processus d’évaluation-accréditation. Elles doivent répondre aux mêmes normes pédagogiques nationales avant leur accréditation par le ministère.

-La qualité de l’enseignement privé est parfois pointée du doigt. Dans quelle mesure le département de tutelle opère-t-il un suivi de la qualité des prestations pédagogiques du privé ?

-Le ministère procède en effet à une évaluation régulière des formations dispensées par les établissements publics et privés à travers l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ), et ce dans le cadre du processus d’accréditation de ces formations.

L’évaluation des formations est assurée depuis 2017 par l’ANEAQ qui est une agence indépendante. La qualité des programmes est vérifiée par cette agence à travers ses experts et en se référant notamment aux normes pédagogiques nationales relatives à chaque type de diplôme.

La décision d’accréditation est accordée par le ministère sur la base de cette évaluation et ce pour une durée déterminée. Elle peut être renouvelée après évaluation.

-La fuite des compétences à l’étranger prend de l’ampleur. Le gouvernement en est-il conscient ?

-Il faut déjà savoir que c’est un phénomène global et naturel qui n’est pas spécifique aux pays en voie de développement et encore moins au Maroc.

La concurrence est rude au niveau international pour attirer les meilleures compétences dans tous les domaines. La problématique de la fuite des compétences n’est pas liée uniquement à l’offre salariale; les compétences recherchent l’équité, l’évolution de carrière, la reconnaissance et l’encadrement. Elles recherchent aussi et surtout un cadre de vie et de travail optimal. 

La fuite des cerveaux marocains vers l’étranger est un problème complexe et une responsabilité partagée entre les différents secteurs ministériels et socio-économiques.

Le gouvernement est conscient de ce défi. Il s’est engagé, à travers plusieurs actions menées par les différents ministères, à mettre en place les conditions appropriées pour l’intégration et l’évolution des compétences marocaines dans le tissu socio-économique national.

Le département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique multiplie les efforts en ce sens également, à travers notamment des actions de promotion de la recherche nationale et de développement de programmes de mobilisation des compétences marocaines à l’étranger.

-Pourquoi le Maroc peine-t-il à se développer en matière de recherche scientifique ?

-Je tiens, tout d’abord, à vous rappeler que la recherche scientifique dans notre pays est l’une des priorités du gouvernement, en tant que levier du développement économique et social, car il n’y a pas d’avenir pour un pays dont l’économie n’est pas basée sur la recherche scientifique et l'innovation, en particulier à notre époque, où la science et le savoir sont les principaux facteurs de production de la richesse.

Dans ce cadre, notre ministère a élaboré une stratégie pour le secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique s’inscrivant dans la vision stratégique de la réforme 2015-2030 élaborée par le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Cette stratégie est actuellement mise en œuvre dans le cadre du plan d’action du ministère pour 2017-2021 à travers un ensemble de mesures et d’actions visant à soutenir la recherche scientifique et renforcer ses retombées socio-économiques sur nos citoyens.

Je vous cite quelques chiffres suffisamment parlants. Ils portent sur la production scientifique marocaine. Dans ce cadre, il faut rappeler que :

•  Le nombre d'étudiants inscrits en doctorat a augmenté de 20% entre 2016 et 2018 ;

•  Le nombre de thèses soutenues a augmenté de 35% entre 2016 et 2018 ;

•  Le nombre de publications scientifiques, actuellement de 7.000 par an, a également connu une hausse de 40% entre 2015 et 2017 ;

•  117 brevets ont été déposés par des universités et des centres de recherche en 2017 sur 182 brevets d’origine marocaine, soit 64% ;

•  En ce qui concerne la position du Maroc dans les classements internationaux, les universités marocaines ont connu un saut extrêmement important en 2019. À titre indicatif, selon les classements THE et Shanghai, 5 universités marocaines apparaissent parmi les mille meilleures universités du monde, sachant qu’en 2016, il y avait une seule université classée. Le Maroc est classé au quatrième rang au niveau africain.

-Quels sont les principaux défis de la recherche ? Quelle est votre stratégie pour rectifier le tir ?

-Parmi les principaux défis que nous devons relever pour renforcer la recherche scientifique et l’innovation, on peut citer:

•  Le manque de coordination entre les différents acteurs de la recherche scientifique (en ce qui concerne les programmes liés au financement, la valorisation des résultats de la recherche scientifique, le développement de la coopération et des partenariats, …) ;

•  Une gestion administrative et financière des projets de recherche scientifique inadaptée avec la nature et les spécificités des activités de recherche scientifique et d’innovation ;

•  Une implication du secteur privé dans le financement des activités de la recherche scientifique qui reste insuffisante et gagerait à être augmentée (à travers des incitations fiscales, …).

Cinq projets sont proposés dans le cadre de la mise en œuvre de la vision stratégique de la réforme dans son volet «recherche scientifique et innovation» :

•  Projet 1 : Amélioration de la gouvernance du système national de la recherche scientifique et de l’innovation.

•  Projet 2 : Amélioration des études doctorales et promotion de l'excellence dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation.

•  Projet 3 : Renforcement des infrastructures de la recherche scientifique et encouragement de la mutualisation de leur utilisation.

•  Projet 4 : Renforcement des mécanismes de valorisation des résultats de la recherche scientifique et technologique et de l’innovation.

•  Projet 5 : Renforcement du partenariat et de la coopération à l’échelle nationale et internationale dans le domaine des sciences, technologies et innovation.

-Parmi les obstacles au décollage de la recherche scientifique cités par les universitaires, figure le manque de ressources financières. Comment comptez-vous y pourvoir?

-Concernant le financement de la recherche, il faut rappeler que notre ministère :

•  a lancé un appel à projets en 2019 dans le domaine de l'intelligence artificielle et ses applications avec un budget de 50 millions de DH;

•  a financé 53 projets de recherche dans le domaine des SHS avec un budget de 30 millions de DH en 2019 ;

•  a financé 14 projets dans le domaine des plantes aromatiques et médicinales en 2019 avec un montant de 9,2 millions de DH;

•  a financé, en 2019, plus de 130 projets de recherche dans le cadre de la coopération bilatérale avec la France, l’Allemagne, la Tunisie, …

•  a financé 11 projets de recherche dans le cadre du programme PRIMA, édition 2018, avec un budget de plus de 9 millions de DH ;

•  a financé 39 projets avec un montant de 39 millions de DH dans le cadre des projets européens ARIMNET et ERANETMED ;

•  a bénéficié d’un financement 59 projets de recherche avec l’implication de 61 institutions nationales dans le cadre du programme européen H2020. Il est à signaler que le Maroc occupe la première place dans ce programme en nombre de projets parmi les pays de la rive sud. 

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